‹ L'Église romaine et le premier empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédites (volume 2)Chapitre 12 sur 80 · Circulaire aux évoques d'Italie, 16 décembre · texte numérisé non relu

Circulaire aux évoques d'Italie, 16 décembre

penser à tout, avait découvert un moyen qui lui avait beaucoup souri de se rendre personnellement désagréable 5 Pie Yll.

« Monsieur de Champagny, écrivait-il à son ministre des relations extérieures, le pape est dans l'usage de donner des cierges aux différentes puissances. Vous écrirez à mon agent à Rome que je n'en veux pas. Le roi d'Espagne n'en veut pas non plus. Écrivez à Naples et en Hollande pour qu'on les refuse... Mon chargé d'affaires fera connaître que le jour de la Chandeleur je reçois des cierges bénits par mon curé, que ce n'est ni la pompe ni la puissance qui donnent de la valeur à ces sortes de choses. Il peut y avoir en enfer des papes comme des curés ; ainsi le cierge bénî par mon curé peut être une chose aussi saijite que celui du pape. Je ne veux pas recevoir ceux que donne le pape , et tous les princes de ma famille doivent en faire autant ^ »

Rendu à Paris, l'empereur écrivait à peu près à la même époque au vice-roi d'Italie : « Cesarolti a laissé une histoire des papes; faites-vous rendre compte de cet ouvrage, et, s'il tend à faire connaître le mal que

1. Lettre de Tempereur au comte de Champagny, 1"' janvier 1809. — Correspondance de Napoléon /«»', t. XVIII, p. 165.

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les papes ont fait à la religion et à la chrétienté, faitesle imprimer sans délai*. »

Ces puérilités de conduite et ces rudesses de langage, sans iniportance en elles-mêmes, n'ont d'intérêt que par le jour qu'elles jettent sur les sentiments de profonde irritation contre le pape qui couvaient chez Tempereur, sentiments encore dissimulés, ou du moins un peu contraints , auxquels le retour des faveurs de la fortune allait bientôt lui permettre de donner enfin libre cours. Nous fatiguerions inutilement nos lecteurs si nous les entretenions en détail de tous les petits incidents qui se succédèrent à Rome depuis le moment où le général Miollis avait en vain (enté d'arrêter le cardinal Pacca, désormais préservé contre de semblables violences par sa résidence habiloelle auprès du saint-père, jusqu'au jour où fut officiellement proclamée la réunion définitive des

Etals romains à l'empire français. Les scènes que nous avons déjà fait passer sous leurs yeux suffisent à bien indiquer quelle était la situation réciproque des deux partis mis en présence. Ainsi qu'il est naturel de le supposer, cette situation n'avait fait que s'en-

1. Lettre de Tempereur Napoléon au vice-roi d'Italie, 8 mars 1809. •Correspondance de Napoléon /<"*, t. XVUï, p. 303.

venimer en se prolongeant. De plus en plus la partie distinguée de la société'romaine et le bas peuple des faubourgs prenaient parti pour le saint-père.

C'est ainsi que le général Miollis^ ayant voulu, contre l'ordre précis de Pie VII, faire célébrer avec réclat accoutumé les fêles du carnaval, avait dû employer des mesures de rigueur pour dresser des échafaudages le long du Corso; les Juifs eux-mêmes avaient refusé de fournir les tapisseries d'ornementation et les prix pour la course de chevaux qui d'ordinaire a lieu le mardi gras. Ce jour-là, tout le peuple romain s'était, comme sur un mot d'ordre, abstenu de paraître sur les places publiques et les rues étaient presque désertes. Par contre, il faut dire que le commandant des troupes françaises s'était créé quelques partisans au sein de celte portion de la bourgeoisie qui s'était autrefois ralliée à la république romaine après l'enlèvement du pape Pie YI. Ses efforts secrets tendaient à l'organiser révolutionnaîrement et à l'exciter sous main contre le gouvernement pontifical, besogne toujours facile à quiconque prend plaisir à mettre en relief tous ses vieux abus traditionnels si résolument niés de nos jours, mais qui n'en existaient pas moins à cette époque, puisqu'ils sont à plusieurs reprises non-seulement reconnus, mais tout

au long dénoncés .dans les mémoires des deux secrétaires d'État Consalvi et Pacca.

