CHAPITRE XXXVIII
La messe da mariage est célébrée dans le grand salon du Lonvre. — Ciolère de Temperear quand il apprend qne les cardinanx ne sont pas tous présents. — A la réception officielle du lendemain , l'emperear fait renvoyer des Tui> leries les cardinaux qui n'étaient pas la Teille à la messe du mariage' — Ordre donné de les faire juger. — Il est commué en un décret d'exil hors de Paris. — Gonsteraation des cardinaux. — Ils écrivent une lettre pour protester de leurs sentiments. — Ils n'en sont pas moins exilés et dépouillés de leurs insignes de cardinaux. — La colère de Napoléon s'étend jusqu'à Pabbé Emery, et pourquoi. — La communauté de Saint-Sulpice est dissoute, et Tabbé Émery pense à la transporter en Amérique.
Cependant le moment décisif approchait, et la future impératrice était arrivée à Paris. A la réception des grands corps de TÉtat, l'empereur, lui présentant le sacré-coUége, nomma gracieusement Consalvi en disant à l'impératrice, qu'il tenait par la main : « C'est celui qui a fait le concordat. » Cela se passait le samedi au soir 31 mars. Le mariage religieux était fixé pour le surlendemain lundi. On avait à cet eflFet disposé en chapelle le grand salon du Louvre qui fait suite à la galerie des tableaux. Rien n'avait été épar-
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gné pour ajouter le plus magnifique éclat à cette cérémonie. Si vaste que fût la salle où la bénédiction devait être donnée aux époux, elle ne l'était pas encore assez pour contenir tous ceux qui, avec quelque apparence de droit, avaient aspiré à s'y faire placer.
Toute la grande galerie des tableaux était remplie d'une foule de spectateurs choisis parmi ce que la France avait de plus distingué, et qui, rangés de chatpe côté sur trois ou quatre rangs, jouissaient au moins du privilège fort envié de voir défiler devant eux le cortège impérial. Lorsque l'empereur, conduisant Marie-Louise par la main, traversa lentement l'interminable galerie, chacun fut frappé de l'air de triomphe qui éclatait dans toute sa personne. Sa physionomie, naturellement sérieuse, était resplendissante de bonheîur et de joie. Gomment en aurait-il élé autrement? et pour cet enfant de ses œuvres, pour ce soldat de fortune épris avant tout des jouissances de l'orgueil, quelle immense satisfaction de mener ainsi à l'autel, au milieu de tant de tètes inclinées, la fille même des césars, enlevée comme un dernier trophée de victoire à la plus vieille race des souverains qui fût alors sur le continent !
Cependant la minute d'après, à peine entré dans la îhapelle improvisée, les traits de l'empereur chan-
gèrent tout à coup d'expression. Son front s'était ridé. « Où sont les cardinaux? dit-il du ton le plus irrité à son-maître de chapelle, l'abbé de Pradt. Jene les vois point. » Il les voyait parfaitement, mais ils n'étaient que quatorze,- son compte n'y était pas. a Un grand nombre s'y trouvent, lui fit remarquer l'abbé de Pradt. D'ailleurs, il y a bien des infirmes et des vieillards parmi eux, et le temps est si mauvais! — Ah ! les sots ! » Puis, reportant ses regards sur quelques banquettes vides : « Mais non, ils n'y sont point. Ah! les sots! les sots! » répéta-t-il encore d'une voix courroucée en lançant de ce côté un regard foudroyant accompagné d'un mouvement de tête où se peignait l'annonce de la vengeance; el l'abbé de Pradt comprit qu'il se formait un gros orage. Durant la cérémonie, l'empereur resta tout absorbé, comme s'il avait peine à se distraire de son mécontentement. Cependant, en revenant de l'autel, après avoir mis l'anneau nuptial au doigt de Marie- Louise, lorsqu'il fut assis de nouveau dans son fauteuil, s'adressant à M. de Pradt, il lui dit : « Je viens de donner un anneau à ma femme; elle ne m'en a pas donné. Pourquoi cela? » M. de Pradt lui fournit une explication quelconque. Napoléon demeura un instant dans une sorte de rêverie qui lui était fami-
lière quand il avait reçu une réponse qui ne le satisfaisait point. Au bout d'une minute, il reprit : « J'ai donné un anneau à Timpératrice parce que la femme est resclave de Thomme. Regardez chez les Romains : les esclaves portent tous un anneau ^ »
Au retour de la cérémonie, les spectateurs de la galerie ne furent pas médiocrement surpris de voir cette physionomie du maître, tout à l'heure si radieuse, devenue en si peu de temps sombre et menaçante. Que s'était-il passé? Bientôt Ton connut l'absence des treize cardinaux, qui seule avait causé cette colère de l'empereur. Les effets en furent terribles et immédiats, a Quoi ! ils avaient osé persister dans une résolution qu'il les avait défiés d'accomplir! Quoi! ils avaient eu la hardiesse de le braver et de lui faire un affront public ! Ils en subiraient un à leur tour. Ils n'avaient pas voulu assister aujourd'hui à son mariage, eh bien ! demain il les chasserait honteusement de sa cour. » Le lendemain était en effet le jour où devait se faire aux Tuileries la présentation de tous les grands corps de l'État aux deux souverains assis sur leur trône* Les treize cardinaux s'y rendirent avec leurs collègues, ainsi qu'il avait été convenu. Rien