APPAREILS DE PROTECTION POUR LIGNES A DOUBLE VOIE
Les appareils spécialement employés pour assurer la circulation des trains sur les lignes à double voie très fréquentées sont les appareils dits de block-système ou de cantonnement. Pour leur application, la ligne est divisée en un certain nombre de sections consécutives, de longueurs variables entre 1500 m et 10 km, dans chacune desquelles on ne doit pas admettre plus d’un train à la fois. 11 doit donc y avoir une porte à l’entrée de chaque section, que l’on ouvrira seulement lorsqu’il n’y aura plus de train dans cette section, c’est-à-dire après que la porte de la section suivante aura été ouverte, puis refermée derrière le dernier train passé. Ces portes successives constituent des postes de block-système ; ils manœuvrent les signaux qui autorisent ou interdisent l’entrée de la section et ces signaux, dits de cantonnement, sont eux-mêmes sous la dépendance du poste suivant, qui seul peut permettre, en envoyant un courant électrique, de remettre ces signaux à voie libre.
Appareils de block-système de la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée. — Le programme du block-système réalisé par la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée est le suivant :
Soient trois postes consécutifs A, B et C :
1° Le signal de cantonnement du poste A, mis à l’arrêt derrière un train qui continue sa marche sur B, s’enclenche automatiquement dans cette position et ne peut être libéré que par le poste suivant B ;
2° Ce poste B ne peut rendre voie libre à A qu'après avoir couvert avec son propre signal le train allant de B vers C ;
3° Ce poste B ne peut rendre voie libre à A qu’une seule fois par chaque opération du passage d’un train, c’est-à-dire mise successivement à voie libre et à l’arrêt du signal.
Appareil de block-système, système Bodary. — Voici comment sont réalisées les trois conditions indiquées ci-dessus, en faisant intervenir deux signaux, l’un en avant du poste, qui est le signal du cantonnement, et l’autre à l’arrière, qui sert à protéger un train arrêté au poste.
La figure 1 représente un appareil double, c’est-à-dire établi en B et relié avec les postes A et C.
Condition 1. — Le levier qui manœuvre le signal de cantonnement est rattaché mécaniquement à la règle T.
Cette règle T est représentée immobilisée par le verrou V entré dans l’encoche t ;
or ce verrou peut être relevé par la bascule C, lorsque celle-ci se détache du noyau de la bobine B.
Cette action se produit lorsque la bobine B est parcourue par un courant électrique de sens convenable, qui crée aux deux extrémités de son noyau des pôles magnétiques de même nom que ceux de la fourchette C, polarisée d’une façon constante par l’aimant permanent A, d'où résulte une action de répulsion aidée du reste par le ressort R.
Après cela, la tige T peut être tirée vers la gauche pour mettre le signal à voie libre. Mais, dans son mouvement, cette tige a, grâce au profil de la platine D, relevé au passage le taquet E, qui applique C contre le noyau de la bobine B; lorsque T revient à sa première position, le verrou V, retombant dans l'encoche t , immobilise de nouveau la règle T et, par suite, le signal est rétabli à l’arrêt.
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Fig. 1. — Appareil de block-système, système Rodary.
Condition 2. — Lorsque le signal d’entrée a été mis à l’arrêt, le balancier Y, qui est relié à son levier et oscille autour de l’axe O, occupe la position indiquée par la figure I, et son autre extrémité K maintient soulevée la plaque II, mobile verticalement dans une glissière, en supportant la goupille h fixée sur cette plaque. Mais, lorsque le signal est effacé, Y se relève, K s’abaisse, H vient reposer dans l’encoche p du bouton-pressoir P ( fig . de droite) et, par suite, empêche celui-ci d’arriver au contact des ressorts r pour envoyer le courant qui libérerait le signal de cantonnement du poste précédent.
On ne peut donc rendre voie libre que lorsque le signal d’entrée est à l’arrêt.
