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LES ENTERREMENTS PROTESTANTS

Quand la rupture fut définitivement consommée, et que les protestants furent mis hors de l'Eglise par l'excommunication, ils furent aussi mis hors des églises, exclus des cimetières. Ce ne fut pas, toutefois, une règle sans exception. Certaines familles protestantes trouvèrent encore moyen de faire enterrer leurs membres au dedans ou auprès des églises où reposaient les corps des générations passées, qu'il y ait eu, ou non, abjuration. Nous avons vu ainsi un Danfrie inhumé à Saint-Hilaire, un Canaye à Saint-Côme.

C'étaient surtout les familles nobles qui revendiquaient le droit de faire enterrer leurs morts dans certaines églises ou chapelles situées sur leurs fiefs. L'inverse se produisit aussi, mais beaucoup plus rarement, et il y eut des catholiques inhumés dans des cimetières protestants l. En certains cas enfin un protestant ayant été d'abord enterré en terre bénite le « déterrement » fut exigé par les catholiques, et même ordonné par tel Parlement -. Dans l'année qui précède l'Edit de Nantes, ce « comble de brutalité » soulève les protestations d'un auteur inconnu, dont le style a quelque chose de l'éloquence d'Agrippa d'Aubigné : « Bon Dieu ! parmi quels tigres vivons-nous ! car la sépulture est bien aussi naturelle l'homme que la mort, et bien aussi civile que le bien mourir. » Faudra-t-il descendre au rang des sauvages qui mangent leur ennemis ? « François, ceux que vous déterrez ne sont ni Margajas ni Toupinambouds, ce ne sont point estrangers. Ce sont François de nature comme vous, mieux que vous d'affection, s'il est vray que l'humanité est la propre affection du François... O desnaturés ! vostre religion est-elle donc comme cela ? Que nous peut-il servir de bien clore les cimetières, de soigneusement couvrir les fosses ! On le faisoit

vie à trespas, et que lors de leur décès l'un de ceux de la maison ou famille l'ira dénoncer au chevalier du guet, lequel mandera le fossoyeur de la paroisse, et lui commandera qu'avec tel nombre de sergens du guet qu'il trouvera bon lui bailler, pour l'accompagner et garder qu'il ne se fasse aucun scandale, il aille enlever le corps de nuit, et le porte enterrer au cimetière de la paroisse sans aucune suite ni compagnie. » Cf. Ch. Read, Cimetières et inhumations des huguenots, principalement à Paris, au.v xvi", XVIIe, xvnr siècles (K. h. p., 1862, p. 133), et Ch. Sellieh, Bulletin municipal officiel, 1899, p. 2917 à 2919.

1. Ainsi en 1618, au cimetière Saint-Père, un chanoine de Notre-Dame, prieur du Vieux Velcsme (sic) et de Thouars (/>'. h. p.. 1863, p. 277).

2. Par exemple, un arrêt fui rendu au Parlement de Bordeaux sous la présidence de Florimond de Ra'mond.

pour empescher que les bestes ne violassent ces lieux. O Dieu ' ce qui se trouve horrible aux bestes est aujourd'hui permis aux François1. »

Ces horribles déterrements, trop fréquents dans certaines provinces, semblent avoir été inconnus à Paris même, mais non pas dans les environs immédiats. En pleine année 1606, au moment où le roi manifeste son esprit de tolérance en rapprochant le lieu de culte protestant, l'évèque de Paris introduit une requête devant le Parlement pour faire déterrer et conduire « en terre profane » le corps d'une centenaire, la dame de Varennes, qui avait voulu être inhumée dans l'église du lieu, près de son mari. On l'avait autrefois (sous la Ligue) « vue catholique, » mais depuis sept ans (c'est-à-dire depuis l'Edit) elle n'avait plus assisté à la messe 2.

Le fait général et certain c'est que dès le dernier quart du xvie siècle les protestants n'étaient plus légalement admis à enterrer leurs morts dans les cimetières jusqu'alors communs à tous les Français, et désormais réservés aux seuls catholiques ; (il a fallu

1. Plaintes des Eg. réformées, 172 p. in-32, 1597. Cf. B. h. p., 1862, p. 143, 1898, p. 519 (N. Weiss, Autour de l'Edit. Les enterrements de protestants). Même après l'Edit, en 1609, à Orléans, le cadavre d'une demoiselle protestante est déterré (L'Estoile, II, 274, cf. 373).

2. Varennes (Seine-et-Oise) est au bord de l'Yerres, à trois lieues à l'est d'Ablon, à vol d'oiseau, près de Brie-Comte-Robert. Barbe de Sanglé avait épousé M. de Fleury, seigneur de Varennes, et leur fils Charles avait, le ? janvier 1606, fait enterrer sa mère dans l'église barricadée, en l'absence du pasteur, « un petit homme maigret » qui n'était pas arrivé à temps. Un dossier conservé aux Archives natles L. 428, 39-52, et dont le B. h. p. a publié des extraits (1897, p. 649) renferme la pièce suivante :

« A nos seigneurs de Parlement. Supplie humblement Henry de Gondy, cvesque de Paris, disant que par les edictz du Boy il est défendu d'enterrer les corps de ceux et celles qui font profession de la religion prétendue réformée dans les églises ne cymetières. Xeantmoings depuis peu, au lieu de Varannes en Brie, malgré la volonté du curé dudit, après avoir esté les portes tant de l'église que du curé forcées, le corps de demoiselle Barbe Sanglé avoir esté enterré en lad. église tout joignant le maistre autel, ce qui n'est tolérable. Et considèrent nosseigneurs du Parlement que ladite paroisse de Varannes est dans le diocèse de l'evesché de Paris, et que partant le suppliant a grand interest, et que de ce que dessus vous appert par le procès-verbal cy attaché, vous plaise, de vostre puissance, en exécutant les édits du roy, ordonner que ledit corps de ladite demoiselle Sanglé sera déterré et osté dud. endroict de lad. église, pour estre conduict en aultre lieu et en terre profane. Et vous ferez bien. » L'arrêt définitif ne figure pas uu dossier.

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