CHAPITRE PREMIER
Préparation de l’électrargol
L'électrargol est de l'argent colloïdal prépar£ par une méthode physique.
G. Bredig, en 1898, le prépara pour la première fois et sa méthode permet d'obtenir un produit à l’état de pureté absolue; il fut amené à celte découverte de la facon suivante:
Quelques années auparavant Tichomiroff et Lidoff avaient constaté que le passage de l'arc électrique à travers deux électrodes plongées dans leau désagrège ces électrodes.
Plus tard. Haber, Brugnatelli, Poggendorf, de la Rive, démontrent que si dans les mêmes conditions on emploie un courant de potentiel élevé, le passage de l'arc électrique produit alors une augmentation en surface des électrodes qui sont devenues poreuses.
Ces auteurs ont alors employé comme électrodes deux fils d’or et ont ajouté de la potasse dans l’eau où étaient plongées ces électrodes. Ils ont obtenu ainsi une pulvérisalion de la cathode en faisant éclater l'arc lumineux entre les deux pôles; l’eau contenait de l'or qui par filtration se déposait à l’état. métallique. ;
En 1898, Bredig reprit cette méthode de pulvérisation el l’on prépare ‘actuellement les solutions d'argent colloïdal électrique d’après le procédé qui porte son nom.
M. le professeur Robin a donné de cette préparation la
description suivante:
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« Dans une capsule de porcelaine au sein d’une faible quantité d’eau stérilisée pure (le mot pure étant pris ici dans son sens chimique absolu), on fait éclater une étincelle électrique entre deux électrodes du métal dont on veut obtenir la solubilisation (l'argent dans le cas présent). Le courant doit être relativement faible c’est-à-dire que l'intensité d'électricité ne doit pas être trop élevée, non plus que le voltage. À chaque étincelle on voit se former un petit nuage métallique qui rapidement disparaît dans le liquide. Peu à peu celui-ci se colore et fonce de plus en plus. Cest en opérant avec un courant de 3 à 4 ampères sous cent dix volts que se présentent les meilleures conditions el encore à la condition que le circuit n'ait pas une capacité électrostatique trop considérable susceptible de modifier les caractères de l’étincelle qui doit être petite :
En résumé, on plonge dans l’eau refroidie et préalablement stérilisée une cathode en argent pur et on fait jaillir une étincelle électrique entre les deux pôles. Il «se forme un nuage coloré constitué par des particules ultramieroscopiques d'argent colloïdal.
En déplaçant les électrodes on arrive à teindre toute l'eau et on obtient une solution d'argent électrique.
Il est presque inutile d’insister sur ce fait que ces solutions colloïdales doivent être préparées avec les plus grandes précautions aseptiques, car elles sont destinées à être employées en injections.
Il est indispensable de n’employer que de l’eau stérilisée et d’aseptiser avant leur emploi tous les récipients qui serviront à contenir les solutions.
En effet, l'addition de substances antiseptiques anéantissent complètement Iles propriétés des mélaux colloïdaux et la chaleur, au-dessus de 75 degrés, tue les solutions colloidales (Bardet).
Personnellement, nous avons soumis lélectrargol à une température de plus de 100 et l’action thérapeutique a persisté malgré le chauffage.
Aussi nous est-il permis de conclure que s’il est vrai qu'en
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chauffant à plus de 80 degrés l'argent colloïdal électrique, ses propriétés catalytiques et ses actions spéciales sur les éliminations azotées sont supprimées, on peut supposer que le pouvoir bactéricide de l'argent colloïdal électrique qui est considérable (Charrin) persiste malgré de chauffage.
Vingt minutes à une demi-heure au maximum suffisent pour mener à bien l'opération délicate de la préparation. On obtient ainsi une solution rouge brun par transparence, trouble par réfexion.
Malheureusement les solutions ainsi obtenues sont assez peu stables, de plus elles laissent déposer au bout de quelques jours de l'argent métallique, ce qui rend la préparation d'autant moins active que le dépôt est plus abondant.
Mile Cernovodeanu et M. Victor Henri ont montré qu'on peut obtenir des solutions colloïdales avec des grains de grosseur variable en employant de l’eau plus ou moins pure chimiquement et en faisant varier l'intensité du courant employé, la grandeur et la forme des électrodes, la température et toute une série d’autres facteurs.
Les solutions agissant de façon très différente, on a reconnu l'intérêt et la nécessité de se rendre compte de la grosseur des grains, d'une solution colloïidale déterminée.
Car outre que les solutions d'argent changent de coloration suivant la grosseur des grains, elles changent encore de propriétés physiques et thérapeutiques; elles ne réduisent pas l’eau oxygénée dans la même proportion et avec la même rapidité et n’ont pas le même pouvoir catalytique.
On obtient de la sorte pour l'argent une belle solution d'un rouge plus ou moins foncé.
L'argent olive grisâtre est celui qui contient les plus gros grains: il laisse un dépôt par centrifugation; c’est celui que tous les auteurs ont vu précéder le stade de précipitation par les électrolytes.