Récemment le balancier Y a été relié à la tige T, de façon que l’on puisse rendre voie libre seulement quand le sémaphore de cantonnement a été enclenché à l’arrêt.
Condition 3. — Ce signal venant d’être mis à l’arrêt derrière le train arrivé, la plaque H repose, comme on vient de le voir, par sa goupille h sur l’extrémité K, qui est à pied-de-biche avec articulation en k. Lorsqu’on pousse le bouton P pour rendre voie libre, sa saillie g {fig. de droite) vient appuyer sur l’articulation en équerre I qui abaisse la pièce F à glissière verticale, comme H.
Celle-ci, par sa goupille f, appuie sur K, qui s’incline autour de h en abandonnant la goupille h de la pièce IL Cette plaque, n’étant plus soutenue, tombe par son propre poids dans l’en'
APPLICATIONS AUX CHEMINS DE FED
coche p, lorsque le bouton est revenu à sa position normale, et immobilise celui-ci; on ne peut donc rendre une seconde fois voie libre.
Nous n'insisterons pas sur le mode d’émission des courants, qui sont obtenus au moyen des boutons-pressoirs P, terminés par une tête en ébonite Q portant des plaquettes métalliques susceptibles de relier électriquement, d’après une combinaison donnée, les ressorts r et L, de façon à envoyer sur la ligne des courants de sens convenable; P, qui n'est libre que sous certaines conditions indiquées précédemment, sert à émettre le courant négatif libérateur; P, envoie des courants positifs servant à des annonces et correspondances par sonneries conventionnelles.
Remarque. — On a été amené à solidariser la règle T avec le balancier Y, afin que ce soit finalement le mouvement de T qui, par l’intermédiaire de Y, libère le bouton P, seulement lorsque le sémaphore de cantonnement est lui-même bloqué à l’arrêt, au lieu que cet effet soit produit par le sémaphore d’entrée qui, lui, n'est pas bloqué ; il en résulte une plus grande sécurité.
Appareil de block-système, modèle 1899. — Cet autre appareil, qui remplit d’ailleurs le même programme que le précédent, est plus simple et peut être placé en plein air sur un support quelconque et même sur le lut du sémaphore de cantonnement. Voici comment il remplit les trois conditions énumérées (, fig . 2) :
Condition 1. — La manette ou le levier de manœuvre du bras sémaphorique est relié à la manivelle M. Cette manivelle est goupillée sur l’axe O d’un secteur en fonte d’acier S, évidé et portant sur son contour extérieur une encoche E. Un verrou VV', maintenu et guidé par deux coulisses G, G', peut se mouvoir librement dans le sens vertical.
Lorsque le verrou tombe par son propre poids dans l’encoche E, le secteur S ne peut pas tourner autour de son axe O et la manivelle M est immobilisée dans sa position relevée. Le bras sémaphorique qui est relié à cette manivelle se trouve donc lui aussi immobilisé dans la position d’arrêt. Si, par suite du dispositif qui va être décrit, le verrou VV' est soulevé, l’encoche E est dégagée, le secteur S peut tourner et la manivelle M ainsi que le bras sémaphorique correspondant peuvent être abaissés.
Pour obtenir le relèvement du verrou VV', on a fixé sur ce verrou un goujon a qui vient s’appuyer sur l’extrémité L d’une pièce LL'4L'2. Cette pièce se compose d’un corps en bronze terminé à l’une de ses extrémités par un bras L également en bronze et à l’autre extrémité par deux doigts L'4 et L'2 en acier. Chacun de ces doigts L'4et L'2 est relié au moyen d’une articulation C à l’une des masses polaires d’un aimant permanent A en fer à cheval dont il constitue le prolongement.
La pièce LL'4L'2 pivote librement autour de l'articulation C ; mais sa course est limitée par deux barreaux en fer doux DD, D'D', contre lesquels viennent les deux doigts L',, L'2, de telle sorte que, quelle que soit la position de la pièce LL'4L'2, l’aimant se trouve toujours armé.
