Voir l'Appendice épigraphique
tiers de siècle le prélat plein de vaillance comme de sagesse, le défenseur énergique des droits sacrés, le constructeur et le restaurateur de nombreux sanctuaires, le père vigilant et tendre des âmes, le prince de l'Église dont la mansuétude rend la dignité si accessible et si paternelle.
La cathédrale revit aussi les fêtes triomphales par lesquelles l'Église célèbre la gloire des saints nouveaux. Dans le mois de mai 1855, la ville entière s'émut dans un élan d'enthousiasme à la fois chaleureux et recueilli pour honorer la béatification de sa patronne bien-aimée, l'humble bergère de Pibrac. Elle accourut à Saint-Étienne, pendant trois jours pour entendre les panégyriques prononcés par le père Corail, de la compagnie de Jésus, le père Ghocarne, dominicain et le père Gaussette. Les mêmes joies attendries se renouvelèrent au printemps de 1867 pour la canonisation de la sainte, et Më'' Mermillod excita une émotion si ardente que les applaudissements éclatèrent sous les voûtes sacrées. Il y a quelques mois à peine, le 15 mai 1888, les sveltes arcades de Bertrand de l'isle se revêtaient de banderolles, de fleurs et de couronnes pour célébrer la béatification de Jean-Baptiste de la Salle, l'organisateur de l'enseignement populaire dans les temps nouveaux pressentis par sa charité clairvoyante. Enfin, dans les premiers jours de l'année 1889, les 13, 14 et 15 janvier, les mêmes empressements entourèrent les images des trois nouveaux saints de la Compagnie de Jésus, Alphonse Rodri- I 27
guez, Jean Berchmans et Pierre Glaver pour se réjouir de leur gloire et consoler leurs frères de la terre persécutés. Les panégyriques des saints qui personnifient les trois vertus réservées du christianisme, l'humilité, la chasteté et la chanté jusqu'au martyre furent prêchés par le père Elisée des l'Ordre des Carmes, le père Pezella, dominicain, et M^^ de Lamothe-Thenet, recteur de l'Université catholique.
Le curé Bernadet mourut en 1815, et fut remplacé par l'abbé Dominique Pagan qui s'éteignit après une longue et vaillante vieillesse le 11 janvier 1840. L'abbé Buissas lui succéda et devint, (juatre ans après, éveque de Limoges ^ L'abbé Piéchaud fut nommé dans les derniers mois l'année 1844, et mourut le 30 novembre 1869. L'abbé Gastillon quitta la cure de Saint-Nicolas pour venir prendre celle de Saint-Étienne en février 1870. La paroisse conserve la mémoire reconnaissante de son évangélique mansuétude, et aussi de ses deux créations d'une grande école de Frères dans la rue Sainte-Anne et du catéchisme de persévérance pour les jeunes filles. Il fut nommé évêque de Dijon le 6 février 1885 et mourut le 9 novembre de la même année; mais le peu de
1. A?'ch. de la H.-G., cultes, 1. V, 2" section n<> 7; curieuse lettre du préfet donnant au ministre des renseignements favorables à la nomination du curé Buissas à l'évêché de Limoges; autre lettre du même, du 4 novembre 184ij recommandant aussi la nomination de l'abbé Piéchaud à la cure de Saint- Étienne : « Il est légitimiste, ajoute-t-il, mais il serait difficile de trouver un prêtre de quelque influence qui ne le fût pas.
semaines qu'il avait passées dans sa ville épiscopale suffirent pour arracher à ses nouveaux diocésains la plus belle des oraisons funèbres : Nous avons perdu un sainte
M. l'abbé Xavier Delpech, curé du Taur, comme l'avaient été ses deux prédécesseurs, les abbés Buissas et Piéchaud, est venu prendre la direction de l'immense paroisse de Saint -Etienne. Le respect pour des vertus qui se plaisent à s'ignorer arrête la parole désireuse d'exprimer l'attachement profond des paroissiens pour le prêtre intrépide et tendre, brûlé de zèle et de charité, qu'ils remercient Dieu de leur avoir envoyé 2.
