‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 25 sur 558 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l'église chez madame

§ 1. La " princesse Bierne ». — - Droits des seigneurs hauts justiciers. — Leurs devoirs en ce qui concerne le culte. — Caractère de Catherine de Bourbon. — Sa vie jusqu'en 1593. — Projets de mariage. — Madame « défenseur de la foi. » — Arrivée à Paris. ■ — L'Hôtel de Madame. — Culte au Louvre. — Protestation du clergé. — Attitude du roi. — Autres cultes publics. — Mesures restrictives. — Anecdotes concernant le roi et les protestants. — Tentatives pour convertir Madame. — Organisation de l'Eglise chez Madame. — Progrès de l'Eglise. — Grande communion. — Le méreau. — Restrictions à la liberté du culte. — L'Edit et le mariage de Madame.

§ 2. Le pasteur apostat Caijer. — Ses études en France et à l'étranger. — Il est sollicité de rentrer dans l'Eglise romaine. — Son caractère. — Rapports avec ses collègues. — Griefs contre lui. — Abjuration et déposition. — Fonctions qui récompensent Cayer. — Ouvrages de controverse. — Procédés employés à l'égard de diverses catégories de lecteurs. — Ripostes des adversaires.

g 3. Le Mariage de Madame. — Discussions avant le mariage. — Double cérémonie religieuse. - - Derniers cultes chez Madame à Paris. — ■ Pasteurs de service après le mariage. — Fermeté dans la foi. — Conférences en vue de la conversion à Nancy ; à Paris. — Derniers moments et mort. — Quelques détails sur les dépenses. — Vestiges actuels du séjour de Madame.

§ 1. La « princesse Bierne »

Dès l'entrée du roi dans Paris, la situation des réformés fut, par un singulier concours de circonstances, exceptionnellement favorable et la liberté dont ils jouirent pour leurs assemblées fut beaucoup plus grande - si invraisemblable que cela paraisse — avant qu'après l'Edit.

Pendant cinq années entières, d'avril 1594 à février 1599, date de la vérification en parlement, le culte fut célébré très souvent, et pendant de longues périodes consécutives, en plein cœur de Paris, dans le palais du roi. Et cela en vertu d'une disposition de l'Edit de 1577, rappelé ci-dessus comme étant par ailleurs

LA PRINCESSE BIERNE 41

très vexatoire : tous les seigneurs « ayant haute justiee et plein iîef de haubert, » pouvaient exercer leur religion dans leur « principal domicile. » Or en France, la capitale et dans Paris, le Louvre étaient le « principal domicile, » de la famille royale : et dans cette famille, à côté du monarque apostat, se trouvaient encore une princesse protestante : « Madame, sœur unique du roi. » Si les Edits lui reconnaissaient le droit d'exercer sa religion à « huis ouvert, » la discipline réformée lui en faisait un devoir.

« Les princes ou autres seigneurs suivant la cour qui ont ou voudront avoir des Eglises dressées en leurs maisons... sont suppliés de faire dresser chacun en sa famille un consistoire composé du ministre et des plus approuvés gens de bien de ladite famille qui seront élus anciens et diacres... Et lorsque lesdits princes et seigneurs feront séjours en leurs maisons ou autres lieux où il y aurait Eglise dressée, afin de pourvoir aux divisions ils seront suppliés que l'Eglise de leur famille soit jointe avec celle du lieu, pour n'en faire qu'une Eglise, comme il sera avisé par l'amiable conférence des ministres de part et d'autre 1. »

Catherine de Bourbon se conforme avec empressement à ces prescriptions. Elle fut vraiment un beau type de femme française et chrétienne, le troisième de cette lignée hors de pair commencée par son aïeule Marguerite, la sœur de François Ier qui, dès 1533 et déjà au Louvre, avait fait prêcher la Réforme. Sa mère Jeanne d'Albret l'avait élevée dans des principes austères, dont elle sut profiter mieux que son frère, pour vivre irréprochable au milieu d'une cour dissolue.

Elle était née à Paris en 1558 -, A l'âge de quatorze ans, quelques semaines après la mort de sa mère et huit jours après la Saint-Berthélemy elle abjura — comme Henri une première fois — et parut catholique jusqu'en 1576 ; alors, encore avec son frère, elle reparut au prêche à Chàteaudun et fut avec lui réintégrée

1. Art. xxi « dressé au Synode d'Orléans, 1562 » ; p. 104 de la Discipline ecclésiastique, (avec préface de M. d'HuissEAU, 1666) et la Conformité <n>ec l<( discipline des anciens chrétiens, par M. Larroquë ; La Haye, 1770.

2. (If. Catherine de Bourbon, étude historique par la comtesse d'ÀRMAlLLÉ, 2" éd., Paris, 1872 ; B. h. p., 1886, p. 307, etc. M. de FRÉVILLE DE LoRME avait rassemblé des documents dont quelques-uns ont été, après sa mort, publiés dans la Bihliolh. de l'Ecole des Chartes (t. XVIII, 1857) avec 49 lettres de Cath. de Bourbon (1584-1602) : La 2" édition de la France prot, t. II (1879), lui a consacré quelques colonnes (1033-8) ne renfermant rien sur l'exercice <\u culte chez Madame à Paris.

l'église réformée de paris sors HENRI IV

dans l'Eglise réformée après une pénitence publique à La Rochelle. Plus qu'Henri, et même malgré lui, elle devait désormais rester jusqu'au bout fidèle à sa foi et aurait pu s'intituler comme telle autre princesse protestante de ce temps (la reine Elisabeth) « défenseur de la foi 1. »

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CATHERINE DE BOURBON D'après Clir. de Passe

Assez jolie de visage -, mais plutôt petite et quelque peu boiteuse, la princesse « Bierne, » c'est-à-dire Béarnaise, comme on

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