‹ L'ÉgypteChapitre 104 sur 186 · L'ILE DE RODA · texte numérisé non relu

L'ILE DE RODA

Les commencements de l'histoire du Caire et de la domination arabe sont étroitement liés à ces localités.

En lan 638 après Jésus-Christ, une petite troupe de croyants, qui avaient adopté la nouvelle religion de Mohammed, conduits par Amr ibn el-Asi, passèrent de Syrie en Égypte. Auprès de Fârama, Amr tomba avec quatre mille hommes sur la nombreuse armée de César, conduite par le gouverneur grec Makaukas, et la mit en déroute, après une résistance d’un mois, grâce au secours des Coptes, c’est-à-dire des chrétiens indigènes attachés à la doctrine monophysite. L'auteur principal de cette défection n’était rien moins que l'archevêque d'Alexandrie, Benjamin; car, en ce temps de misérables luttes dogmatiques, les Grecs orthodoxes qui fermaient

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les églises, pillaient les cloîtres, détruisaient la fortune de leurs rivaux par de lourdes amendes, ou les jetaient en prison, étaient pour les monophysites des adversaires plus odieux que les musulmans, et ceux-ci passèrent pour des libérateurs, prêts à débarrasser le pays des Césars hérétiques, des prêtres et des employés, des bourreaux et des oppresseurs. Après nombre de combats, les Grecs se retirèrent à Babylone, où ils furent assiégés par Amr luimême, à qui le calife Omar venait d'envoyer des renforts.

Les soldats arabes de ce temps étaient des héros, leurs hommes d'État des sages, qui ne le cèdent en rien aux figures les plus nobles dont l’histoire des autres peuples a gardé le souvenir. Qu'est-ce qu'un Décius Mus, un Curtius, un Arnold de Winkelried, ont fait de plus grand que ce Zoubéïr, qui résolut de se sacrifier pour conduire les siens à la victoire? Il dressa une échelle dans le voisinage d’une brèche, l’escalada, sans être vu, l'épée à la main, et, du haut de son poste, cria à ses camarades un joyeux Allah akbar ! auquel, sur son ordre, ils répondirent par de grandes clameurs. Les assiégés crurent qu'une grosse troupe d’ennemis avait franchi la muraille, se sauvèrent, et Babylone tomba aux mains des Arabes.

La garnison, battue, se retira dans l’île de Rôda, rompit les ponts qui la rattachaient à la terre ferme, et le gouverneur Makaukas noua des relations amicales avec les vainqueurs. Deux Coptes vinrent en ambassadeurs au camp musulman. Amr les retint plusieurs jours, afin qu'ils pussent observer le sérieux et la piété de ses soldats, puis rapporter aux leurs ce qu'ils auraient vu. De fait, la vie strictement religieuse et digne des croyants ne manqua pas de produire son effet sur les émissaires : après quelques discussions et quelques escarmouches, un traité fut conclu, dans lequel les Coptes s’engageaient à payer par tête, à l'exception des vieillards, des femmes et des enfants, une taxe annuelle de deux dinars. De leur côté, les vainqueurs renonçaient à tout droit sur les biens-fonds et la fortune mobilière des vaincus, et accordaient aux Grecs qui ne voudraient pas se soumettre à la capitation, le droit de se retirer librement. Nous avons déjà raconté, à propos d'Alexandrie, quel témoignage honorable Makaukas rendit aux Arabes, lorsque César lui reprocha amèrement de n’avoir pas su repousser douze mille hommes avec cent mille. Amr se rejeta contre cette ville, qui était le point central de la vie grecque en Égypte, après avoir reçu, sans coup férir, la soumission de tous les Coptes qui habitaient le Delta, en juin 641. Nous savons déjà qu'Alexandrie dut se rendre après une vaillante résistance. Amr désirait y établir sa résidence, et avait déjà commencé à y faire construire un palais pour lui, des quartiers spéciaux pour ses troupes; mais le calife ne se montra pas satisfait de cette mesure, et à bon droit, car la population turbulente du port, accoutumée aux luttes sanglantes des partis, se montrait peu disposée à devenir le centre de la vie nouvelle qu’il s'agissait de développer dans le pays.

Amr revint donc à Babylone, dans le voisinage de laquelle il avait laissé debout sa tente,

fostât. Au moment de partir pour Alexandrie, il avait donné l’ordre qu'on l’abattîit; mais

on lui avait appris qu'un couple de pigeons avait établi son nid sur le couronnement, et il avait donné l’ordre de laisser telle quelle la maison de toile : « À Dieu ne plaise, dit-il, « qu'un Moslim refuse sa protection à un être vivant qui s’est réfugié sans méfiance à « l'ombre de son hospitalité! » Au retour, il trouva la vieille tente encore debout. Il S'y

logea de nouveau, et décida la fondation d’une ville neuve, qui reçut en conséquence le

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nom de Fostât, {a tente. Le nom arabe de l'Égypte, Mis», passa de bonne heure à la résidence nouvelle. Plus de trois cents ans plus tard, quand la Kahirâ, le Caire d’aujour-

dhui, vint s'y joindre, le nom de Misr ou Masr lui fut appliqué par ses habitants et lui

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