Le commandant des troupes françaises avait pour cela des facilités singulières. II disposait de la Gazette romaine y sur laquelle il avait mis la main malgré la protestation du saint-père et de son ministre ; il pouvait y faire insérer à son gré des articles auxquels le gouvernement pontiflcal n'avait pas le droit de répondre. Il avait également à sa merci une sorte de garde civique portant, on ne sait pourquoi, la cocarde française et composée en partie d'Italiens des provinces du nord et du midi, en partie d'une foule de gens sans aveu. Au milieu de cette confusion indescriptible, il régnait toutefois un certain ordre extérieur et une sorte de tranquillité matérielle qui faisait rétonnemenl du petit nombre d'étrangers qui résidaient encore à Rome. Le saint-père continuait à être moralement obéi et respecté par l'immense majorité de ses sujets , comme s'il fût demeuré en possession de toute sa puissance temporelle. De son côté, le général MioUis, allié par nécessité, mais sans goût, aux hommes de désordre, maintenait la discipline non-seulement dans les rangs de son armée, dont Tattitude était exemplaire, mais jusque parmi ses compromettants auxiliaires.

Un tel élat de choses ne pouvait certainement durer longtemps; mais, comme nous Tavons dit tant de fois, la solution qu'allait recevoir la question romaine ne dépendait en aucune façon de ce qui se passait sur les lieux entre le pape et le général Mioliis. A coup sûr, le parti de l'empereur était pris. Dans sa pensée, le pouvoir temporel des papes était définitivement condamné. A quel moment se croirait-il assez fort pour lui donner le coup de grâce? Là était toute la question. Elle dépendait uniquement de ce qui allait advenir en Europe. Déjà les succès remportés dans le courant de Tété et de l'automne de 1808 contre l'Espagne catholique donnaient à Napoléon la facilité de garder moins de ménagements envers le saint- siège, et tout aussitôt il en profita pour faire arrêter dans son palais et renvoyer de Rome le chevalier de Yargas , l'ancien ambassadeur du roi Charles IV. Au printemps de 1809, à pQÏne avait-il obtenu ses premiers avantages contre l'Autriche, la seule grande puissance qui pouvait encore prétendre à défendre contre lui le chef de la catholicité, à peine s'était -il ouvert la route de Vienne, tombée une seconde fois entre ses mains, qu'assuré de n'avoir plus désormais à compter avec personne, l'empereur se décidait à porter enfin le der-

nier coup à la puissance temporelle du saint-père.

Ce fut à Schœnbrunn qu'il arrêta sa résolution définilive. Les grandes batailles d'Essling, de Wagram, n'étaient point encore gagnées. N'importe , le succès ne lui semblait plus douteux. Quelques instants de repos étaient nécessaires pour refaire son armée et préparer de plus décisives victoires ; il les emploiera à jeter bas entre deux triomphes ce vieil édifice du pouvoir temporel des papes, jadis fondé par Charlemagne et qu'un second Charlemagne saura bien détruire à son tour par un décret daté de la capitale de Tancien empire d'Allemagne. Ces rapprochements historiques qu'évoquait l'imagination puissante de Napoléon avaient le malheur, en exaltant démesurément son orgueil , de troubler parfois un peu sa raison. Lancé à la poursuite d'une gigantesque et folle grandeur, il lui arrivait alors de perdre complètement, dans son langage aussi bien que dans sa conduite, celle modération de bon goût, cette calme apprécialion des choses dont l'absence , partout choquante, non-seulement étonne, mais attriste singulièrement de la part d'un aussi grand esprit.

