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Depuis quinze ans des évènemens de la plus haute portée agitent l'Orient. Depuis le jour où la révolution grecque a commencé à ébranler le sol ottoman , la Turquie semble transformée en un volcan , dont les explosions successives ne^ permettent plus au Sultan de s'endormir comme autrefois dans les délices d'une vie oisive et dans L'insouciance de l'avenir. A Timmobilité , à la stagnation , dans lesquelles ce vaste empire languissait depuis des siècleà^ ont succédé le mouvement, l'esprit d' innovation, et mille intérêts divers qui se croisent en tous sens.
L'émancipation de la Grèce, les créations militaires et industrielles de Méhémed-Ali en Egypte, son insurrection, l'anéantissûmênt des janissaires dans les États ottomans , là formation de troupes régulières, substituées # cette
milice détestée des souverains et du peuple, ces premiers actes d'un réveil fébrile, résultats immédiats de la révolution des Grecs; enfin le spectacle de cette Grèce , qu'on crut rendre libre et heureuse en l'arrachant au joug musulman, et qui se débat aujourd'hui dans les angoisses de la guerre civile, au milieu d'essais degouvernemens dont aucun n'a trouvé encore le secret de ses mœurs ; tels sont les élémens du drame plein de vie dont l'action compliquée se développe chaque jour avec une incroyable rapidité. Au-dessus du théâtre de ce drame plane la Russie tremblante de voir la civilisation lui arracher sa proie, et préparant ses forces pour anéantir d'un seul coup et l'empire des Sultans et les germes de cette civilisasation naissante; la Russie, dont l'insatiable ambition presse un dénouement qui doit lui assurer l'empire de l'Europe, si notre imprévoyance néglige de la prévenir.
Au milieu de tous ces mouvemens qui forcent la politique européenne à graviter vers l'Orient, au moment où on semble s'apercevoir
enfio que les évènemens qui intéressent Tavenir des peuples musulmans touchent à nos intérêts les plus chers , la tâche du Toyageur a dû s'agrandir. U n'a plus à se borner^ comme autrefois , à recueillir pour la science des matériaux dont le plus souvent les savans seuls étaient à même d'apprécier la valeur; et s'il est réduit pour la description des lieux et de^ monumensà marcher le plus souvent sur les traces de ses devanciers, il a vu une carrière plus vaste s'ouvrir devant lui.
Au tableau des usages antiques de l'Orient, il lui hat aujourd'hui ajouter celui des usages que l'Orient nous emprunte chaque jour; à l'histoire de sa civilisation décrépite, joindre celle de la civiHsation nouvelle qui s'élève sur ses ruines ; à l'examen des questions qui touchent aux intérêts des nations musulmanes, réunir celles qui touchent aux intérêts de son propre pays. En un mot, l'étude de l'Orient, considérée sous le point de vue politique , est peut-être l'étude qui mérite maintenant, de la part de l'observat6ur, la plus sérieuse attention.
rien omis ni rien exagéré, et que nous avons constamment eu pour but une peinture fidèle des hommes et des choses !
Paris» février 1836.