Lettre de M. Bigot de Préameneu à l'empereur, join
2. Lettre de l'empereur à M. le comte Bigot de Préameneu, 18 juin 1810. — Cette lettre n'est pas insérée dans la Correspondance de Napoléon /«'.
Tous ces évêques à qui on avait enlevé leurs palais et leurs traitements, dont on avait, suivant la recommandation expresse de l'empereur, saisi les biens patrimociaux, erraient par les chemins avec leur escorte de gendarmes, sans avoir, cç sont les propres expressions de M. Bigot de Préameneu, l'argent et les vêtements nécessaires pour continuer leur route*. Les ^évêques n'avalent pas été les seuls à refuser le serment. Beaucoup de chanoines, un grand nombre de curés de paroisse, avaient suivi leur exemple. Que faire de tous ces ecclésiastiques? L'empereur écrit sans hésiter « qu'il faut diriger la plupart de ces évêques et les chanoines sur Pignerol, et prévenir le prince Borghèse pour qu'il prescrive les mesures de surveillance nécessaires à l'égard de ces individus^ ». Cependant, les rigueurs exercées contre leurs supérieurs , loin de calmer les simples curés de paroisse, les avaient plutôt portés à la résistance. La colère de l'empereur s'allume alors contre les plus humbles desservants des plus modestes localités. II les bannit par bandes. « Donnez ordre au préfet du département du
1. Rapport de M. Bigot de Préameneu à l'empereur, qui ordonne à son ministre de couvrir leurs dépenses avec le budget du ministère des cultes, juin 1810.
2. Lettre do l'empereur à M. le comte Bigot de Préameneu, i26 juin 1810. — Cette lettre n'a pas été insérée dans la Correspondance de Napoléon /cr.
Taro de choisir cinquante prêtres les plus mauvais qui sont à Parme et cinquante des plus mauvais de Plaisance... Ces prêtres doivent être embarqués pour la Corse * . » — Quant aux prêtres Boni, Ascensi et Toni, qui n'ont pas prêté serment, écrit-il plus tard, le 17 février 18H , dirigez- les sur Toulon, et, là seulement, vous leur ferez signifier qu'ils vont en Corse. Vous donnerez les ordres pour leur embarquement^. » Le 2 mars, il reprend la plume pour commander de nouvelles arrestations, et c'est par des chiffres ronds qu'il procède, en prenant soin de les augmenter toujours. « Je désire que cent autres prêtres des plus mauvais soient dirigés de Parme et de Plaisance sur la Spezzia et, de là, embarqués pour la Corse. Faites part de ces mesures au ministre de la police, et envoyez en Corse les fonds nécessaires. Écrivez au consul Morand pour que tous ces prêtres soient débarqués à Bastia et réunis tous sur un seul point 3. » En ne comp-
1. Lettre de l'empereur à M. Ig comte Bigot de Préameneu, 3 février 1811. — Cette lettre n'a pas été insérée dans la Correspondance de Napoléon /«'.
2. Lettre de l'emperenr à M. le comte Bigot de Préameneu, 17 février 1811. — Cette lettre n'a pas été insérée dans la Correspondance de Napoléon /e*. *
3. Lettre de l'empereur à H. le comte Bigot de Préameneu, 2 mars 1811. — Cette lettre n'a pas été insérée dans la Correspondance de Napoléon I":
tant que les arrestations qu'il avait daigné ordonner de sa propre main, en nous renfermant dans la seule Italie, et sans mentionner celles probablement plus nombreuses qui, là et ailleurs, ont pu être décrétées par les autorités locales et que Napoléon n'aura eu. qu'à approuver sans les décréter lui-même, nous voilà bien loin déjà du chiffre de cinquante-trois prêtres si arbitrairement consigné dans les Mémoires de Sainte-Hélène.
En résumé, à parler uniquement des affaires religieuses de l'Italie, dont l'empereur se trouvait avoir assumé la haute direction depuis la promulgation du sénatusconsulte du 17 février 1810, voici à quels résultats pour ainsi dire matériels il était arrivé. Il y avait treize cardinaux italiens dépouillés des insignes de leurs dignités qui étaient retenus dans quelques-unes de nos villes de province, sous la surveillance immédiate de la police impériale. Dix-neuf évêques des États, romains avaient été expédiés de Rome en France sous escorte de gendarmes pour y vivre dans les mêmes conditions. De semblables mesures avaient atteint une foule de chanoines et de grands vicaires dont le nombre est difficile à fixer, et plus de deux cents prêtres avaient été déportés en Corse. Tel est au bout d'une seule année, et fourni par lui-même, le bilan exact de l'immixtion du chef de l'Empire dans le gouvernement de lÉglise d'Italie. Prochainement nous
DIFFICULTÉS REUGIEUSES A ROME 347
allons le voir mettre é^lement la main aux affaires de l'Église de France, et, là comme de l'autre côté des monts, les mêmes causes produiront immédiatement les mêmes effets. La scène seule sera déplacée ; et la logique des choses dominera encore les événements. Quant à l'homme, il ne sera nullement changé. Rien ne pouvait en effet le modifier, pas même l'échec qu'il venait d'essuyer. Après avoir débuté à Paris comme à Rome avec une espèce de modération relative, nous le surprendrons s'armant vite de ruses, recourant à ses moyens favoris de captaiion, puis, quand la ruse et la captation ont échoué, revenant plus vite encore, par une sorte de pente inévitable, aux violences contre les personnes.