Circulaire aux évêques d'Italie, 16 décembre
Au ["janvier 1809, encore retenu à Benaventecn Esprrgne, Napoléon, qui avait en vérité le don de penser à tout, avait découvert un moyen qui lui avait beaucoup souri de se rendre personnellement désagréable à Pie VU.
« Monsieur de Champagny, écrivait-il à son ministre des relations extérieures, le pipe est dans l'usage de donner des cierges aux différentes puissances. Vous écrirez à mon agent à Rome que je n'en veux pas. Le roi d'Espagne n'en veut pas non plus. Écrivez à Naples et en Hollande pour qu'on les refuse... Mon chargé d'affaires fera connaître que, le jour de la Chandeleur, je reçois des cierges bénits par mon curé, que ce n'est ni la pompe ni la puissance qui donnent de la valeur à ces sortes de choses. 'il peut y avoir en enfer des papes comme des curés ; ainsi le cierge bénit par mon curé peut être une chose aussi sainte que celui du pape. Je ne veux pas recevoir ceux que donne le pape, et tous les princes de ma famille doivent en faire autant *. ^
Rendu à Paris, l'empereur écrivait à peu près h la mêmq époque au \ice-roi d'Italie : « Cesarotti a laiss" une Histoire des papes ; fiiites-vous rendre coaipte de cet ouvrage, et, s'il tend à faire connaître le mal que les papes ont fait
1. Lettre lie l'empereur an con ledeCliampagny, 1" janvier J809. — Correupondance de Napoléon /«', I. XVlll, p. 165.
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il la religion et à la chrélicnté, faites-le imprimer sans délai '. »
Ces puérilités de conduite et ces rudesses de langage, sans importance en elles-mêmes, n'ont d'intérêt que par le jour qu'elles jettent sur les sentiments de profonde irritation contre le pape qui couvaient chez l'empereur, sentiments encore dissimulés, ou du moins un peu contraints, auxquels le retour des faveurs de la fortune allait bientôt lui permettre de donner enfin libre cours. Nous fatiguerions inutilement nos lecteurs si nous les entretenions en détail de tous les petits incidents qui se succédèrent k Rome depuis le moment où le général Miollis avait en vain tenté d'arrêter le cardinal Pacca, désormais préservé contre de semblables violences par sa résidence habituelle auprès du saint-père, jusqu'au jour où fut officiellement proclamée la réunion définitive des États romains à l'empire français. Les scènes que nous avons déjà fait passer sous leurs yeux suffisent à bien indiquer quelle était la situation réciproque des deux partis mis en présence. Ainsi qu'il est naturel de le supposer, cette situation n'avait fait que s'envenimer en se prolongeant. De plus en plus la partie distinguée de la société romaine et le
1. Lettre de reiupereur Napoléon au vice- roi d'Italie, 8 mars 1809. — Correspondance de Napoléon h'^, t. XVIII, p. 303.
bas peuple des faubourgs prenaient parti pour lesiunt-père.
C'est ainsi que le général Miollis, ayant voulu, contre l'ordre préieis de Pie VII, faire célébrer avec l'éclat accoutumé les fêtes du carnaval, avait dû employer des mesures de rigueur pour dresser des échafaudages le long du Corso ; les juifs euxrmèmes avaient refusé de fournir les tapisseries d'ornementation et les prix pour b course de chevaux qui d'ordinuire a lieu Je mardi gras. Ce jour-là, tout le peuple romain s'était, comme sur un mot d'ordre, abstenu de paraître sur les pla.'es publiques, cl les rues étaient presque désertes. Par contre, il faut dire que le commandant des troupes françjiises s'était créé quelques partisans au sein de cette portion de la bourgeoisie qui s'était autrefois ralliée à la république romaine après l'enlèvement du pape PieVI. Ses efforts secrets tendaient à l'organiser révolutionnairement et à l'exciter sous main contre le gouvernement pontifical, besogne toujours facile à quiconque prend plaisir à mettre en relief tous ses vieux abus traditionnels si résolument niés de nos jours, mais qui n'en existaient pas moins à cette époque, puisqu'ils sont à plusieurs reprises non-seulement reconnus, mais tout au long dénoncés dans les Mémoires des deux secrétaires d'État Consalvi et Pacca.