Sur le barreau de fer doux D' est placée une bobine B, intercalée sur le fil de ligne. Un ressort R, fixé à la pièce LL'4I/2, tend à appliquer les doigts L't et L'2 sur le fer D; mais sa tension n’est pas suffisante pour détacher ces doigts du fer doux D' lorsqu’ils s’appuient sur celui-ci.
Lorsque les doigts L', , L'2 sont appliqués contre le fer doux D', le bras L est abaissé et le verrou VV' s’engage dans l’encoche E. Le secteur S est immobilisé.
Si on envoie un courant négatif dans la bobine B, ce courant détermine dans le barreau de fer doux D' une aimantation de même sens que celle de l’aimant A. Comme les pôles de même nom se repoussent, les doigts L'4, L'2'ne sont plus alors maintenus par le barreau D' et la pièce LL'4L'2, rappelée par le ressort R, pivote autour de l’articulation C. Le bras L, en se relevant, soulève, au moyen du goujon a, le ressort VV', qui dégage alors l’encoche E. Le secteur S est libre et la manivelle M peut être abaissée.
Si le courant envoyé est un courant positif, il détermine dans le barreau de fer doux D' une aimantation de sens contraire à celle de l’aimant A ; comme les pôles de nom contraire s’attirent »
les doigts L',, L'2 restent maintenus appliqués contre le barreau D' et le verrou n’est pas déclenché.
Lorsque l’on abaisse la manivelle M, le talon V' du verrou VV' suit le contour intérieur du secteur S. Le profil de ce contour présente, en p , un rendement qui a pour effet, lorsque le talon V' du verrou vient à son contact, d’exercer une pression de haut en bas sur le verrou et de le faire descendre. Dans ce mouvement de descente du verrou VV', le goujon a s’appuie sur le levier L, fait basculer la pièce L',L'2, et les doigts L',, L'2 viennent s'appliquer sur le barreau D' contre lequel ils restent maintenus jusqu'à ce qu’un nouveau courant négatif soit envoyé dans la bobine.
Lorsque la manivelle M est relevée pour mettre le sémaphore à l'arrêt, le verrou VV', n’étant plus maintenu relevé par le goujon a, vient par son propre poids s’appuyer sur le contour extérieur du secteur S et tombe dans l’encoche E, dès que celle-ci se présente.
Le bras sémaphorique mis à l’arrêt se trouve donc enclenché dans cette position, jusqu’à ce qu’un courant négatif soit de nouveau envoyé dans la bobine B, c’est-à-dire jusqu’à ce que G rende voie libre à B.
Condition 2. — L’appareil qui permet de rendre voie libre au poste précédent se compose d’une petite manivelle m , solidaire d’un secteur s recouvert d’une plaque d’ébonite, sur laquelle sont montées en saillie six lames d’argent e,, e2, e't, e'2, K,, K2, susceptibles d’établir des contacts entre les cinq ressorts Z, C, L, T, A, montés sur un bloc d’ébonite fixé sur le fond de la boîte.
Lorsque la manivelle m est dans sa position normale, comme l’indique le dessin, les plaques e\ et e'2 mettent en contact les ressorts L et A, c’est-à-dire la ligne et la bobine de l’appareil de block.
APPLICATIONS AUX CHEMINS DE FER
Un ressort de barillet, enroulé sur l’axe O" de la manivelle de voie libre, tend à faire tourner de droite à gauche celte manivelle et le secteur s , qui en est solidaire; mais ce mouvement ne peut se produire que lorsque le cliquet t dégage les dents du plateau uu lixé sur le secteur.
Si l'on met le bras sémaphorique à voie libre, la manivelle M actionne, par l’intermédiaire d’une petite bielle placée derrière l’appareil, une pièce q , qui est munie d’un doigt isolé g. Ce doigt g , dans son mouvement de rolation autour de l’arbre O", vient soulever le cliquet t et le secteur tourne de droite à gauche sous l’action du ressort du barillet.
