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CHAPITRE IX

L AAGLKTEURE E^ EGYPTE

I. L'Angleton-e et rEuroiie. — II. I/Aiif^leterrc ei lo iiouvei-noinont t''gyptien. — III. L'Angleterre et l(>s institutions internationales. — IV. État de l'Egypte sous radniinistration anglaise; les inlérèts français en Egypte.

Par suite du désintéressement de F Europe et de l'abstention delà France, l'Angleterre avait pu occuper rEg3^pte en 1882. Mais au moment où les crédits demandés par Gladstone pour cette expédition furent votés par la Chambre des Communes, le ministre déclara solennellement que l'Angleterre ne poursuivait pas en Egypte de vues particulières. « Nous sommes en Egypte, répétait-il en 1883, non comme maîtres, mais comme amis et conseillers du gouvernement égyptien... Le gouvernement ne reconnaît pas à notre pays, dans cette affaire, des intérêts égoïstes et particuliers, séparés des intérêts généraux des nations civilisées et qui doivent être poursuivis d'une façon égoïste et étroite. » L'étude des événements qui ont eu lieu depuis cette époque montrera comment cette promesse a été tenue.

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Depuis 1882, en effet, la question cFÉgypte est venue se greffer sur la question d'Orient, et les intérêts qu'elle met en présence paraissent encore plus difficiles à concilier que ceux qui se disputent Tinfluence dans le reste de l'empire ottoman. En droit, TEgypte est toujours une province autonome, mais vassale de cet empire; sa subordination est plus étroite que celle de la Bulgarie, et le hatti-schérif de 1840 demeure sa Constitution fondamentale. En droit aussi, le gouvernement du khédive doit tenir compte des institutions internationales qui ont été créées de 1876 à 1879 pour offrir aux créanciers de l'Egypte des garanties suffisantes. En fait, l'Egypte est occupée par des troupes anglaises ; des fonctionnaires anglais au titre souvent indécis, mais étroitement subordonnés au Foreign-Office. sont les conseillers et les ministres du khédive : ce sont eux qui gouvernent véritablement, et ils profitent de cette situation favorable pour accroître linfluence anglaise et miner sourdement les pouvoirs rivaux du sultan et de l'Europe, qui pourraient lui faire obstacle. Pour justifier cette conduite aux veux du monde, l'Anofleterre a souvent déclaré que son occupation de l'Egypte était toute provisoire et qu'elle se retirerait le jour où l'ordre serait définitivement rétabli. Elle semble ainsi avoir assumé au nom de l'Europe et dans l'intérêt de tous une mission civilisatrice et philanthropique : voyons

i;a.\(.li:terrk ex egypte. 253

comment l'Europe a envisagé cette explication et par quelles phases diplomatiques a passé la question d'Egypte depuis 1882.

Deux puissances, à vrai dire, la France et la Turquie, avaient un intérêt direct à surveiller l'action do l'Angleterre en Egypte et à lui demander compte de son occupation. De la Porte, le gouvernement anglais n'eut guère souci et par quelques déclarations significatives se délivra de ses importunités. Le gouvernement turc voulait débarquer des troupes à Aboukir : l'Angleterre exigea que ce débarquement eût lieu à Damiette et à Rosette. Le 15 septembre, après la reddition du Caire, l'ambassadeur anglais à Constantinople fit savoir au sultan que la coopération armée de la Turquie cessait d'être nécessaire. La Porte n'insista pas et demanda seulemtMit quand aurait lieu l'évacuation de l'Egypte : on ne lui fit pas l'honneur d'une réponse. Vis-à-vis de la France, la question était plus complexe, car le condominium franco-anglais, institué en 1876 par la création des deux contrôleurs qui avaient le droit d'assister au conseil des ministres, existait toujours en théorie. Cette institution pouvait gêner l'action du gouvernement anglais ; sans la supprimer directement, il résolut de la rendre impraticable et, pour y arriver, il défendit au contrôleur anglais d'assister désormais au conseil. Le ministre français Duclerc protesta par la note du 12 septembre 1882; à cette protestation Granville répondit que le contrôle était une institution dangereuse et qu'il valait mieux le remplacer par un conseiller financier que nomme-

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rait r Angleterre. Comme Duclerc repoussait cette prétention, le ministre des affaires étrangères du khédive demanda ofTiciellement la suppression du contrôle et refusa d'admettre le contrôleur français au conseil des ministres eu l'absence de son collègue anglais. En vain le cabinet français réfutait-il les arguments de Granville par les déclarations antérieures du gouvernement anglais lui-même sur l'utilité du contrôle : après plusieurs semaines de discussions stériles, les pourparlers cessèrent et, le 4 janvier 1883, Duclerc déclara que la France renonçait au condominium et reprenait sa liberté d'action en Egypte.

