III
M. LE COMTE BIGOT DE PRBA&IRNBIJ A l'eMPEREUR
NAPOLÉON l•^
7 décembre 1809.
Voire Majesté m'a demandé hier, 6 de ce mois, à son travail avec les ministres, si les (jvôqucs nommés pouvaient provisoi' rement et avant d*avoir des bulles administrer leurs diocèses. Je vais rendre à Votre Majesté un compte détaillé de ce qui s'est passé à ce sujet. La règle est que les évéques nommés ne soient, avant d'avoir leur bulles , ni sacrés ni installé» par le chapitre. Par cette installation , que l'on appelle prise de possession , l'évoque entre en plein exercice des droits épiscopaux. Jusqu'alors, les grands vicaires qui, suivant les règles canoniques, sont censés tenir, pendant la vacance, leurs pouvoirs du chapitre, ont l'adminislraiion, excepté pour les fonctions attachées au caractère d'évêque, telles que Tordinalion et la confirmation. Lorsqu' un évêque est nommé, il est assez d'usage que le chapitre lui offre, même avant ses bulles, les pouvoirs qui dépendent de lui, ceux des vicaires généraux qu'ils peuvent alors exercer avec les autres vicaires généraux. Mais, d'un autre côié, l'usage est aussi que les évoques n'aillent point dans leurs diocèses avant d'èire sacrés et que jusqu'alors ils ne portent point la croix pastorale. Ils ne vont point dans leurs diocèses, parce qu'il leur répugne de ne pas y paraître avec leur dignité et n'étant revêtus que de pouvoirs en quelque sorte subordonnés. Ils craignent d'altérer le respect qu'il leur est utile d'inspirer dès les premiers temps. Ils se bornent donc à entrer en correspondance avec les grands vicaires con
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naissant les affaires de leurs diocèses, et, avec les pouvoirs du chapitre, ils commencent ainsi à prendre une part réelle à radministratioD.
Lorsque je vis que l'aflaire de l'obtention des bulles serait longue, il me parut quUl vaudrait mieux que les évoques nommés allassent , malgré toute leur répugnance, dans leurs diocèses. Je leur communiquai mes idées. Ils me témoignèrent une répugnance exlrôme. Ils me représentèrent que, pour le bien même de Votre Majesté, il vallail mieux les laisser suivre l'usage, d'après lequel ils se livraient avec tout leur zèle pour diriger leur diocèse par correspondance. Ce qui me détermina encore à me rendre h ces raisons, c'est que le chapitre de Liège n'avait pas cru pouvoir donner les pouvoirs à M. Lejeas , sous le prétexte qu'il n'était plus dans le délai d'exercer ce droit. Il eût fallu entrer en disc.ussion ihéologique avec un chapitre pour des pouvoirs de vicaire général à donner à un évéque. nommé^ cela n'eût pas élé convenable. Son Altesse Éminentissime avait cru qu'il ne convenait pas aussi à sa dignité d'accepter de pareils pouvoirs du chapitre de la métropole de Paris.
Mgr Tarchevèque de Malines était dans un cas particulier. Il avait été préconisé en consistoire. Des bulles rejetées pour une cause étrangère à l'institution canonique avaient élé expédiées. Il a pensé que, dans cette position, et ayant d'ailleuis le caractère épiscopal, il pouvait se rendre dans son diocèse : je l'y ai encouragé. Il y a été, et, quoique ce pays ne soit pas facile à conduire, il y a eu des succès et sa présence fait beaucoup de bien.
Tel esti Sire, l'état des choses relativement à l'administration des diocèses dont les évoques n'ont pas de bulles. Si, dans les circonstances actuelles, Yôtre Majesté trouve convenable que les évèques nommés qui ont des pouvoirs des chapitre^ aillent dans leurs diocèses, il suffira qu ils connaissent celte intention pour qu'ils s'empressent d'aller vous y donner ,
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comme partout ailleurs, des preuves de leur dévouement el de leur ii^nnaissance.
LETTRE DE l'eMPBRBOR NAPOLÉON 1'" A H. Lfi COMTE BIGOT DE PREAMENEU, MINISTRE