Lorsque le secteur a terminé son mouvement de rotation, les ressorts L et A sont mis en contact par les plaques eK et e2. Une came n pénètre dans l’encoche /"du plateau uu et empêche ainsi de ramener la manivelle m et le secteur s de gauche à droite.
En même temps, le doigt g soulève le cliquet t ; il appuie sur le talon l du ressort Z et isole celui-ci de manière à empêcher toute émission de courant sur la ligne dans le mouvement de droite à gauche du secteur s.
Tant que le bras sémaphorique reste à voie libre, c’est-à-dire tant que la manivelle M est abaissée, la manivelle m est immobilisée et on ne peut pas rendre voie libre.
Lorsque le bras sémaphorique est remis à l’arrêt, la manivelle M est relevée, la pièce q tourne de gauche à droite autour de l’axe O", soulève, par un plan incliné z, la came n, et l’encoche f est dégagée. On peut alors faire tourner à la main, de gauche à droite, la manivelle m et le secteur s. Dans ce mouvement, le goujon g dégage le talon ! du ressort Z, la plaque K réunit les ressorts Z et L et la plaque K, les ressorts C et T ; c’est-à-dire que le courant négatif est envoyé sur la ligne pour libérer l'appareil du poste précédent et le courant positif est mis à la terre.
Condition 3. — Lorsque la manivelle m est ramenée à fond de course, le cliquet t empêche le secteur de revenir en arrière et l'immobilise dans celte position jusqu’à ce que le cliquet soit de nouveau soulevé par la manœuvre de la mise à voie libre du sémaphore de cantonnement.
La came n et le cliquet qui immobilisent m et n dans leurs positions extrêmes sont rendus solidaires l’un de l’autre par le ressort en boudin r.
Lorsque le bras sémaphorique a été manœuvré, pour que l’on ne puisse pas rendre voie libre plusieurs fois, en imprimant à la manivelle m des mouvements de va-et-vient avant de l’amener à fond de course, le plateau uu est muni d’un crochet dans les dents duquel pénètre le cliquet t.
Block-système automatique Hall. — Nous dirons ici quelques mots de ce système automatique que la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée a mis en essai, entre Laroche et Cravant, sur une longueur de -40 km environ.
Dans ce système, c’est la présence même d’un train sur les rails d'une section qui maintient à l’arrêt les signaux donnant accès dans cette section, puis les débloque lorsqu'il passe dans la section suivante. Ces signaux sont d’ailleurs combinés avec des verrous électriques placés aux aiguilles, de façon que ces aiguilles puissent être manœuvrées seulement lorsque les signaux sont à l’arrêt et que, réciproquement, pendant leur manœuvre, elles bloquent ceux-ci à la position d’arrêt.
Le fonctionnement du block Hall repose sur l’emploi de courants électriques circulant dans les rails de la voie, principe d’ailleurs appliqué à d’autres blocks automatiques, généralement d’origine américaine.
Un circuit de voie se compose des deux files de rails, isolées à chaque extrémité par des éclisses spéciales isolantes A, A en bois ( fig . 3) ou à fourrures de carton, et dont chaque rail est relié au rail voisin par des fils métalliques B, B.
Si l’on établit de la façon indiquée figure 3, à une extrémité de la section, une pile P, et à l’autre un électro-aimant R, celui-ci est normalement parcouru par le courant de la pile et maintient attirée son armature formant relais ; ce relais ferme une pile locale P, sur le circuit d’un moteur M, dont un frein magnétique maintient alors à voie libre le sémaphore S. Mais qu’un train vienne à franchir le signal S, chaque essieu T met en court-circuit la pile P, R abandonne
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son armature et le courant de P, est coupé dans M, qui laisse le signal tomber à l’arrêt par l’effet d’un contrepoids; le courant de P ne peut être rétabli dans R et le sémaphore ne peut s'effacer de nouveau que lorsque le dernier essieu a quitté la section AA'. Le train reste donc couvert par S tant qu’il se trouve entre A et A', et ce n’est qu’en pénétrant dans la section suivante, où il se couvre pareillement, qu’il ouvre la section précédente.