« L'intention de l'empereur, écrit-il de Schœnbrunn à M. de Champagny, est de faire communiquer au sénat, du 5 au 10 juin, deux décrets au sujet de

la prise de possession des Ëlàts du pape. Sa Majesté désire que le rapport qui accompagnera les décrets développe les motifs établis dans les considérants, et qu'il prouve que , lorsque Charlemagne fit les papes souverains temporels , il voulut quMls restassent vassaux de Tempire ; qu'aujourd'hui , loin de se croire vassaux de l'empire, ils neveulent même pas en faire partie; que Charlemagne, dans sa générosité envers les papes , eut pour but le bien de la chrétienté , et qu'aujourd'hui ils prétendent s'allier avec les protestants et les ennemis de la chrétienté ; que le moindre inconvénient qui résulte de semblables dispositions est de voir le chef de l'Église en négociation avec les protestants, lorsque, d'après les lois de l'Église, il devrait s'éloigner d'eux et les excommunier (il y a sur ce sujet une prière qui se récite à Rome). — Suit un historique assez peu fidèle de ses différends avec la cour de Rome. — ... Pour couper court à ces discussions si contraires au bien de la religion, si contraires au bien de l'empire. Sa Majesté n'a qu'un moyen : c'est de révoquer la donation de Charlemagne et de réduire les papes à ce qu'ils doivent être en mettant le pouvoir spirituel à l'abri des passions auxquelles l'autorité temporelle est sujette. Jésus-Christ, né do sang de David, ne voulut point être roi. Pendant des

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siècles , les fondateurs de notre religion n'ont point été rois. Il n'est aucun historien, aucun auteur de bonne foi, qui ne convienne que la puissance temporelle des papes a été funeste à la religion. Si des discussions ont si longtemps agité l'intérieur de la France, la cause en était non dans le pouvoir spirituel, nKiifi dans le pouvoir temporel de Rome. Si de grandes nations se sont séparées de l'Église, la cause en était encore dans l'abus du pouvoir de Rome...

« L'intérêt de la religion et celui des peuples de France, d'Allemagne, d'Italie, ordonnent également à Sa Majesté de mettre un terme à cette ridicule puissancie temporelle, faible reste des exagérations des Grégoire... qui prétendaient régner sur les rois, donner des couronnes et avoir la direction des affaires de la terre comme celle du ciel... Si Sa Majesté ne fait pas ce que seule elle peut faire, elle laissera à l'Europe des semences de discussions et de discordes. La postérité, en la louant d'avoir rétabli le culte et relevé les autels , la blâmerait d'avoir laissé l'empire, c'est-à-dire la plus grande majorité de l'Europe, exposé à l'influence de ce mélange bizarre contraire à la religion et à la tranquillité de l'empire. Cet obstacle ne peut être surmonté qu'en séparant l'autorité temporelle de l'autorité spirituelle, et en décla-

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raul que les États du pape font partie de Tempire ^ » A cette note, dictée pour M. le comte de Champagiiy, étaient joints deux décrets datés comme elle du 17 mai 1809.

« Considérant, disait le premier de ces décrets, qu'à répoque où Charlemagne, empereur des Français et notre auguste prédécesseur, fit donation de plusieurs comtés aux évêques de Rome, il ne les leur donna ({u'à titre de fiefs et pour le bien de ses États, et que par cette donation Rome n'a pas cessé de faire partie de son empire; que, depuis, ce mélange du pouvoir spirituel avec une autorité temporelle a été, comme il Test encore, une source de discussions et a porté trop souvent les pontifes à employer l'influence de l'un pour soutenir ^es prétentions de l'aulre; qu'ainsi les intérêts spirituels et les affaires du ciel, qui sont immuables, se sont trouvés mêlés aux affaires terresii'es, qui par leur nature changent selon la circonstance et la politique des temps; que tout ce que nous avons proposé pour concilier la sûreté de nos armées, la tranquillité et le bien-être

1. Note pour M. le comte de Champagny, ministre des relatioD8 extérieures, 17 mai 1809. — Correspondance de Vemperetir Napo^ iéon Jer^ t. XIX, p. 13.

de nos peuples, la dignité et rintégrilé de notre empire avec les prétentions temporelles du pape, n'a pu se réaliser, nous avons décrété et décrétons ce qui suit : Article 1'^ Les États du pape sont réunis à l'empire français... Article 5. Les terres et domaines du pape seront augmftntés jusqu'à la concurrence d'un revenu net et annuel de deux millions... »

Le second décret nommait les membres de la consulte extraordinaire qui devait au 1" juin prendre possession des États du pape et arrêter les dispositions nécessaires pour que le passage de l'ordre ancien au nouveau régime fût accompli sans secousses au l"ianvier 1810. Le général MioUis, gouverneur général de Rome, était nommé président de la consulte extraordinaire; Salicetti, ministre de la police du roi de Naples, en était le vice-président. Les sieurs de Gérando, Janet, del Pozzo, maîtres des requêtes au conseil d'État, en faisaient partie, ainsi que l'auditeur de Balbe.

