Le Directeur du Génie à Monsieub le Ministre de
LA Guerre* Alexandrie, 6 novembre 1840 ■
Sommaire: Les travaux de fortification d'Alexandrie retardé par le Ramadan: on ferait quand même beau* coup de mal à rennemi s'il tentait le bombardement. — Gallice s'est plaint au Vice-roi qui a répondu « Dieu est grand... ^k — H semble que le Vice -roi n'ait pas grande confiance en ses soldats: « Je n'ai pas l'espoir, dit-il, de réussir avec mes troupes seules; il faudrait qu'elles fussent soutenues par un renfort de troupes françaises «. — Donc il faudrait débarquer 8 à 10.000 soldats français à Alexandrie ou même à Saint* Jean d^Acre, et de plus envoyer des marins capables dej tirer un bon parti de la flotte.
6p — De Méhémet Ali au Roi des Français, 7 novembre 1840.
Sommaire: Remerciements surtout pour la note française du 8 octobre disant que son existence politique est indispensable à l'équilibre européen. — Il n'a jamais voulu que la prospérité et la véritable indépendance de l'Empire Ottoman, — Résultats qu'il avait déjà obtenus en Syrie pour Tordre et la complète civilisation de cette province. — Les influences étrangères mal-
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faisantes y ont désormais ramené le désordre et la guerre civile: il n'a donc plus de raisons pour désirer conserver la Syrie. — Pour le reste il s'en rapporte à la haute sagesse du Roi. — Sans doute il conviendrait qu'il put garder le pachalik de Saint-Jean d'Acre et 111e de Candie. — Il est prêt à combattre jusqu'au demibr soupir si la France estime que la Syrie entière doit être maintenue sous son gouvernement. — Il énumère toutes les ressources militaires dont il dispose encore. — Cependant il ne voudrait pas être la cause d'une guerre générale. — En tout cas, il demande que la France intervienne dans le traité qui réglera définitivement ses relations avec le Sultan.
7^ j^-^TTTBE PABTIGULIÈRE DE M. WaLEWSKI k MONSIEUR
Thiers. Alexandrie, le 7 novembre 1840 20
^^^^hmaire: On attend des nouvelles d'Acre, qui a été attaquée le !•* novembre. — On compte beaucoup sur la lettre que Mohamed-Aly vient d'adresser an Toi. — Walewski en résume toute l'argumentation.
— C'est lui, Walewski, qui a eu l'idée de cette lettre: 4;'est un secret avec le Vice-roi et son premier drogman.
— M. Cochelet lui-même n'est pas au courant. — Et 'Walewski est effrayé de la responsabilité qu'il a prise; ^ussi procède-t-il avec « toute la circonspection imagi- :3iable ». — Il a fourni tous les détails qui ont servi à 3a lettre du Vice-roi; il y a mis quatre jours et quatre :aiuits, surtout à y décider Mohamed Aly. — Mais il ^voudrait savoir oh Thiers en est avec les Chambres et .^vec l'Angleterre.
d'une dépêche de m. le Prince de Metternigh M. LE Comte d'Apponiy de Vienne, le 8 novem- 1840 25
re: Gravité de la situation. — Mettemich se ré-
à une récente conversation de M. Cuizot avec M.
