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ETAT ACTUEL DES LIEUX, ET EMPLACEMENTS

(I) de l'ancien cimetière des lépreux ; (II) du cimetière protestant avant i(io( (III) du cimetière protestant après 1604.

sus du Pré aux Clercs, au mesme endroit auquel Testé passé avoit aussi esté enterré un des leurs nommé Des Prises l. »

1. Journal inédit du règne d'Henri IV, édition Halphen. Cf. France prot., 2" éd., t. I, col. 729 : Bernard Balda de Lastre, échevin de la Rochelle en

Ainsi dès le milieu de 1599, avant même que le culte provisoire de Grigny eût été transféré à Ablon (lettres patentes du 14 octobre), avant que les commissaires de l'Edit eussent rendu au sujet des enterrements leur ordonnance (26 octobre) les réformés utilisaient au vu et au su de tous un cimetière au faubourg Saint-Germain. Trois ans plus tard, le même chroniqueur narrant un autre service funèbre, il ressort de son récit que la police faisait alors appliquer le règlement de 1000. « Le mardi 5 [février 1002] M. de Rambouillet, secrétaire du roy, mourut aux fauxbourgs Saint-Germain-des-Prés, en la religion, la profession de laquelle il avoit toujours différée et dissimulée, à cause des temps, et fut enterré au cimetière Saint-Père, à la mode de ceux de la religion, de laquelle il estoit. »

Précisément à cette époque Casaubon eut la première occasion de se trouver du petit nombre des personnes admises à suivre, après le coucher du soleil, un enterrement (celui de Madame de Garrault). Son cœur sensible fut douloureusement impressionné de voir les protestants exilés, après leur mort, hors de la cité, et jetés comme des ordures dans un coin quelconque : « Mane et vesperi in libris fuimus : interdiu funus deduximus honestissimae matronse D. de Garro : et hodie primum locum vidimus sepulturre piorum dicatum. Expellimur urbe et quasi xaeip^ara in angulum nescio quem ejicimur. Bene est. II ixepiç tjijlojv apud Deum. II vào TioX-'ista YjUUov âv toï; oùpavoTç. Deo opt. max. laus eiç auovaç octtovtov 1. »

Le lieu dont la vue arrachait au pieux visiteur ce cri de douleur et d'espérance présentait probablement l'aspect d'un champ quelconque, où rien ne désignait l'emplacement des tombes que le petit monceau de terre si vite affaissé ou couvert d'herbes folles. Mais, de même que nous avons vu les protestants essayer de suivre les convois en aussi grand nombre que le faisaient librement les catholiques, voici que se manifeste une tendance à élever des monuments funéraires analogues à ceux que renferment les cimetières et églises catholiques.

L'innovation fut faite — chose assez naturelle — dans une famille où les uns étaient catholiques, les autres réformés : nous retrouverons plus tard encore, en étudiant les rapports des pro-

1. Ephémérides, 27 mars 1602. Sur Marie Garrault, femme de Nicolas Bigot, voy. ci-dessus, p. 180, n. 3, et ci-après, p. 443.

testants et des jansénistes, ce nom illustre : Arnauld. L'Estoile consacre à cet incident deux pages de son Journal :

(Mai 1603) « Le trésorier Arnauld, commis de M. de Rosny, jeune homme de bon esprit et de grande espérance, fort aimé de son maistre, âgé de vingt-neuf ans seulement moins neuf jours, mourut en ce mois à Paris, et le 21 d'iceluy, comme il étoit sur le point d'accompagner son maistre en Angleterre, où le roy l'envoyoit, ayant jà dressé pour cet effet une partie de son équipage. Il fut enterré le même jour, à dix heures du soir, au cimetière Saint-Père, où il fut porté par quatre crocheteurs, dont l'un étoit le nourricier de ma petite Magdelon, demeurant au fauxbourg Saint-Germain. Il y avoit un poisle de velours sur le corps, lequel fut accompagné de cinquante chevaux. On disoit qu'il avoit fait une belle et heureuse fin. »

(Mars 1604) : « Le dimanche 14 je fus me promener par curiosité au cimetière de ceux de la religion, derrière Saint-Sulpice, qu'on appelle Saint-Père, pour y voir la belle tombe du feu trésorier Arnauld, dont chacun parloit comme de chose nouvelle et inusitée entre ceux de la religion, principalement en ce paysci. Elle étoit d'un fort beau marbre noir, tout d'une pièce, estimée à deux cents écus ou environ, élevée d'un demi-pied de terre, et couchée de plus, autour de laquelle il y avoit, gravé en lettres d'or ce qui s'ensuit :

Ci-gît noble homme maistre Claude Arnauld, vivant conseiller, notaire et secrétaire du roy, maison et couronne de France, et des finances de Sa Majesté, trésorier général de France en la généralité de Paris et ordonné par le Roy près la personne de Monseigneur le marquis de Rosni, pour l'administration des finances de Sa Majesté, sous le commandement du dit seigneur.

« Dans le milieu du marbre étoit gravé en lettres d'or ce qui s'en suit :

Passant, tu ne liras point ici les louanges de celuy qui est sous ce tombeau. Sa vie les a, comme immortelles, gravées dans le ciel, jugeant indigne

qu'elles traisnassent en terre.

Quant à ce qu'il a été, tu le pourras apprendre de sa fortune,

mais de sa vertu seule ce qu'il méritoit d'estre.

MOESTISSIMO FRATR]

PLVHA NON PEHMISIT

DOLOH.

« Au-dessus se voyoient gravées ses armoiries.

« Quinze jours ou trois semaines après, on couvrit de plâtre ce beau tombeau, de peur que la populace, envieuse de tels monumens, n'achevât de le gâter, comme elle avoit déjà commencé, et

qu'enfin elle ne le brisât et le rompît du tout, comme aussi on fut averti qu'on avoit délibéré de le faire en une nuit. Et voilà comme d'un tombeau de marbre en fut fait un de plâtre, et quelle est la durée de nos ambitions, qui se réduisent enfin en boue et en plâtre. »

L'érection de tels monuments funéraires ne risquait pas seulement de soulever des protestations de la part des catholiques, elle scandalisait certains réformés de la vieille roche, jugeant toute « distinction » contraire à la simplicité prescrite par la discipline. Et c'est précisément entre la mort d'Arnauld et la mutilation de son tombeau que se place (octobre 1603) une décision du synode national de Gap : Les députés saintongeais ayant demandé « s'il est permis à un particulier de s'approprier un lieu de sépulture élevé sur des pilliers et autres ornemens, » le Synode déclare que « pour les sépultures tous se doivent tenir à la simplicité ancienne sans s'approprier rien de particulier, en tesmoignant notre communion avec les saints aussi bien dans la mort que nous la désirons dans la glorieuse résurrection1. »

Les réformés ne purent utiliser ce cimetière pendant bien longtemps après l'Edit qui leur en reconnaissait formellement la jouissance. Le terrain était situé sur le fief de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Les religieux s'unirent au curé de Saint-Sulpice pour le réclamer, « afin d'y enterrer comme auparavant les pestiférés et les personnes qui, par dévotion, demandaient d'y être inhumés 2. » Le cimetière protestant fut donc désaffecté ou plutôt affecté de nouveau aux enterrements catholiques par un arrêt du Conseil d'Etat (4 mai 1604). Le texte en est malheureusement inconnu 3.

La question des cimetières protestants préoccupait évidemment les autorités à cette époque-là. C'est du 4 mars 1604 que date la copie du règlement de 1600 que nous avons cité à propos de la Trinité.

Pour remplacer le terrain enlevé aux réformés parisiens, le

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