LETTRE DU CARDINAL FESCH A M. BIGOT DE PRÉAMEKEU, MINISTRE DES CULTES
4 septembre 4810.
Monsieur le ministre , lorsque je me suis décidé à prendre Tadministration du siège de Paris, jusqu'à ce que l'empereur ait nommé un archevêque, voulant toujours conserver mon archevêché de Lyon, j'ai désiré faire quelque chose qui fût agréable à l'empereur et en même temps au diocèse de Pftris ; ce qui ne peut s'effectuer qu'en ne faisant pas connaître au public mon option pour Lyon. Il n'est donc pas nécessaire que l'empereur mentionne par un décret la nomination du chapitre. Il serait possible que Sa M^'esté jugeât par la suite utile de conserver les deux sièges sur une tête. Ce ne fut qu'à cette condition que se fit ma nomination à l'archevêché de Paris. L'opiion alors n'aurait pas lieu, et celle que je fais en ce moment n'est qu'une formalité conservatrice de mon siège de Lyon. Du reste , je ne voudrais pas d'une administration qui m'assimilerait à un simple grand vicaire. Ce serait jeter l'alarme, paralyser le bien que je pourrais faire dans Paris, et faire une chose qui ne conviendrait pas à ma dignité. Le décret de ma nomination doit subsister et avoir son plein effet, jusqu'au moment où l'empereur nommera un autre archevêque et fera connaître au public mon option pour le diocèse de Lyon.
Je le répète, l'option que je fais en ce moment n'est que conservatrice de mon siège de Lyon, et, après cette protestation, rien n*empêche que je prenne le titre de nommé à V archevêché de Paris,
M. l'abbé émert a m. nageot, supérieur
DU séminaire catholique, a BALTIMORE.
^ 25 septembre 1810.
... En aUendant, il faut bien que, je tous dise un mot de nos propres affaires à Paris. Le séminaire a essuyé un grand orage provoqué par le parti janséniste. Par la protection de la sainte Vierge et de nos saints patrons , il s'est apaisé et les choses sont dans le même état, soit à Paris, soit ailleurs... Voici l'état de la religion. Le pape , qui est à Savone , y est dans ce moment retenu prisonnier d'État, et il ne peut plus communiquer avec personne. Les cardinaux di Pietro, Oppizoni, Gabrielli, sont à la Force. Ce gouvernement a réuni les cardinaux et les évêques qui avaient déjà été rassemblés
Tannée dernière pour donner leur avis sur la manière de pourvoir à l'institution des évèques et aux dispenses. Il n*est question de rien moins que de l'abolition du concordat, ou du moins d'y faire des changements, et du rétablissement de la pragmatique. Il est question encore d'une députation-de quelques évèques français au pape et d'assembler un concile national pour autoriser les changements qui seraient faits. Rien n'est encore statué sur tous ces points. Vous comprenez dans quelle émotion doivent être les esprits dans le moment présent , et tout ce qui peut arriver de troubles dans la suite. Ce sont quelques personnages zélés, mais indiscrets dans leur zèle, qui ont attiré cet orage. Je vous fais ces observations pour vous faire entendre que votre situation du côté de la paix et de la tranquillité est préférable à la nôtre.
... Mon attention se tourne plus que jamais sur Baltimore.
SHl arrivait, ce que je ne crois pas, que Saint-Sulpice ne pûl plus subsister en France, j'ai pris des mesures pour qu'il soit comme transféré à Baltimore avec tout ce qui nous reste de plus précieux. Je ne peux pas donner ma démission, qui ne pourrait être acceptée que par une assemblée générale qui ne pourrait avoir lieu, et, d'ailleurs, je veux mourir les armes à la main et tout occupé de l'œuvre de M. Ollier, que je vais fréquemment honorer dans la chapelle de Vaugirard. Vous savez que je peux nommer, et je nommerai aussi un vice-supérieur. Nous sommes le seul corps qui débat pour son existence. Tous les autres sont morts , et, au lieu de nous occuper de nous , occupons - nous d*un objet bien plus intéressant qui est le pape. Considérez - vous comme singulièrement chargé de' maintenir et d'étendre l'esprit de Saint- Sulpice dans le nouveau monde. Argùey observa^ inerepa m omni patienlia.
Matériaux pour écrire une Vie de Tabbé Ëmery, conservés au séminaire de Saint^Sulpice. .
LETTRKDE LEMPEREUR A M. BIGOT DK PRKAMEMEU, MINISTRE DES CULTES.
31 décembre iSiO.