1. Ms' Castillon; notice biographique par M. l'abbé Durand, vicaire de Saint-iîtienne, chanoine honoraire de Dijon. Toulouse, imprimerie cathohque de Saint-Cyprien, 1886.
2 Vicaires de Saint-Étienne depuis la Révolution : Marceille, mort curé de la Daurade; Henri -Joseph Ortric, mort évêque de Pamiers; Ortric, son frère cadet, mort curé de la Dalbade ; 1805, Bégué, Pagan , mort curé de Saint-Étiennej 18li, Trinqualy, Lasmartres, Delquié; 1816, d'Aubuisson, Périssé; 1818, Faur, mort chanoine de Pamiers; 1820, Portet, mort curé de Saint-Jérôme; 1822, de Fleyres, Raynaud; 1823, Buissas, mort évêque de Limoges; 1823, de Juillac; 1826, Piéchaud; 1828, Dubois; 1829, Roger; 1833, d'Aldéguier; 1834, Pendaries; 183j, Bernady; 1837, Berdoulat; 18iO, Pujol; 184Î Vert; 1842, Pistre; 1843, Mailhol ; 1847, Daniel; I80O, Razous; 1855, CanUUon de la Couture; 1859, Goux, évêque de Versailles; 1860, Albouy, curé de Saint-Sernin; 1863, Barquissaut, 1864, Teychené; 1865, Julien; 1867, Delpech, curé de Saint- Etienne; 1868, Verdier; 1870, Morère ; 1871, Gaussail; 1873, Larrieu; 1874, Ballard; 1875, Régi; 1876, Baron; 1877, Maisonneuve; 1882, Daram, Durand; 1885, Labarbe, Viguier.
Les prêtres vénérés qui se sont succédés depuis la tempête révolutionnaire sont parvenus, à travers des temps toujours difficiles, à rendre à la paroisse, demeurée le cœur de la ville, les institutions chrétiennes qu'elle avait perdues. De nouvelles se sont fondées. La foi catholique n'abdique plus comme au siècle dernier, et les résistances se manifestent avec plus de ténacité et de zèle à mesure que les attaques deviennent plus formidables. La simple nomenclature des confréries des associations de charité ou d'enseignement et des maisons religieuses établies dans la paroisse étonnera peut-être ceux qui s'imaginent que la sève du christianisme s'est tariez
La cathédrale réunit les six confréries du Saint-Sacrement, du Chapelet, des Enfants de Marie, du Tiers-Ordre de Saint-François, de l'Agonie, de Notre-Dame des Enfants et l'archiconfrérie de Saint-Joseph.
Les associations et œuvres de charité ou de patronage sont au nombre de quatorze : la maison de miséricorde des Sœurs de Saint-Vincent de Paul, établie sur le sol de l'ancien cimetière Saint-Sauveur, l'œuvre des malades pauvres secourues par les Sœurs de l'Espérance, l'Orphelinat des garçons à la Grande-Allée, la Préservation pour les jeunes filles des Sœurs de la Croix, à la rue Sainte- Anne, l'asile de Sainte-Blandine pour les filles de service qui cherchent à entrer en condition, logé dans l'ancien hôpital des Donats de la Porte-Saint-Étienne, l'Institut
J. Nomenclature due à la communication obligeante de M. l'abbé Durand, vicaire de Saint-Etienne.
des Jeunes - Aveugles , fondé en 1866, établi quelques années après à la rue Montplaisir, l'Œuvre des Dames de Charité, la Conférence de Saint-Vincent de Paul à la place Saint-Georges, la plus ancienne de France après celle de Paris, la Société de Saint-François Régis, à la rue d'Astorg, pour la légitimation des mariages irréguliers, la Société de secours mutuels de Saint-François- Xavier, le Cercle catholique d'ouvriers de la rue Vélane, le Patronage paroissial, enfin l'Œuvre de Saint-Michel pour la propagation des lectures chrétiennes et la Bibliothèque des Bons-Livres, établie dans la maison la plus antique peut-être de la ville, qui profile sur la rue Croix- Baragnon ses élégantes fenêtres ogivales géminées, assiégée tous les jours, depuis un demi -siècle, par des flots de lecteurs qui viennent y chercher le remède à l'empoisonnement des âmes souvent protégé par les pouvoirs publics.