Mais il fallait un chef pour conduire de haut toute cette affaire de Rome. L'empereur avait fait choix du nouveau roi de Naples, Joachim Murât. Les relations de Napoléon avec son beau-frère avaient été depuis quelque temps assez tendues. Murât, qui avait eu l'habileté de pressentir Tannée précédente les desseins de

l'empereur sur l'Espagne , et qui les avait servis si bien sans en avoir reçu la confidence, s'était un peu flatté de travailler alors à son profit. Il n'avait pas vu sans une certaine jalousie la préférence donnée au roi Joseph pour occuper un trône qu'il avait si fort contribué à conquérir. La couronne de Naples, qui lui avait été donnée en échange, avait un peu calmé sa mauvaise humeur sans satisfaire toutefois complètement son inquiète ambition. La correspondance échangée entre Napoléon et le roi Joachim depuis la dernière moitié de 1808 jusqu'aux premiers mois de 1809 témoigne qu'il régnait à cette époque un peu de froid entre les deux beaux-frères. Cependant cela n'avait guère duré.

On peut même conjecturer, d'après certains passages des lettres du roi Murât qui ont passé sous nos yeux, que le bon accord, un instant troublé, s'était rétabli précisément à propos des affaires de Rome et de l'occupation projetée des États du pape. Au 15 avril 1809, c'est-à-dire au moment où l'empereur n'avait pas encore quitté Strasbourg pour aller combattre les armées autrichiennes de l'autre côté du Rhin, Murât connaissait déjà parfaitement les résolutions qui ne devaient être révélées aux plus intimes serviteurs de Napoléon que cinq semaines plus

tard, après la défaite de Tarehiduc Charles sur les bords du Danube. « J'ose garantir, écrit Murât dès cette époque, que l'événement qui se prépare à Rome n'y occasionnera aucun trouble. Il y sera reçu avec reconnaissance ; il influera même sur mes États ; je serai plus maître du clergé, et le crédit du pape cessera d'y exercer son action... Depuis que Votre Majestém'a fait connaître ses intentions sur Rome, je ne m'éloignerai plus de Naples ^ )> Il semble résulter d'autres passages, d'ailleurs assez obscurs, de la correspondance de Murât qu'une première fois déjà Salieetti, son ministre, s'était transporté à Rome pour agir de concert avec le général Mioilis, et que l'affaire avait ensuite été remise. Quoi qu'il en soit, à la date du 17 mai, c'est-à-dire le jour même où l'empereur signait les deux décrets datés de Schœnbrunn, Murât, de plus en plus pressé de voir mettre à exécution les mesures qui lui avaient été annoncées contre le saintpère, écrit de nouveau à son beau-frère : « J'attends avec impatience la nouvelle que Votre Majesté a pris son parti sur Rome. On me mande que le pape a voulu lancer une excommunication, mais que la ma-

1. Lettre de Joachim Murât , roi de Naples, à Tempereur Napoléon, 15 ayril 1809. — Dépôt du ministère de la guerre.

jorité du consistoire s'y est opposée. Mes troupes sont prêtes et bien disposées *. »

Le premier soin de l'empereur, après avx)ir signé les décrets du 17 mai, fut en effet de mettre les troupes du pape sous les ordres de Murât*. Le roi de Naples l'en remercie aussitôt avec effusion. « Je m'empresse d'annoncer à Votre Majesté que Je viens de recevoir sa dépêche du 18 mai. Je vous remercie bien de la nouvelle preuve de confiance que vous venez de me donner. Tous vos ordres seront remplis, et j'espère qu'ils le seront sans troubles. La date de l'arrêté de Voire Majesté porte la date du 1" juin pour la prise de possession de Rome, et par sa lettre il m'est recommandé de tenir caché le tout jusqu'au 5 juin. Je dois penser que Votre Majesté avait réfléchi qu'il fallait ce temps-là pour laisser arriver les membres de la consulte ^ »

