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temps de son achèvement. Des quatre minarets qui flanquaient la cour, trois se sont écroulés depuis longtemps. On à presque partout muré les arceaux et partagé les arcades en cellules, où logent des Cairotes incapables de travail et des mendiants qui tourmentent les visiteurs. Des murs mal crépis, percés de fenêtres carrées et de portes, ont remplacé les salles hypostyles et entourent la cour. Seules, la frise et sa crête mutilée, les niches et les rosaces placées entre les arceaux murés, les côtés du liouan qu'on à épargnés et laissés ouverts, rappellent la splendeur primitive de cet admirable monument. Près du mur extérieur occidental, s'élève un minaret unique en son genre. La tour proprement dite repose sur une base carrée massive, et forme trois étages superposés, qui vont diminuant à mesure qu'on monte. L'étage inférieur est arrondi, le second et le troisième sont des polygones. La petite eoupole qui les couronne a perdu sa pointe, mais nous savons que celle-ci, au lieu du croissant, portait une petite nef en cuivre où l’on mettait de la nourriture pour les milans qui vivaient autour de la mosquée.
Le trait particulier à ce minaret est l’escalier extérieur qui conduit le mouezzin d’un balcon à l’autre : il est si délabré aujourd'hui qu'on ne peut plus monter jusqu’au sommet de la tour, d'où l’on avait une des plus belles vues du Caire. On conte que, pendant une séance du conseil, Ahmed ibn-Touloun s'absorba en lui et se mit à tourner machinalement une bande de papier autour de son doigt. ; = Lorsqu'il revint à lui et rencontra le regard de ses officiers Le el EUR = . OUT
fixé sur lui d’une manière interrogative, il leur apprit, un
pour s’excuser, qu'il voulait bâtir le minaret de sa mosquée CC
sur le modèle du papier enroulé. L'édifice entier fut terminé en deux ans, et paru si coûteux aux Cairotes qu'ils
murmurèrent au sujet des sommes immenses qu'on y avait dépensées : Ibn-Touloun dut leur assurer que la décou- CHAIRPAUX-DES)COLONNES:
verte d’un trésor lui avait fourni les ressources nécessaires.
Il passe pour être tombé à trois reprises sur des richesses enfouies en terre; de fait, il consacra à des dépenses publiques un argent considérable, ce qui ne l’empêcha pas de modérer les impôts et même, une fois, de les remettre entièrement. Il avait entendu en rêve la voix d’un ami qui lui criait : « Quand un prince abandonne ses droits pour le bien du peuple, Dieu prend « sur lui-même de lui fournir des ressources. »
Ahmed ibn-Touloun, après avoir mené dans sa jeunesse une vie des plus simples, s’abandonna au luxe le plus effréné, à partir du moment où il proclama son indépendance. Il laissa un trésor considérable évalué à 1,555,000,000 de francs de notre monnaie, entretint dix mille manelouks et leurs chevaux, sans compter trois cents chevaux réservés à son usage personnel, une garde de vingt-quatre mille esclaves, et cent vaisseaux de guerre. Malgré les faiblesses qu'on lui reproche, il n’en est pas moins l’une des figures les plus nobles de l’histoire d'Orient, Quand il mourut, au mois de mai 884, en dépit des guerres nombreuses qu'il avait eu à soutenir, en dépit de son amour du faste et des constructions, les innombrables sujets qu'il avait en Égypte et en Syrie pleurèrent amèrement sa perte. Bien qu'on priât toujours dans les mosquées de Fostât pour le bien des Abbassides, la dynastie qu'il avait fondée était réellement indépendante : dix-sept fils et seize filles, nés des femmes nombreuses qu'il avait reçues dans son harem, semblaient assurer à sa race une longue durée. Elle s’éteignit pourtant vingt-deux ans
après la mort du fondateur, et la domination des califes abbassides dans le pays ne survécut
pas longtemps à sa chute. Les derniers gouverneurs qui reconnurent leur autorité avant l’avènement des Fatimites sont le Ture Mohammed-el-Ikhshid et son esclave noir, Kafour. Celui-ci, après avoir servi avec une fidélité remarquable son maître et les deux fils imbéciles de son maître, finit par prendre lui-même le pouvoir dans un temps de famine, de peste et de guerre. Il mourut en l'an 976, pleuré surtout des poètes, qu'il avait libéralement protégés. L'imagination populaire fut frappée des contrastes que présentaient les commencements obscurs de sa vie et la gloire éclatante qui en avait couronné les derniers jours. On conta que les devins lui avaient prédit sa grandeur. « Un jour, » dit Abou Djafwr-el-Mantiki, « il m'ap- « pela auprès de lui, et me demanda si je connaissais l’astrologue qui vivait dans telle maison. « Je répondis : Oui. — Que fait-il? — II est mort depuis de longues années. — Ecoute, « continua-t-il : un jour que je pas- « sais devant lui, il m'interpella et
« dit : Permets que je te dise ton
« sort. — Fais, dis-je. Il observa
« done les étoiles et s’écria : Tu
« seras maître en cette ville, et tu
«y commanderas à ton gré. J’a- « vais deux dirhem sur moi : je les « lui présentai et il me dit : Qu'est- « ce que cela? Je lui répondis
« Je n'ai rien de plus sur moi. Il « repartit : Je vais t'annoncer en- « core quelque chose : Tu seras « maître de plus que de cette ville, « tu parviendras aux honneurs su-
« prêmes : alors souviens-toi de
« moi. Sur quoi je le quitta. Or
« hier je l’ai vu en rêve qui me di-
« sait : Tu n'as pas tenu ta parole.
« Je désire donc que tu ailles aux
« renseignements, et que tu tin- « formes s’il a laissé des héritiers. Je « me rendis à la maison qu'il avait habitée, et j'appris qu'il avait laissé deux filles, l’une
« mariée, l’autre non. Kafour leur acheta une maison de quatre cents dinars, et donna en « plus, à la fille qui n’était pas encore mariée, deux cents dirhem pour l'aider à s'établir. » Le petit-fils de son maître, Mohammed, lui succéda à l’âge de onze ans; les parents de l’enfant profitèrent de son impuissance pour mettre la main sur son riche héritage.
En ces temps de dure misère l'Égypte devait, comme un fruit mûr, tomber dans la main du premier vaillant qui essayerait de la saisir : ce puissant ne se fit pas longtemps attendre.
Quelques dix années auparavant, un homme hardi, Obéid-Allah, qui, à tort ou à raison, se donnait pour un descendant d’Ali, mari de Fatimà, fille du Prophète, avait fondé dans le nord de l'Afrique un nouveau royaume chiîte. Il avait pris le nom de Mehdi, et, conduit par Dieu, avait fondé, dans une des péninsules du golfe de Tunis, la résidence florissante de Mahadià, aujourd'hui complètement détruite; après beaucoup de luttes, lui et ses successeurs rédui-