mémoires du cardinal Comalvi, t. Il, p. 17î
PRÉLIMINAIRES DU MARIAGE 25r,
les affaires de Rome et les dommages que Pie VII s'était causés à lui-même en refusant d'entrer dans son système. Après beaucoup d'allées et de venues, se trouvant à la fin de son discours en face du cardinal Consalvi, Napoléon s'arrêta derechef devant lui, puis répéta une seconde fois : « Non , si vous étiez resté à votre poste , les choses ne seraient pas allées aussi loin. » A cette nouvelle assertion, Consalvi, toujours animé du même sentiment, répondit encore : « Que Votre Majesté croie que j'aurais fait mon devoir ! » Un regard plus sévère que le premier lui fut jeté par l'empereur, qui sans lui répondre recommença ses allées et venues, répétant toujours les mêmes plaintes sur la conduite du saint-siége, lequel ne possédait plus aucun de ces grands hommes qui l'aviiient jadis tant illustré ; puis, s'adressant au cardinal di Pietro, placé à l'autre extrémité du cercle, et toujours sur le même ton. Napoléon dit une troisième fois : « Si le cardinal Consalvi fût resté secrétaire d'État, les choses ne seraient pas allées si loin. »
Déjà l'ancien ministre de Pie Vil avait à deux reprises contredit les assertions du tout-puissant souverain. Peutêtre pouvait-il maintenant garder le silence. A cette répétition des mêmes paroles, un zèle excessif de son honneur lui fit, dit-il en ses Mémoires, outre-passer toutes les bornes. « Napoléon était assez éloigné de moi ,* je sortis de
ma place, puis, ni'avançant jusqu'auprès de lui, à l'autre extrémité du cercle, et le saisissant par le bras, je m'écriai : « Sire, j'ai déjà affirmé à Votre Majesté que, si j'étais resté T> à mon poste, j'aurais assurément fait mon devoir. » A ce coup, les cardinaux durent être fort étonnés de l'audace de leur collègue; nous doutons même très-fort que, dans toute la cour impériale présente à cette entrevue, il y ait eu beaucoup de personnes capables de se compromettre à ce point. Napoléon parut surpris autant qu'offensé. « Oui, monsieur, s'écria-t-il , je le répète , votre devoir ne vous aurait pas permis de sacrifier le spirituel au temporel. » Et, cela dit, il tourna définitivement le dos au cardinal Consalvi K
Cette scène, dont le retentissement fut considérable et qui défraya toutes les conversations de la soirée, n'était point faite pour rendre facile la position de Consalvi Elle fut encore empirée par la tentative que fit alors Napoléon pour tâcher de tirer des cardinaux qu'il avait fait venir en France une déclaration quelconque qui pût lui servir dans sa querelle pendante avec le saint-père. Il avait trouvé les cardinaux italiens arrivés les premiers à Paris de si commode composition, qu'il n'avait pas désespéré de se servir d'eux pour élever une sorte de contre-autel {cont.ro altare