SULLY DUC ET PAIR
Voilà donc Maximilien de Béthune fait duc et pair par lettres patentes enregistrées au Parlement le 28 février. Le jour de sa réception, il est accompagné par tous les princes du sang, sauf le comte de Soissons qui pendant longtemps ne lui avait pas pardonné l'opposition d'antan à son mariage avec Catherine de Bourbon x : « Les cours, galleries et salles de la grand chambre se trouvèrent si remplies de monde que l'on ne s'y pouvait quasi tourner. » Ensuite on servit, à l'Arsenal, « un magnifique festin de chair et de poisson » où, malgré le carême commencé, catholiques et protestants purent ainsi se régaler côte à côte. Le roi même y était arrivé avant le cortège. Il cria qu'il se faisait inviter à dîner, ayant déjà fait un tour dans les cuisines, vu « les plus beaux poissons qu'il est possible, avec force ragoûts, » et bu d'excellent vin d'Arbois après avoir goûté certaines petites huîtres des plus fraîches.
Entouré de tant de faveurs et de familiarités, Sully est appelé « le Joseph de notre Boy et celuy de la France » ; le même numéro du Mercure décrit un « ballet à cheval » qui évolua le jour de carême prenant dans la cour du Louvre ; le gendre de l'heureux ministre, le duc de Bohan, y joue l'un des principaux rôles comme chef de douze cavaliers « vestus en Parthes 2. ».
Bientôt Sully fera frapper, en son propre honneur cette fois, une médaille où l'on voit ses armes (composées en partie de celles du roi lui-même, à cause de certaines alliances lointaines et indirectes entre les Béthune et la maison de France 3 ; l'écusson
linfrou en 1512 : les actes énumérés dans cet inventaire remontent jusqu'à 1328, le plus récent est de 1599 ; si Rosny acquit des la Trémoïlle une quantité de droits seigneuriaux en Berri, il leur succéda sans doute aussi pour remplir diverses obligations peu agréables à un protestant..., surtout à un homme si économe : ainsi l'évêque d'Orléans auquel il devait foi et hommage put lui réclamer « une goutière de deux cens treize livres et demie de cire que les seigneurs de Sully doivent fournir chacun an en l'église cathedralle d'Orléans et la faire présenter par un chevallier de nom et d'armes. » Un « inventaire de Sully, 1448 » ne renferme pas moins de 155 aveux de fiefs dépendant de ladite seigneurie, de 1318 à 1480.
1. Ils avaient cependant paru se réconcilier après une nouvelle brouille aiguë en 1603. Des lettres du roi et de Rosny relatives à cette affaire se trouvent dans les mss. Conrart à la Bibl. de l'Arsenal, 5427, f. 381, 388. 389.