‹ L'Église romaine et le premier Empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédits (volume 3)Chapitre 38 sur 81 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

L'empereur cherche à consoler Joséphine, et témoigne une grande préoccupation à l'égard de sa future épouse Marie-Louise. — Il songe aussi aux affaires de l'Église. — Ses projets à l'égard de Rome et sa lettre au pape. — Ses rapports avec les membres du comité ecclésiastique.— Considération particulière de Napoléon pour l'abbé Émery . — Exposé des motifs du sénatus-consulte du 17 février <8io. — Il n'y est pas question de l'arrestation du pape. — Consalvi, enlevé de Rome par force, arrive à Paris. — Il y prend une position différente de celle des autres membres du sacré collège. — Il est présenté à l'empereur. — Scène singulière aux Tuileries. — Les cardinaux ne peuvent se mettre d'accord sur la convenance d'assister ou de n'assister pas à la cérémonie du mariage religieux de l'empereur. — Tentatives faitei par Napoléon et par Fouché pour intimider Consalvi.

Il est nécessaire d'avoir à la fois sous les yeux le Moniteur du temps, les dépêches du duc de Bassano et de M. de Caulaincourt, les mémoires imprimés et manuscrits des contemporains, et surtout, pour se guider à travers un pareil dédale, le fil conducteur de son inappréciable correspondance, si l'on veut se faire une idée encore bien incomplète de la prodigieuse activité déployée par l'empereur à ce moment de sa carrière. Il semble s'être comme à dessein multiplié pour mener alors

avec une inconcevable intensité les existences les plus diverses, il faudrait peut-être dire les plus opposées. Le départ de Joséphine des Tuileries avait pendant les premiers jours jeté une teinte de tristesse sur touie la cour : on avait cru voir se répandre une sorte de mélancolie sur la physionomie de Napoléon ; mais cela n'avait guère duré, car tout le monde s'était donné le mot pour tâcher d'amuser le maître de la France, et ses sœurs s'en étaient particulièrement chargées. La maison de la princesse Pauline ne lui laissait pas, en ce genre de besoin, le temps même de désirer, et l'on parla beaucoup h cette époque de l'emploi de quelques soirées où rien ne fut négligé pour l'entourer des distractions les plus capables de lui faire prendre son parti de l'isolement qui lui pesait.

Chose singuUère, au milieu des soins que sa famille et tant de femmes séduisantes voulaient bien prendre pour lui en faire perdre le souvenir, l'empereur n'oubliait pas entièrement Joséphine. Il lui écrivait à la Malmaison, oîi elle vivait tristement reléguée, des lettres où régnait, avec un véritable accent de tendresse, ce ton de commandement absolu, et, pour ainsi dire, de consigne militaire qu'involontairement il transportait partout. « Si tu m'es attachée, si tu m'aimes, lui mandait-il dans le premier billet qu'elle reçut de lui après leur séparation, tu dois te comporter avec force, et te placer {sic) heureuse... Dors bien ; songe

que je le veux *. » Les témoignages d'affection qu'il faisait parvenir à l'épouse abandonnée ne rempèchaient pas toutefois d'être fort préoccupé des agréments qu'il espérait bien rencontrer chez celle qui allait lui arriver de la capitale de l'Autriche. Napoléon s'était fait envoyer beaucoup de portraits de Marie-Louise. 11 questionnait curieusement sur son compte les étrangers qui l'avaient vue à la cour de son père, l'empereur François. M. de Labordc avait été tout naturellement envoyé l'un des premiers à Vienne pour porter à la future impératrice les compliments de son époux, mais surtout pour juger de sa personne et dé son esprit; l'empereur était d'autant plus disposé à s'en rapporter à lui qu'il le savait fin connaisseur. Avide d'apprendre quelle impression son messager lui rapportait de son voyage, Napoléon ne l'eut pas plutôt aperçu qu'il s'écria tout d'abord : « Eh bien , décidément, comment est-elle? — Sire, répliqua M. de Laborde, , sauvez-vous le premier coup d'oeil, et, comme mari, Voire Majesté aura lieu d'être contente. » Cette adroite réponse parut satisfaire celui qui avait fait à son jeune maître des requêtes une si embarrassante question *.

