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NICHE A PRIÈRES, MOSQUÉE DU SULTAN MOUAÎYAD

formules magiques, avaient fait tout le mal. La superstition cairote s'attache avec une préférence marquée à cette mosquée et à la porte voisine, Bab ez-Zouéléh. Celle-ci est l’une des stations favorites du Koutb, cet être fantastique dont la résidence principale est le toit de la Caaba, à la Mecque, et qui se montre souvent aux croyants sous la simple forme humaine. Il gués de dents : les gens qui souffrent n’ont qu'à enfoncer un clou dans le bois de la

rit les rage porte ou bien às’arracherune dent et à la laisser tomber n'importe où, en passant sous la voûte.

Au sultan Shêikh Mouaîyad succéda son fils, qui mourut trois mois après, et laissa le trône à son premier-né, âgé de dix ans. Le tuteur de l'enfant, Bours-bey, jadis esclave, disputa

bientôt et vola le pouvoir à l'enfant. Le mausolée de l’usurpateur est parmi les tombeaux des califes. Il mourut de sa belle mort, après seize ans de règne : il avait emmené prisonnier au Caire Jean, roi de Chypre, le chef de la piraterie qui désolait alors le commerce de la Méditerranée; écarté les Mongols de l'Égypte, bien qu'au prix d’une paix peu honorable; et conquis le titre de protecteur de la Mecque. En même temps que la ville sainte, le port de Djeddah, qui en dépend, était tombé entre ses mains. Le commerce de cette place venait de s’accroître considérablement : les vaisseaux qui venaient de l'Inde et de la Perse, et qui appor-

ÉE DE MOUAÎYAD.

taient autrefois leurs marchandises à Aden, évitèrent ce port à partir de 1422, par suite des exactions du prince de Yémen, et abordèrent en grand nombre à Djeddah, où le pilote Ibrahim, de Calcutta, avait reçu bon accueil, d’abord avec un seul navire, et plus tard avec quatorze grands vaisseaux lourdement chargés. Dès 1426, quarante bâtiments de commerce venant de l’Inde et de la Perse étaient à l'ancre dans le havre de Djeddah, et payaient 70,000 dinars de douanes. Combien plus considérables devaient être les droits qu'acquittaient les pèlerins accourus de toutes parts, et qui, d'ordinaire, pratiquaient le commerce sans oublier le but pieux de leur voyage!

La grande foire de Djeddah est, chaque année régulièrement, le théâtre où s’assemblent et se mêlent les représentants de tous les peuples ralliés à l’Islâm : aucune autre n’était plus

importante en ce temps-là. En effet, la mer Rouge était devenue, sous les mamelouks, la route où devait passer tout le commerce de l'Inde et de l’Europe. Le roi « infidèle » de Ceylan manda ses ambassadeurs au sultan Kalaoun pour conclure avec lui des traités de commerce. La missive du prince indien est caractéristique. « Ceylan est l'Égypte », écrivait-il, « et l'Égypte € est Ceylan. Je désire qu'un envoyé égyptien accompagne le mien au retour, et qu'un autre «€ soit établi comme résident à Aden. Je possède une quantité prodigieuse de pierreries et de «€ perles. J'ai des vaisseaux, des éléphants, de la mousseline, des étoffes de tout genre, du bois « de santal, de la cannelle, toutes les marchandises que vous apportent les négociants banians. « Mon royaume produit des arbres dont le bois sert à fabriquer des fûts de lance, et si le « sultan me demande vingt vaisseaux chaque année, je suis en état de les lui fournir. Du reste, « les marchands de ses États peuvent venir commercer en toute sûreté dans mon royaume, « car l’envoyé que le prince de Yémen m'avait mandé pour conclure avec moi un traité d'alliance, « je l’ai congédié par affection pour l'Égypte. Je possède vingt-sept châteaux dont les trésors « sont pleins de pierres précieuses; quant aux pêcheries de perles, elles font partie de mes « domaines, et tout ce qu’on en tire m’appartient. »

La renommée des mamelouks s’étendit plus loin encore : sous les fils et sous les petits-fils de Kalaoun, des envoyés vinrent au Caire de la part des Chinois, dont les jonques énormes servaient depuis longtemps au trafic de l'océan Indien. Les historiens de l’époque, accoutumés à voir, dans toute ambassade venant d’un pays inconnu, une manière d'acte de soumission à lIslâm, se plurent à raconter, peut-être à tort, que la religion avait eu au moins autant de part que la raison de commerce à la démarche insolite du souverain de l’extrême Orient. « Les

« ambassadeurs du roi de Cathay » rapporte Makrîzi, « arrivèrent au Caire en l’an 743 de

« l’hégire. Ils avaient quitté leur pays, dès l'an 739, et apportaient des lettres adressées au € sultan Mohammed ibn-Kalaoun. On y lisait qu'un fakir, ayant voyagé dans le Cathay, et € y ayant résidé longtemps, ayait mis tout en œuvre pour détourner les habitants du culte € qu'ils rendaient au Soleil levant et pour les convertir à la foi. Le roi en entendit parler, « voulut l’entretenir, et, convaineu par l'argumentation du missionnaire, se fit musulman; « l’apôtre étant mort, il envoya des ambassadeurs en Éeypte demander quelques livres « théologiques et un docteur qui pût enseigner exactement à ses sujets les pratiques de « l’Islâm. Le sultan accueillit parfaitement les députés, ordonna qu’on les revêtit de robes

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‘honneur et leur fit remettre un choix d'ouvrages propres à les instruire d’une façon solide. »

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sénéfice temporel de ces missions fut grand pour l'Égypte. La petite ville de Kocëir retrouva un moment sous les mamelouks l'importance qu'elle avait eue sous les Ptolémées. La vieille route des caravanes, qui la reliait au Nil, se couvrit de longs convois de chameaux lourdement chargés : au point d'arrivée, à Keft et plus tard à Koûs, le nombre des barques à charger et à décharger ne pouvait plus s'évaluer sans peine. Il y en avait, dit-on, trente-six mille sur le Nil, et le Florentin Frescobaldi assure que, de son temps (1384), on voyait plus de bateaux dans le port du Caire qu'à Gênes, à Venise ou bien à Ancône. Alexandrie avait encore sous les mamelouks le privilège de fournir aux Européens les marchandises venant de

l'Est dont ils avaient besoin. Tous les peuples, toutes les villes commerçantes y avaient leurs

résidents; on à pu dire à bon droit qu'on aurait pu juger de la part qu'un peuple prenait

au commerce du monde, par le nombre des représentants qu'il avait là. Il semble qu'ici comme ailleurs les Vénitiens aient tenu le premier rang parmi les commerçants; les Génois conclurent différents traités avec le sultan Kalaoun et son fils Khalil, le fondateur du khan

ÉGypre, je 81

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EI-Khalil, le quartier commerçant le plus animé du Caire, et c'est à eux, comme aux maîtres ,

de la mer Noire, que revint la besogne de conduire, sur les marchés de l'Égypte, les esclaves

grecs et circassiens. La vallée du Nil, si pauvre en forêts et en métaux, devait tirer du

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