1. Lettre du roi Joachim Murat à Tempereur, 17 mai 1809. — Dépôt du mlDistère de la guerre.

2. Lettre de Tempereur au roi de Naples, Schœnbrunn, 17 mai 1809. — Correspondance de Napoléon /«»", t. XIX, p. 20.

3. Lettre du roi Murat à l'empereur Napoléon, 30 mai 1809. — 11 y a ici, soit dans la Correspondance de Napoléon /«»", imprimée par le gouvernement, soit dans les lettres originales de Murat, que nous avons consultées au département de la guerre, quelques erreurs de dates d'ailleurs insignifiantes. Dans la correspondance imprimée, la

MINISÏÈRK DU CARDINAL PACCA î>3

Tant de mesures préparatoires n'avaient pu être si secrètemeut prises, qu'il n'en transpirât quelque chose à Rome. Depuis les grands succès militaires remportés par Tempereur en Allemagne, il n'y avait plus une seule personne dans les États pontificaux qui ne s'allendît à voir le gouvernement français frapper d'un instant à l'autre quelque grand coup d'autorité ; mais quel serait-il? Le pape et son ministre entretenaient si peu d'illusions à cet égard, qu'ils se demandaient uniquement depuis plusieurs jours avec anxiété de quelle façon procéderait le général Miollis. Arrêterait-il le pape avant de le déposer comme prince temporel, ou bien proclamerait-il sa déchéance en lui laissant sa liberté? Dans l'une comme dans l'autre hypothèse, Pie VII était résolu à prononcer l'excommunication contre les auteurs et les fauteurs d'une pareille violence.

Déjà depuis plusieurs années, même dès Tannée

lettre de l'empereur est datée du 17, non du 18, comme le dit le roi Murât, et Ton y lit que l'occupation de Rome doit être gardée secrète jusqu'au 1*' juin et non pas jusqu'au 5. Faut-il supposer qu'une lettre datée du 18 a été omise dans la correspondance imprimée? Nous ne le croyons pas. Il s'agit probablement d'une simple erreur commise à rimprimerie impériale, par suite de l'indàchififrable écriture deTeuipereur. En réalité, la prise de possession de Rome n'a eu lieu que le 10 juin.

jorilé du consistoire s'y est opposée. Mes troupes sont prêtes et bien disposées *. »

Le premier soin de l'empereur, après avoir signé les décrets du 17 mai, fut en effet de mettre les troupes du pape sous les ordres de Murât*. Le roi de Naples l'en remercie aussitôt avec effusion. « Je m'empresse d'annoncer à Votre Majesté que je viens de recevoir sa dépèche du 18 mai. Je vous remercie bien de la nouvelle preuve de confiance que vous venez de me donner. Tous vos ordres seront remplis, et j'espère qu'ils le seront sans troubles. La date de l'arrêté de Voire Majesté porte la date du 1" juin pour la prise de possession de Rome, et par sa lettre il m'est recommandé de tenir caché le tout jusqu'au 5 juin. Je dois penser que Votre Majesté avait réfléchi qu'il fallait ce temps-là pour laisser arriver les membres de la consulte ^. »

1. Lettre du roi Joachim Murat à Tempereur, 17 mai 1809. — Dépôt da miDistère de la guerre.

2. Lettre de Tempereur au roi de Naples, Schœr' 1809. — Correspondance de Napoléon /«'', t. XIX, p.

3. Lettre du roi Murat à Tempereur Napoléon, 3o a ici, soit dans la Correspondance de Napoléon /^'» gouvernement, soit dans les lettres originales d> avons consultées au département de la guerre, (| dates d'ailleurs insignifiantes. Dans la correspont

