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probablement plus la diversion projetée de rAutriche en Allemagne et ses armements considérables, armements assez manifestes déjà pour avoir excité les ombrages de Napoléon et donné lieu de sa part (15 août 1808) à la scène publique qu'il n'avait pas craint de faire en pleine cour à l'ambassadeur autrichien à Paris, le prince de Metternich.
Cette prévision d'une lutte possible avec l'Autriche avait déterminé quelques mouvements de troupes en Italie. Les provinces du midi et du centre avaient été . dégarnies des corps détachés qui les occupaient, et le vice-roi avait été invité à les rapprocher autant que possible des rives de l'Âdige et du sommet des montagnes du Tyrol. Un assez grand nombre d'officiers et de soldats placés à Rome et dans les environs, sous les ordres du général MioUis, avaient été également rappelésdu côté de Milan. Le général Miollis, qui se sentait un peu faible et presque désarmé devant le nouveau ministre du saint-père, qu'il voyait animé de velléités de résistance auxquelles il ne s'attendait plus, s'imagina qu'il ne lui en coûterait pas un grand effort pour faire brusquement disparaître de la scène, comme précédemment le cardinal Gabrielli, ce secrétaire d'État qui avait le tort de se rendre si incommode.
Le 6 septembre 1808, tandis qu'il traitait d'affaires
avec un prélat romain, le cardinalPacca vit entrer dans ses appartements du Quirinal un major piémontais au service de la France accompagné d*un autre officier ; ils venaient toas deux de la part do général Miollis lui intimer Tordre de quitter Rome dans les vingt-quatre heures. Ces mes<^ieurs l'avertirent qu'il « trouverait à la porte Saint-Jean une escorte de dragons chargés de l'accompagner jusqu'à Bénévent, sa patrie. » Pacca n'était pas homme à se troubler pour si peu. Il répondit qu'il n'avait d'ordre à recevoir chez lui de qui que ce fût, et qu'il allait prendre ceux de son souverain. Le major piémontais lui dit alors qu'il ne sortirait pas de la pièce où il était, et que son compagnon était chargé de l'y garder à vue. Le secrétaire d'État demanda la permission d'écrire à Sa Sainteté, puisqu'on lui interdisait de se rendre en personne auprès d'elle. Le major piémontais y consentit, et, se retirant, laissa le cardinal Pacca sous la surveillance de son camarade.
Quelques minutes après, pendant que le secrétaire d'État causait avec son gardien de choses indifférentes, la porte de son cabinet s'ouvrit avec fracas ; c'était Pie VII qui entrait. « Je fus alors témoin, raconte Pacca, d'un phénomène dont j'avais entendu parler, l'horripilation. Dans un accès de puissante colère.
il arrive parfois que les cheveux se hérissent et que la vue est entièrement troublée. L'excellent pontife était dans cet état, et, quoique je fusse vêtu en cardinal, il ne me reconnut pas. — Qui est là ? s'écria-t-il d'iine voix forte. — Je suis le cardinal, lui répondis-je en lui baisant la main. — Où est l'officier? reprit le saint-père, et je le lui montrai près de moi dans une attitude respectueuse. Alors le pape se tournant vers lui : — « Allez, dit-il, annoncer à votre général que je suis las de souffrir tant d'insuUes et d'outrages de la part d'un homme qui ose encore se dire catholique. Je n'ignore point quel est le but 4e toutes ces violences : oh voudrait, en me séparant peu à peu de tous mes conseillers, me mettre hors d'étal d'exercer mon ministère apostolique et de défendre les droits de ma souveraineté temporelle. J'ordonne à mon ministre de ne point obéir aux injonctions d'une autorité illégitime. Que votre général sache que, si la force doit l'arracher d'auprès de moi, ce ne sera qu'après avoir brisé tontes les portes, et je le déclare à l'avance responsable des conséquences d'un aussi énorme attentat. » L'olTicier français, un- peu interdit, demanda respectueusement au cardinal de vouloir bien lui traduire les paroles de Sa Sainteté, qu'il n'avait pas comprises parce qu'il n'entendait
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pas rilalien, et promit de les rapporter fidèlement à son général. A peine élait-il sorti : « Monsieur le cardinal, allons, » s'écria Pie VII, et, prenant le secrétaire d'État par la main, il remonta vers ses appartements par le grand escalier du palais au milieu des serviteurs pontificaux, qui ne pouvaient retenir leurs applaudissements. Trois pièces contiguës à sa chambre à coucher furent désignées par le saint-père pour servir de demeure à son ministre. Le soir même, il donna Tordre de fermer la porte principale du Quirinal, et de ne plus jamais laisser entrer un éeul officier français, quel que fût son grade et sous n'importe quel prétexte.
La nouvelle de cette scène étrange se répandit dans Rome avec une extrême rapidité. 11 n'y avait nulle part assez d'éloges pour la courageuse fermeté du saint-père. Le peuple romain, tout le clergé et surtout les habitants du Transtévère se montraient particulièrement satisfaits et fiers de l'iattitude qu'avait enfin prise le chef delà catholicité. Qu'allait faire maintenant le général Miollis? Irait-il enlever Pacca jusque dans les bras du saint-père? Le général Miollis, un peu désappointé du malheureux succès de sa démarche, prit un parti infiniment plus sage; il se tint parfaitement tranquille. Aussi bien le temps n'eût
pas été opportun pour créer de nouveaux embarras à son maître. L'empereur venait d'annoncer au sénat^ l'intention de pousser les affaires d'Espagne avec la plus grande activité , et d'aller détruire lui-même les armées que l'Angleterre avait débarquées dans ce
pays. Son message au premier corps de l'État n'était pas dépourvu d'une certaine gravité sérieuse et un peu triste qui contrastait avec d'autres documents jadis écrits en pareille occurence du ton d'un homme assuré de courir à de nouveaux succès.
Évidemment la parole était aux événements de la guerre, et les affaires de Rome, cette fois encore comme par le passé, devaient se résoudre ailleurs que dans ses murs et sur des champs de bataille bien éloignés de l'Italie. La pensée de l'empereur était présentement occupée d'autre chose que de sa querelFe avec le saint-père; mais, tandis qu'il poursuivait jusqu'en Castille, dans l'Aragonais et dans l'Andalousie les armées réunies de l'Espagne et de l'Angleterre, il n'était pas cependant si distrait des événements survenus à Rome, qu'il ne s'en expliquât de façon à bien donner à entendre que l'exécution de ses desseins n'était qu'ajournée et nullement