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SUJETS ET PROCÉDÉS DE CONTROVERSE

piquer au jeu par l'adversaire qui l'accusait de se dérober, et dans la suite il a non seulement accepté avec moins de scrupule ces cartels mais il en a lui-même adressé *, et il a pris à ces luttes un goût plus vif à mesure qu'il devenait plus expert et qu'il en vovait l'utilité lointaine, sinon immédiate.

Souvent c'est un texte précis qui est choisi pour servir de base à la discussion : tantôt un article de la confession de foi réformée — ainsi, dans le dernier exemple cité, le 31e article, sur la vocation des pasteurs — ; tantôt un paragraphe du missel ; ou bien encore un vers de l'Ecriture Sainte (« Ceci est mon corps, » etc.) ou enfin... un syllogisme.

Ce procédé de discussion, tout à fait conforme à la méthode scolastique, est un des traits par lesquels ces discussions du xvne siècle s'éloignent le plus de celles qui portent, au xxe, suides questions analogues. Quand il s'agit d'établir la vérité chrétienne, le fond du débat ne varie guère, mais la forme suit davantage les fluctuations de la mode, et s'accommode aux procédés du jour... ou de la veille. Les controversistes protestants du début du xvne siècle sont généralement en avance quant aux idées sur la majorité de leurs contemporains, mais quant à la méthode de discussion ils sont en retard, ou plutôt ils acceptent volontiers d'en rester au point où, de parti pris, voulaient se maintenir les controversistes catholiques, héritiers des traditions du moyenâge. Ce n'est pas, cependant, le cas absolument universel. Il y a quelques exceptions, quelques velléités d'indépendance : elles consistent d'ailleurs parfois à proposer de transporter les questions sur un terrain qui n'est pas encore celui de la science moderne : ainsi à propos de questions subtiles que faisait Cayer sur les « espèces » et les « genres » le pasteur Rotan s'écrie : « Si on respondoit en un mot que l'Eglise de Dieu, comme chose supernaturelle, n'est sujette aux loix de la philosophie ni aux subtilités de la logique, et que les mystères de la religion chrestienne, surpassans tout entendement humain, ne doivent estre asservis aux discours de la raison pervertie et corrompue, on couperoit tout incontinent broche à toutes ces vaines idées et fantaisies -. »

1. Soixante-quatre demandes proposées en contre échange, etc. 1608.

2. Response, etc. à Cayer, p. 103. Remarquons ici, comme ont pourrait si souvent le faire ailleurs, que les catholiques ne peuvent accuser ces protestants de « rationalisme », car ils sont plus royalistes que le roi, plus partisans du caractère surnaturel de l'Eglise que les ecclésiastiques mêmes.

Mais ces « lois de la philosophie, » ces « suhtilités de la logique, » les protestants les apprenaient dans leurs académies (sans toutefois s'y appesantir autant que les catholiques) ; et si tel d'entre eux, comme le vieux Laubéran, y était peu hahile 1, tel autre au contraire y excellait, comme Du Moulin, professeur de philosophie et auteur d'un traité de logique maintes fois réédité et traduit en plusieurs langues. Il est donc tout à fait de force à lutter avec ses adversaires en usant de leurs propres armes, ils le reconnaissent eux-mêmes -. Et c'est un véritable tournoi, à qui fera le syllogisme le mieux construit, et à qui reconnaîtra le plus vite les défauts du syllogisme de l'adversaire. « Votre première proposition est fausse ! » s'écrie l'un ; « votre conclusion ne vaut rien, » riposte l'autre ; et souvent on oublie presque de quoi il s'agit au fond, à force d'ergoter sur les vices de forme. Un matin Du Moulin est positivement scandalisé d'entendre Cayer formuler « un syllogisme monstrueux tant en la forme qu'en la matière :i, » une autre fois il fait la leçon à Coeffeteau : « Qu'il apprenne à n'appeler plus syllogismes en Baroco ceux qui sont en Camestres 4 ! » Mais Bérulle, à son tour, s'indigne que Du Moulin veuille « prouver une proposition absolue, générale et négative, par une autre particulière et affirmative » ce que la logique ne permet pas ".

C'est donc sans difficulté que plus ou moins explicitement on admet le mode de discussion proposé par M. de Bouju à Du

1. Lors de la conférence qui avait pour but de convertir Madame avant de célébrer son mariage (1599, voir ci-dessus, p. 71) il y avait là « quelques ministres de la religion prétendue [sic] avec un nommé Tilenus... Le docleur Du Val disputant contre eux par les accoustumées questions scholastiques, lesdits ministres qui n'y entendoient rien s'en moquèrent et firent entendre à ladite Dame qu'il n'y avoit en la théologie que des subtilités, »> et Cayer — car c'est lui qui rapporte ces impressions — fait cette remarque : » On ne prendra jamais les ministres par les sillogismes, mais leur but est simplement de s'arrester aux mots » (Chronologie septénaire, édition de (611, p. 62). Du Moulin emploie des euphémismes pour constater l'inexpérience de son vieux collègue : « M. de Bouju estalle quelques menus termes de logique qui font force bruit, mais point de fruict : le sieur de Montigny y va d'un autre biais, le fil de ses raisons est fort et uni, sa naïfveté est pleine de poids » (Cartel de deffg, p. 12).

2. Cayer « louoit les escrits de Du Moulin en philosophie, » etc. (Narré, p. 140).

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