Cependant une nouvelle occasion de régler la question d'Egypte ne tarda pas à se présenter. Les dépenses imprévues auxquelles donnèrent lieu la révolte du Soudan et les indemnités versées aux victimes des troubles d'Alexandrie mirent les finances égyptiennes dans un grand embarras. L'Angleterre songea alors à reviser la loi de liquidation de 1880 et convoqua pour cet objet une conférence européenne à Londres (avril 1884). Jules Ferry, ministre des affaires étrangères, accepta l'invitation, mais ajouta qu'avant la question posée il y avait d'autres questions connexes à résoudre. La négociation qui se noua à ce sujet entre l'ambassadeur à Londres, Waddiugton, et le ministre Granville donna les plus belles espérances. L'ambassadeur assura Granville qu'il ne s'agissait en rien d'établir le condominium, et sur cette assurance le ministre affirma que l'Angleterre s'engagerait à retirer ses troupes de l'Egypte « au commencement

de 1888 » si toutes les puissances étaient de cet avis. Le résultat de la conférence ne répondit pas à ces prémisses : le gouvernement anglais ayant demandé un emploi diiïéront des revenus et une réduction de rintérêt de la dette en se fondant sur les données des agents français et anglais, les agents français protestèrent contre cette allégation et exigèrent une encpiôte contradictoire. Toutes les puissances, sauf Tltalie, y consentirent, mais la conférence se sépara sans avoir pris de résolution. Un projet d'emprunt égyptien sous la garantie collectiva^, de l'Europe n'eut pas plus de succès (1).

Plus ellicace, du moins, fut la conférence relative à la neutralisation du canal de Suez, qui s'ouvrit à Paris en 1885 et fut close seulement en 1888. Après la chute d'Arabi, l'opinion anglaise ne demandait rien moins que l'absorption par l'Angleterre de ce canal qui lui était si odieux quelques années plus tôt. L'Angleterre possédait la moitié des actions de la Compagnie et sa marine représentait alors les sept dixièmes du trafic sur le canal. Un comité d'armateurs anglais exigea que désormais le conseil d'administration fût composé d'Anglais en majorité, et menaça, en cas de refus, de construire un second canal exclusivement anglais. En vain, à la Chambre des Communes, Gladstone présentat-il un projet d'entente élaboré avec de Lesseps, il fut obligé d'y renoncer, sous peine de voir son cabinet renversé. La Compagnie, isolée en face de l'Angleterre,

(1) La chute du cabinet Ferry en 1885 empêcha une nouvelle conversation diplomatique sur la question d'Egypte.

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dut faire des concessions et, après un voyage de Charles de Lesseps dans les ports anglais , consentit à admettre dix Anglais, dont trois représentants du gouvernement, parmi les trente-deux membres du conseil d'administration. Une agence de la Compagnie fut établie à Londres et un projet de diminution des tarifs aux dépens des dividendes fut préparé. Les actionnaires ratifièrent ces propositions, non sans résistance (mai 1884), mais il était évident que le canal tendait de plus en plus à devenir exclusivement anglais. Ce l'ut pour prévenir ce péril que les puissances se mirent d'accord par la convention de Constantinople pour déclarer que le canal était neutralisé et restait accessible en cas de guerre aux navires de toutes les puissances sous des conditions déterminées (12 décembre 1888).

Pendant que cette négociation se poursuivait , les pourparlers avaient recommencé entre la France et TAngleterreet, le 3 novembre 188G, le nouveau ministre anglais Salisbury assurait Waddington que l'Angleterre était décidée à évacuer l'Egypte et qu'elle cherchait seulement « les moyens d'en sortir honorablement ». 11 avait envoyé en effet au sultan l'ambassadeur Henry Drummond WollF, porteur de nouvelles propositions, et il espérait ainsi régler la question d'Egypte plus facilement dans un tête-à-tête avec la Turquie. Mais ces propositions étaient telles que ni la Porte, ni la France, ni l'Europe ne pouvaient les accepter. L'Angleterre avait jusqu'ici pour elle la force et l'occupation de fait : elle voulait obtenir ce qui lui

manquait, le droit. L'évacuation de l'Egypte devait en effet avoir lieu, mais dans cinq ans; déplus, si après cette évacuation l'Angleterre jugeait que l'ordre était de nouveau troublé en Egypte, elle exigeait que la Porte lui reconnût le droit de la réoccuper sans nouvelle convention. C'était se faire octroyer par le suzerain officiel de l'Egypte le titre de propriété qui lui faisait défaut. La négociation échoua complètement (juillet 1887), et chaque fois que l'ambassadeur de Turquie à Londres tenta de reprendre la question, Salisbury s'en tint à ces conditions draconiennes. Malgré de nouveaux échanges de vues entre Salisbury et les ministres français Spuller et Ribot, malgré les protestations de certains membres de la Chambre des Communes (1), la question ne fit plus aucun progrès et la domination anglaise s'affermit en Egypte. En mars 1896, un nouvel incident vint fortifier encore cette situation et augmenter la sécurité du gouvernement anglais. La conquête du Soudan ayant été résolue, l'Angleterre décida d'en faire supporter les frais par les finances égyptiennes et d'entamer la réserve entassée dans la Caisse de la Dette. Elle demanda donc aux commissaires des puissances l'autorisation de prélever ."iOO.OOO livres sur cette réserve. La France et la Russie protestèrent; mais, grâce aux commissaires de la Triple-Alliance, l'Angleterre eut la majorité et la Caisse de la Dette passa outre aux protestations. Les divisions irrémédiables des puissances européennes éclataient ainsi

(1) Discours de John Morley (17 février 1892) et de Charte Dilke {l"' mai 1893).