MINISTKRK U[J CAUmNAI. l'ACCA WA

Tant de mesures préparatoires n'avaienlpu être si secrèlemeul prises, qu'il n'en Iranspirflt quelque chose à Rome. Depuis les grands succès militaires remportés piU" l'empereur en Allemagiie, il n'y avait plus une seule personne dans les États pontificaux qui ne s'allendlt à voir le gouvernement français frapper d'un inslanl à l'autre quelque grand coup d'autorité ; mais quel serait-il? Le pape et son minisire entrelenaienlsi peu d'illusions à cet égard, qu'ils se demanilaient uniquement depuis plusieurs jours avec anxiéto de quelle façon procéderait le général Miollîs. Arrélerait-il le pape avant de le déposer comme prince temporel , ou bien proclamerai(-ii sa déchéance en lui laissant sa liberté? Dan» l'une comme dans l'autre hypothèse, Pie Yll était résolu à prononcer l'escom-

(le Napoléon, chargé par lui de surveiller à Naples les velléités d'indépendance de son beau-frère, avait pris fort à cœur sa mission ; déjà il en avait combiné ions les détails sous les ordres de son supérieur hiérarchique, le général Miollis, homme de devoir avant tout, ancien républicain comme lui, mais beaucoup plus modéré et moins sensible que son impétueux collègue de la consulte au plaisir d'avoir à détrôner un pape. Le 10 juin 1809, tous les préparatifs étaient faits.

Dès le matin, raconte le cardinal Pacca, on vint lui annoncer que les partisans des Français avaient pris tout à coup un air triomphant et qu'ils allaient se vantant publiquement que c'en était désormais fini des protestations du pape. Dès lors le secrétaire d'État ne douta plus que le moment fatal ne fût arrivé. En effet, vers deux heures de l'après-midi, on abaissa les armes pontificales au château Saint-Ange, et l'on arbora le drapeau tricolore, qui fut salué d'une salve d'artillerie, tandis que des corps de troupes françaises publiaient dans la ville, au son de la trompette, le décret impérial daté de \ienne; mais laissons un instant la parole au propre ministre de Sa Sainteté :

« Je me précipitai soudain, écrit le cardinal Pacca,

dans l'appartement du saint-père, et en nous abor* dant nous prononçâmes tous les deux ces paroles du Rédempteur : Consummatum est! J'étais dans un élat difficile à décrire ; mais la vue du saint-père, qui conservait une inaltérable tranquillité, m'édifia beaucoup et ranima mon courage. Quelques minutes après, mon neveu m'apporta une copie du décret impérial. Le pape se leva et me suivit a la fenêtre pour en entendre la lecture. J'essayai de maîtriser le premier moment de la douleur pour lire avec attention cette pièce importante, qui devait nous servir de règle dans les mesures que nous avions à prendre ; mais la juste et profonde indignation que m'inspirait lesacritége qui se consommait alors, la présence en face et tout près de moi de mon infortuné souverain, du vicaire de Jésus-Christ prêt à entendre -de ma bouche la sentence de son détrônement, les calomnies qu'en le parcourant de l'œil je voyais d'avance dans ce décret impie, les continuels coups de canon qui annonçaient la plus inique usurpation avec un triomphe insultant, tout cela m'émut si profondément, me troubla tellement la vue, que je ne pus lire qu'à moitié à travers de fréquentes interruptions et avec une respiration suffoquée les principaux articles du décret. Puis, observant attentivement le pape, aux premières

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paroles je vis de rémotion sur son visage, et j'y reniarqufi des signes non pas de crainte ni d'abattement, mais d'une trop naturelle indignation. Peu à peu il se remit, et il écouta la lecture avec beaucoup de tranquillité et de résignation. Quand elle fut finie, le saint-père se rapprocha de la table et, sans rien dire, y signa les copies d'une protestation en italien qui fut affichée dans Rome la nuit suivante *. ))

Cependant il n'avait pas été question de la part du saint-père de la bulle d'excommunication. Ce fut le cardinal qui lui demanda s'il devait donner des ordres pour la faire publier. Pie \II parut d'abord un peu incertain. Il venait de relire exprès cette bulle ; il trouvait bien fortes les expressions qu'on y employait contre le gouvernement français. Le cardinal Pacca lui fit observer que, « devant en venir à une aussi solennelle extrémité, il était pourtant nécessaire d'y présenter un tableau épouvantable, mais non exagéré, de toutes les injustices, de toutes les oppressions, de toutes les violences du gouvernement impérial, afin qu'on fût convaincu et forcé d'avouer que le pape avait encore trop tardé à élever

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