OEuvres complètes du cardinal Pacca, t. 1er, p. ge
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fichée tant à Rome que dans toutes les villes des environs, et les mesures du cardinal Pacca s'étaient trouvées si bien prises, la surveillance française si cojnplétement déjouée, que pas un seul des nombreux agents employés par le cardinal secrétaire d'État ne fut saisi ni même découvert.
Pour s'expliquer l'irritation qu'éprouva le général Miol- Us en apprenant l'audacieuse démarche du cardinal Pacca, il faut se rappeler au milieu de quelles circonstances elle venait de se produire, et quel était l'état général du continent européen au moment oii le suint-père se mettait à renouveler tout à coup ses plaintes contre l'empereur Napoléon non-seulement avec une vivacité nouvelle, mais aussi avec une sorte de confiance inusitée. Ce moment était celui où* les cours étrangères apprenaient, non sans surprise et sans une joie assez mal dissimulée, les désastreux détails de la capitulation du général Dupont à Baylen, le départ précipité de Madrid du roi Joseph et l'envoi fait en Espagne d'ua renfort de 100,000 vétérans, enlevés su- Ditement à l'armée du Rhin.
A Rome, comme ailleurs, on savait que l'empereur allait prendre lui-même en main, de l'autre côté des Pyrénées, lu conduite de la guerre contre la nation espagnole révoltée; à Rome, plus qu'ailleurs, on était sympathique *à la cause d'un peuple qui prenait les armes pour défendre
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son souverain légitime et sa foi religieuse : justement parce qu'on formait des vœux contre l'empereur et pour les Espagnols, on n'était pas éloigné de croire un peu, comme il arrive toujours, aux événements que l'on désirait si fort. Devançant de "beaucoup les faits, on voyait déjà les Espagnols, aidés des Anglais, triompher de l'habileté du grand capitaine et du courage de ses vaillants soldats. On espérait, tout en tremblant encore, car la fortune avait souvent trahi pareille attente, on espérait cependant voir enfin arriver le terme de l'occupation française. Ge qui ajoutait peut-être à cette demi-confiance du Vatican, c'est qu'il n'ignorait probablement plus la diversion projetée de l'Autriche en Allemagne et ses armements considérables, armements assez manifestes déjà pour avoir excité les ombrages de Napoléon et donné lieu de sa part (15 août 4808) à la scène publique qu'il n'avait pas craint de faire en pleine cour à l'ambassadeur autrichien à Paris, le prince de Metternich.
Cette prévision d'une lutte possible avec l'Autriche avait déterminé quelques mouvements de troupes en Italie. Les provinces du midi et du centre avaient été dégarnies des corps détachés qui les occupaient, et le vice-roi avait été invité à les rapprocheï autant que po sible des rives de l'Adige et du sommet des montagnes du Tyrol. Un assez grand nombre d'officiers et de soldats placés à
Rome et dans les environs, sous les ordres du général MioUis, avaient été également rappelés du côté de Milan. Le général MioUis, qui se sentait un peu faible et presque désarmé devant le nouveau ministre du saint-père, qu'il voyait animé de velléités de résistance auxquelles il ne s'attendait plus, s'imagina qu'il ne lui en coûterait pas un grand effort pour faire brusquement disparaître de la scène, comme précédemment le cardinal Gabrielli, ce secrétaire d'État qui avait le tort de se rendre si incommode.
Le 6 septembre 4808, tandis qu'il traitait d'affaires avec un prélat romain, le cardinal Pacca vit entrer dans ses appartements du Quirinal un major piémontais au service de la France, accouipagné d'un autre officier; ils venaient tous deux, de la part du général Miollis, lui intimer l'ordre de quitter Rome dans les vingt-quatre heures. Ces messieurs l'avertirent qu'il « trouverait à la porte Saint - Jean une escorte de dragons chargés de l'accompagner jusqu'à Bénévent, sa patrie ». Pacca n'était pas homme à se troubler pour si peu. Il répondit qu'il n'avait d'ordre à recevoir chez lui de qui que ce fut, et qu'il allait prendre ceux de son souve'rain. Le major piémontais lui dit alors qu'il ne sortirait pas de la pièce où il était, et que son compagnon était chargé de l'y garder à vue. Le secrétaire d'Élal demanda la permission d'écrire à Sa Sainteté,
puisqu'on lui interdisait de se rendre en personne au près d'elle. Le major piémontais y consentit, et, se retirant, laissa le cardinal Pacca sous la surveillance de son camarade.