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au grand jour et montraient an gouvernement anglais que toutes les usurpations lui étaient permises du nionient qu'il feignait d'agir au nom de TEurope. Aussi, depuis cette époque, aucune tentative sérieuse n'a été faite pour poser la question d'Egypte dans toute son ampleur, et, au point de vue diplomatique, la situation ne s'est pas modifiée depuis 1882. Dans ses rapports avec TAngleterre. la France s'est toujours placée sur le terrain du droit international; peut-être l'Europe aura-t-elle intérêt quelque jour à faire respecter ce droit. Mais quelles qu'aient été les lacunes de notre politique extérieure, engagée à la fois sur des domaines trop différents pour pouvoir être efficace, il est impossible de nier que si le droit de TAngleterre à occuper l'Egvpte est resté en 1900 aussi précaire qu'en 1882, ce résultat est dû aux efforts de la diplomatie française, qui a déjoué toutes les tentatives de compromission et refusé de s'associer à tout accord qui aurait pu créer un droit en faveur de l'usurpation (ij.

Libre de toute ingérence diplomatique, l'Angleterre a donc pu organiser l'Egypte à sa fantaisie, et une modification profonde s'est faite dans la politique pres([ue séculaire qu'elle avait adoptée à son égard.

fil En juillet 1900, un député irlandais demanda à la Chambre des Communes quand l'Angleterre évacuerait l'Egypte. Le ministre Brodrick répondit qu'il n'avait rien à ajouter aux déclarations de ses prédécesseurs.

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Jusque-là, en effet, TEgypte avait été pour elle la principale étape de la route des Indes; la question d'Egypte avait été subordonnée pour elle à celle de la possession de l'Inde et voilà pourquoi depuis 1799 elle avait combattu toutes les puissances qui tâchaient de s'y affermir, aussi bien la puissance française que celle de Méhémet- Ali. L'opposition faite à la construction du canal de Suez et l'intervention de 1(S(S2 furent les dernières manifestations de cette conception politique. Depuis cette époque l'Egypte a pris aux yeux des Anglais une importance plus grande encore : elle n'a pas cessé d'être l'un des carrefours de la route des Indes; mais de plus, grâce à ses richesses, elle est devenue pour eux une terre d'exploitation, aussi riche que l'Inde ellemême, et grâce à la vallée du Nil, elle leur est apparue comme une des principales voies d'accès et comme un des plus riches débouchés de l'Afrique centrale. Ils ne se sont donc pas contentés d'une occupation militaire de l'Egypte : ils ont travaillé à y étendre leur influence, et l'on peut voir dès à présent les résultats qu'ils ont obtenus.

Au lieu de faire des suppressions brutales, ils ont su se créer dans le gouvernement une sphère d'action qui grandit sans cesse. Le khédive Tewfik, à sa rentrée au Caire, assista au défilé de l'armée anglo-indienne entre Seymour et Wolseley, puis il prévint les autorités civiles et militaires d'avoir à obéir au général en chef de l'armée anglaise, « toutes les fois qu'il lui plairait de prendre des dispositions nécessaires à sa mission ». L'armée égyptienne fut licenciée par un décret du

20 décembre i882 et. en attendant Torganisation d'une police indigène et d'une nouvelle armée, le corps d'occupation anglaise resta la seule force matérielle de l'Égvpte. Puis un commissaire anglais, pris dans la plus haute aristocratie, DufTerin. vint présider à la réorganisation de rEg}'pte; mais il eut le tort impardonnable aux yeux des impérialistes de concevoir une Eo^vpte autonome, gouvernée par des Egyptiens. Il fut remplacé par Evelyn Baring (aujourd'hui lord Cromer), qui rejeta dédaigneusement toutes ses conclusions comme chimériques et appliqua à l'Egypte les méthodes qui régnaient dans l'Inde, où il avait été ministre des finances. Avec une grande habileté il comprit qu'il fallait rendre l'action des Anglais sur l'Egypte aussi peu apparente que possible, et en plusieurs circonstances il découragea l'ardeur de ses compatriotes qui, malgré leur réputation, se livraient, comme de simples oens de race latine, à la chasse des fonctions égyptiennes (1). Son principe fut donc de laisser tous les postes inférieurs aux indigènes, d'évincer des hauts emplois les Français et les EgA'ptiens pour leur substituer des Anglais, et de mettre à la tête des services publics de modestes conseillers anglais qui avaient en réalité tout le pouvoir. Un conseiller financier de ce genre avait été déjà créé en 1883 pour être substitué au contrôle international. En 1884, une tentative analogue fut faite pour mettre la police sous la direction

(1) Dans une leUre à Salisbury (décembre 1898), il déclara qu'on avait déjà enregistré 120 candidatures pour 24 places d'employés au département de l'intérieur.