Monsieur le comte, je reçois votre lettre du 31 décembre. Écrivez au préfet de Montenotte pour lui faire connaître la lettre que le pape a écrite au grand vicaire de Paris, afin d'éclairer ce fonctionnaire sur la mauvaise foi du pape, qui, sous des apparences de conciliation et de charité, excite en secret la discorde et la rébellion. Donnez «lui l'ordre d'empêcher
qa'ancun' courrier oe soit reçu ni expédié avec des letires pour le pape et sa suite, et pour que la poste ne Tasse porter ni ne lui remette aucune lettre. Il faudra pour cela qu'il soit sûr du directeur des postes. Vous lui ferez connaître qui je fais venir ]:'éyéque de Savone à Paris, afin d'ôter au pape un canal de communication. Vous donnerez effectivement Tordre au prélat de venir à Paris, où je désire le voir. Vous écrirez au sieur Chabrol d'avoir dans ses conversations un ton p^os ferme, de représenter au pape qu*il fait du tort à la religion, qu'il cherche à setïier le trouble et la division; quMl néglige la douceur et Us hwvMZ inanières {$ic) qui auraient pu réussir auprès de moi ; qu*il n'obtiendra rien par les moyens qu'il emploie et que TÉgMse finira par perdre le reste de son temporel, que ceux qui seront assez fols et assez ignorants de leurs devoirs pour l'écouter perdront leur place , et que ce sera par sa faute. Il f iut que cela soit dit avec vigueur. Il doit voir également ceux qui entourent le pape et les éclairer sur les fâcheuses conséquences que cela aura pour eux.
Il est inutile que le pape écrive. Moins il fera de besogne et mieux cela vaudra. Il est nécessaire: 1° que le préfet envoie un état des individus qui sont auprès du pape; qu'il désigne les plus grands travailleurs , afin que je les renvoie, pour ôter au pape le moyen d'écrire et de répandre le poison ; 2® que vous donniez ordre au préfet de ne plus expédier les lettres du pape pour le royaume d'Italie , le royaume de Naples, la Toscane , le Piémont , la France, et de ne lui remettre aucune lettre et de les envoyer toutes ici. Vous en ferez le triage, et l'on ne donnera cours qu'aux lettres dont l'émission sera sans inconvénient. Faites-vous, en conséquence, envoyer toutes celles que ,1e pape écrirait et celles qui lui lui seraient adressées. En général, moins il en parviendra et mieux cela vaudra. Vous ferez connaître au préfet et au prince Borghèse que mon intention est que l'extérieur du pape se ressente du mécontentement que j'ai de sa conduite ,
480 MfiCBS JUSTlFICATnrSS
ei que Fétat de n maison soiir^lé de manière à nefias dépasser plus de i2 à 1,500 francs par mois. Les voitures qui avaient été mises à sa disposition à Savone pour lui et sa maison serodt renvoyées à Turin.
Recommandez au sieur Chabrol de ne plus rien dire dans ses discours qui tende à faire croire au pape que je désire un accommodemenl» Mais son langage doit être qu'après son excommunication et sa conduite à Rome , qttU continue à Savone, je dois m'attendre à tout de lui; que je m'embarrasse fort peu de ce qu'il peut faire ; que nous sommes trop éclairés aujourd'hui pour ne pas distinguer la doetrîae de Jésus-Christ de celle de Grégoire YU.
Écrivez à la grande-duchesse de Toscane, pour lui faire connaître ce que j'ai fait pour le chapitre d*Asti et pour lui recommander d'agir fermement et de ne se permettre aucune faiblesse. Que les chanoines du chapitre de Florence sachent qu'à la moindre faule ils perdront leur temporel pour toujours. Enfin je désire que vous me proposiez un évéque doué de bons principes qu'on pourrait nommer à l'archevêché d'Aix afin de renvoyer promptement là-bas. Sur ce...
Cette lettre n'est pas insérée dans la correspondanoe de Napoléon K'.
XX Y n.
LETTRE DE l'bMPEREUR NAPOLÉON A M. LE COMTE BIGOT DE PRÉAMENEU, MINISTRE DES CULTES.
so janvier fSH.
