Mémoires du cardinal Consalvi, t. 11, p
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ii*ctaient autres que sa propre dépêche el les lettres de l'empereur transmises par lui au saint-père ; il en avait donc une enlière connaissance. Fesch était obligé d'en convenir, mais il répliquait qu'on lui avait manqué d'égards en ne les lui adressant pas officiellement comme aux membres de la congrégation. C'étaient là d'assez pauvres arguties. Consaivi lui faisant sentir qu'il avait mauvaise grâce à supposer, après coup, des torts qu'on n'avait pas eus envers lui, Fesch, dans un moment de franchise, ne put s'empêcher de s'écrier « qu'il était bien obligé d'agir ainsi, sans quoi il ferait trop mauvaise figure auprès de son gouvernement. » La situation du ininislre de France était d'autant plus incommode en effet, et son irritation d'autant plus grande en ce moment, qu'il avait eu assez peu de clairvoyance, ou, pour mieux dire, assez de Confiance en lui-même et dans son action personnelle sur le sacré collège pour espérer au début un tout autre résultai. Il l'avait môme presque annoncé à Paris.
Depuis le jour où, partageant à son tour lès préventions de son oncle, qu'il avait d'abord si vertement blâmées, Napoléon s'était mis à dénoncer Consaivi au saint-père, le cardinal Fesch n'avait plus douté d'obtenir bientôt de façon ou d'autre la chute d'un ministre qui lui était devenu personnellement antipathique. Ainsi que nous l'avons déjà plusieurs fois constaté, afm de lui rendre, malgré ses
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eitiportemenls de conduite, la justice qui lui est due, l'ancien chanoine d'Ajaccio, dans sa situation nouvelle, était au fond resté fidèle à toUs les sentiments qui constituent le véritable prêtre. Comme tel, il aVait en maintes occasions, particulièrement à propos des Légations, pris en secret parti pour le saint-père contre son propre neveu. Sa conscience ecclésiastique avait grand'peine à approuver, au moins dans la forme qui leiir avait été donni5e à Paris, ks impérieuses exigences qu'il était, comme ambassadeur, chargé de soutenir à Rome. Il les avait toutefois non-seuloment produites, mais défendues avec cette véhémence cl cette obstination qui lui étaient habituelles, encouragé surtout par l'idée que le succès de ces demandes ne pouvait manquéf d'entraîner la retraite de Consalvi. Consalvi to;ubé, le curdinalTesch, confiant comme tous les mcmbi'es de la famille Bonai:arte dans l'ascendant de sis facultés personnelles, se faisait fort d'établir facilement son crédit sur l'esprit des membres du sacré collège, et sui* celui du saint-père lui-même.. Il arrangerait alors toutes choses pour le mieux, au grand profit de l'empire et de l'Église elle-même. Ces dispositions malveillantes de Fesch à son égard étaient depuis longtemps connues de Consalvi. Déjà même il avait essayé d'en amortir l'effet en s'adressant à M. de Talleyrand, avec lequel il était entré en relations et presque en amitié pendant le temps de son séjour à Paris.
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Dans sa missive confidentielle, Gonsalvi a grand soin d'expliquer fort au long l'origine, les motifs et les progrès de l'inimitié que lui portait le ministre de France à Rome. Gomme il pensait, sans doute avec raison, que sa lettre , toute privée qu'elle était, serait vraisemblablement mise sous les yeux de Napoléon, il n'a garde de laisser échapper cette occasion de parer autant que possible aux coups qui lui étaient portés de Paris ; c'est pourquoi il rappelle avec insistance les sentiments de partialité envers la France et d'admiration pour son glorieux chef dont il a jadis fourni les preuves, et qui, assure-t-il, ne cessaient point de diriger encore aujourd'hui toute sa conduite.
« Ce n'est pas au ministre des relations extérieures que j'écris, mais à M. de Talleyrand, qui m'honore, je m'en flatte, de sa confiance et de son amitié... Pardonnez sa franchise à un cœur blessé dans ses sentiments les plus chers, et permettez-moi de vous dire que, depuis l'époque du voyage de Sa Sainteté à Paris, je suis devenu l'être le plus odieux à Mgr le cardinal Fesch. Ce voyage n'a pas été l'ouvrage de celui qui a voulu s'en donner le mérite en France. Il aurait été décidé en vingt jours au lieu de six mois, si on l'eût négocié avec tout autre que le cardinal Fesch. Jamais il n'aurait eu lieu, si la patience de celui que le ministre de France poursuit de sa haine ne fût arrivée vis-à-vis de lui jusqu'à la lâcheté en endurant des
traitements qu'un homme d'honneur n'est justifié d'avoir souffert que par l'envie que j'avais de ne point faire manquer une affaire aussi considérable. Ce voyage na été que l'effet de la bonne volonté du saint-père, de mes soins, de ma sollicitude, de ma prévoyance et de mon courage à écarter et à vaincre tous les obstacles. Ce voyage, tout le monde à Rome et ailleurs le regarde comme mon second ouvrage après le concordat. Eh bien, qui pourrait le croire? c'est ce voyage qui a été la cause fatale du changement de Son Éminence vis-à-vis de moi. Tous les égards que j'ai eus pour lui avant cette époque, tous ceux que depuis je n'ai pas cessé de lui témoigner, toutes mes attentions, toutes mes politesses, oserai-je le dire, faveurs, condescendances, tout a été mutile. Le cardinal n'a plus voulu considérer en moi qu'un homme qui, dans cette occasion, avait écouté de ses oreilles, vu de ses yeux des actes de violence, des paroles, des scènes que Son Éminence voudrait bien n'avoir pas à se reprocher, un homme enfin, faut-il prononcer le mot, vis-à-vis duquel il a lieu de rougir. Par ces raisons-là, il désire maintenant culbuter celui qu'il ne croit pas capable d'oublier, en quoi cependant il a bien tort. D'autres motifs s'ajoutent encore à ceux-ci pour rendre invincible sa haine contre moi ; mais je ne dois ni ne veux les détailler... On se demande partout ici : « Où sont-ils, les temps heureux de M. Cac^ult, pendant les-