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d'un fonctionnaire anglais : le ministre Nubar s'y opposa; il fut renversé en 1888 et remplacé par Riaz, puis par un Algérien des plus dociles, Mustapha- Fehmy. Non seulement la police anglaise fut établie en Egypte, mais en 1891 un conseiller judiciaire fut adjoint au ministère de la justice et introduisit la coutume anglaise du juge unique dans les tribunaux. En 1892, le khédive Tewfik mourut, et son successeur, Abbas-Hilmy, élevé en Europe, était regardé comme le chef des jeunes fellahs élevés à l'européenne qui supportaient mal la domination anglaise et constituaient le parti de la jeune Egypte. Il commença en effet par renvoyer Mustapha-Fehmy que les Anglais ne purent lui imposer; Riaz, puis Nubar en 1894 revinrent au pouvoir, et quelques manifestions timides eurent lieu dans la presse arabe et dans le Conseil législatif créé par Duiïerin pour préparer l'Egypte à se gouverner elle-même. Ces velléités d'émancipation ne tardèrent pas à être brutalement réprimées. A plusieurs reprises le khédive fut menacé de déposition, et, à la suite d'un conflit avec le sirdar, il dut rappeler IMustapha-Fehmy au pouvoir (1895). Bien plus, en 1894, un nouvel organe d'administration vint diminuer encore la part du khédive. Un troisième conseiller fut créé et ajouté au ministère de l'intérieur pour exercer son autorité sur tous les fonctionnaires; a(in d'empêcher les moudyrs de communiquer directement avec le souverain, un décret de novembre 1898 leur défendit de se rendre au Caire sans l'autorisation du ministre de l'intérieur. Les douanes et le service sanitaire tom-

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bèrent ésfalement aux mains des Aiii^lais. Le Conseil législatif vota chaque année le budget sans résistance, mais accompagna son vote de protestations contre les frais du corps d'occupation; la plus grande hardiesse qu'il ait tentée jusqu'ici est d'avoir, en approuvant le budget proposé par le Soudan, ailirmé que ce pays « fait partie intégrante de l'Egypte ». Deux gouvernements se sont donc superposés : l'un est le gouvernement légitime du pays, son action diminue de jour en jour; l'autre, au contraire, se développe au fur et à mesure des nécessités, sans autre idée préconçue que celle de s'agrandir toujours le plus possible : c'est, si son expansion n'est pas arrêtée par une force extérieure, le futur gouvernement de l'Egypte.

L'organisation d'une armée d'après ces principes fut un des principaux soucis des administrateurs anglais de l'Egypte. A peine les bandes indisciplinées d'Arabi avaient-elles été dissoutes par un décret du khédive, qu un nouveau « sirdar », Evelyn Wood, choisi parmi les officiers anglais, fut chargé de lever six mille fellahs et même d'admettre des Turcs ; le recrutement fut très long et chaque gouverneur de province dut envoyer un nombre de recrues proportionnel au nombre des habitants. En principe, tout Egyptien devait le service militaire de 20 à 36 ans; en fait, il était impossible d'incorporer toute la classe, qui comprenait cent mille conscrits. Les exemptions moyennant rachat furent donc encouragées et rapportèrent des sommes considérables au budget de la guerre. Le service actif dure six ans, le service de police cinq

ans, le service de réserve quatre ans. Les ofïiciers anglais furent autorisés et encouragés à prendre du service dans l'armée égyptienne avec des grades supérieurs d'un ou deux degrés à ceux qu'ils avaient dans l'armée anglaise. Il existait bien toujours une école militaire pour les indigènes, mais elle avait l'inconvénient d'être dirigée par des professeurs français ouaméricains. De plus, les hauts grades furent réservés aux Anglais et les indigènes ne purent s'élever audessus de celui d'adjudant-major. \']n 1883, on avait déjà rassemblé 3..")00 hommes et une batterie de six canons; en 1884, on essaya d'y joindre un bataillon de Turcs levé en Macédoine, mais on dut le dissoudre à causede son indiscipline, et son chef, le majorGrant, se défendit contre ses hommes à coups de revolver. On résolut alors de former pour la défense de Souakim un bataillon de Soudanais ; on le recruta presque entièrement parmi des déserteurs des tribus ennemies de Bazingers. Les nègres furent attirés facilement par l'appât de la solde, de l'uniforme, des armes perfectionnées, et, pour empêcher les désertions, on leur permit d'avoir dans leur tente une femme et des enfants. A la fin de 1886, la nouvelle armée comprenait 10.000 hommes, dix bataillons d'infanterie, cinq batteries d'artillerie, un régiment de cavalerie, trois corps de chameaux. Ce chiffre s'accrut jusqu'à 16.000 hommes en 1895 et 18.000 en 1898. La constitution de cette force mise entièrement à la discrétion de l'Angleterre a permis de maintenir à un chiffre très faible le corps anglais d'occupation. Son chiffre ne. dépassa

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jamais 5.000 hommes; en janvier 1900, pendant Texpédition du Transvaal, il descendit au-dessous de 2.000 hommes (1). L'action exercée par l'Angleterre sur l'armée et l'administration indigène suffit en effet a maintenir son pouvoir en Egypte.