Le commandant des troupes françaises avait pour cela des facilités singulières. Il disposait del» Gazette romaine^
sur laquelle il avait mis la main malgré la prolestaliou du saint-père et de son ministre ; il pouvait y faire insérer à son gré des articles auxquels le gouvernement pontifical n'avait pas le droit de répondre. Il avait également à sa merci une sorte de garde civique portant, on ne sait pourquoi, la cocarde française et composée en partie d'Italiens des provinces du nord et du midi, en partie d'une foule de gens sans aveu. Au milieu de cette confusion indescriptible, il régnait toutefois un certain ordre extérieur et une sorte de tranquillité matérielle qui tiiisait l'élonncment du petit nombre d'étrangers qui résidaient encore à Rome. Le saint-père continuait à être moralement obéi et respecté par l'immense majorité de ses sujets, comme s'il tût demeuré en possession de toute sa puissance temporelle. De son côté, le général Miollis, allié par nécessité, mais sans goût, aux hommes de désordre, maintenait la discipline non-seulement dans les rangs de son armée, dont l'attitude élait exemplaire, mais jusque parmi ses ronipromeltants auxiliaires.
Un tel état de choses ne pouvait certainement durer longtemps ; mais, comme nous l'avons dit tant de fois, la solution qu'allait recevoir la question romaine ne dépendait en aucune façon de ce qui se passait sur les lieux entre le pape et le général Miollis. A coup si^ir, le parti de l'empereur était pris. Dans sa pensée, le pouvoir temporel
MLMSTÈRE DU CARDLNAL PACCA 7T
des papes était définitivement condamné. A quel moment se croirait-il assez fort pour lui donner le coup de grâce ? Là était toute la question. Elle dépendait uniquement de ce qui allait advenir en Europe. Déjà les succès remportés dans le courant de l'été et de l'automne de 1808 contre l'Espagne catholique donnaient à Napoléon la facilité de garder moms de ménagemenls envers le saint-siége, et tout aussitôt il en profita pour faire arrêter dans son palais et renvoyer de Rome le chevalier de Vargas, l'ancien ambassadeur du roi Charles IV. Au printemps de 1809, à |)eine avait-il obtenu ses premiers avantages contre l'Autriche, la seule grande puissance qui pouvait encore prétendre à défendre contre lui le chef de la catholicité, à peine s'était.-il ouvert la route de Vienne, tombée ime seconde fois entre ses mains, qu'assuré de n'avoir plus désormais à compter avec personne, l'empereur se décidait à porter enfin le dernier coup à la puissance temporelle du saint-père.
Ce fut à Schœnbrunn qu'il arrêta sa résolution définitive. Les grandes batailles d'Essling, de Wagram, n'étaient point encore gagnées. N'importe, le succès ne lui semblait plus douteux. Quelques instants de repos étaient nécessaires pour refaire son armée et préparer de plus décisives victoires ; il les emploiera à jeter bas entre deux triomphes ce vieil édifice du pouvoir temporel des papes, jadis fondé
par Charlemagne et qu'un second Gharlemagne saura bien détruire à son tour par un décret daté de la capitale de l'ancien empire d'Allemagne. Ces rapprochements historiques qu'évoquait l'imagination puissante de Napoléon avaient le malheur, en exaltant démesurément son orgueil, de troubler parfois un peu sa raison. Lancé à h. poursuite d'une gigantesque et folle grandeur, il lui arrivait alors de perdre complètement, dans son langage aussi bien que dans sa conduite, cette ^modération de bon goût, celte calme appréciation des choses dont l'absence, partout choquante, non-seulement étonne, mais attriste singulièrement de la part d'un aussi grand esprit.
