‹ L'Église sous la croixChapitre 1 sur 9 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Notre histoire religieuse est riche en personnalités illustres et l'écrivain n'a que l'embarras du choix, quand il veut raconter la vie d'un de nos grands hommes. Nos pères ont excellé dans tous les domaines. S'agit-il de ceux qui se sont fait un nom dans la politique ou la guerre ? Voici, pour n'en citer que quelquesuns, les Sully et les Mornay, les Lanoue et les Gassion, les Condé et les Duquesne. Préférez-vous aux hommes d'Etat les hommes d'étude et de lettres ? Voici des imprimeurs comme les Estienne , des annalistes comme Crespin , des publicistes comme Renaudot, le créateur de la presse périodique , des littérateurs comme Conrart, le fondateur et le premier secrétaire de l'Académie française , des

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poètes comme Du Bartas, D'Aubigné et Clément Marot, des philosophes comme Ramus, des jurisconsultes comme Hotman , Charles Dumoulin, Cujas. Vous sentez-vous attiré vers les beaux-arts? Voici des peintres comme Jean Cousin, des sculpteurs comme Jean Goujon, des architectes comme Salomon de Brosse, des peintres sur émail comme Bernard Palissy, l'inventeur des <« rustiques figulines, » des compositeurs comme Goudimel. Vous occupezvous de la science la plus belle et la plus importante de toutes, la théologie? Sans parler des Calvin, des Farel, des Théodore de Bèze, les pères de la Réforme française; sans parler des orateurs de la chaire protestante, les Saurin , les Du Bosc , les Le Faucheur, voici les Bérault et les Charnier, les Amyraut et les Du Moulin, pour ne citer que quelques-uns des savants qui ont illustré nos anciennes académies protestantes. A ceux qui nous demandent : Vos pères , où sont-ils ? nous pouvons , avec une légitime fierté , nous réclamer de pareils ancêtres, et, comme Cornélie montrant à Rome ses fils, la Réforme française peut mon-

Préface. 7 trer à ses détracteurs tous ces grands hommes qu'elle a enfantés.

Et pourtant, l'avouerai-je ? ce n'est pas à eux que je réserve ma plus vive sympathie , mais à ces martyrs ignorés, à ces « morts inconnus, » comme les appelle Eugène Pelletan, qui, dans la souffrance et l'obscurité, sont demeurés fidèles à leur Sauveur, ont combattu le bon combat de la foi et nous ont légué de précieuses traditions d'héroïsme et de fidélité chrétienne. Que j'aime, en particulier, à contempler l'Eglise sous la Croix, l'Eglise du Désert, semblable à la colombe qui se cache dans les fentes du rocher, demeurant fidèle à son Maître, au milieu des plus violentes persécutions et sentant sa foi se purifier dans le creuset de l'épreuve! Qu'il est utile de vivre par la pensée, ne serait-ce qu'une heure, dans l'intimité de ces humbles serviteurs de Dieu, qui lui ont fait le sacrifice de leur vie et qui , renonçant à eux-mêmes, n'ont eu qu'une pensée : se consacrer, sous la croix des afflictions, au bien et au salut de leurs frères!

On trouvera dans ce volume la biographie ,

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composée d'après des documents rares ou inédits , de quelques-uns de ces hommes du Désert , qui ont vécu dans la période qui va de la Révocation de TEdit de Nantes à la Révolution. Prédicateurs sans grande instruction, anciens des consistoires ou galériens pour la foi, aucun d'eux n'a laissé un nom célèbre dans Thistoire et ils étaient loin de briller tous par les dons exceptionnels de l'intelligence. Mais ils furent, en des temps difficiles, de fermes témoins de la vérité. Ils revendiquèrent énergiquement les droits imprescriptibles de la conscience et, grâce au dur labeur de leur martyre, ils ont préparé ces temps nouveaux et meilleurs où Dieu nous fait la grâce de vivre. A tous ces titres ils méritent une place dans notre souvenir reconnaissant. Comme le dit avec raison Jules Bonnet : « L'histoire, trop souvent consacrée à glorifier les grands de la terre, a des devoirs à remplir envers les humbles, les petits qui ont souffert pour une cause sacrée : n'est-ce pas là le plus beau titre de noblesse (i) ? »

(i) Bulletin du protestantisme , t. XXVII, p. 4J1.

Préface. 9 et Ton peut ajouter : n'est-ce pas là la plus salutaire leçon ?

Depuis quatorze ans qu'a paru la première édition de cet ouvrage, on a mis au jour des documents nouveaux sur les humbles héros de la vérité, auxquels il est consacré. L'auteur s'en est servi pour compléter ces études. Les deux premières, entre autres, ont été entièrement renouvelées, grâce aux révélations des Archives de Montpellier. Il n'a rien négligé pour les rendre moins indignes du jugement que portait sur elles le Journal de Genève du 2 juillet 1882 : u Un livre à mettre avec les Mémoires de Jean Martheille , avec les deux Héroïnes, publiées par MM. Claparède et Goty, avec Serres ou le Déporté par la foi, de M. Matth. Lelièvre. Des choses qui font mal à lire et qui sont utiles cependant , saines et fortifiantes, dans un siècle de ramollissement moral. »

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