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Fie. 3. — Blork-système Hall.
Si une voie de manœuvre ou de garage aboutit dans la section, il faut empêcher deux trains de se prendre en écharpe à l’aiguille. A cet effet, on dispose les circuits comme l'indique la figure 4, avec des commutateurs C et C' et des isolements aux entretoises Y des aiguilles. On voit alors que, si l’aiguille est disposée pour la voie principale, le courant de P arrive en R par la voie M et le commutateur C et revient par la voie N ; par suite, le signal reste effacé. Mais, si l’aiguille est faite pour la voie accessoire, le circuit est coupé en C, et, de plus, si l’éclisse 1 n’était pas suffisamment isolante, la pile serait mise en court-circuit par N, C' et la voie M. De même, si un train garé engage en T la zone dangereuse en dehors du garage franc, quand même l’aiguille serait faite pour la voie principale, la pile P est mise en court-circuit par MCoTTN et toujours le sémaphore S est maintenu à l'arrêt.
Pour mettre sous la main du chef de gare la commande des signaux et des aiguilles, la gare possède un tableau, muni d’indicateurs et d’interrupteurs, auquel viennent aboutir le circuit, les signaux et les circuits de verrous électriques enclenchant les aiguilles à leur position normale.
Ce tableau, représenté figure o, porte en haut les deux relais, dits de ligne, qui permettent le régime de la voie normalement fermée, tandis que, si on se bornait aux dispositions précédemment indiquées, chaque section serait ouverte normalement dès qu’elle ne serait plus occupée par un train ; on aperçoit ensuite les voyants qui marquent l’état libre ou occupé des deux voies en amont et en aval. Au-dessous sont des interrupteurs susceptibles de fixer à l’arrêt les signaux précédant la gare, disque et sémaphore d’entrée, ou bien, avec ces deux premiers, le sémaphore de sortie ou de cantonnement. Les boites intercalées portent des clés commutatrices qui ne peuvent être retirées qu’en mettant à l’arrêt les signaux de la voie 1 ou de la voie 2, ou des voies 1 et 2 ; ces clés sont nécessaires pour aller sur place déverrouiller les aiguilles correspondantes ; on est donc bien sûr, avant de manœuvrer ces aiguilles, que les manœuvres exécutées sur elles sont protégées par les signaux. Mais, la nuit, si le service est interrompu à la gare, il faut cependant qu’un train puisse se garer ou manœuvrer. A cet effet, le soir, la clé de la boite 1-2 est introduite dans la boîte portant l’indication automatique et alors tout conducteur de train, muni
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d'une clé 1-2, peut déverrouiller sur place les aiguilles, en mettant du môme coup les signaux à l’arrêt, mais sans avoir besoin de recourir au tableau de la gare. Par réciprocité, tant qu’une clé 1 ou 2 ou 1-2 est emprisonnée dans la boîte commutatrice d’une aiguille, les signaux correspondants ne peuvent être remis à voie libre. On conçoit facilement comment ces effets peuvent se produire, en considérant qu’un courant permanent est nécessaire, soit pour maintenir à voie libre les signaux, soit pour déverrouiller une aiguille, et, d'après le montage du tableau ou des boîtes commutatriees, lorsque l’on établit le courant sur l’un des circuits, on l’interrompt dans l'autre ; donc toujours ou les signaux seront à l’arrêt ou les aiguilles verrouillées.
