‹ L'Église romaine et le premier Empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédits (volume 3)Chapitre 24 sur 81 · III · texte numérisé non relu

III

Quelles paroles échangèrent d'abord entre eux Pie VII et le cardinal Pacca? A coup sûr, leurs pensées ne pouvaient qu'être empreintes d'une profonde et douloureuse tristesse. Qui le croira cependant ? ce fut le sourire qui trouva d'abord place sur les lèvres des deux prisonniers. « Avez-vous pris quelque argent ? demanda le saint-père au cardinal Pacca. — Votre Sainteté a vu que j'ai été arrêté dans son appartement et qu'on ne m'a pas permis de retourner dans le mien. » Alors, tous deux tirèrent leurs bourses; le saintpère n'avait dans la sienne qu'un papetto (vingt baïoques), et le cardinal Pacca trois grossi (quinze baïoques). « Nous voyageons tout à fait «./'apos/oZiVjfwe, » s'écria Pacca; et, montrant son papetto à Radet, le pape lui dit également en riant : « Tenez, de toute ma principauté, voilà ce qui me reste. » Une secrète et cruelle préoccupation troublait cependant l'esprit de l'ancien ministre du pape. Il se rappelait que c'était lui qui avait conseillé la publication de la bulle d'excommunication. Nul doute qu'elle n'eût amené les mesures dont le pape était en ce moment la victime. Pie VII, épouvanté des suites funestes qu'elle pouvait avoir pour l'Église catholique, ne se repentait-il point de cet acte de rigueur et n'accusait-il pas intérieurement celui qui l'y avait porté ? Il semble que le ponlife eiit deviné la pensée de Pacca. « Cardinal, lui dit-il avec un air de satisfaction , nous avons bien fait de publier la

bulle du 10 juin; car, aujourd'hui, comment ferionsnous ' ? B

Nous n'entrerons pas dans de grands détails sur le voyage du pape. De Rome à Radicofoni, le pape ne fut gaère reconnu sur la route, grâce à la prière que lui fit Radet de vouloir bien baisser les stores de la voiture, ce à quoi le saint-père eut la complaisance de consentir; mais cette première journée de dix-neuf heures fatigua es.trêmement Pie VII, qui souffrait beaucoup d'une infirmité que le voyage risquait d'aggraver. A Radicofani, la nuit fui mauvaise, et, le lendemain, 7 juillet, le pape, qui avait la fièvre, déclara résolument qu'il ne partirait point avant d'avoir été rejoint par les voitures qui devaient amener sa suite. Elles arrivèrent en effet dans l'aprèsmidi, et le général Radet, qui hésitait entre la volonté de suivre scmpuleusement ses instructions et le désir de ne pas affliger le saint-père, consentit à ce retard. Un autre plus considérable fut occasionné à Poggibonzi par la maladresse des postillons, qui versèrent la voiture où se trouvaient le pape et le Ciirdinal Pacca. Ces retards contrariaient beaucoup le général Radet, car il avait calculé qu'en faisant une grande hâte, il devancerait partout la nouvelle de l'arrestation du pape. C'est bien ce qui était

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