Ibidem
à s« chapelle particulière, qui était i>roclie; mais déjà le jiénéral Radet était arrivé jusqu'à la porte de la pièce où
se tenait Pie YII; on la voyait trembler sous sa pression. La retraite vers la chapelle aurait eu l'air d'une fuite. Pie VII, s'asseyant sur un sofa qui était juste en face de la porte et derrière une table, fit signe aux cardinaux de prendre place à côté de lui, et ordonna que l'on ouvrit la porte afin d'éviter tout désordre.
Radet alors entra, ne saeh int encore ni oii il était ni devant qui il se trouvait ; bientôt cependant il le devina à l'attitude des hommes qui le suivaient,, et dont quelquesuns, sans compter celui qui lui servait de guide, étaient Romains et coiuiaissaient le saint-père. Informé qu'il était en sa présence, Radet mit son chipeau à la main, et, renvoyant le plus gros de sa troupe, il fit entrer un à un la plupart des officiers de sa suite et quelques sous-officiers de gendarmerie qui, se gliss:mt le long de la porte entrebâillée et des murs de l'appartement, vinrent se ranger symétriquement, l'épée nue et le mousquet au pied, à sa droite et à sa gauche. Deux groupes placés en face l'un de l'autre occupaient donc la pièce. A la tête du premier, le général Radet, le chapeau à la main, botté, éperonné, le sabre au côté, dans la tenue d'un militaire qui vient de livrer un assaut, parfaitement respectueux d'ailleurs et fianqué d'une douzaine d'officiers et de sous-officiers fran-
çais auxquels s'étaient mêlés deux ou trois des commandants de la garde civique romaine, suivis eux-mêmes de quelques gens de la lie du peuple. Vis-à-vis était le pape, en habit ecclésiastique des plus simples, ayant à son doigt, dit notre relation italienne, l'anneau pontifical que Pie VI avait porté pendant sa captivité en France, les deux cardinaux assis près de lui, et, derrière, un groupe composé des principaux serviteurs de sa maison. De pari et d'autre, on s'observait réciproquement; le silence dura plus de cinq minutes.
Il était évident que le général Radet était fort décontenancé : il avait peine à reprendre ses esprits; sa fiiiure était pâle ; il semblait vouloir parler, mais les mots ne lui venaient pas à la bouche. Enfin il s'avança de quelques pas, s'inclina et dit à Sa Sainteté qu'il avait une mission douloureuse à remplir, mission imposée par ses serments et les devoirs sacrés de sa place ^ A ces mots, le pape se leva, et, le regardant avec dignité : « Que me voulez-vous ? Et pourquoi venez-vous à cette heure troubler ainsi mon repos et ma demeure ? — Très-saint-père, reprit le général Radet, je viens au nom de mon gouvernement réitérer à Votre Sainteté la proposition de renoncer ofTiciellement à son pouvoir temporel. Si Votre Sainteté y consent, je ne