! . L'empereur Napoléon à l'impératrice Joséphine à la Malmaison. Trianon, 17 décembre 1809. (Date présumée )

i. M. de Labordc avait le don des heureuses reparties. A quelques années de distance, l'empereur, qui ne faisait plus ;;uère at-

Aussi bien l'empereur, outre les préparatifs de son mariage, qu'il voulait entourer de la plus grande magnificence, ne manquait pas en ce moment d'occupations. C'était vers l'arrangement laborieux des affaires de l'Eglise de France qu'était principalement tourné l'effort de son intelligence, restée toujours si puissante, mais où la fantaisie prenait de plus en ~plus le pas sur la raison. La guerre avait cessé; il entrevoyait devant lui des années de repos. « C'était, pensait-il, le moment de finir les affaires de Rome^ » Mais comment les finir ? Cela lui paraissait très-simple. « Les affaires temporelles seront terminées, dit une note de lui insérée dans sa correspondance à la date du j-- janvier 1810 et dont la minute est gardée, à ce qu'il paraît, aux archives impériales, les aftaires temporelles seront terminées aussitôt que le sénatus-consulte sera publié. Il peut l'être très-promptement, et cela peut être fait dans le cours de la semaine prochame. Le conseil privé se réunirait mardi, le sénat se rassemblerait jeudi, et le sénatusconsulte se rendrait lundi... » Suivait le plan du sénatus-

tention à lui, et l'avait à peu près oublié, lui dit un jour en passant • « Eh bien , monsieur île Laborde, vous voilà maintenant l'ainé de mes maîtres des requêtes, — Oui, sire, et toujours le cadet de vos soucis! »

1. Note insérée dans la Correspondance de i' empereur Napoéon /er, t. XX, p. 169.

consulte. « Un sénatus-consulte de cette nature, continuait l'empereur, dès qu'il aura été rendu, fera voir au pape que tout est terminé *. » Après le projet de sénatusconsulte, rendu eftectivement le 17 février 1810, vient le projet d'une lettre au pape dont nous citerons quelques passages, parce qu'elle peint au vif les sentiments impétueux et comme désordonnés auquels l'empereur était alors en proie.

« Très-saint-père,... Votre Sainteté a oublié les principes de la justice et de la charité lorsqu'elle a publié une bulle qui excommunie une partie de mes sujets. C'est pour bénir et pour affermir les trônes et non pour les détruire que Jésus-Christ est venu faire le sacrifice de sa vie sur cette terre ; mais cette excommunication a été surprise à Voire Sainteté par des hommes profondément méchants. J'en appelle à l'Église et à Votre Sainteté elle-même mieux informée... La triple tiare est une monstrueuse production de l'orgueil et de l'ambition, entièrement contraire à l'humilité d'un vicaire de Jésus-Christ. Les principes irascibles de ceux qui environnent Votre Sainteté auraient fait beaucoup de mal, si Dieu ne m'avait donné le calme et la véritable connais-