Les moteurs des signaux sont de petites dynamos auxquelles le courant est fourni par des piles de grand débit à la potasse et à l’oxyde de cuivre. Le courant actionne la dynamo pour la mise à voie libre du signal, puis, à la fin du mouvement, passe de la dynamo à un frein magnétique qui maintient le signal à voie libre. C’est lorsque l’on interrompt ce courant que le frein, cessant d agir, abandonne le signal, qui tombe à l’arrêt par l’effet d’un contrepoids.
Les circuits de voie sont alimentés par des piles au sulfate de cuivre de grand volume et trois éléments suffisent pour une longueur de 1 000 à 1 500 m de voie.
Nous avons parlé d un seul sémaphore; dans la réalité, chaque gare possède pour chaque sens trois signaux : un disque avancé, un sémaphore d’entrée et un sémaphore de sortie ou de cantonnement; tous trois se mettent simultanément à voie libre dès qu’un train quitte la section précédente, puis tombent à l’arrêt successivement dès que le train les a franchis. Les signaux
qui fermaient l'entrée de la section précédente sont débloqués lorsque le train a passé le sémaphore d'entrée du poste suivant. On voit ainsi que, dans sa marche, un train est protégé en pleine voie par les trois signaux du poste précédent et, dans une gare, par le disque et le sémaphore d’entrée. D'autre part, les manœuvres sont couvertes par les deux mêmes signaux.
Appareils de block-système de la Compagnie du Nord. — Les appareils en usage sont les électro-sémaphores du système Tesse, Lartigue et Prudhomme avec certaines modifications destinées :
1° A assurer la dépendance des sections successives de block par l’enclenchement des grandes ailes avec les petits bras dans la même direction ;
2° A enclencher le disque à distance avec la grande aile ;
3° A détruire la dépendance des sections encadrant une station, lorsqu’un train quitte la
voie principale sans continuer immédiatement sa route.
Toutes ces modifications subsistaient en 1889 et nous n’y reviendrons pas.
Nous allons, décrire sommairement les perfectionnements récents apportés aux électro-sémaphores dans la période de 1889 à 1900.
Enclenchements conditionnels. — Passage d'un train à une bifurcation. — Aux abords d’une bifurcation munie du block-système, lorsqu'un train vient du tronc commun M pour se diriger vers O (fîg. 6), il est nécessaire non seulement de ne pouvoir débloquer en arrière avant d'avoir couvert le train à son passage, mais encore de ne pouvoir bloquer que dans la direction réellement suivie par le train.
Cette dernière condition implique donc l’obligation de ne pouvoir lancer le courant de désolidarisation par la mise à l’arrêt de chaque grande aile que si les aiguilles donnent bien la direction couverte par chacune de ces grandes ailes.
Inversement, pour un train allant de O vers M, on ne doit pouvoir débloquer en arrière qu’au poste situé sur la branche d’où provient le train ; cette condition est réalisée en intéressant à la fermeture du circuit de désolidarisation les positions d’aiguilles et de signaux donnant la direction correspondante.
Applications Aux chemins de feu
Kn pratique', pour que les courants de désolidarisation ne passent que pendant le très faible temps nécessaire à leur action, les leviers d’aiguille préparent d'abord le circuit, qui n’est complètement fermé que par un contact électrique très court pendant la fermeture du signal d’arrêt correspondant.
On emploie à cet effet deux commutateurs :
L'un, dit à quatre plots (fig. 7), s'installe sur le levier intéressé ou sur la transmission qui en dépend ; il ferme alternativement un circuit dans telle ou telle direction suivant la position du levier.
L'autre, pour les enclenchements entre sémaphores et signaux d’arrêt, sert en même temps pour le conLrôle de la position du signal (fig. 8) ; le contact d est relié à l'appareil de contrôle et le contact c à l’appareil d'enclenchement numéro 2 du sémaphore; sur ces deux contacts glissent deux ressorts cet R en communication avec la terre. Le petit ressort r frotte seul sur le contact de contrôle c; quant au ressort R, il ne frotte sur le contact r/, relié à l’appareil d’enclenchement, que pendant l’instant très court du temps de la fermeture du signal carré ; pendant l’ouverture, il est écarté de ce contact par le petit plan incliné p et passe par-dessus lui, et ainsi de suite.