Monsieur le comte, j'ai reçu votre lettre avec le rapport ( préfet de Savone du 21 janvier. Mon intention est que vc écriviez au préfet que le pape ne doit se mêler de rien ;
PIÈCES JUSTIFICAT)LVfi$ . 481
comme il a lui-même proposé de ne se liltte» de rien si on le lui signifiait, je vous autorise à lui faire teite signification. Le préfet doit lui faire connaître que tous les chanoines et théologiens de France et d'Italie sont indignés des letir«.s qu*il a écrites aux chapitres, que par cette conduite il a été cause de Tarrestalion de trois chanoines à Florence ok de la confiscation de leurs |rt*ébendes, de la même sévâ'itédxeQîée envers le chapitre d'Asti, et de l'arrestation du cardinal ifi J^ietro, du chanoine d'Astrbs, de Tabbé Fontana, de Tabbé ïregori, qu tous sont éloignés de manière quMls ne puissent jamais faire de ju^ ; que ces pratiques ténébreuses sont indignes d^un pa|R^ qu'il sera i^use des malheurs de tous ceux avec lesquels il correspondra; que, déclaré eunemi de Temjj^e, il doit désormais rester tranquille, et, puisqu'il se dit lui-même arrêté , se conduire comme tel et cesser dj correspondre, soit avec ses agents, soit avec ceux qui auraient noué quelques relations avec lui; qu'il est fâcheux pour la chrétienté et pour TÉglise •« ¥% d'avoir un tel pape, aussi ignorant de ce que Ton doit aux .é[ souverains; mais que, du reste, l'Ëtat ne sera pas troublé et que le bien s'opérera sans lui. Vous écrirez en outre au préfi t de Monienottë^qa^ ait à prendre toutes les mesures nécessaires pour que le pipe ne puisse communiquer avec personne, pour que les auberges et les voyageurs soient surveillés, et enfin pour fe rien laisser passer. ¥ous lui ferez connaître que le ministre de la police lui écrimikour les personnes .(|«^ft||ivent être arrêtées, renvoyées eô^^servées auprès et "p^. Je vous renvoie la lettre du préfet- qui vous était ad)rea(Me. Sur ce... ^ Ijfc
Cette lettre n'est^pas insérée dans la correspondance deNapoléoi^jlt"^.«
Bfc 31
« iMt'
48Î ^|£G£S justificatives
M. DE CHABBOL AU MINISTRE DBS CULTES.
2 février iSH,
... J'ai ex^eutë les ordres contenus dans la lettre du 2i janvier. Je me suis servi des termes mêmes que reafermaient les instruclions ministérielles...
... J'ai trouvé le pape affecté^ wé^ montiant du cdm* U m'a dit que je le voyais résigné à la volonté de Dieii «t prêt à m' entendre. le lui ai dit que j'étais chargé de lui renouveler la défense de s'occuper d'aucune affaire, puisqu'il avait luimême proposé de ne se mêler de rien. 11 m'a répondu brièvement, sans entrer en explications : que celte notification lui avait déjà été faite, qu'il se résignail à la volonté de la Provi^ dence, que d'ailleurs, étant privé des moyens d'écrire , il était inutile d'insister. .
... Lorsqu3 je lui ai parlé des malheurs qa*afiiit entraînés une conduite si ped réfléchie qu'elle avait à la fois excité des troubles et révolté le clergé et que j'ai cité les arrestations qui en ont été la suite , il a dit simplement, avec le même càJ^i qu'il souffrait lui-mêmi^ l^tendant une rédhnpense et qiji^.jMioérait que ces persQjiiMS seraient dédommagées de la mSflle manière. Il n'a point donné le moindre signe de regret , ou de chagrin de ces malheurs.
' ^11 a cherché à se justifier du i^roche des pratiques téné- 'J^rinises indignes d'un pape, en me disant qu'il n'avait fait qu'expédier des affaires ecclésiastiques, et qu'il n*; vait pas entretenu de correspondances secrètes; que, s'il lui était parvenu quelque chose par hasard, ce n'avait jamais Hé une correspondance suivie.
PIÈGES JUSTinCATlVfô 483
Je lui ai fail remarquer qu'il y en avait eu assez pour être la cnuse du malheur de tous ceux avec lesquels il avait établi des relations, et j'ai ajouté qu'étant ennemi de Tempire , il devait vouer au malheur tout agent qu*il chercherait à employer ; que son devoir était désormais de rester tranquille , et, puisqu'il se dit arrêté , de se conduire comme tel.
Il a répété qu'il n'avait plus les moyens d'établir des relations puisque tous lui étaient enlevéis, et que sa maison était gardée de mani^ère à ce qu'aucun n'en pût approcher; qu'il attéttdait le temps marqué par la main de Dieu pour reprendre ses MAmunicatiotts avec Utt fidèles.
J'af ijoutê, ^tiivant les tért&es de l'instruction... pape ignorant de ce que Von doit au souverain,.. 11 m'a dit de nouveau qu'il était inutile de revenir sur des choses qui lui avaient déjà été signifiées ou à peu près; qu'on le privait de l'exercice de la puissance qui lui appartenait , que cet état de choses durerait lant qu'il plairait à la Providence de le main- #:^; tenir; que pour lui il était résigné à tout, et que, s'il ne rece- * vait pas de récompense en ce mondti ; il la trouverait dans une autre vip.
Ainsi on peut remarquer , d'après cette conférence , que le pape ne répond à tout ce qui lui est objecté que par une rési-gnation toUle et une indifférence apparente et extraordinaire sur son sffi. Quant aux inconvénients qui peuvent résulter de sa manière de vivre , il ne les calcule pas et n'en tient compte, non plus que des malheurs qui pourraient par suite menacer la chrétienté et l'Église.
La surveillance est extrême autour de la maison du ptfpQ^, ainsi que dans la commune et ses alentours. Je fuis mon poM^ sible pour remplir entièrement les ordres de Sa Majesté impériale et royale.
de t>
un- iO<:<^»
l'empereur a m. le comte bigot de PRÉAMENEti,