L'ESTOILE, Journal, page
au commencement de 1595. « Le dimanche 22 janvier Madame de Rohan fit prescher publiquement à Paris dans la maison de Madame où se trouvèrent de sept à huit cents personnes et dans le Louvre autant ou davantage au presche que fit faire Madame. Ce que le peuple de Paris comme étonné, regardoit sans toutefois s'en esmouvoir davantage1. » Il faut comprendre sans doute que le pasteur attaché à la maison de la duchesse de Rohan prêcha chez Madame, sous la responsabilité de Madame.
Si une duchesse même ne pouvait prendre les mêmes lihertés qu'une princesse du sang, a fortiori une simple bourgeoise pouvait moins encore le faire : une zélée huguenote l'apprit à ses dépens. Pour avoir fait faire quelques prêches en sa maison, la veuve d'un notable commerçant fut emprisonnée et passablement maltraitée en prison jusqu'au moment où le roi la fit relâcher par l'intermédiaire du lieutenant civil Séguier -.
Henri IV était à cette époque un catholique de si fraîche date et au fond si peu convaincu, qu'on le jugeait toujours à moitié protestant et capable de le redevenir tout-à-fait. Il avait gardé des habitudes huguenotes et connaissait familièrement tout le personnel des pasteurs et des grands seigneurs protestants. Aussi les prêtres et les chefs du parti catholique excitaient sans cesse contre lui les soupçons du peuple. Au mois de mars 1595 on rapporte au roi que le peuple croit que s'il va faire ses pàques à Fontainebleau, c'est pour les faire « à la huguenotte. » Et Henri de répondre énergiquement : « Un peuple est une beste qui se laisse mener par le nez, principalement le Parisien. Ce ne sont pas eux, ce sont de plus mauvais qu'eux qui luy persuadent cestuy-là. Mais afin de leur faire perdre cette opinion je ne veux bouger d'ici, afin qu'ils me les voient faire. » Toutefois il les fit au bois de Vincennes.
« Le lendemain qui estoit le 19 du mois et le dimanche de Pasques llories, le Roy se doutant que chez Madame il y auroit grande assemblée et n'ayant la teste rompue d'autre chose, mesme de son aumônier, commande à Chasteauvieux, capitaine de ses gardes, de garder la porte ce jour et de n'y laisser entrer que les officiers de la maison de sa sœur et M. de Rouillon s'il