‹ L'Égypte, son avenir agricole et financier; notes et documents sur laChapitre 20 sur 38 · OBSERVATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION

Pour donner plus de clarté à la description que \iom avons faite d'un barrage à retenue mobile ainsi qu'à celle que nous allons donner d'un barrage nouveau divisé en deux branches par un îlot, nous avons fait faire trois photographies d'un barrage établi dans ces conditions sur la Seine, à Bois-le-Roi. La première vue représente le bar-»^ rage au moment des basses eaux.

La deuxième vue représente la retenue fonctionnant au moment des eaux moyennes.

La troisième vue représente le barrage au moment d'une inondation, où tous les engins de retenue sont abattus et ont disparu, de telle sorte qu'on voit la navigation s'effec* tuer dans l'emplacement de l'ouvrage.

Nous avons fait graver ces trois photographies que noui donnons ci-joint, planches 44 à 43.

Descrlptioii d'un barrage nouveau.

L'emplacement d'un barrage doit être l'objet de la plus scrupuleuse attention; on ne devra l'adopter qu'après un examen et une étude complète des localités, afin de donner la préférence au point qui offrira les meilleures conditions de solidité et de moindre profondeur, et aussi par rapport à la direction du courant et à la susceptibilité des affouiilements, etc. On choisira surtout un emplacement où le fleuve se divise en deux branches, et où l'Uol séparatif a une altitude supérieure à celle des hautes eaux : le barrage ainsi divisé en deux parties offre le précieux avantage de faciliter la construction et surtout celui de ne jamais entraver beaucoup la navigation. Cette disposition augmente en outre notablement la résistance de l'ouvrage sans cependant en augmenter le prix de revient malgré les travaux de protection à faire à l'îlot, car ils sont compensés par la diminution de ceux du radier. Cependant, s'il n'était pas possible de rencontrer cette particularité d'un Ilot émergeant aux hautes eaux, on devra toutefois choisir un emplacement où le Nil affecte cette forme aux étiages ; le barrage serait alors d'un seul tenant, mais l'ilot serait utilisé pour faciliter l'exécution des travaux sans entraver le cours du fleuve ni la navigation.

L'emplacement de chacun des ouvrages déterminé, on devra s'assurer immédiatement, par des soudages, de la qualité des couches du terrain constituant le sous-sol et reconnaître s'il est suffisamment résistant.

Dans ces conditions, nous sommes persuadé qu'en adoptant un radier de 15 mètres de largeur et de 3 mètres d'épaisseur, avec un revêtement de 0",50 en gros moellons taillés (ce qui porterait l'épaisseur totale à 3", 80), on aurait un massif convenablement résistant.

BARRAGE NOUVEAU. 4ti

Au-devant de ce massif et préalablement à tout travail, nous projetons en outre de foncer une paroi éianche sur toute l'étendue de l'ouvrage, d!une rive à l'autre du fleuve, soit au moyen de pieux en fer enchevêtrés, soit au moyen de caissons en tôle. Mais, dans les ouvrages tout h fait nouveaux comme nous le projetons ici, l'emploi du système de pieux enchevêtrés nous parait offrir un notable avantage sur celui des caissons, on ce sens qu'il permet de circonscrire tout le périmètre que doit occuper le radier projeté, sans aucune solution de continuité, et que, l'enchevêtrement des pieux rendant leur paroi étanche, il en résulte qu'on peut à volonté exécuter à sec les terrassements ou bien les effectuer par dragages, comme le représentent les gravures 5, 6 et 7. Il en est de même pour les maçonneries que Ton peut également exécuter à sec ou sans épuisement; tandis que le système des caissons a le défaut de laisser subsister des solutions de continuité dont nous avons déjà cité les inconvénients, surtout pour des radiers de barrages. Cependant, nous admettrons l'emploi des caissons, en scindant l'ouvrage en deux parties séparément pour arriver à la largeur totale de 15 mètres du radier que nous avons adoptée, nous ne donnerons au diaphragme isolateur à descendre à 7 mètres qu'une épaisseur de 4 mètres à fonder par caissons, en le plaçant comme avant-radier, et le surplus de 11 mètres, ne constituant alors que l'arrière-radier, n'aurait que 3", 50 d'épaisseur. Cette dernière hypothèse pouvant s'appliquer, nous ferons l'étude du prix de revient et la mettrons seule en présence pour comparer l'ensemble de la dépense par les deux systèmes : celui des pieux et celui des caissons.

Comme protection contre l'érosion, nous prévoyons d'établir immédiatement à l'aval du radier, et sur une distance de 50 mètres, un blocage d'enrochements pré-

sentant la forme d'un trapèze ayant près du barrage une épaisseur de 2", 80 et à Textrémité 0",80 au minimum. De chaque côté de l'ouvrage, les talus seront perreyés en pierres sèches, maçonnés sur les longueurs suivantes :

ATamont, 100 mètres;

A l'aval, 180 mètres.

