‹ L'Église romaine et le premier Empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédits (volume 3)Chapitre 8 sur 81 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

MINISTERE DU CARDINAL PACt.A.

Nomination du cardinal Pacca à la secrétairerie d'État. — Son caractère . — Il était le chef du parti opposé à Consalvi, et contraire aux cohcessioDs faites à Napoléon. — Ses premiers rapports avec le général MioUis sont empreints de beaucoup de mesure et de modération. — Le pape exige qu'il adresse des réclamations plus accentuées au gouverneur général de Ron.e. —Irritation de Miollis. — Il veut faire arrêter Pacca au Quirinal. — Intervention personnelle de Pie VU, qui emmène son minisire et le fait loger dans une chambre voisine de la sienne. — La guerre d'Espagne, qu'il est allé conduire lui-même, distrait forcément l'empereur des affaires de Rome, mais son langage et ses lettres témoignent de «on irritation croissante. — Campagne contre l'Autriche.— A peine a t-il remporté ses premiers succès en Allemagne, qu'il songe à se venger du pape en réunissant ses États à. l'empire français. — Lettre à M. de Champagny. — Décrets du 17 mai 1809. — Murât est choisi pour mettre les décrets à exécution. — Vagues inquiétudes ressenties à Uome; on y prépare une bulle d'excommunication. — Retards dans l'exécution des ordres de l'empereur. — Le drapeau français est arboré le iO juin au château Saint-.Vngc— La bulle d'excommunication est affichée dans Rome.

Le jour même où le caitlinal secrétaire d'Klat Gabrielli avait été enlevé de Rome par la force année, Pie VII iiominait pour le remplacer le cardinal Pacca. Ce choix luimême était la meilleure preuve du tort que l'empereur avait fait h sa cause en éfoignant du saint-père tant de membres du sacrd collège. Lai.ssé libre dans ses préfé-

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ronces, jamais le saint-père n'aurait de son propre mouvement confié au cardinal Pacca les fonctions du ministère. Ce n'était pas que Pacca fût un personnage obscur ou médiocre d'esprit, loin de là. Il appartenait à cette portion du sacré collège qui, sans jamais avoir fait acte d'opposition ouverte à l'égard du cardinal Consalvi, n'avait pas craint toutefois d'exprimer à plusieurs reprises quelques doutes sur la convenance et l'utilité des concessions faites à l'empereur des Français par ce fidèle serviteur et cet ami intime de Pie VII.

Il en était résulté que, sans être, à vrai dire, en disgrâce, le cardinal Pacca était depuis un certain nombre d'années demeuré un peu à l'écart des affaires. Il n'avait pas au fond de son cœur approuvé l'alliance contractée en 1801 avec le chef de la révolution française, non plus que le concordat, et encore moins le voyage du saint-père à Paris pour le sacre. Ses sympathies avérées élaierit d'un tout autre côté. Il était avant tout homme d'ancien régime : non pas, tant s'en faut, qu'il fut un prêtre rigide, altieret d'un caractère intraitable; tout au contraire, il était aimable, enjoué, plus versé qu'aucun de ses confrères du sacré collège dans la société romaine, s'y plaisant assez et y plaisant beaucoup, très-vif dans la conversation, très-prompt à la riposte, fort arrêté dans ses idées, peu différentes de celles que le comte Joseph de Maistre, un Italien de Savoie,

MINISTÈRE DL CARDLNAL PACCA î

déiendait alors avec tant de verve dans les salons de Saint- Pélersbourg, mais ne craignant pas non plus d'examiner toutes choses sous leurs divers points de vue, facile à émouvoir comme la plupart de ses compatriotes, et cependant intrépide, allègre même en face du danger.

Tel était alors le nouveau ministre qu'au mois de juin 1808 Pie VII venait d'appeler près de lui, et tel encore nous l'avons connu à Rome vingt ans plus tard dans son alerte vieillesse, lun des chefs les plus actifs du parti absolutiste, demeuré malgré ses quatre-vingts ans un intrépide causeur, médisant volontiers de la Fi'anee et rappelant toujours avec la plus évidente satisfaction les années qu'il y avait passées presque toujours en captivité, affectant de mépriser beaucoup les idées libérales et recherchant de préférence les hommes qui les professaient avec le plus d'éclat. Avec de telles opinions, qui n'aurait cru que le nouveau secrétaire d'État allait aussitôt entrer en collision avec le général Miollis? Il n'en fut rien; au contraire, les rapports entre la cour, de Rome et le commandant des troupes françaises semblèrent se détendre un peu.

Comme il arrive le plus souvent dans les affaires huniaines, le ministre du saint-siégc, précisément parce qu'il était décidé à opposer une résistance très-énergique aux exigences du gouvernement français, était d'autant

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plus porté îi se monlrer conciliant dans les incidents de peu d'importance. Il s'abstint pendant plusieurs jours d'élever aucune plainte, de formuler aucun grief; il prit même soin de témoigner à l'égard des Français les dispositions les plus pacifiques, si bien que le général com» mençait h voir avec plaisir un choix qui l'avait d'abord passablement mécontenté *. Ce fut le pape qui se lassa le premier de cette patience de son ministre. « Monsieur le cardinal, lui dit-il dans une de ses audiences du matin, on prétend dans Rome que nous dormons; il faut prouver que nous sommes éveillés et adresser au général français une note vigoureuse. »

Ce n'étaient pas les occasions de note qui manquaient, car les violences des autorités françaises n'avaient pas un instant discontinué. Jusque-là, le cardinal Pacca avait cherché des biais pouf n'avoir pas à récriminer officiellement contre les mesures oMonnées par le général Miollis. Il avait recommandé sous main aux employés du gouvernement ponîifical de se prêter, dans Texercice de leurs fonctions, à tous les actes qui ne seraient pas absolument incompatibles avec leurs devoirs envers le saint-père. Quand des difficultés s'étaient élevées entre les fonction^ naires des deux gouvernements, il s'était efforcé, avant

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