Pénétration des trains dans les sections bloquées. Appareils mémento. — Type à jetons. —
Lorsqu’un train pénètre en section bloquée, l'autorisation n’est donnée que sur la remise d'un ordre écrit au mécanicien. Or il en résulte nécessairement que le garde-sémaphore doit compter Je nombre des trains entrés en section bloquée, atin de remettre la grande aile du sémaphore à l’arrêt aussitôt après le débloquage, et cela autant de fois qu’il y a de trains entrés en section bloquée.
L’appareil mémento de pénétration a été établi dans le but de faciliter au garde-sémaphore le comptage des trains qui pénètrent successivement dans une section bloquée et de lui rappeler l’obligation de remettre la grande aile à l’arrêt, après sa mise à voie libre par le poste suivant, autant de fois qu’il a pénétré de trains dans la section bloquée. L appareil présente, en outre, l’avantage d’intéresser les agents des trains à ce comptage; c est en effet le mécanicien qui, sur la demande du conducteur chef du train, remet à celui-ci un de ces jetons, en échange d’un bulletin dit de pénétration, et c’est le conducteur qui introduit lui-même ce jeton dans l'appareil.
Cet appareil se compose d’une boîte en fonte divisée en deux compartiments ; le premier, ABCD (fig. 9 et 10), est accessible sur le côté par une porte spéciale et il communique par une goulotte N avec l'ouverture rectangulaire O ménagée sur le devant de 1 appareil.
Le second compartiment est accessible, sur la face, par une porte X [fig. 11), sur laquelle
de la Compagnie du Nord.
est fixé un électro-aimant R, dont l'armature V, montée sur pivot à l une de ses extrémités, est terminée à l’autre extrémité par une ancre destinée à laisser passer une à une les dents a , a , a, a , d’un échappement solidaire d'un disque en laiton K.
Le disque est divisé en sept parties égales, de 1 à 6 et une croix ; il est constamment sollicité en arrière par un ressort. Un isolant en ivoire y, dans la position de la croix, permet d’isoler entre eux deux ressorts de contact et d’interrompre ainsi le circuit d’une pile locale.
A l aide d’une tige II, portant un cliquet à ressort x, on peut faire avancer le disque d'une division chaque fois que l’on tire sur le bouton. En même temps cette tige appuie, à fin de course, sur un levier mobile J terminé par un écran M qui dégage l’ouverture O par laquelle on introduit les jetons.
L’introduction d’un jeton oblige à agir sur la tige de tirage H pour découvrir l’ouverture O ; par cette manœuvre, on fait avancer l’échappement d'une dent et, par suite, d'une division le disque K qui, au lieu de la croix, présente devant l'ouverture vitrée L le numéro 1. Il s'établit alors un courant local qui fait tinter une sonnerie.
Le retour en arrière et par numéro s’obtient par la mise cà l’arrêt de la grande aile du sémaphore, autant de fois qu'il est nécessaire. A cet effet, l’appareil est intercalé [fiy. 12) sur l’appareil d’enclenchement, numéro 2, de telle façon que le courant électrique produit par la manœuvre de la grande aile enclenche le disque et actionne en même temps l’électro-aimant de l’appareil « mémento ».
Type sans jetons. — Dans certains cas, il n’est pas possible au conducteur d’accéder facilement et rapidement au poste de block pour y apporter le jeton de pénétration. Aussi la Compagnie du Nord a-t-elle transformé l’appareil mémento de manière à laisser la grande aile à l'arrêt tout le temps que la section qu’elle couvre est effectivement occupée et à suppléer au transport d’un jeton, tout en conservant le comptage mécanique des trains.