Conformément à l'avis que nous avons émis, nous ne projetterons également qu'une seule écluse k chacun des barrages nouveaux ; elles auront 78 mètres de longueur et d8 mètres de largeur, à cause des bateaux à aubes qui sont encore en grande quantité sur le Nil; les bajoycrs s'élèveront de 1 mètre au minimum au-dessus du niveau des plus hautes eaux ; les portes seront en tôle d'acier et manœuvrées au moyen d'un accumulateur hydraulique dont la force sera fournie gratuitement par le barrage luimême.

Dans ces conditions, le prix de revient total d'un barrage pour une retenue de 3 mètres y compris diaphragme à 7 mètres, radier de 3",80, écluse, murs de quai, perrés et tous engins accessoires de retenue, y compris les travaux d'enrochements et de protection, s'élèverait au chiffre maximum de :

Pour l'exécution du diaphragme par caissons en tôle 8.400.000 fr.

Pour l'exécution du diaphragme par pieux- palplanches enchevêtrés 7.000.000 »

Différence. . . . 1.400.000 fr.

Ici, comme pour la réparation du barrage de Saïdieh, l'exécution des fondations par pieux-palplanches donne une notable différence en moins.

Nous avons vu à la description faite pour la réparation des barrages de Saïdieh que la seule largeur d'une des écluses de rive que nous projetons de supprimer et

BARRAGE xNOUVEAC. 113

d'affecter à rétablissement de machines hydrauliques représenterait, pour une chute de 3 mètres seulement, une force de 407 chevaux pouvant élever à 2 mètres un million de mètres cubes par 24 heures.

Ici, dans la construction des nouveaux barrages, il sera facile et peu coûteux de prévoir à chacun d'eux un établissement semblable. On remarquera que la principale dépense à faire pour obtenir une chute d'eau gît dans rétablissement du radier ; or, le radier du barrage étant ici obligatoire, il suffirait de circonscrire par une murette une ou plusieurs chambres sur chacune des rives pour installation ultérieure de machines motrices, afin d'utiliser une partie de la force due aux barrages soit pour y créer une industrie, soit pour y élever de Teau pour l'arrosage des terrains plus élevés, etc. Il suffit donc simplement de prendre sur le radier la largeur correspondante à la force qu'on désire et qu'on obtiendra facilement en déterminant à l'avance l'unité correspondante ; le tableau de la page 105 donne les renseignements à cet égard.

D'après la description que nous venons de faire, on a vu . que nous avions prévu la construction de 5 barrages ; dès lors, à chacun d'eux on pourra donc disposer de grandes forces motrices, y compris, bien entendu, tous les autres avantages qui découlent forcément de l'élévçition constante du plan d'eau dans tout le parcours des deux branches du fleuve et dont tous les riverains profiteront ainsi que la navigation, qui sera désormais améliorée considérablement.

L'ensemble de la dépense serait,il est vrai, de 48,000,000 francs pour les cinq barrages, y compris celui de Siout ; mais elle est en réalité bien inférieure à celle qu'exigerait le système d'élever un contingent d'eau bien plus faible par des pompes ; nonobstant que chacun des barrages permettrait, s'il était nécessaire d'y recourir, d'utiliser la force toute gratuite qu'ils représentent dans la proportion que les

besoins feraient reconnaître ; en outre la surélévation successive du plan d'eau aux divers barrages assurerait non seulement la cote du plan d'eau de chacun des canaux indiqués au tableau du ministère, cote qui doit certainement suffire à tous les besoins pour la généralité de Taltitude des terrains de culture, mais elle serait même plus élevée; il n'y aurait alors que les deux canaux de Ghiseh qui ne pourraient recevoir leur alimentation <îomplète par la retenue de 3 mètres à Saïdieh, tous les autres canaux seraient totalement alimentés directement et même avec plus d'abondance.

Nous venons de voir ce que coûterait Télévation de l'eau au moyen des barrages ; il ressort encore de ces chiffres une concordance parfaite des différences indiquées par la commission du canal de Suez ainsi que par M. Tingénieur Fowler, différences qui établissent que la dépense est quatre fois plus grande par les pompes que par les barrages,et nous voyons ici que cette différence reste également la même. Elle est même supérieure au chiffre admis récemment par le ministère des travaux publics dans sa brochure de 1883 citée à la page 83 de cet ouvrage, puisqu'il évalue la dépense annuelle parles pompes à plus de 8,000,000 defr.

Nous avons nous-même étudié la question spéciale aux dépenses pour élever l'eau par des pompes pour les différents cas qui peuvent se présenter, et nous en avons consigné les résultats dans le tableau ci-après, en prenant pour base la quantité de 1 ,000,000 de mètres cubes d'eau à élever en 24 heures à la hauteur respective de 2, 3, 4 et 8 mètres.

D'après les chiffres du tableau suivant, en admettant 20 mètres cubes d'eau par feddan, le prix de l'arrosage reviendrait pour la période entière de marche aux chiffres ci^après :

Pour 2 mètres d'élévation, 8 francs; pour 3 mètres, 1 francs ; pour 4 mètres, 1 2 francs ; pour 8 mètres, 1 6 francs,

Page 1