1. Note insérée dans la Correspondance de l'empereur Napoléon /er, t. XX, p. 169. *

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sance des principes sublimes de notre religion... J'ai en exécration les principes des Jules, des Boniface et des Grégoire. Ils ont fait que la moitié du monde chrétien s'est séparée de la religion catholique, et ils rendent aujourd'hui compte à Dieu de ce que leur folle ambition leur a fait faire et de la damnation de tant d'âmes que cette ambition a perdues . C'est à Votre Sainteté de choisir. Moi et la France, nous avons choisi... Nous ne parlons pas à Votre Sainteté un langage douteux et insidieux. La religion est une chose claire. Jésus-Christ et ses apôtres l'ont prèchée sur les toits afin qu'elle fîit connue de tous. Voulez -vous être pape, le vicaire de Jésus- Christ et le successeur de saint Pierre, nous vous recevrons en triomphe et nous vous serrerons dans nos bras. Mais êtes-vous dominé par l'orgueil et le faste du monde, pensez-vous que notre trône doive vous servir de marchepied, nous ne vous considérerons que comme l'œuvre du démon et comme l'ennemi de la religion, de notre trône et de nos peuples... M;untenant, Rome fait irrévocablement partie de mon empire,' qui forme les cinq sixièmes de la chrétienté. Vous aurez assez de soins et d'occupations quand vous voudrez vous borner aux affaires spirituelles et à la direction des âmes. J'ai la mission de gouverner l'Occident, ne vous en mêlez pas. Si Votre ■Sainteté se fijt uniquement occupée du salut des âmes,

l'Église d'Allemagne ne serait pas dans l'état de désordre et de désorganisation où elle se trouve actuellement. C'est depuis bien du temps que les pontifes de Rome se sont mêlés de ce qui ne les regardait pas en négligeant les vrais intérêts de l'Église. Je vous reconnais pour mon chef spirituel, mais je suis votre empereur '. »

Les évêques que Napoléon méditait alors d'envoyer auprès du saint-père k Savone afin de lui remettre cette lettre devaient emporter avec eux les instructions suivantes :

« Tout le sénatus- consulte et rien que le sénalusconsulte. A l'avenir, les papes devront me prêter serment comme ils le prêtaient à Charlemagne et à ses prédécesseurs. Ils ne seront installés qu'après mon approbation, ainsi qu'ils étaient confirmés par les empereurs de Constantinople; mais je n'exige rien du pape actuel, je ne veux même pas qu'il reconnaisse la réunion de Rome à la France: je n'en ai pas besoin. Une donation faite en un temps de barbarie et soutenue par l'ignorance est subreptice. Si cependant le pape veut aller à Rome, il fimt qu'il reconnaisse la réunion; mais, s'il ne veut point y aller, je ne lui parlerai pas de cette réunion. Le principal

1. Note insérée dans la Correspondance de fempereur Napoléon /", t. XX, p. 169.

but de la négociation doit être de l'engager de choisir son domicile en France. Aussi bien j'ai seul les richesses et le pouvoir nécessaires pour subvenir aux besoins de l'Église. Mon intention est, dans le cas oîi l'on réussirait à l'engager à venir en France, de le placer à Reims *. »

Le croirait-on ? pendant qu'il était animé à l'égard du saint-père de tels sentiments, pendant qu'il n'hésitait pas à lui adresser un pareil langage et à lui faire porter de tels messages, l'empereur, à qui ne manquait certainement pas la connaissance des hommes, qui avait pratiqué intimement Pie VII, ne désespérait pas de l'amener à ses desseins, qui sait ? de lui faire peut-être accepter un rôle dans la prochaine cérémonie de son mariage ! Par précaution en tout cas et à tout hasard, il mandait à son ministre des cultes « de faire venir à Paris non-seulement les ornements pontificaux, mais encore la tiare et les autres joyaux servant dans les cérémonies du pape. Il y a entre autres une tiare que j'ai donnée au pape et qu'il ne faut point laisser à Rome 2. »

Ces projets passablement inconsistants et tout à fait chimériques de l'empereur n'avaient pas longtemps tenu de-

1. Note insérée dans la Correspondance de Napoléon /«f, t. XX, p. 169, d'après la minute conservée aux archives de l'empire.