Cependant ce pouvoir a rencontré des bornes dans les institutions internationales créées pour la défense des intérêts européens en Eg3^pte : l'existence même de ces institutions empêche que l'Egypte devienne jamais pour l'Angleterre une colonie ou même un pays de protectorat. Deux services d'Etat, la justice et les iinances, restent soumis au contrôle international, et malgré des velléités de résistance l'Angleterre a dû se rési«i'ner à cette situation.

Les tribunaux mixtes établis en 1S7G à Alexandrie, au Caire et ù Mansourah, avec une cour d'appel à Alexandrie, sont restés la principale garantie des Européens établis en Egypte contre le gouvernement égyptien lui-môme. Ce régime n'est pas un don gracieux du khédive, mais il a au contraire été consenti par les puissances à la place des capitulations conclues avec le sultan qui donnaient aux consuls étrangers toute juridiction sur leurs nationaux. Les Anglais ont pu absorber les tribunaux indigènes, subordonner l'ac-

(1) Les trois bataillons d'infanterie stationnés à Alexandrie, au Caire et à Khartoum furent réduits chacun à 600 hommes. Il y avait en outre un escadron de cavalerie au Caire et une batterie à pied à Alexandrie.

tion des parquets à celle de la police anglaise, constituer môme un tribunal d'exception pour juger les délits et crimes commis par les indigènes contre les soldats anglais : ils n'ont pu toucher aux tribunaux mixtes. Constitués seulement pour un temps limité, cinq ans au plus, un an au moins, ils ont été renouvelés déjà huit fois. En janvier i<S99, l'Angleterre fit une tentative pour diminuer leur rôle et, pour montrer son mauvais vouloir, elle força le khédive à attendre au 31 janvier, jour de l'expiration des pouvoirs de ces tribunaux, pour les renouveler pendant une seule année. Le P"" février 1900, au contraire, un accord intervint entre les puissances et le renouvellement eut lieu pour une nouvelle période de cinq ans.

Malgré la suppression du contrôle français, la loi de liquidation et la Caisse de la Dette créée en 1876 n'en ont pas moins survécu. Les pouvoirs de la Caisse de la Dette ont même été étendus par la Convention de Londres du 13 mars 1885. Chaque grande puissance y délègue un représentant. Cette assemblée a le pouvoir d'un syndic de faillites qui représenterait à la fois les intérêts des créanciers et des débiteurs; elle nomme et révoque ses employés, choisit les banques chargées du service de la dette, encaisse les revenus spéciaux appliqués à la dette, dirige le paiement des coupons et l'amortissement, contrôle les comptes du gouvernement égyptien et surveille en général toute l'administration financière de l'Egypte. Depuis le décret du 12 juillet 1888, elle a même un pouvoir encore plus important : elle gère un fonds de réserve générale et

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emploie ses ressources à racheter les titres de la dette égyptienne ; en cas de dépenses extraordinaires elle peut faire des avances au khédive, mais elle a dû résister maintes fois aux sollicitations du ministère des linances éo'vptien. En 1896, le uouvernement ano-lais voulut prélever sur ce fonds les 500.000 livres destinées à payer les frais de l'expédition du Soudan. Grâce à Tappui des commissaires de la Triple-Alliance, l'Angleterre eut la majorité, mais ce vote fut déféré par le commissaire français aux tribunaux mixtes et le gouvernement égyptien fut condamné à restituer la somme votée, non parce que Funanimité n'avait pas été obtenue, mais parce que la question de l'expédition du Soudan dépassait la compétence de la Caisse de la Dette. Un décret du mois de novembre 1899 a confirmé cette interprétation il) : il reconnaît que l'avis de la Caisse devra être donné à l'unanimité toutes les fois qu'il s'agira de dépenses extraordinaires d'ordre militaire; de plus, le montant disponible du fonds de réserve ne peut })0ur une raison quelconque être réduit à moins de 800.000 livres.

