MONNAIES D'ALEXANDRE LE GRAND
médecins ÆErasistratos et Hérophilos,
V'Athénien Démétrios de Phalère, que le roi appela d'abord dans son conseil comme jurisconsulte, et qui, plus tard, le poussa à former une collection de livres. Lui-même il avait composé une Histoire des guerres d'Alexandre, malheureusement perdue. Entre autres artistes qui travaillèrent sous lui dans Alexandrie, nous nous contenterons de nommer le peintre Apelles et son rival, le sculpteur Antiphilos.
Il y avait à construire dans la ville nouvelle; il y avait à jouir et à gagner dans ce marché où les produits et les trésors de trois continents affluaient à l’envi. Quoi d'étonnant si Alexandrie attirait à elle des artistes de toute sorte? Aussi bien c’étaient des Grecs, maîtres dans l'art de bâtir, avides de jouissance et de gain; c'était l'Orient et l'Occident,
qui se tendaient la main en cet endroit, et la maison royale elle-même donnait l'exemple d'embellir la vie de tout ce qui paraissait être beau et attrayant.
La première femme de $oter avait été la courtisane Thaïs; la seconde fut une Macédonienne, Bérénice (1). Toutes deux enseignèrent aux Alexandrines l’art de combiner le sentiment délicat que les Grecs ont pour le beau avec l'amour des Orientaux pour l'éclat. Les plus magnifiques des gemmes arrivées jusqu'à nous, sont celles qu'on tailla à l’intention des Ptolémée. C'est pour les Alexandrines surtout que les filatures de Cos tissaient ces fines étoffes de soie, qui, à la fois solides et transparentes, couvraient sans les cacher, les belles formes des dames qui les portaient.
Ce n’est pas ici le lieu de parler des guerres de Soter. À la fin de son règne, il associa au gouvernement Philadelphe, le fils qu'il avait eu de Bérénice. Philadelphe trouva Alexandrie comme un édi-
fice dont le gros œuvre est terminé, mais à qui l’ornementation manque encore : il devait l'achever et rien ne répondait mieux à
ses goûts et à son génie. Bien moins énergique que son père n'aurait jamais réussi par ses propres forces à faire sortir de rien quelque chose de grand; mais l'élève de Strato et de Philétas, l'ami riche et délicat de la science, était bien l'homme qu'il fallai pour donner une belle forme aux matérieux qu'on lui livrait. On Va comparé à Salomon et son père à David; la comparaison es des plus heureuses.
Alexandrie atteignit sous lui l'apogée de la grandeur. Aucun membre de la maison des Soter, Cléopâtre exceptée, n’est demeuré plus célèbre. Il ne du point sa renommée à des guerres éclatantes, mais aux œuvres de paix, que son règne de trente-trois ans et la possession de richesses immenses lui permirent d'accomplir. C'est sous lui, dit-on, que fut rédigée la traduction de la Bible en grec, connue sous le nom de Version des Septante. L'histoire des soixante-dix interprètes qui, enfermés dans les chambres séparées, auraient néanmoins écrit des traductions entièrement identiques, doit être reléguée dans le domaine de la fable. C’est surtout dans le soin qu'il prit du Musée, que son action se manifesta la plus grande et eut le plus de suites. Le Musée ne fut jamais aussi floris-
sant que sous lui.
L'immense édifice dans lequel les plus éminents des savants contemporains devaient trouver accueil, vivre à l'abri des soucis matériels, et, unis par une collaboration fructueuse, travailler au progrès et à l’enseignement des sciences, était situé dans le quartier des palais royaux. Il se composait d'un promenoir, sorte de cour oblongue ombragée d'arbres, renfermant quelques fontaines et des réduits favorables au repos. Une large halle ouverte était entourée de portiques qui servaient d'abri contre la pluie, dans laquelle les savants se réunissaient, discutaient, et trouvaient encore assez de place pour grouper leurs élèves chacun autour de soi; enfin, un grand édifice renfermait plusieurs salles à manger spacieuses. C’est
(1) Le nom de Bérénice est, dans les langues romanes, l’origine du mot vernis, vernis, vernice, varnish, en allemand
l’origine du mot ambre, Bernstein.
L’ALEXANDRIE ANTIQUE. 11e
là qu'aux heures de repas venaient s'étendre — les Grecs mangeaient couchés sur des lits — les membres de l'institut, rangés selon les écoles auxquelles ils appartenaient, l’a-
ristotélicien aupr
s de l’aristotélicien, le platonicien auprès du platonicien. Chaque confrérie choiïsissait son président. L'assemblée des présidents formait un sénat dont les séances étaient dirigées par un grand prêtre n’appartenant à aucune secte et choisi par le gouvernement.