Quelques minutes après, pendant que le secrétaire d'État causait avec son gardien de choses indifférentes, la porte de son cabinet s'ouvrit avec fracas; c'était Pie VIT qui entrait. « Je fus alors témoin, raconte Pacca, d'un phénomène dont j'avais entendu parler, l'horripilation. Dans un accès de puissante colère, il arrive parfois que les cheveux se hérissent et que la vue est entièrement troublée. L'excellent pontife était en cet étal, et, quoique je fusse vêtu en cardinal, il ne me reconnut pas. « Qui est là? s*écria-t-il d'une voix forte? — Je suis le cardinal, lui répondis-je en lui baisant la main. — Oîi est l'oflicier? » reprit le saint-père. Et je le lui montrai près de moi dans une attitude respectueuse. Alors, le pape, se tournant vers lui : « Allez, dit-il, annoncer à votre général que je suis las de souffrir tant d'insultes et d'outrages de la part d'un homme qui ose encore se dire catholique. Je n'ignore point quel est le but de toutes ces violences : on voudrait, en me séparant peu à peu de tous mes conseillers, me mettre hors d'état d'exercer mon ministère apostolique et de défendre les droits de ma souveraineté temporelle. J'ordonne à mon ministre de ne point obéir aux injonc-
lions d'une autorité illégitime. Que votre général sache que, si la force doit l'arracher d'auprès de moi, ce ne sera qu'après avoir brisé toutes les portes, et je le déclare à l'avance responsable des conséquences d'un aussi énorme attentat. » L'oflicier français, un peu interdit, demanda respectueusement au cardinal de vouloir bien lui traduire les paroles de Sa Sainteté, qu'il n'avait pas comprises parce qu'il n'entendait pas l'italien, et promit de les rapporter fidèlement à son général. A peine était-il sorti : « Monsieur le cardinal, allons! » s'écria Pie VII. Et, prenant le secrétaire d'État par la main, il remonta vers ses appartements par le grand escalier du palais au milieu des serviteurs pontificaux, qui ne pouvaient retenir leurs applaudissements. Trois pièces contiguës à sa chambre à coucher furent désignées par le saint-père pour servir de demeure à son ministre. Le soir même, il donna l'ordre de fermer la porte principale du Quirinal, et de ne plus jamais laisser entrer un seul officier français, quel que fût son grade et sous n'importe quel prétexte.
La nouvelle de cette scène étrange se répandit dans Rome avec une extrême rapidité. Il n'y avait nulle part assez d'éloges pour la courageuse fermeté du saint-père. Le peuple l'omain, tout le clergé et surtout les habitants du Translévère se montraient particulièrement satisfaits et fiers de l'attitude qu'avait enfin prise le chef de la ca-
tholicité. Qu'allait faire maintenant le général Miollis? Irait-il enlever Pacai jusque dans les bras du saint-père ? Le général Miollis, un peu désappointé du malheureux succès de sa démarche, prit un parti infiniment plus sage ; , il se tint parfaitement tranquille. Aussi bien le temps n'eût pas été opportun pour créer de nouveaux embarras à son maître. L'empereur venait d'annoncer au Sénat * l'intention de pousser les affaires d'Espagne avec la plus grande activité, et d'aller détruire lui-même les armées que l'Angleterre avait débarquées dans ce pays. Son message au premier corps de l'État n'était pas dépourvu d'une certaine gravité sérieuse et un peu triste qui contrastait avec d'autres documents jadis écrits en pareille occurrence du ton d'un homme assuré de courir à de nouveaux succès. Évidemment la parole était aux événements de la guerre, et les affaires de Rome, cette fois encore comme par le passé, devaient se résoudre ailleurs que dans ses murs et sur des champs de bataille bien éloignés de l'Italie. I^a pensée de l'empereur était présentement occupée d'autre chose que de sa querelle avec le saint-père ; mais, tandis qu'il poursuivait jusqu'en Gastille, dans l'Aragonais et dans l'Andalousie les armées réunies de l'Espagne et de J' Angleterre, il n'était pas cependant si distrait des événe-