‹ L'Égypte d'hier et d'aujourd'hui (volume 2)Chapitre 34 sur 76 · LE SPHINX ET LES PYRAMIDES PE GIZEH PI · texte numérisé non relu

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gent Sur ces monuments trop ruinés. Le paysage, à droite, est en contraste frappant avec celui de gauche : d’un côté, la réverbération crue du grand désert ; de l’autre, une végétation fraîche et reposante. La large bande de couleur est coupée çà et là par des villages et par le ruban gris des routes. Les collines du désert arabe, beaucoup plus imposantes que celles qui nous cachent le grand Sahara, constituent un fond très pittoresque. L'Egypte est en vérité «le Don de la Rivière ».

Une race à part peuple cette contrée. Le Bedari est très différent du fellah. Les Bédouins établis autour des Pyramides depuis des siècles sont méprisés par leurs frères nomades ; ils ont d’ailleurs perdu les qualités et les traits génériques qui rendent ces derniers si intéressants.

Nous arrivons bientôt en vue du village de Mit KRahïneh, qui s'élève sur le site de Memphis.

Des ornières dans le sable nous obligent à choisir avec précaution notre chemin, et les sombres ouvertures des tombes creusées dans les falaises basses, nous montrent que nous sommes dans un vaste cimetière. Des débris de tombes violées jonchent le sol,

mais la brillante lumière et le scintillement du terrain

L'EGYETE

sablonneux et sec font diversion au sentiment d’horreur que nous ne manquerions pas d’éprouver à la vue d’un cimetière européen ainsi profané. La Pyramide à marches, entourée d’autres pyramides plus petites, domine la scène. |

Après le déjeuner, on nous conduit au Sérapenen. Je n’ai point l'intention de m’étendre sur l'intérêt archéologique que présentent les monuments célèbres groupés sous ce nom. La façon dont Mariette découvrit les tombes d’Apis, en lisant un passage de Strabon, est racontée par Amélia H. Edwards dans son livre Mille lieues sur le Nil. Les impressions de cet auteur sur sa visite au Sakkâra me dispensent de rien ajouter sur ce sujet. Je n’ai d’ailleurs pas de souvenir notoire de ma promenade sous les voûtes basses, pauvrement éclairées, qui contiennent les sarcophages des taureaux sacrés.

La tombe de Tyi, qui fait époque dans l’histoire de l'art, m'a intéressé davantage. Les bas-reliefs qui ornent les murailles de ce sépulcre de la cinquième dynastie, peuvent se comparer aux travaux d'art plus solides de la dix-huitième dynastie. Le développement de l'Égypte ne fut point continu. Par-

venu à son apogée au cinquième siècle, il déclina,

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puis cessa presque d’être pendant les siècles suivants : il reprit à nouveau au onzième siècle, pour s’arrêter complètement pendant les âges sombres de Hyksos. Mais l'Art, en cette race privilégiée, semble être immortel, car à peine les Thothiens eurent-ils débarrassé leur pays des tyrans étrangers, qu’il reconquit rapidement sa gloire passée et la surpassa, avant que Ramsès IT ne le pliât au joug de sa glorification personnelle.

Ici, de même que dans les œuvres vues à Debr-el- Bahri, la qualité de la pierre a permis le travail le plus délicat, et les silhouettes, dans les deux cas, sont fermement et purement dessinées, bien que le relief en soit très léger. Comme elles sont très colorées, un relief plus accentué était inutile. Malgré le grand laps de temps qui sépare les deux œuvres, beaucoup de caractéristiques semblables se retrouvent dans le temple de Hatshepsu, à Dfr-el-Bahri, et il est évident que l’art de ce temple n’est que le développement de celui de ces peintures murales.

Nous reviendrons plus longuement sur l’œuvre de la dix-huitième dynastie qui, quoique plus subtile et plus fine, nous étonne moins que ces admirables reliefs

de Tyi, qui sont les premières manifestations d’un art

vivant, survenant après une période de décadence. L'étude des tombes de Sakkâra nous apprend à apprécier la collection unique du musée du Caire que la nécropole a enrichi de plus d’une œuvre rare.

En allant à Bedrashîu, où nous prenons le train pour le Caire, nous remarquons des monceaux de ruines qui marquent l'emplacement de Memphis, et les deux colossales statues de Ramsès II. Les villages que nous rencontrons, avec leurs combumbarius en forme de gigantesques pylones et leur épais rideau de palmiers, sont un peu élevés au-dessus du niveau de la plaine, et, de loin, paraissent autant d’îles sur une mer d’'émeraude. Pendant la crue du Nil, ils deviennent vraiment des îles au sol merveilleusement fertile. Des troupeaux qu’on ramène du pâturage, et bien d’autres pittoresques scènes champêtres, rappellent les peintures murales du temple de Tyi, auxquelles elles servirent de modèles, peut-être, il y a quelque mille ans. Ces étendues de champs verts se prêtent pourtant encore mieux à être peints lorsque le soleil a doré les épis, et que la moisson est en train. Les instruments aratoires perfectionnés sont peu

connus ici, et le travail du /e/lah se fait à peu près

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Les femmes, revenant de la rivière, des cruches pleines sur la tête, sont vêtues comme leurs sœurs des villes, mais non voilées. Le yashmak rendrait leur dur labeur intolérable. Mais elles détournent les yeux en rencontrant des Firangi, ou ramènent sur leur visage le voile qui coiffe leur tête, preuve que l'antique loi vit toujours en elles.

Le paysage, pendant les 15 kilomètres de voyage en chemin de fer, est magnifique ; les lueurs du couchant donnent un vif relief au Gebel Turra, et au delà de Helouan, sur la rive du Nil, de délicates ombres violettes estompent les masses rocheuses sur le fond de ciel noyé d’or. Les villages se silhouettent finement contre la pénombre du désert Lybien, et les groupes de palmiers se dressent dans l’air calme. Avant d'arriver au Caire, les rails suivent la rive : la lumière, rosée à présent, idéalise les voiles des gyassas et se répète, en ton plus doux, sur les lointaines collines du Mokattam. Près de Zîreh, le clairobscur prête son mystère à quelques personnages sur le bord du Nil, et la petite ville elle-même,

peu intéressante à la lumière crue du jour, s’enve-

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loppe à cette heure d’un charme délicat. Peu après, nous arrivons au Caire, fatigués, mais heureux de cette belle soirée qui couronne une passionnante

Journée.

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