2. Lettre de l'empereur au comte Bigot de Préameneu, Paris, 2 février 1810. — Correspondance de Napoléon h", l. XX, p. 173.

vant la réalité des choses. Ses rapports avec la commission des ecclésiastiques qu'il avait choisis et désignés lui-même pour s'occuper des affaires de l'Église l'avaient peu à peu ramené, sinon à des sentiments plus raisonnables, du moins à une plus froide appréciation de ce qui était présentement possible. Nous aurons à parler avec détails dans un prochain chapitre des affaires portées devant cette commission : il nous suffit de dire présentement un mot de l'impression produite sur l'empereur par les différents membres du clergé dont elle était composée. Le cardinal Fesch, qui en était président, et contre lequel il témoignait en ce moment une mauvaise humeur très-marquée à cause de la partialité qu'il lui supposait pour la cause du saint-père, était celui qu'il traitait avec le moins de faveur ; quelquefois même, il le malmenait avec une rudesse et un mépris qui ne laissaient pas d'embarrasser quelque peu les membres du comité, si portés à la déférence envers l'oncle du chef de l'État . Quand le cardinal prenait la parole pour soutenir, en matière ecclésiastique, des opinions qui contrariaient les siennes : « Où avez-vous appris cela ? reprenait aigrement Napoléon en l'interrompant. Est-ce en Italie, pendant que vous spéculiez sur le pain de mes soldats ? Laissez donc parler ceux qui sont experts sur des sujets auxquels vous n'avez jamais rien entendu. Je ne me soucie point de ce que vous

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pensez, je veux avoir l'avis de M. Duvoisin et de M. Éinery ; à la bonne heure, voilà des gens qui connaissent les affaires dont ils raisonnent. »

M. Duvoisin, évoque de Nantes, était très-versé en effet dans la science théologique; prêtre convaincu, agréable causeur, insinuant et foit habile à plaire, il soutenait de la façon la plus persuasive au milieu de ses collègues les thèses favorites de l'empereur, et s'était attiré toute sa confiance. M. l'abbé Émery, s'il ne possédait pas à beaucoup près au même degré la faveur personnelle de l'empereur, était de sa part l'objet d'une considération très-marquée. Elle remontait déjà loin. Napoléon se souvenait qu'au temps de la négociation du concordat, tous les ecclésiastiques avec lesquels il avait causé de cette grande affaire, l'abbé Dernier entre autres, avaient toujours cité le supérieur du séminaire de Saint-Sulpice comme un oracle de l'Église, et n'avaient jamais manqué de s'étayer de son avis dans les controverses qu'ils avaient parfois soutenues contre lui. Napoléon l'avait à cette époque désigné pour un siège épiscopal; mais l'abbé Émery avait refusé, ce qui avait profondément blessé l'empereur; il était revenu vite sur son compte quand il avait clairement discerné que c'était affaire de conscience de sa part et nullement d'opposition. Son estime pour lui s'en était même augmentée, a Est-ce que vous avez dans tout le clergé de

Paris un homme comme l'abbé Émery ? » s'élait-il écrié un jour en rencontrant l'abbé Malaret, l'un des grands vicaires.du chapitre métropolitain. Il n'avait pas oublié que son oncle, le cardinal Fesch, était allé faire une longue retraite sous la direction du supérieur de Saint-Sulpice avant de reprendre ses fonctions ecclésiastiques. Il se sentait une naturelle admiration pour ce prêtre modeste qui semblait avoir le don de commander à ses supérieurs. Quand il avait nommé quelque évèque ayant besoin de se retremper dans lespril'de son état: « Il faudrait, disait-il, l'envoyer à l'abbé Émery ». »

L'ancien oratorien Fouché, qui était très-mal disposé pour l'abbé Émery, l'avait plusieurs fois dénoncé à ^'apoléon à cause de ses opinions, qu'il ne trouvait pas suffisamment gallicanes. L'empereur, très-chatouilleux sur cet article, l'avait mandé un jour à Fontainebleau, puis l'avait renvoyé très-satisfait de sa conversation, quoique l'intrépide abbé l'eût plus d'une fois contredit, et cela dans des termes auxquels l'empereur n'était guère habitué. « Vous avez, dit-il au marquis de Villette , un parent bien sévère dans la personne de >I. ÉmeiT; mais on ne peut s'empêcher de l'admirer. » — « C'est un homme,