umann et à la résolution qu'il a affirmée de dé-
làre à Paris la cause de la paix. — On sera plus à
avec le «ministre conservatif» qu'avec celui
4ia
qui fl^est qualifié de «( parlementaire m expreëâion qui paraît bien être ime pure négation dee principes conservatifs. — Mettemicli s'eflforce à rétablir la vérité des faits. — La querelle du Sultan avec Mobamed- Âly n'est pas différente de tant d'autres querelles qii*on a C0miiiee entre la Porte et ses gouverneurs de provinces* — Mais la France a perdu réquilibrc nécessaire à tout pays: il y a maintenant deux Frances, la France conservatrice, et les partis du mouvement qui doivent pencber vers la guerre. — C'est là l'explication des difficultés qu'on a rencontrées dans l'affaire turco-égj^tienne: elle a été influencée par «l'esprit de parti » qui se nourrit de cbimère. — M. GuLcot aurait sans doute suivi une <t toute autre marche que ceUe qu^a si malheureusement adoptée son prédécesseur )». — Cependant on peut trouver une solution dans la dernière formule de M. Thiers qui distingue la question politique de Texistence de Mohamed*Aly du sort de la Sjrrie: cette distinction « bien employée », peut assurer la fin du conflit. — D'une part, le Sultan se montrerait disposé à rétracter l'acte de déchéance; et d^autre part la France pourrait se trouver satisfaite d'avoir « contribué le plus puissamment à sauver l'existence politique du Vice^roi aujourd'hui si évidemment compromise ». — Même le sacrifice fait par la Porte % porterait le caractère de clémence souveraine i, — La guerre, dans de telles circonstances, serait une i monstruosité morale »: l'homme qui n*a point reculé devant Temploi de cette arme à deux tranchants a fait preuve d*une bien grande légèreté: < C'est le jugement le plus doux qu'il soit possible à robservateur impartial des aberrations humaines d'émettre sur cet homme ».
EXTEAIT D*trHE LETTRE PARTICULIÈRE DE M. LE PRirrCB DE
Metternich^ Vienne, le 8 novembre 1840
Sommaire: M. de Mettemich revient sur l'idée essentielle de sa dépèche officielle: n Je reconnais la nécessité que le Gouvernement firançais puisse dire au pays: tC*efft moi qui ai sauvé le Pacha d'Egypte. Tout le monde se
FAj|«f.
— Consternation à Alexandrie. — Cochelet, aceom^ pagne du commandant Gallice, a porté ses consolations au Vice -roi. — Il donne pleins pouvoirs an commandant Gallice pour la défense d^ Alexandrie» — A Cochelet comme « véritable ami » il demande conseil pour le cas où ramiral Stopford lui demanderait de s'adresser directement à l'Angleterre pour garder rÉgypte à titre héréditaire. — Cocbelet répond que après la note du 8 octobre et la position que la France a prise, c^est sur elle surtout qu'il peut et doit compter: il ne peut pas courber la tête « lorsqu'un ami généreux et désintéressé lui a noblement tendu la main en présence de cinq Puissances coalisées », — Mohamed*Aly se redresse fièrement sur son divan et déclare qu'il restera soumis et dévoué à la France, — Il a donné ordre à Ibrahim-Pacha de ramener son armée en Egypte; mais le pourra-t-il? D'autre part les populations catholiques de la S>Tie appellent la protection de la France et les Anglais y sont déjà détestés. — L^anarchie y règne partout. ~ Et le Vice-roi se mon* tre « supérieur à la mauvaise fortune k — Il se pré* pare à la défense d'Alexandrie, — Cochelet n'y a pas confiance, si la France n*y intervient pas. — Le Viceroi voulait faire sortir sa flotte: Cochelet a réussi à l'en dissuader: elle ne doit être mise en mer que par notre ordre et sous notre patronage.