« L'intention de l'empereur, écrit-il de Schœnbrunn à à M. de Champagny, est de faire communiquer au Sénat, du 5 au 10 juin, deux décrets au sujet de la prise de possession des Étals du pape. Sa Majesté désire que le rapport qui accompagnera les décrets développe les motifs établis dans les considérants, et qu'il prouve que, lorsque Charlemagne fit les papes souverains temporels, il voulut qu'ils restassent vassaux de l'empire; qu'aujourd'hui, loin de se croire vassaux de l'empire, ils ne veulent même pas en. faire partie ; que Charlemagne, dans sa générosité envers les papes, eut pour but le bien de la chrétienté, et qu'aujourd'hui ils prétendent s'allier avec les prolestants et les ennemis de la chrélienlé ; que le moindre inconvé-
nient qui résulte de semblables dispositions est de voir le chef de l'Église en négociation avec les protestants, lorsque, d'après les lois de l'Eglise, il devrait s'éloigner d'eux et les excommunier \^il y a sur ce sujet une prière qui se récite à Rome). — Suit un historique assez peu fidèle de ses différents avec la cour de Rome. — ... Pour couper court à ces discussions si contraires au bien de la religion, si contraires au bien de l'empire. Sa Majesté n'a qu'un moyen : c'est de révoquer la donation de Charlem;)gne et de réduire les papes à ce qu'ils doivent être en mettant le pouvoir spirituel à l'abri des passions auxquelles l'autorité temporelle est sujette. Jésus-Christ, né du sang de Da\id, ne voulut point être roi. Pendant des siècles, les fondateurs de notre religion n'ont point été rois. Il n'est aucun historien, aucun auteur de bonne foi, qui ne convienne que la puissance temporelle des papes a été funeste h la religion. Si des discussions ont si longtemps agité l'intérieur de la France, la cause en était non dans le pouvoir spirituel, mais dans le pouvoir temporel de Rome. Si de grandes nations se sont séparées de l'Église, la cause en était encore dans l'abus d.u pouvoir de Rome...
» L'intérêt de la religion'et celui des peuples de France, d'AlIemage, d'Italie, ordonnent également à Sa Majesté do mettre un terme à cette ridicule puissance temporelle, faible reste des exagérations des Grégoire..., qui préleu-
§0 L'EGLISE ROMAINE ET LE PilKMIER EMPIRE
liaient régner sur les rois, donner des couronnes et avoir la direction des affaires de la terre comme celle du ciel... Si Sa Majesté ne fait pas ce que seule elle peut faire, elle laissera à rKuropc des semences de discussions et de discordes. La postérité, en la louant d'avoir rétabli le culte et relevé les autels, la blâmerait d'avoir laissé l'empire, c'est-à-dire la plus grande majorité de l'Europe, exposé à l'influence de ce mélange bizarre contraire à la religion et à la tranquillité de l'empire. Cet obstacle ne peut être surmonté qu'on séparant l'autorité temporelle de l'autorité spirituelle, et* en déclarant que les États du pape font partie de l'empire '. »
A cette note, dictée pour M. de Champagny, étaient joints deux décrets, datés comme elle du 16 mai i809.
a Considérant, disait le premier de ces décrets, qu'à l'époque oîi Charlemagne, empereur des Français et notre auguste prédécesseur, fit donation de plusieurs comtés aux évêques de Rome, il ne les leur donna qu'à titre de fiefs et pour le bien de ses États, et que par cette donation Rome n'a pas cessé de faire partie de son empire ; que, .depuis, ce mélange du pouvoir spirituel avec une autorité temporelle a été, comme il l'est encore, une source de
1. Note pour M. le comte de Champagny, ministre des relations extérieures, il mai 1809. — Correspondance de l'empereur Napoléon /pf, t. XIX, p. 13.
discussions et a porté trop souvent les pontifes à employer l'influence de l'un pour soutenir les prétentions de l'autre; qu'ainsi les intérêts spirituels et les affaires du Ciel, qui sont immuables, se sont trouvés mêlés aux afiaires terrestres, qui par leur nature changent selon la circonstance et la politique des temps; que tout ce que nous avons proposé pour concilier la sùrelé de nos armées, la tranquillité et le bien-être de nos peuples, la dignité et l'intégrité de notre empire avec les prétentions temporelles du pape, n'a pu se réaliser, nous avons décrété et décrétons ce qui suit : Article 1". Les États du pape sont réunis à l'empire français... Article o. Les terres et domaines du pape seront augmentés jusqu'à la concurrence d'un revenu net et annuel de deux millions... »
Le second décret nommait les membres de la consulte extraordinaire qui devait au 1" juin prendre possession des Étals du pape et arrêter les dispositions nécessaires pour que le passage de l'ordre ancien au nouveau régime fût accompli sans secousses au 1" janvier iSlO. Le général Miollis, gouverneur général de Rome, était nommé président de la consulte extraordinaire; Salicelti, ministre de la police du roi de Naples, en était le vice-président. Les sieurs de Gérando, Janel, del Pozzo, maîtres des requêtes au conseil d'État, en faisajeni partie, ainsi que l'auditeur de Balbe.