1. Récit de l'abbé de Bauzan; récit de M. de Janson, évêqae de Nancy. — Papiers conservés au séminaire de Saint-Sulpice pour écrire la \ie de l'abbé Émerv

ajoutait-il, qui me ferait faire tout ce qu'il voudrait et peut-être plus que je ne devrais... » — « M. Émery, avait-il dit une autre fois, est le seul homme qui me fasse peur *. » — « Napoléon, a raconté M. Mole dans son discours de réception à l'Académie française, ne pouvait se lasser d'admirer dans ce saint prêtre je ne sais quel mélange de simplicité presque primitive et de sagacité pénétrante, de sérénité et de force, j'ai presque dit de grâce et d'austère ascendant. « Voilà, » me dit-il un jour, « la » première fois que je rencontre un homme doué d'un vé- » ritable pouvoir sur les hommes, et auquel je ne demande » aucun compte de l'usage qu'il en fera. Loin de là, je » voudrais qu'il me fût possible de lui confier toute notre » jeunesse ; je mourrais plus rassuré sur l'avenir. »

L'abbé Émery avait été nommé malgré lui de la commission ecclésiastique. Il avait fait tout au monde pour être dispensé d'y prendre part. Le plus souvent il y combattit les opinions de ses collègues les mieux disposés pour les projets du gouvernement. L'empereur savait gré à l'abbé Émery de ce que, dans l'affaire de l'annulation de son mariage, il avait été d'avis que l'officialité diocésaine

1. Récit du marquis de Villette; récit de M. Gariiier. — Papiers conservés au séminaire de Saint-Sulpice pour écrire la vie de l'abbé Émery.

PRÉLIMINAIRES DU MARIAGE t41

de Paris était compétente. Pour le quart d'heure, il ne lui en fallait pas davantage. C'est pourquoi, connaissant si bien la juste considération attachée dans le clergé au caractère du digne supérieur de Saint-Sulpice, il s'était empressé de faire mettre dans le Journal des Curés une note d'où il résultait que la commission ecclésiastique dont il faisait partie avait approuvé non-seulement la compétence, mais encore les conclusions de l'officialité. II n'en était rien. C'était une singulière manière de reconnaître la sagesse de la conduite de l'abbé Émery que de le compromettre ainsi dans une affaire à laquelle il n'avait voulu prendre aucune part, sinon par l'opinion qu'il avait personnellement émise en dehors de la commission, et qui avait été, comme nous l'avons dit, favorable à la compétence de l'officialité. Cette supercherie, pour employer les 'termes les plus doux, servait les desseins de Napoléon, il se la permit sans scrupule. Réclamer par la voix des journaux n'eût pas été chose prudente ni même possible. L'abbé Émery s& contenta de dire de vive voix et par écrit comment les choses s'étaient passées *.

1. Voici an extrait de la note ofilciellemcnt communiquée par le gouvernement au Journal des Curés et reproduite le 16 janvier 1810 dans le Journal de V Empire : « ... Dans une question si importante, l'ofticialité de Paris a consulté les cardinaux Fesch, Maury et ' Caselli, l'arciievêque de Tours, les évêques de Nantes, d'Évreux III. 16

Pendant que s'agitaient ces difficultés, l'affaire du mariage autrichien avait rapidement marché et les clauses du contrat matrimoni;il avaient été signées à Vienne. Peut-être l'empereur pensa -t-il que le moment était opportun, avant l'arrivée en France de la fille du très-catho-

de Trêves et de Verceil, et l'abbé Emery, conseiller de l'Universilé, composant le comité qui s'assemble tous 1er, jours pour s'occuper des affaires importantes de la religion.

» Ce comité, après avoir examiné les informations et les dépositions des témoins qui ont été entendàs dans cette affaire, a été unanimement d'avis des motifs et des conclusions de la sentence de l'officialité, qu'il a trouvés conformes aux: coutumes de l'Église gallicane et aux différents canons et décrets des conciles.