L'édifice était v
aste, l’ameublement des salles et des cours riche et artistique; chaque savant jouissait d’une indépendance complète et pouvait à son gré enseigner ou poursuivre ses travaux dans le calme et le recueillement.
Pendant la vie de Philadelphe, le Musée fut comme le foyer où venaient se concentrer tous les rayons de la vie intellectuelle. Les moyens d'étude mis par le roi à la disposition des savants n'étaient nulle part ailleurs aussi nombreux. Philadelphe employa tant de prévoyance et de libéralité à augmenter la collection des livres formée par son père, tant d’habileté à la classer et à l’exposer, que la bibliothèque du Muséum, avec les quatre cent mille volumes de son premier fonds, fut renommée, à bon droit, comme la plus considérable qu'il y eût dans l’antiquité. Elle ne cessa de s’accroître au profit des savants, dont elle favorisait le travail. Au temps de César, quand elle devint la proie des flammes, elle paraît avoir compté neuf cent mille volumes.
Il n’y eut partie de la science qui ne fût explorée au Muséum, doctrine qui n’y fût étu-
diée : le travail le plus sérieux et le plus durable se fit dans le domaine de la grammaire, de
la philologie pris au sens moderne, et des sciences naturelles. C’est aux labeurs critiques des
Alexandrins que nous devons d’avoir conservé la littérature grecque, et il est à peine besoin d'indiquer ici quelle influence décisive cette littérature a exercé sur la culture de l'Occi-
dent. En ce qui regarde les sciences naturelles, il est certain que le développement éclatant
qu’elles ont pris en notre temps se rattache surtout aux traditions et à la méthode de l’école d'Alexandrie. La restauration des sciences n’a été, ou peu s’en faut, qu'une restauration des principes alexandrins.
Les Ptolémée se plaisaient au commerce des érudits, et s’efforçcaient de réunir au Musée tous les esprits éminents de leur temps. On a conservé des lettres qu’on attribue au grand poète comique Ménandre d'Athènes et à Glycère, sa maîtresse. Ménandre écrivait : » J’ai « reçu de Ptolémée, roi d'Égypte, des lettres dans lesquelles il me promet avec une libéralité « royale des montagnes d'or, et m'invite de la façon la plus pressante ainsi que Philémon. « Philémon verra pour lui-même le parti qu'il lui convient prendre : moi, je ne cherche « aucun conseil du dehors; mais toi, Glycère, tu seras, comme toujours, mon aréopage, mon « assemblée du peuple, qui décidera ce que je dois faire, mon tout. » Et Glycère répond : « Sitôt reçue la lettre du roï que tu m’envoyais, je l'ai lue. Par Vénus aux belles joues, dans « le temple de qui je suis en ce moment, la joie m'a mise hors de moi, et je n'ai pu cacher « aux assistants ce que j'éprouvais. Ma mère et ma seconde sœur Euphronion et une de mes « amies que tu connais étaient avec moi. Comme elles virent une joie inaccoutumée rayonner « sur mon visage et dans mes yeux, elles me demandèrent : « Ma petite Glycère, quel grand « bonheur vient de t'arriver, que tu parais si changée de corps, d'esprit, de tout, et que tes « yeux brillent de joie et de contentement? » Je répondis : « Le roi d'Égypte, Ptolémée, « invite mon Ménandre à venir auprès de lui et lui promet presque la moitié de son royaume; » « et je dis cela à voix haute et claire, si bien que tous les assistants purent l’entendre. Et « à ces mots, je serrai et froissai entre mes mains la lettre revêtue du sceau royal. »
Ecvrre, I. 5
Si ces lettres ne sont pas authentiques, elles nous apprennent du moins quels sentiments éveillaient dans l'âme des Grecs les meilleurs, une invitation à venir au Musée. Ménandre ne es savants accueillirent
pouvait pas se séparer d'Athènes : beaucoup d’autres poètes et d’autr la demande de Ptolémée et trouvèrent dans Alexandrie une patrie nouvelle, longtemps encore après que se fut éteint l'éclat de la maison des Lagides.
A Soter et à Philadelphe succéda Évergètes, fils de ce dernier, qui porta au loin vers l'est les frontières de V'Éegypte, et trouva cependant, le temps, le désir et la puissance de veiller à ce qu'Alexandrie conservât le monopole
des arts, de l’érudition et du commerce.
Durant la minorité de Ptolémée V, Épiphane, après la défaite des Égyptiens à Paneas, le sénat romain avait pris le roi sous sa tutelle : l'influence de Rome se fit désormais