L’argeni électrique vert brun est intermédiaire; il ne donne par centrifugation qu'un dépôt insignifiant; ses granules ultramicroscopiques sont de grosseur moyenne.
Enfin l'argent brun rouge ne donne aucune trace de dépôt
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par centrifugation; c’est celui qui est formé des granules les plus petits et qui possède le maximum de propriétés physiologiques et thérapeutiques.
Mais ces solutions d'argent électrique sont, nous lavons vu, préparées avec de l’eau distillée qui est toxique pour tous les tissus et d'autre part. elles sont destinées à être introduites dans l'organisme soit par voie intra-veineuse, soit par voie sous-cutanée.
De plus ces solutions sont peu stables, ce qui rend très difficile leur emploi en thérapeutique, étant donné la difficulté qu'il ya à avoir toujours sous la main des solutions récemment préparées.
Pour empêcher le dépôt au metal de ces solutions et par conséquent obtenir la conservation des propriétés fhérapeutiques de ces solutions, on leur fait subir une opération supplémentaire; la stabilisation, qui consiste à incorporer à la solution une minime quantité de dissolution de gomme stérilisée. Cet artifice permet d'obtenir des solutions qui se conservent assez longtemps sans perdre leurs propriétés.
De plus l'introduction d'un argent colloïdal dans l'organisme est suivie de précipité bien avant que l'absorption soit faite, aussi est-il nécessaire pour que ces solutions soient bien tolérées de les rendre isotoniques aux liquides de l'organisme. On arrive à ce résultat en ajoutant à la solution 7 gr. 56 de chlorure de sodium par litre.
Le produit ainsi obtenu, argent colloïdal stabilisé et isotonique est l’électrargol.
La stabilisation et l'isotonisation ne peuvent-elles pas modifier où même anuhiler l'action des solutions d'argent colloïdal électrique?
Les avis sont partagés:
D'un côté, M. le professeur Robin affirme que la stabilisation et l’isotonisation rendent inactives les solutions colloï-
dales. « Ii existe, dit-il, dans le commerce des préparations ainsi obtenues et qui ne peuvent donner que des insuccès ou des résultats incomplets et discréditer des agents thérapeutiques de la plus haute valeur. J'affirme que ces solutions ne m'ont guère donné que des résultats discordants et incertains et qu'elles ne provoquent pas les réactions biochimiques que j'obliens régulièrement avec les solutions de Bredig pures, ou stabilisées, non chauffées et surtout non isotoniques.
Je viens de dire qu'en chauffant les solutions de Bredig pour les stériliser on les tue, j'ajoute que Faddition de sels en quantité minime et à plus forte raison en quantité suffisante pour rendre le liquide isotonique leur fait perdre leurs propriétés thérapeutiques. L’addition d'un stabilisant agglutine les particules métalliques, comme l’a montré G. Bardet, et ne leur donne qu'une apparence de conservation.
En réalité l'addition d’un stabilisant, l’isotonisation et la stérilisation, qui ont pour but de permettre la conservation et la plus facile administration des solutions métalliques n’ont pour conséquence que de diminuer ou d'éteindre leur activité. »
M. le professeur Robin reproche donc aux solutions colloïdales électriques outre leur stabilisation et leur isotonisation, leur stérilisation.
Nous ferons remarquer qu'il commet une erreur: on ne stérilise pas la solution d'argent colloïdal électrique une fois faite, on stérilise à part la solution albumineuse, la solution concentrée de chlorure de sodium qu'on ajoutera plus tard, l’eau distillée qui servira à faire la solution colloïdale et les vases.
Bardet, dans une communication faite à la Société de thérapeulique dans la séance du 9 janvier 1907, a prélendu que lPemploi des stabilisants amène peu à peu la disparition des propriétés principales des colloïdes métalliques; en particulier le pouvoir catalytique serait détruit et les grains deviendraient rapidement très gros. D’après Bardet, fa consé-
Ras Te
quence de celte désorganisation complète de l’état colloïdal, est la disparition à brève échéance de l'activité thérapeutique.
D'un auire côté, G. Stodel a insisté au contraire sur la nécessité de stabiliser les solutions de métaux colloïidaux.
I a montré que, au point de vue des propriétés catalytiques, il est absolument certain que l'addition d’un colloïde stable à une solution pure d’un métal colloïdal ne modifie en rien le pouvoir catalytique que ce dernier conserve sans aucune altéralion et cette conservation est acquise définitivement. :
La stabilisation permet d'ajouter aux solutions colloidales sans aucun inconvénient des sels de façon à les rendre isotoniques et par suite injectables à l’homme et aux animaux, alors que dans les solutions colloïdales pures non iso: toniques. le véhicule, eau distillée, est toxique pour tous les tissus. -
G. Stodel résume ainsi l'étude qu'il a faite sur la stabilisation des solutions Colloïdales: « Non seulement la stabilisation ne diminue en rien les propriétés des métaux colloïdaux, mais elle donne des avantages tels que son emploi s'impose el fait rejeter celui des solutions non stabilisées qui, ‘on susceptibles de conservation, ne peuvent être utilisées dans la pratique. »
De plus, un grand nombre de travaux ont été faits en physiologie, en bactériologie, en clinique et en thérapeutique et prouvent Pactivité de largent colloïdal électrique stabilisé et isotonique.
