‹ L'ÉgypteChapitre 31 sur 186 · PALMIERS · texte numérisé non relu

PALMIERS

Chaque partie de ce bel arbre, de la racine au sommet, sert à quelque usage : dans certains pays d'Orient, le tronc fournit le seul bois de construction qu'on ait; avec l'écorce, on fabrique des nattes et des cordes; avec les pousses, des toits, des lits, des chaises, des cages, des corbeilles; chacun sait quelle quantité de nourriture fortifiante prodiguent à l'automne les régimes épais qui se pressent sous sa couronne de feuilles. Aussi prend-on grand soin de ces arbres précieux, mâles et femelles. Les anciens Égyptiens donnaient déjà aux uns le nom de pèrespalmiers et aux autres le nom de smères-palmes. [ls s'entendaient à aider la nature, et à saupoudrer de pollen fécondant les fleurs femelles.

Comme le Suisse, à l'étranger, a la nostalgie de ses montagnes, de même l’Arabe regrette ses palmes. Le premier Ommiade qui régna sur l'Espagne ne put vivre dans sa nouvelle patrie

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sans son arbre favori. Il fit venir de Syrie un

jeune palmier, qu'il planta dans le jardin de sa maison de campagne Rouhzafa, près de Cordoue, et qu'il soigna lui-même. Il à rendu en beaux vers le désir qu'il avait de revoir

les palmes de son pays natal

Et toi aussi, palmier, tu es étranger Comme moi en ce pays :

Tu es étranger ici dans l'Occident, Loin du sol de ta patrie ;

Pleure donc! Mais, pauvre muet qu'il est, Comment pourrait-il pleurer?

Non, il ne connaît aucune souffrance,

Aucune peine égale à la mienne!

Mais s’il avait le sentiment,

Ah! comme il pleurerait, comme il regretterait Les bois de palmes de l'Orient,

Et les flots de l'Euphrate!

Il n’y pense pas, et moi-même J'oublie presque mon amour, — Depuis que ma haine contre le fils d’Abbas

Ma chassé de ma patrie !

RÉCOLTE DES DATTES. Cet arbre, si poétiquement chanté, devint

la souche de mille palmiers qui, aujourd’hui

encore, s’'agitent doucement dans le sud de l'Espagne, quand un souffle vient caresser leur couronne.

Nous avons autant de peine, nous autres modernes, à nous figurer l'Égypte sans chameaux,

qu'à nous la figurer sans palmiers, et pourtant le patient vaisseau du désert n'a été naturalisé

qu'assez tard sur les bords du Nil. On ne l’employait pas aux temps pharaoniques, bien qu'il soit mentionné déjà sur les monuments anciens, et que les conquérants de l’Asie occidentale aient

dû le rencontrer souvent dans leurs campagnes. Même dans le reste de l'Afrique septentrio-

nale et dans le Sahara, que nous ne pouvons plus nous représenter sans chameaux, il ne fut

introduit communément que dans les temps postérieurs à la naissance du Christ. Barth a montré que les marchands phéuiciens de Carthage, dont les caravanes traversaient le désert en mainte direction, n’employaient pas l'animal à bosses.

Il vint par milliers au bord du Nil avec les armées arabes et les suivit dans leurs expéditions contre l'Occident. L'histoire des temps modernes montre avec quelle rapidité il se naturalise dans les contrées qui réunissent les conditions nécessaires à son existence. Après la guerre de Ürimée, des Tartares émigrèrent avec leurs chameaux dans la Dobroutcha, où cet animal avait été inconnu jusqu'alors : il s’y acclimata en peu de temps, et M. de Kremer à vu, à Galatz, des charrettes tartares, attelées de chameaux, traverser le Danube sur la glace.

En Égypte, l'animal à bosses porte tous les fardeaux, traîne la charrue, tourne la roue hydraulique, chasse avec le Bédouin et chemine avec le pèlerin à travers le désert, donne à son

Un

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