‹ L'Égypte d'hier et d'aujourd'hui (volume 2)Chapitre 24 sur 76 · ND FE · texte numérisé non relu

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LA MOSQUÉE DU SULTAN HASAN

Retournons vers l'entrée de la citadelle et descendons la Sharia-el-Magar. Une petite mosquée abandonnée, au dôme cannelé, nichée entre ses minarets, offre au regard un tableau charmant. Un peu plus bas, une vieille maison s’est suffisamment écroulée pour laisser entrevoir une mosquée-tombeau, de peu d'importance, mais tout à fait gracieuse, avec un minaret dont deux étages n'existent plus. C’est une composition attrayante, et l'ombre d’un portail à bonne distance invite l'artiste à s'asseoir et à prendre ses pinceaux.

C’est un coin riant, plein de clarté et de gaieté, bien que, vu la proximité d’un grand cimetière, pas une matinée ne s'écoule sans que de nombreuses processions funéraires ne remontent la rue. Ces processions sont généralement précédées par un certain nombre de mendiants, souvent des aveugles, qui, tristement, chantent leur profession de foi : « La iläha üll alläh wu Muhammed rasul alläh » ; ces pauvres gens sont suivis par les parents mâles du mort, des derviches portant des bannières, des jeunes garçons chantant de leur voix grêle des versets du Coran, et enfin du Coran luimême porté sur un plateau couvert d'un morceau d'étoffe de couleur. Le cercueil ouvert vient ensuite,

porté par les amis du défunt. A la tête du cercueil qui

est toujours à l’avant, il y a, si c’est un homme qu'on enterre, un turban posé sur un support de bois. Les femmes ferment la marche, les parentes du défunt ayant généralement une bande de mousseline bleue autour de la tête. Souvent aussi elles agitent un morceau d’étoffe bleue, et le bruit des sanglots des unes est étouffé par les lamentations des autres. Souvent aussi des pleureuses de profession sont employées et les gémissements étranges qu'elles poussent sont très émouvants, quand on ne sait pas que c’est à {ant par heure. Cette habitude est du reste contraire à la Loi du Prophète, mais elle date d’une époque tellement reculée que les interdictions n’ont sur elle aucun effet. Les hommes ne portent aucun signe de deuil, arguant qu’il serait injuste et égoïste de plaindre un être qui est mort dans la Foi et qui est bien plus heureux au ciel que sur la terre. Cette raison est logique, maïs elle ne touche évidemment pas les femmes qui rivalisent entre elles à qui exprimera le plus bruyamment son chagrin. Il est également difficile de concilier avec cet argument la présence des pleureuses de profession, payées par les hommes.

Je demandai là-dessus une explication au fidèle

Mohammed. I1 me répondit que c'était très mal de la

LA MOSQUÉE DU SULTAN HASAN

part des femmes et que certainement le feu de l’enfer les punirait. Après quoi, il haussa les épaules d’une façon qui indiquait l’inutilité de lutter contre de vieilles traditions maalesh. Quant aux pleureuses, elles font là un piètre métier : passer sa vie à hurler en ce monde pour quelques centimes, avec la perspective d’être horriblement punie dans l’autre, doit manquer de charme ! En tout cas, l'ancienneté de cette coutume est prouvée par certaines peintures sur les murs des tombeaux à Thèbes.

Pendant le temps que je passai à peindre sous cette porte, j'eus l’occasion de voir les funérailles de plusieurs Saints réputés, et le silence religieux n’était alors interrompu de temps en temps que par des voix qui murmuraient doucement les versets du Coran.

A gauche de mon aquarelle, s'élève le minaret de la mosquée Aksunkur, laquelle vaut vraiment la peine d’être visitée. Elle fut construite par un des fils de EI-Nasir, vers le milieu du xive siècle, et fut restaurée trois centsans plus tard par Ibrâhîm Agha. C’est du reste le nom de celui-ci qu’elle porte aujourd’hui. On l'appelle quelquefois aussi la Mosquée Bleue, en raison de la couleur des tuiles dont Ibrâhîm se

servit pour la décoration intérieure, et qui, par leur

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beauté, attirent bien des artistes. On ne se lasse pas, en effet, d'admirer cette merveilleuse teinte bleue, qui, sous le jeu du soleil, tire tantôt sur le vert et tantôt sur le violet.

Le sanctuaire de toute mosquée est placé au sudest, c’est-à-dire face à la Mecque, et est éclairé dans le sens opposé par une galerie à colonnade. Par conséquent, les rayons du soleil n’y pénètrent que tard, alors qu’ils ont perdu de leur force, à l'exception quelquefois d’une petite raie lumineuse qui, se glissant à travers les vitraux d’une fenêtre, vient caresser une colonne et lui donner les couleurs des petits morceaux de verre qu’elle traverse. Il fait donc ici beaucoup plus frais que dans la cour brûlée par le soleil. On peut se dispenser de recouvrir ses bottines des pantoufles que le gardien vous offre, en entrant pieds nus, ce qui est fort agréable; et, à cette distance de la rue, on peut également et avec joie quitter sa veste et son gilet.

Il est préférable de ne pas travailler dans le sanctuaire au moment de la prière, mais on trouve alors un charmant sujet dans les palmiers qui jettent leur ombre sur le dôme de la fontaine, et la pièce aux

tuiles bleues, où se trouve le sarcophage d’Absunkur,

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