La compétence de la Caisse de la Dette s'étend à la privilégiée, à la dette unifiée et à l'emprunt garanti de 1885. Les autres dettes ont aussi des administrations européennes. La privilégiée a la garantie spéciale des chemins de fer, des télégraphes et du port d'Alexandrie; outre la surveillance de la Caisse, trois administrateurs, dont un Français, un Anglais, un

il) Journal le Temps du 19 novembre 1899,

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Kgyptien, diri«4ent ces services dans rintcrêt des porteurs de litres. Deux administrations distinctes itèrent également les biens de la Daïra-Sanieh (terres de la Haute-Egypte cultivées en cannes) et ceux de la Domaniale (terres du Delta cultivées en coton) ; trois commissaires des trois nationalités intéressées les dirigent et la maison Rothschild fait le service de la Domaniale. Une compagnie anglaise, la Daïra-Sanieh Company, s'est formée en 1898 au capital de GOO.OOO 1. st. pour racheter les domaines de la Daïra et faire disparaître le contrôle en ('teignant la dette. Enfin la municipalité d'Alexandrie, instituée en 1890, et le Conseil sanitaire, maritime et quarantenaire d'Alexandrie, organisé par la Conférence de Venise en 1892, sont aussi des créations internationales. L'ensemble de ces institutions restreint dans des bornes bien définies l'action de l'Angleterre en Egypte; elles sont une garantie pour les puissances européennes dont les nationaux sont restés les créanciers du khédive et pour l'Egypte elle-même, qui a, grâce à elles, des finances régulières et peut ainsi se soustraire dans une certaine mesure au gaspillage et aux vexations qu'entraîne la conquête. « Ce n'est pas parce qu'elle était anglaise, mais parce qu'elle était régulière, stricte et économe, que l'administration des finances a rétabli le crédit de l'Egypte. Et ce crédit eût été plusieurs fois compromis si, aux fantaisies dépensières d'un certain parti, ne se fût opposé le contrôle européen de la Caisse de la Dette (1).»

(1) Le Temps, 11 avril 1899.

Telles sont les conditions dans lesquelles TAngleterre a entrepris la tâche de rétablir Tordre en Egypte; mais il faut reconnaître que si elle a porté tant d'ardeur à cette entreprise, c'est avec la pensée non dissimulée d'en retirer tout l'honneur et le profit. Après avoir occupé l'Egypte, elle a convié ses nationaux à prendre la place que les Français y avaient obtenue jusque-là. Quel a été le résultat de ces efforts?

Les finances de l'Egypte, dont l'état était si précaire encore en 1882, ont été améliorées, mais il faut, nous l'avons vu, faire la part des institutions internationales dans leur relèvement. Cette réserve admise, on peut dire que le gouvernement de Cromer a travaillé d'autant mieux à rendre les finances prospères qu'il avait plus d'intérêt à confondre la question d'Egypte avec la question financière. En 1885, un emprunt de 9.420.000 1. st. à 3 % garanti par la Caisse de la Dette a été autorisé par la Conférence de Londres et il a servi à combler les déficits des premières années d'occupation. Le but du gouvernement fut surtout d'augmenter le rendement de l'impôt. Pour grossir le revenu de l'impôt foncier, on poussa les travaux d'irrigation et on étendit ainsi la surface cultivée. Le rachat du service militaire, l'établissement d'un droit de 8 % ad valorem sur les importations en Egypte, la

prohibition de la culture du tabac, qui ne pénétrait pas en Egypte sans payer les droits de douane, augmentèrent les ressources du budget et amenèrent des excédents dès 1887. Le crédit de l'Egypte se reconstitua ; les fonds égyptiens remontèrent et il fut possible d'entreprendre la conversion de la dette. En 1890 un emprunt de 24 millions de livres sterling fut émis à 3 1/2 pour rembourser l'emprunt domanial de 1888 à 4 1/2 et la dette privilégiée à 5 ^, avec les mêmes garanties que ces deux dettes. De môme, une nouvelle dette de Daïra-Sanieh à 4 ^ fut créée pour rembourser l'emprunt de 5^. Enfin, le 18 mars 1893, un emprunt domanial fut émis à 4 1/4 % et destiné à rembourser l'emprunt Rothschild de 1878 à 5 ^ hypothéqué sur les domaines de la famille khédiviale. Toutes ces opérations réussirent à souhait; à partir de 1893 il fut possible de commencer à amortir la Domaniale et la Daïra. En 1898 le khédive approuva les statuts d'une « Banque Nationale » et lui concéda pour cinquante ans le monopole des billets au porteur et à vue ; son capital d'un million de livres sterling fut presque entièrement souscrit à Londres.

La prospérité financière de l'Egypte n'est donc pas douteuse, mais il est permis de se demander jusqu'à quel point les Egyptiens en ont profité. 11 est vrai que le crédit de l'Egypte a été rétabli, mais les charges de la population sont plus lourdes. Dans les rapports qu'il adressait au ministère anglais, Cromer se félicitait de voir l'impôt, qui était par tête de 28 fr., passer à 22 fr. en 1898 ; mais tous les éléments figuraient-ils dans cette