Le professeur Ascoli et Izar, expérimentant, sur eux-mémes € sur deux sujets normaux 'et sains, l’argent colloïdal prépiré par la méthode de Bredig, ont comparé l'action de ces solutions stabilisées d’une part, non stabilisées d'autre part, puis stérilisées à 1200.
Les 4 sujets ont été soumis pendant des périodes variant de 8 à 15 jours à un régime constant se composant de:
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FEES ls UP ONE APT OR CR RE 1060 — A ee RS Eee ne 600 — PR RTS OR a nauuveuse 105 — CES ER ele CN nds Nues à 70 —
Avec ce régime, une injection intra-veineuse de 10 cc. d'argent colloïdal stabilisé donne le lendemain une augmentation se faisant surtout sous forme d'acide urique.
Les injections de solutions non stabilisées d'argent n’ont produit aucune modification apparente de l'élimination azotée. dit le professeur Etienne «les succès éliminent l’objection d’une
« Quant à la stabilisation en solution isotonique », destruction du pouvoir catalytique par la solution salée. »
Achard et P. Emile Weill disent que les solutions colloidales à petits grains stabilisées et isotoniques sont très actives.
Foa et Aggazzotti, V. Henri, Charrin, etc., ont montré que le pouvoir bactéricide de l’argent colloïdal électrique stabilisé el isotonique est le même que pour les solutions pures.
Enfin Victor Henri a montré que par la stabilisation, l’argent colloïdal acquiert une immunité indéniable envers les électrolytes et envers les poisons, agents en présence desquels les solutions de métaux non stabilisés perdent immédiatement tout pouvoir catalytique.
Nos recherches cliniques nous ayant donné des preuves de l’activité thérapeutique de lélectrargol, nous donnerons comme conclusion que l'argent colloïdal électrique doit être stabilisé et isotonisé.
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Propriétés physico-chimiques de l’électrargol
Nous connaissons déjà les propriétés physico-chimiques des colloïdes en général, nous n'y reviendrons paë.
Nous allons étudier dans ce chapitre les propriétés physiques et chimiques particulières à l'argent colloïdal électrique.
A. — Propriétés optiques.
L’électrargol est un liquide qui à une couleur brun rouge et qui n'est pas homogène.
En effet, une méthode introduite par Siedentoff et Zsigmondy et perfectionnée par Cotton et Mouton, l'ultramicroscopie, a permis de constater dans le liquide de l'argent colloïdal électrique lexistence de granulalions extrêmement pettes qui flottent dans le liquide intermicellaire. Nous allons décrire celte méthode:
Les grains d'argent de la solution colloïdale sont trop fins pour pouvoir êlre examinés directement avec les objectifs des microscopes, même les plus puissants.
On est obligé pour les apercevoir el en faire des énumérations
AR LRO
exactes d'user d'un artifice et d'utiliser la source très puissante d'éclairage fournie par la méthode ultramicroscopique.
Pour se rendre compte de la grosseur des granules d’argent d’une solution déterminée d'argent colloïdal, il faut suivre une technique très délicate qui consiste:
1e À rechercher le poids sec de l'argent contenu dans un volume déterminé de la solution.
20 Compter le nombre de granules contenus dans ce même volume.
Cette dernière opération, compliquée par les mouvements browniens dont sont animés les granules se-fait à laide d'une pipelte à double fenêtre de quartz d'une contenance de 440 # que l’on dispose sur la platine du microscope servant à l'examen ultramicroscopique.
On recherche alors la dilution qu'il faut opérer pour obtenir que ces 440 ne contiennent plus que deux à quatre granules. Di
On obtient ainsi à la fois la teneur en argent de la solution et la dimension des grains d'argent qu'elle renferme.
D'une façon générale, une solution colloïdale d'argent dont la concentration est d'environ 25 centigrammes par litre sera à granules fins lorsqu'elle contiendra environ deux milliards de granules par millimètre cube.
L'examen de l’électrargol montre l'existence de submicrons: Siedentoff a désigné sous le nom de submicrons les particules qu'on observe à l’ultramicroscope et qu'on peut distinguer les unes des autres.
On constate également des amicrons: les amicrons sont des particules tellement petites qu'on ne voit plus que des nébuleuses vaguement pointillées et non résolubles.
Quel est le diamètre de ces submicrons?
Siedentoff et Zsigmondy se sont servis d’une méthode rappelant celle qui consiste à faire la numération des globules du sang.
Ils ont trouvé que les granules d'argent colloïdal électrique ont 50 à 77 millionièmes de millimètre de diamètre.