» Nous sommes bien aises de pouvoir donner ces détails, qui sont faits pour satisfaire les fidèles, soit par l'importance qui a été mise à se conformer aux lois de l'Église, soit par le poids, le caractère et la science des hommes qui ont été consultés et qui en ont décidé. »

A cette date du 16 janvier 1810, il s'agissait beaucoup moins, quoi qu'en disent le Journal de VEmpire et le Journal des Curés, de satisfaire les fidèles que d'agir ulilement sur la cour impériale de Vienne en vue du prochain mariage avec Marie-Louise. Quant aux détails officiellement fournis par le gouvernement à ces deux feuilles, ils étaient tout à fait contraires à la vérité, ainsi qu'il résulte de la lettre suivante de M. l'abbé Émery : « Vous avez vu mon nom au bas d'une pièce à laquelle je n'ai aucune part. L'affaire a été discutée en mon absence, et il n'a été question dans la commission que de la compétence. Ces messieurs disent que la sentence et les motifs n'ont point été soumis à leur délibération. J'incline cependant à croire que, du côté du tribunal ecclésiastique, tout a été régulier, » — Lettre de M. l'abbé Émery à son parent M. Girod i^de l'Ain), du 14 février 1810. — Papiers conservés au séminaire de Saint-Sulpice pour écrire la vie de l'abbé Émery.

lique empereur François, de lancer le sénatus-consulte dont nous avons parlé tout à l'heure, et qui devait officiellement réunir Rome à ses États. Les articles de ce sénatus-consulte avaient été délibérés dans le conseil privé. Napoléon avait revu et corrigé l'exposé des motifs que M. Regnault de Saint-Jean-d'Angely devait lire au Sénat. Il contenait comme d'habitude (dans quels termes et avec quelle exactitude, on va le voir) le résumé des griefs du gouvernement français contre le saint-siége. Voici un échantillon du langage que, dans cette solennelle circonstance, l'empereur trouvait bon de faire tenir au premier corps de l'État par l'orateur de son gouvernement •

«... Et Rome, quand une branche de la dynastie de Napoléon eut reçu des mains de la victoire le sceptre de Naples et des Deux-Siciles, affecta de ne voir dans cet événement qu'une occasion de renouveler au xix* siècle sur ces États les prétentions des Grégoire, d*»s Léon, et d'oser parler encore de son droit sur des couronnes; mais cet absurde et imprudent langage, le pape ne l'adressait pas comme Grégoire MI aux enfants dégénérés et avilis de Charlemagne, mais à son successeur puissant et glorieux. Napoléon fit parler par ses ministres le langage de la modération méconnue, de la justice blessée, de la dignité offensée, de la puissance outragée. Il demanda au pape une garantie contre l'abus de sa neutralité par les

ennemis du continent. A ce prix, il offrait, avec une sincère bienveillance, et l'oubli du passé et la sécurité de l'avenir. A ce laugagc ferme et juste, le cabinet de Rome s'alarma, députa, négocia, trompa, puis, rappelant son légat, lassa la patience, éveilla l'indignation, amena enfin le tour de la justice. Le gouvernement s'éteignait cependant au sein du désordre dont il était lui-même l'artisan. A défaut de soldats, il armait le ftmatisme, et distribuait des scapulaires au lieu de fusils, de^ libelles au lieu de manifestes. Il s'anéantissait au sein de l'anarchie, il abdiquait par son abandon. Le ministre français dut s'éloigner. Le temps était venu. Les aigles impériales reprirent possession de leur antique territoire. Le domaine de Charlemagne rentra dans les mains d'un plus digne héritier. Rome appartient à l'empereur *... »

Chose à peine concevable, de l'arrestation du pape, de sa venue en France, de sa réclusion à Savone, pas un mot dans ce document ! Où était le pape ? qu'était-il devenu au milieu des événements donC l'empereur présentait une si étrange relation ? Il n'appartenait pas aux sénateurs d'en rien savoir de plus que les très-humbles journalistes de l'Empire, auxquels, après six mois, il était encore interdit, comme au premier jour, de prononcer le nom même de

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