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statistique? Le rachat du service militaire, en particulier, est une charge souvent onéreuse. D'autre part, la baisse des prix rendit le travail des fellahs moins rémunérateur et, malgré l'augmentation de la surface cultivée, le commerce extérieur ne fit aucun progrès depuis 1881. Il est vrai aussi que d'importants travaux furent entrepris dans toute l'I'lgypte; sans parler des nouvelles irrigations et du drainage, de la construction du cliemin de fer du Soudan et d'un pont sur l'Atbara, des ingénieurs anglais reprirent l'idée française de construire dans la Haute-Egypte, à Assouan, un immense barrage dont le résultat serait de rendre à la vallée du Nil la fertilité qu'elle avait au temps des Pharaons. Mais toutes ces entreprises, irrigations ou autres, profitèrent surtout à des capitaux anglais et à des ingénieurs anglais. Les fonds considérables fournis par la Caisse de la Dette pour tous ces travaux servirent donc surtout à alimenter l'industrie anglaise (1). De plus en plus, d'ailleurs, les Anglais tendent à se réserver le monopole économique de l'Egvpte. La flotte marchande de la « Khedivieh », qui comprenait vinot navires et servait surtout au trafic avec la Turquie, fut vendue tout entière à un industriel anglais pour le prix dérisoire de 150.000 livres (fin de 1897); le pavillon anglais remplaça désormais pour le commerce extérieur le pavillon égyptien. La sollicitude du commissaire anglais pour ses compatriotes fut telle qu'il

(1) Seul, le pont surlAlhara fut confié à une maison américaine, ffui promit de le faire en 42 jours et pour 6.000 livres, au lieu des 6 mois 1/2 et des 10.000 livres demandés par les maisons anglaises.

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empêcha rétablissement en Egypte des industries qui pouvaient faire concurrence aux industries anglaises. Il refusa ainsi d'approuver l'établissement d'une filature et d'un tissage de coton. « On ne peut attendre d'un représentant de la reine, disait le correspondant du Times qui rapportait le fait à son journal, qu'il soutienne un projet dont le succès profiterait au consommateur égyptien, mais nuirait aux manufacturiers anglais (1). »

Cet aveu dépouillé d'artifice montre bien quelle idée se font un urand nombre d'Anijlais de leur action en l']gyptc. Depuis ré})oque des Pharaons, les générations des Egyptiens dont les fellahs sont les descendants ont cultivé pour des maîtres étrangers le sol le plus riche du monde. Les produits de leurs travaux ont servi à enrichir tous les conquérants qui se sont succédé sur ce sol; les Anglais sont venus après les Romains, les Arabes, les Turcs, les IMamlouks; ils n'ont pas inventé une nouvelle méthode pour gouverner l'Egypte. On est même forcé d'avouer que, grâce à leur sens de Tordre et à leur esprit pratique, ils ont apporté à cette méthode de véritables perfectionnements et lui ont donné un caractère plus moderne. Le but n'en est pas moins -e même; l'Egypte est pour les impérialistes une des plus belles fermes de l'empire britannique ; ils consentent à bien traiter les serviteurs de cette ferme, à

(1) Temps du 9 avril 1899. On a remarqué avec étoiinement que l'Egypte, qui avait tenu une place si ])rillante aux Expositions Universelles de 1867 et de 1878, n'était représentée à celle de 1900 ({lie par un bazar. C'est là sans doute un contraste voulu.

condition d'être obéis par eux sans réserve. Il ne faut donc pas s'étonner de voir disparaître sous le régime anglais la plupart des écoles et des créations de Méhémet-Ali etdlsmaïl. Il était réservé à un ministre égyptien de l'instruction publique d'Egypte d'écrire ces phrases étranges : « Chez nous, la gratuité de l'enseignement primaire constitue à la fois un contre-sens et une injustice; en fait, elle manque sa destination, elle est un danger pour le personnel du ministère (1). » Jamais les Anglais ne songèrent à envoyer les jeunes fellahs en Angleterre pour compléter leur éducation; aucun officier égyptien n'est admis à participer à l'enseignement de leurs écoles militaires, et s'ils autorisèrent quelques sous-ofllciers à faire un stage dans les régiments anglais, c'était pour leur permettre d'apprendre le noble art de la boxe. Les Anglais resteront donc toujours des étrangers pour l'Egypte et, comme tous les conquérants qui les ont précédés, ils ne pourront y rester qu'en maintenant leurs sujets dans un état d'abaissement intellectuel et moral. La seule ambition qu'ils leur permettent, c'est d'aspirer aux emplois inférieurs de l'armée et de l'administration; en exigeant des candidats à ces emplois la connaissance de la langue anglaise, ils travaillent encore à augmenter leur influence.

Mais les Anglais ne sont pas seuls établis en Egypte et, malgré le rude choc qu'elle a reçu, la colonie française s'y est maintenue dans un état prospère. Les

(1) Yacoub-Artin-pacha. Considcrations sur l'instruction publique. Le Caire, 1894.

