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MASR EL KAHIRA
des touristes européens. Ceux-ci, une fois chez eux, firent à leur fantaisie usage de ces bois sculptés. Je pourrais citer un cas où toutes les superbes boiseries d’une vieille maison cairote pourrissent dans un grenier, en Surrey, depuis quelque quarante ans, époque à laquelle celui qui les acheta sottement les apporta en Angleterre. Frappé par leur beauté quand il les vit dans leur cadre propre, il crut que son architecte parviendrait à s’en servir avec avantage pour une maison qu'il s’apprêtait à construire, mais 1l fut vite détrompé. |
Malheureusement les vieilles boiseries ainsi achetées au Caire, n’y sont jamais remplacées : les anciens quartiers étant malsains, les propriétaires les abandonnent, et, dès qu’ils le peuvent, se font construire | dans les nouveaux quartiers une maison de style bâtard.
Continuons notre promenade le long de Suk-ez- Zalat. L'intérêt va grandissant à mesure que nous approchons du centre de la ville. La rue, très étroite, est encombrée de gens, de bêtes et de choses. Le soleil l’envahit petit à petit ; tous les marchands ont baissé leurs stores.
Nous avons maintenant atteint El Nahassin où la
vie et le mouvement sont tout aussi pittoresques, où la beauté et l'intérêt augmentent encore, car bientôt voici à notre droite les dômes et les minarets du groupe de mosquées qui entourent le Muristan. De la Sebil (1) Abd-er-Rahman, on peut à merveille considérer ce centre de l’activité cairote, tumultueux et si divers.
Les différentes Sebrls sont une des caractéristiques du Caire. Autrefois elles fournissaient presque toute l’eau à la ville ; aujourd’hui ce sont de simples fontaines où le passant se désaltère. Elles sont maintenues grâce à des donations religieuses. Au-dessus d’elles, dans les maisons, se trouvent des écoles, et le chant des enfants qui récitent le Coran s’envole par les fenêtres ouvertes.
Ce qu’on voit des marches de cette Sebil offre un joli sujet de croquis. À gauche, un ancien palais, et, plus loin, des maisons qui tombent presque en ruines. Les grillages en bois des fenêtres sont en piteux état, et, ça et là, un vieux morceau d’étoffe tient lieu de vitre. Les ornements sculptés de certaines fenêtres
pendent misérablement et restent suspendus en
(1) Fontaine.
MASR EL KAHIRA.
l’air jusqu'à ce qu'un coup de vent plus fort les fasse tomber à terre. Cet état de ruine se rencontre bien quelquefois dans nos villes européennes, mais seulement dans de pauvres quartiers abandonnés : ici, le contraste est frappant, car la rue est envahie à toute heure par une foule compacte, et, au rez-dechaussée de ces maisons, vous voyez des marchands de toute sorte affairés au milieu d’une nombreuse clientèle. Mais tout se passe dehors, sur le seuil des maisons et non point à l'intérieur. Des aliments variés sont vendus à des gens qui les consomment en pleine rue, côté de l’ombre en été, côté du soleil en hiver. Les hommes sont assis devant les boutiques des cafetiers, fumant leur nargileh et buvant lentement leur café, et il ne leur viendrait jamais à l’idée d'entrer dans ces boutiques, dont l’intérieur n’est souvent qu’un petit réduit, si exigu que le marchand lui-même y trouve à peine assez de place pour se retourner. |
C’est sur le seuil de sa porte, ou sur un banc à côté, que le barbier rasera une tête, saignera un malade ou arrachera une dent. C’est également en plein air que s’installe l’écrivain pour préparer des contrats,
ou écrire ung lettre d'amour que lui dicte une Jeune
personne voilée accroupie auprès de lui dans la poussière.
Les plus graves questions se règlent dehors : tel homme battra sa femme si elle se permet de traverser la rue sans voile, mais le père de cette femme, avant de la donner en mariage, discutait, en pleine rue et entouré de nombreux voisins, les conditions du mariage et la somme qu’on lui paierait pour sa fille. Et la foule, amusée et intéressée, prenait part à la discussion !
Cet endroit se trouvant dans une des principales artères de la ville, le trafic y est considérable, et rien ne pourrait être plus intéressant que de contempler ce va-et-vient dans tout son pittoresque et toute sa couleur orientale. Quel contraste avec la tristesse sombre d’une foule anglaise dans une rue de Londres !
Continuons notre promenade. Cette vieille maison est belle ! Au moment même où nous nous arrêtons pour l’admirer, un grillage de fenêtre s’ouvre et un vieux Cheik crie que l’heure de la prière est arrivée. Immédiatement, du haut de tous les minarets, des voix sonores, voix de Mmuezzin, crient : « La 1aha 1! allah, wa Muhamed rasul allah ! »
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LA MAISON-MOSQUÉE DE NAHASSIN AU CAIRE PI, à,
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