Mais il fallait un chef pour *condu ire de haut toute celte affaire de Rome. L'empereur avait fait choix du nouveau roi de Naplcs, Joachim Mural. Les relations de Napoléon avec son beau-frère avaient été depuis quelque temps assez tendues. Murât, qui avait eu l'habileté de pressentir, l'année précédente, les desseins de l'empereur sur l'Espagne, et qui les avait servis si bien sans en avoir reçu la contidencc, s'était un peu llatté de travailler alors à son profit. Il n'avait pas vu sans une certaine jalousie la préférence donnée au roi Joseph pour occuper un trône qu'il avait si fort contribué à conquérir. La couronne de Naplcs, qui lui avait été donnée en échange, avait un peu calmé sa mauvaise humeur sans satisfaire toutefois complètement son inquiète ambition. La correspondance échangée entre Napoléon et le roi Joachim depuis la dernière moitié de 1808 jusqu'aux premiers mois de 1809 témoigne qu'il régnait à cette époque un peu de froid <3ntre les deux beaux-frères. Cependant, cela n'avait guère duré.
On peut même conjecturer, d'après certains passages des lettres du roi Murât qui ont passé sous nos yeux, que le bon accord, un instant troublé, s'était rétabli précisément à propos des affaires de Rome et de l'occupation projetée des États du pape. Au 15 avril 1809, c'est-à-dire au moment où l'empereur n'avait pis encore quitté Strasbourg pour aller combattre les armées autrichiennes de l'autre
côté du Rliin, Murât connaissait déjà parfaitement les réso lutions qui ne devaient être révélées aux plus intimes serviteurs de Napoléon que cinq semaines plu'S tard, après la défaite de larchiduc Charles sur les bords du Danube. « J'ose garantir, écrit Murât dès cet époque, que l'événement qui se prépare à Rome n'y occasionnera aucun trouble, il y sera reçu avec reconnaissance; il influera même sur mes États ; je serai plus maître du clergé, et le crédit du pape cessera d'y exercer son action... Depuis que Votre Majesté m'a tait connaître ses intentions sur Rome, je ne m'éloignerai plus de Naples ' . » Il semble résulter d'autres passages, d'ailleurs assez obscurs, de la correspondance de Murât qu'une première fois déjà Salicetti, son ministre, s'était transporté à Rome pour agir de concert avec le général MioUis, et que l'atïaire avait ensuite été remise. Quoi qu'il en soit, à la date du 17 mai, c'est-à-dire le jour même uii l'empereur signait les deux décrets datés de Schœnbrun, Murât, de plus en plus pressé de voir mettre à exécution les mesures qui lui avaient été annoncées contre le saintpère, écrit de nouveau à son beau-frère : « J'attends avec impatience la nouvelle que Votre 3Iajesté a pris son parti sur Rome. On me mande que le pape a voulu lancer une excommunication, mais que la majorité du consistoire s'y
1 . Lellre Je Joacliiiu Murât, roi de Xaples, à Temperear Xapoléoii, 13 a\ril 1809. — Déiiùl du ministère de la guerre.
est opposée. Mes troupes sont prêtes et bien disposées *. » Le premier soin de l'empereur, après avoir signé les décrets du 17 mai, fut en effet de mettre les troupes» du pape sous les ordres de Murât 2, Le roi de Naples l'en remercie aussitôt avec effusion. « Je m'empresse d'annoncer à Votre Majesté que je viens de recevoir sa dépêche du d8 mai. Je vous remercie bien de la nouvelle preuve de confiance que vous venez de me donner. Tous vos ordres seront remplis, et j'espère qu'ils le seront sans troubles. La date de l'arrêté de Votre Majesté porte la date (sic) du 1" juin pour la prise de possession de Rome, et par sa lettre il m'est recommandé de tenir caché le tout jusqu'au 5 juin. Je dois penser que Votre Majesté avait réfléchi qu'il fallait ce temps-là pour laisser arriver les membres de la consulte 3. »
i. Lettre du roi Joachim Murât ta l'empereur, 17 mai 1809. — Dépôt du ministère de la guerre.