Anglais, qui étaient au nombre de G. 000 en 1882, sont passés à 20,000 en 1897; mais, à part quelques commerçants d'Alexandrie et du Caire, ce sont en majorité des soldats et des fonctionnaires; encore faut-il faire entrer dans ce chiffre une forte proportion d'Hindous et de Maltais (Maltais : 6.500; soldats : 5.000; matelots : 2.000). Or, les Européens établis en Egypte sont aujourd'hui 112.000 (1) et si les Français ne viennent pour le nombre qu'après les Grecs et les Italiens, du moins les situations qu'ils occupent dans l'industrie, l'agriculture, le commerce, les fonctions publiques, leur assurent une place prépondérante. La colonie d'Egypte est une des plus belles colonies françaises qui se soient formées sur un coin du globe, sans protection officielle, sans bureaucratie, grâce à l'initiative privée et aux qualités d'entreprise; elle est la meilleure réponse à ceux qui refusent de reconnaître les aptitudes des Français à la colonisation. Malgré les bienfaits hypothétiques que l'on attribue à l'éducation anglaise, les rôles sont renversés en Egypte; les Anglais y viennent chercher des places et des commandes de l'Etat ; les Français vont y développer leur esprit d'initiative.

Les intérêts de la France en Egypte sont donc encore considérables. Ce sont d'abord des intérêts matériels et visibles. La France possède les 2/3 des porteurs de titres égyptiens : le Crédit Foncier Egyptien a surtout

(1) Grecs : 40.000. — Italiens : 20.000 — Français: 14.155. — Autrichiens : 10.000. — Russes : 3.000. — Allemands : 1.260 (Statistique de 1897).

des Français comme actionnaires et comme obligataires. Les 3/5 des administrateurs du canal de Suez et presque tout le personnel de la Compagnie sont des Français. Le Crédit Lyonnais est le banquier de la dette égyptienne et des Français ont des intérêts dans les entreprises industrielles de l'Egypte. Les principales maisons d'Alexandrie dirigées par des Français sont en relations d'affaires avec Paris et Marseille. Si, pour emprunter une comparaison à l'un des plus fougueux impérialistes (1), un Etat est une raison sociale, les Français sont parmi les plus gros actionnaires de la raison sociale qui se nomme l'Egypte. Mais il suffit de parcourir ce pavs pour s'apercevoir qu'outre les intérêts matériels, des liens d'un ordre plus élevé unissent les Français à rÉg}^pte. Depuis l'expédition de 1798 les Français ont toujours été accueillis avec sympathie ; dans son voyage de 1846, Ampère trouvait à Alexandrie des témoins oculaires de l'expédition qui lui demandaient l'aumône en l'appelant : citoyen. La langue française s'est implantée en EgA'pte et, malgré les efforts qui sont faits chaque jour pour l'évincer, elle résiste victorieusement; les gens du peuple, les àniers du Caire la parlent couramment. Les missionnaires français ont dans leurs écoles plus de quinze mille élèves (2); une école française de droit s'est maintenue au Caire et ses

(1) Le drapeau anglais est la plus forte raison sociale du monde entier, aurait dit M. Cecil Rhodes.

(2) Statistique donnée par un correspondant du Temps (31 décembre 1900). De 1894 à 1899 les écoles privées françaises sont passées de 10.000 à 15.000 élèves. Les écoles égyptiennes nen comptent pas 6.000.

élèves vont passer leurs examens à rUiiiversitéde Paris. Les villes de l'Egypte sont couvertes d'établissements français, écoles, cercles, hôpitaux. Enfin le magnifique couronnementde cet édifice, c'est le cénacle des savants français qui dirigent le service des Antiquités égyptiennes et le musée de Boulaq (1). L'égyptologue Maspero a reçu en octobre 1899 la direction de ce service et, grâce à leurs efforts, les savants français auront encore longtemps le monopole de la science fondée par Champollion et par Mariette (2). En décembre 1898, l'Institut d'Egypte réorganisé par Saïd a fêté solennellement le centenaire de sa fondation par Bonaparte, et plus récemment, en novembre 1899, l'inauguration de la statue de Ferdinand de Lesseps, à Port-Saïd, a fourni l'occasion de rappeler au monde ce que la France a fait pour la grandeur de l'Egypte.

(1) Une mission permanente a été instituée par le gouvernement français depuis 1879, sous le nom de l'Ecole Française du Caire. Elle a eu pour directeurs ^Maspero et Grébault. Ses travaux sont consignés dans un bulletin intitulé : « Mission française archéologique du Caire ». Il faut signaler aussi les travaux des égyptologues de Morgan sur l'Egypte préhistorique, Amélineau sur l'Egypte chrétienne et plus récemment les feuilles de Gayet à Antinoé.

(2) Maspero avait été déjà directeur du service des Antiquités. Ses principales découvertes sont celles des tombeaux et des momies des rois des XVIPetXVIIP dynasties dans les hypogées de Thèbes (1881). En 1886 il dépouillait en présence du Khédive la momie de Ramsès II, du Sésostris des Grecs. En 1884, les 30.000 fr. que lui accordait le gouvernement du Khédive étant insullisants, des souscriptions publiques de P'ranco et d'Angleterre lui permirent de continuer les fouilles.

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BIBLIOGRAPHIE

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