CAMILLE JULLIAN
Je n’ai eu d'autre but en écrivant cet essai, que de m'eflorcer de donner une description d'ensemble de ce qu'était une élection au xvin‘ siècle, c’est-à-dire de celte circonscription administrative, et surtout financière, qui, placée entre la généralité et la paroisse, sur l'échelle de la hiérarchie, correspondait assez vaguement à notre actuel arrondissement. Les analogies certes, en dehors du subdélégué, prédécesseur du souspréfet et du receveur des tailles, ancêtre du receveur particulier des finances, sont des plus lointaines, tant au point de vue de l’étendue que de la juridiction; néanmoins, le lecteur reconnaîtra facilement quelquesuns des rouages qui nous gouvernent encore, dans ceux de cette circonscription de l’ancienne France.
Puisant mes documents à des sources pour la plupart inédites, je me suis appliqué à fournir des chiffres précis, des textes authentiques, à présenter enfin la description des impositions de l'Ancien Régime, considérées principalement dans leur application pratique, leur répartition, leur recouvrement et leur contentieux. En dehors des ouvrages généraux, j’ai eu très peu de devanciers en la matière (1), et à défaut d'autres mérites,
1.Je ne puis guère citer que GALLEY, l’Election de Saint-Etienne, à la fin de l’Ancien Régime ; Taomas, l’Election de Guéret. Thèse Paris, 1903.
mon sujet aura donc celui de la nouveauté, et surtout de l'inédit. Je dis bien inédit, car outre de nombreux papiers personnels, outre les multiples liasses conservées aux archives nationales, et aux archives départe-
mentales du Loirel, ces dernières à peines explorées.
j'ai eu à ma disposition les très importants registres et dossiers que renferment les archives du château de
Mimérand, près de Cernay (Loiret) et que leur propriétaire, M. le comte de Rancourt m'a fort aimable: ment ouverts. J’ai puisé à pleines mains dans cetle véritable mine, malheureusement non classée, et j'y À
ai découvert nombre de documents du plus haut inté-
rêt. M. le comte de Rancourt a eu en effet la bonne for-
tuné de conserver les archives de plusieurs de ses ancêtres qui furent receveurs des tailles de l'Election de Gien, aux xvietxvin‘siècles et c'est dans ces multiples
registres et cartons que je me suis procuré la majeure :
partie des chiifres que l’on trouvera par la suile. J'espère que le lecteur reconnaîtra dans ce modeste
ouvrage, un essai de résurrection de l’administration financière de l'Ancien Régime, dansle petit cadre d’une — partie de province; j'espère qu'il saisira sur le vif le.
fonctionnement si compliqué des rouages qui assuraient
la perception et le contentieux des impôts (rouages qui:
se sont encore davantage compliqués, dans nos sociétés modernes) dans la France du xvuie siècle, et qu’il
découvrira, à travers les inévitables transformations.
nécessitées par une conception nouvelle des classes
sociales, les ramifications et les racines profondes lais-
ses par le système financier monarchique dans le sys-
tème financier républicain... J'espère enfin que mon lecteur méditera sur cette considération toujours vraie :
que ceux-là qui sont exemptés — ou qui peuvent s’exempler — ont une invincible tendance (bien
humaine, d’ailleurs !) à augmenter les impôts qu'ils ne.
paient point. Autrefois, l’exemption avait surtout lieu par le haut (tailles et impositions accessoires) — ; aujourd hui elle a lieu des deux côtés à la fois, légale. ment en bas, frauduleusement dans le haut grâce aux pratiques bancaires internationales, mais l'injustice n’en subsiste pas moins el le danger reste le même. Le Bas-Empire romain en a fait la triste expérience : nombre de nations actuelles sont engagées sur cetie dangereuse pente : quand il ne reste plus que deux classes en présence, l’une puissanteet l’autre misérable, les heurts sont faciles et répétés et la révolution n’est pas loin..., ou bien la servitude... Ceci pour conclure . que dans utes les sociétés il faut ménager la classe moyenne, et que le législateur, qui, cédant auxinstances de la ploutocratie, ou à la pression de la basse déma- gogie (les extrêmes se touchent !), profitera de la puissance légale pour surcharger d'impôts les classes intermédiaires, fera un marché de se car € est lui, qui, tôt au tard, ur par être dévoré !.….
Briare, le 1enovembre 1923.