'■2. Lellre de l'empereur au roi de Naples, Schœnbrunn, 17 mai 1809. — Corresiiondauce de Napoléon /ff, t. XIX, p. 20.
3. Lettre du roi Murât à l'empereur Napoléon, 30 mai 1809. — Il y a ici, soit dans la Correspondance de Napoléon /", imprimée par le gouveriiemeut, soit dans les lettres originales de Murât, que nous avons consultées au département de la guerre, quelques erreurs de date d'ailleurs insignifiantes. Dans la correspondance imprimée, la lettre de l'empereur est datée du 17, non du 18, comme le dit le roi Mural, et l'on y lit que l'occupation de Rome doit être gardée secrète jusqu'au 1" juin et non pas j-usqu'au 5. Faul-il supposer qu'une lettre ilatée du 18 a été omis:^ dans la correspon-
Tant de mesures préparatoires n'avaient pu être si secrètement prises, qu'il n'en transpirât quelque chose à Rome. Depuis les grands succès militaires remportés par l'empereur en Allemagne, il n'y avait plus une seule personne dans les États pontificaux, qui ne s'attendit à voir le gouvernemeut français frapper d'un instant à l'autre quelque grand coup d'autorité; mais quel serait-il? Le pape et son aùnistre entretenaient si peu d'illusions à cet égard, qu'ils se demandaient uniquement depuis plusieure jours avec anxiété de quelle façon procéderait le général MioUis. Arrêterait-il le pape avant de le déposer comme prince temporel, ou bien proclamerait-il sa déchéance en lui laissant sa liberté? Dans l'une comme dans l'autre hypothèse, Pie VII était résolu à prononcer l'excommunication contre les auteurs et les fauteurs d'une pareille violence.
Déjà depuis plusieurs années, même dès l'année 180G, lorsque les avis envoyés de Paris par le cardinal Caprara annonçaient une prochaine invasion des Étals du saintpère, plusieurs congrégations s'étaient tenues chez le doyen du sacré collège, le cardinal Antonelli, pour con-
dance imprimée? Nous r.e le croyons pas. Il s'agil probablement d'ue simple erreur commise à l'imprimerie impériale, par suite de l'indéchiffrable écrilure de l'empereur. En réalité, la prise de possession de Rome n'a eu lieu que le 10 juin.
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ccrter les mesures à prendre. Les cardinaux di Pielro, Litta, Pacca et Consalvi y avaient pris part. Après l'arrestation projetée du cardinal secrétaire d'État Pacca, Pie VII avait chargé le cardinal di Pietro, qui était un théologien beaucoup plus qu'un politique, de libeller une nouvelle bulle, ignorant toutefois si l'enlèvement du pape précéderait ou suivrait l'incorporation des États de l'Église à l'empire, le saint-père et son ministre avaient jugé prudent de faire préparer des copies différentes de la bulle rédigée par le cardinal di Pietro; les premières donnaient pour motif de l'excommunication la violation du palais apostolique et la déportation sacrilège du souverain pontife, les secondes sa simple déchéance comme souverain temporel. Pie Vil avait signé de sa main les exemplaires de ces deux bulles.
