UN GRAND MARIAGE ET UNE PETITE MARIÉE \Y
clemourer avec le seigneur duc son futur époux. » Jusque-là elle devait rester chez ses parents. Mais la toute première clause du contrat stipulait que le mariage sera « solemnisé au plaisir de Dieu en face de son Eglise le plus tost que faire se pourra. »
En effet, le dimanche suivant 13 février, la cérémonie eut lieu en grande pompe à Ablon l. Il faisait « fort crotté, » et on porta la petite mariée « au col » (c'est-à-dire portée dans les bras jusque dans le temple). Toute sa vie elle resta « fort mignonne et jolie2 ; alors, âgée d'une douzaine d'années, elle était si petite que, voyant cela, un des assistants (le gouverneur de Marans, M. Constans) demanda en riant « si on présentait cet enfant pour estre baptisé, qui est-ce que demande le ministre quand on présente l'enfant au baptesme ;{. » On a attribué, à tort, ce mot à P. du Moulin qui, sans doute, bénit le mariage et ne se serait pas permis de plaisanter à ce moment 4. Ensuite on mit sur la tète de la petite mariée la couronne ducale et on la revêtit du manteau, « et fut en cet équipage conduite à Paris par un bon nombre de seigneurs et gentilshommes, auxquels M. de Rosny avoit donné à dîner au château d' Ablon 5. »
Henri de Rohan avait alors vingt-six ans. Il était « de moyenne taille, fort droit, bien proportionné en tous ses membres, brun, les yeux vifs et perçants, le nez aquilin, chauve, fort dispos, agile et adroit aux exercices du corps (î. » A ses côtés on vit à Paris et à Ablon en février 1605 sa mère Catherine de Parthenay qui représentait encore dignement la vaillante génération des femmes huguenotes du xvie siècle.
Ce fut la plus brillante cérémonie qui se déroula jamais entre les murs, encore tout neufs, du modeste édifice d'Ablon, puisque,