C'est sur l'enseignement que la lutte se poursuit avec le plus d'ardeur, et tandis que l'enfant, l'enfant du peuple surtout, est détourné avec une violence sauvage de la foi héréditaire et des pieuses coutumes qui le préservaient du mal, les écoles chrétiennes se multiplient. A côté du superbe collège du Caousou qui semble commander du haut de sa colline, cette campagne du bien, la cathédrale possède sa maîtrise, les deux écoles des Frères de l'allée Saint-Étienne et de la Côte-Pavée, l'école des Sœurs de Saint-Vincent de Paul, puis l'école déjeunes filles placée sous le patronage de Fénelon, le pensionnat voisin du
Sauveur, établi depuis deux ans à la rue d'Astorg et dirigé par les Sœurs de la Souterraine, le pensionnat de Notre-Dame, à la rue Pharaon, celui du Saint-Nom de Jésus, à la rue des Regans, et celui de Saint-Joseph d'Ouillas, à la rue Fermât.
Enfin, les ordres religieux, rentrés vers le milieu du siècle avec leurs robes blanches ou brunes du moyen âge, ont tous recherché la paroisse Saint-Étienne. Les dominicains, ramenés par le P. Lacordaire dans la ville où leur ordre avait été fondé, s'établirent à la rue Yélane en 1853; les Capucins, sur le coteau de Guilleméry en 1858, en même temps que les Jésuites abandonnaient le vieux couvent où saint Dominique avait créé les Frères Prêcheurs, pour leur nouvelle maison de la rue des Fleurs, à côté de laquelle ils ont construit, sous la direction de M. Bach, l'admirable chapelle qui présente l'une des reproductions les plus heureuses des églises ogivales entreprises de notre temps. Elle fut consacrée le 26 février 1869. Les prêtres du Sacré-Cœur desservaient, dès l'année 1843, la chapelle de Nazareth, qui devint leur propriété en 1850.
Les religieuses de Notre-Dame, établies avant la Révolution dans la maison occupée aujourd'hui par l'hôpital militaire, rentrèrent à Toulouse en 1806 et achetèrent l'année suivante l'ancien couvent des Cordeliers de Saint- Antoine, à la rue Pharaon. Les religieuses du Saint-Nom de Jésus arrivèrent en 1827, et après avoir habité la rue Nazareth, elles s'établirent à la rue des Regans et firent
construire, en 1834, par l'architecte Urbain Vitry, la chapelle qui s'ouvre sur la rue du Vieux-Raisin. Les Sœurs de l'Espérance, dont la maison-nière est à Bordeaux, vinrent en 1841, et achetèrent, en 1845, un hôtel de la rue Nazareth; mais leur chapelle ogivale, qui fut bénite le 18 décembre 1860, s'ouvre sur la rue de la Pleau. Les Glarisses, établies d'abord au faubourg Saint-Michel en 1859, se cloîtrèrent dans leur nouveau couvent de la rue Traversière-des-Potiers en 1850, et leur chapelle fut bénite le 8 octobre 1861. Les Franciscaines du Port-Saint- Sauveur les suivirent en 1863, et les Franciscaines de la Côte-Pavée quelques années après. Les Sœurs de Saint- Joseph d'Ouillas, appelées à Toulouse, dès l'année 1852, pour soigner et instruire les jeunes filles aveugles, ouvrirent ensuite un pensionnat qui, après avoir traversé divers locaux, occupe depuis 1880 un ancien hôtel de la rue Fermât.
Les archevêques, les curés de la cathédrale, les paroissiens travaillaient en même temps à relever les ruines de l'antique église. Il était d'abord indispensable de la clore, car elle était ouverte à tous les vents. Les vitraux furent complétés peu à peu avec les débris enlevés aux églises supprimées. Les chapelles reçurent aussi des ornements divers de même provenance ^ L'autel de paroisse est venu de la Daurade, et les adorateurs de marbre blanc, agenouillés devant le tabernacle décoraient,