Ainsi tout était préparé pour tous les cas. Plus l'événement approchait, moins le saint-père faisait mystère de ses intentions. Le cardinal Pacca assure que la simple insinuation faite dans une note au général Lcmarrois que Pie VII ne craindrait pas de recourir, « pour sauver les domaines de l'Église, aux armes mises par la Providence entre ses mains », avait été accueillie avec enthousiasme par les Uomains. Un jour même, toujours d'après son ministre, Pie VII aurait dit au trésbrier du saint-siége : « Que les Français prennent garde à ce qu'ils font, je n'ai
plus qu'à prendre la mèche et à mettre le feu à la mine. » Dans une audience accordée à Mgr Alliato, proauditeur de la cour de Rome, il avait ajouté peu de temps après : « Nous voyons bien que les Français veulent nous forcer à parler latin, eh bien, nous le ferons'. »
Si par ces menaces couvertes Pie VII avait espéré intimider le général MioUis, il n'y réussit point. Quelques retards avaient eu lieu dans l'exécution des ordres de l'empereur, mais ils tenaient uniquement h des mesures militairesrelatives à la sûreté publique que la consulte extraordinaire» déjà secrètement réunie à Rome, avait jugé convenable de prendre : ce n'était là qu'un simple ajournement. L'ancien montagnard Salicetti, de longue date homme de confiance de Napoléon, chargé par lui de surveiller à Naples les velléités d'indépendance de son beaufrère, avait pris fort à cœur sa mission; déjà il en avait combiné tous les détails sous les ordres de son supérieur hiérarchique, le général Miollis, homme de devoir avant tout, ancien républicain comme lui, mais beaucoup plus modéré et moins sensible que son impétueux collègue de la consulte au plaisir d'avoir à détrôner un pape. Le 10 juin 1809, tous les préparatifs étaient faits.
1 OEmres complétei du cardhial Pacca, t. I", p. 111. — Leî bulles d'excommunication, comme toutes les pièces émanant du saint-père en matière ecclésiastique, sont toojonrs écrites en latin.
Dès le malin, raconte le cardinal Pacca, on vint lui annoncer que les partisans des Français avaient pris tout à coup un air triomphant et qu'ils allaient se vantant publiquement que c'en était désormais fini des protestations du pnpe. Dès lors, le secrétaire d'État ne douta plus que le moment fatal ne fût arrivé. En effet, vers deux heures de raprès-midi, on abaissa les armes pontificales au château Saint-Ange, et l'on arbora le drapeau tricolore, qui fut salué d'une salve d'artillerie, tandis que des corps de troupes françaises publiaient dans la ville, au son de la trompette, le décret impérial daté de Vienne; mais laissons un instant la parole au propre ministre de Sa Sainteté :
« Je me précipitai soudain, écrit le cardinal Pacca, dans l'appartement du saint-père, et, en nous abordant, nous prononçâmes tous les deux ces paroles du Rédempteur : Consummatum est! J'étais dans un (Hat difficile h décrire; m:iis la vue du saint-père, qui conservait une inaltérable tranquillité, m'édifia beaucoup et ranima mon courage. Quelques minutes après, mon neveu m'apporta une copie du décret impérial. Le pape se leva et me suivit h la fenêtre pour en entendre la lecture. J'essayai de maîtriser le premier moment de la douleur pour lire avec attention cette pièce importante, qui devait nous servir de règle dans les mesures que nous avions à prendre ; mais la juste
et profonde indignation que m'inspirait le sacrilège qui se consommait alors, la présence en face et tout près de moi de mon infortuné souverain, du vic^iire de Jésus- Christ prêt à entendre de ma bouche la sentence de son détrônement, les calomnies qu'en le parcourant de l'œil je voyais d'avance dans ce décret impie, les continuels coups de canon qui annonçaient la plus inique usurpation avec un triomphe insultant, tout cela m'émut si profondément, me troubla tellement la vue, que je ne pus l'-e qu'à moitié à travers de fréquentes interruptions et ave^ une respiration suffoquée les principaux articles du décret. Puis, observant attentivement le pape, aux premières paroles je vis de l'émotion sur son visage, et j'y remarquai des signes non pas de crainte ni d'abattement, mais d'une trop naturelle indignation. Peu à peu il se remit, et il écouta la lecture avec beaucoup de tranquillité et de résignation. Quand elle fut finie, le saint-père se rapprocha de la table, et, sans rien dire, y signa les copies dune protestation en italien qui fut affichée dans Rome lu nuit sui • vante'. »
Cependant, il n'avait pas été question de la part du saintpère de la bulle d'excommunication. Ce (ut le cardinal qui lui demanda s'il devait donner des ordres pour la faire