Note de M. Houry, ancien Secrétaire de Lord PONSONBY -, 4T
Sommaire: Toute la poUtique française dans l'affaire ég^^tienne semble avoir été inspirée par l'espérance d'amener un revirement dans les dispositions du cabinet britannique: on a méconnu l'influence personnelle de Lord Ponsonby, — Influence considérable de ce personnage, son amitié intime avec Lord Palmerston^ sa parenté étroite avec Lord Melbourne et d'autres grandes familles anglaises. — Intérêt que la France aurait à obtenir son adhésion aux arrangements que elle souhaite en Egypte et même dans la S^TÎe méridionale, — Lord Ponsonby est persuadé que l'Angle-
TAMM ANALYTIQTTE DES MATIERES. 421
terre ne peut assurer ses communications avec Tlnde que par « TÉgypte gouvernée par Mohamed- Aly »; et elle n'agpire w qu'à la conquête d'une grande route commerciale ». — Quant à la Syrie, il demanderait une coostîtution semblable à celles qui régissent les principautés de Moldavie et de Yalachie*
MONSIEim COCHELET i SON EXCELLENCE MONSIEUR
ITeiERs Président du Conseil, Ministre dès Affaires ÉTRANGÈRES, Alexandrie, 11 novembre 1840... 50
Sommaire: Transmission de la lettre de Mobamed-Aly au Roi. — Malgré ce qui se passe en Syrie, il faut se réjouir de la résolution de Mohamed-Aly de se laisser guider par les conseils de la France, — H est souhaitable que le Gouvernement de Paris prenne une décision le plus tôt possible.
De Monsieur Walewsili A Son Excellence Monsieub Thiebs, Président du Conseil des Ministres, etc. ETC. Alexandrie, 1 1 novembre 1840 51
Sommaire: Le Vice-roi considère la Syrie comme perdue. — Dès lors il faut se préparer à le voir s'adresser à rAngleterre, — Efforts faits par Walewski pour Peu détourner, en lui expliquant que son honneur demeure sauf s'il s^adresse à la France, mais uon s'il capitule devant ses pires ennemis. — D^oii la négociation à laquelle Walewski s*est attaché pour l'amener à écrire directement au Roi; il en a lui-même fourni le modèle, qui a été ensuite habillé en style oriental, — Il est probable que sans cela Mohamed-Aly, à la nouvelle de la prise d'Acre, aurait auseltôt traité avec l'amiral Stopford. — Les événements de Syrie ayant donné tort aux prévisions de ta France, le meilleur moyen de sortir de ce mauvais pas est de répondre à l'appel du Vice-roi; sa lettre constitue une espèce de vasselage moral de la famille de Mohamed-Aly envers le Roi des Français, et FÉgypte est ouvertement sous Finfluence exclusive de la France, comme une espèce de fief relevant de fait autant et plus du Roi des Fran-
çais que du Sultan lui^mèine. — Le lettre demeure d^aiMeurs assez élastique pour que le Gouveraenieiit français rinterprète selon la manière qu'il estimera la meilleure. — 11 est à craindre cependant que, si la flotte anglaise paraît devant Alexandrie, et que Pamiral Stopford propose un arrangement direct avec rAngleterre, le Vice-roi ne soit obligé de céder. — Les fortiflcations d^Alexandrie sont en bon état^ mais les troupes sont démoralisées par les nouvelles d'Acre. — n faudrait envoyer la flotte française au plus vite en vue d'Alexandrie, pour empêcber le bombardement ou au moins empêcher Mohamed- Aly de céder, — La France a toujours beaucoup de partisans en Syrie, et les Anglais y sont déjà fort détestés. — Ordres à Ibrahim pacha pour le repli de ses troupes sur rÉgypte. — Candie est toujours sous la domination de Mohamed* Aly. Les officiers qui y commandent lui sont absolument dévoués.
16, — MowsiEïTR Walewski i Son Excellence Monsieub
Thiers, Pbésioent Dtr Conseil, etc. Alexandrie, 11 novembre 1840,
Sommaire; Transmission du brouillon qui a servi de modèle à la lettre du Vice-roi; quelques variantes par la faute du traducteur. — Demande de la croix de la Légion d'Honneur pour Artin-bey, le principal secré* taire de Mohamed-Aly, — D a une grande influence sur lui. — Il espère être un jour le chargé d^affaires de l'Egypte à Paris. — C'est par lui que Walewski est parvenu à faire écrire la lettre au Roi. ~ Demande aussi de la croix pour M. Bonfort» un Français, qui a rendu de grands services en Egypte.