Au lieu de procéder à autant de blocages et de déblocages successifs, à l’aide des appareils numéro 1 et numéro 2 en correspondance, qu'il entre de trains dans la section bloquée, on suspend la manœuvre effective de ces appareils tant qu’il y a un train dans la section et on y substitue, durant cette période, la manœuvre de deux appareils spéciaux 1 bis et 2 bis enclenchés respectivement avec les appareils 1 et 2, qu’ils remplacent temporairement.
Lorsqu’un train pénètre dans la section bloquée, la manœuvre de l'appareil 1 bis a pour
APPLICATIONS AUX CHEMINS DE FEU
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elï’et de désolidariser les appareils ordinaires du poste, comme si le train étail couvert effectivement, et de faire passer au nombre suivant le nombre indiqué sur les enregistreurs des deux postes.
Le poste de sortie, par la manœuvre de son appareil numéro 2 ifs, fait décompter les compteurs, unité par unité, à la condition de libérer l'appareil numéro 2 bis lui-même, avant chaque manœuvre, par la mise à l'arrêt de la grande aile de ce poste ou une désolidarisation extérieure.
Enfin, le garde du poste de sortie ne peut faire tomber la grande aile du poste d’entrée par la manœuvre de l’appareil numéro 2 ordinaire que lorsque l’enregistreur 2 bis a désenclenché l’appareil numéro 2 en revenant au zéro et que le dernier des trains introduits a dégagé la section.
Appareils de block-système des Chemins de fer de l’État. — Trois systèmes de block fonctionnent actuellement sur les chemins de fer de l’Etat : 1° l’électro-sémaphore Lartigue; 2° le block-système Flamache; 3° le block-système Sarroste et Loppé.
Nous ne parlerons que de ce dernier, qui est spécial aux chemins de fer de l’État.
Block-svstème Sakroste et Loim>é. — Cet appareil remplit le programme habituel avec l’adjonction d’une pédale. Ainsi le signal de cantonnement mis à l’arrêt s’enclenche automatiquement et ne peut être libéré que par le poste suivant; ce second poste ne peut lui-même rendre voie libre au premier qu'après avoir mis à l'arrêt son propre signal et qu’après que le dernier train annoncé a rencontré une pédale placée sur la voie à proximité du poste.
LÉLECÏRtCITÉ a L'EXPOStTtON
Voici comment sont réalisées ces conditions :
Les leviers des signaux de cantonnement sont enclenchés par un verrou électrique qui sera décrit plus loin, avec commutateur K ( fig . 13), et chaque poste comprend, comme appareils électriques, outre le verrou de signal et la pédale T, un commutateur à plateau circulaire, une sonnerie Jousselin J. une sonnerie trembleuse ordinaire et un microtéléphone.
Soient deux postes consécutifs 1 et II et un train sur voie 1 annoncé à I; celui-ci demande à 11 le déclenchement par sonnerie .Jousselin. A ce moment, les deux commutateurs o, et o2 sont sur la position oM, «attente sur sonnerie», qui met en communication les frotteurs A et Z par la bande métallique al. Si le poste I appuie sur un bouton B, le courant de la pile J1, est envoyé sur la ligne jusqu’à la sonnerie J2. Le poste II interpellé amène sa manivelle dans la position oM( (envoi de déclenchement), s’il le peut; or, pour qu’il le puisse, il faut que la saillie du plateau ait pu franchir le crochet de l’armature des bobines V; le circuit de celles-ci peut se
trouver coupé en trois endroits différents : au commutateur lx2 du levier du signal, aux frotteurs S et V du plateau, enfin aux contacts m et n. La continuité en K est établie lorsque le signal de cantonnement est à l’arrêt; les frotteurs S et V ont été reliés momentanément pendant le mouvement circulaire du plateau; enfin les contacts m et n se sont trouvés réunis lorsque le dernier train passant sur la pédale a excité la bobine X. qui, en attirant son armature Y, a laissé tomber le levier D. Lorsque le plateau continue son mouvement jusqu’à la position oM' de la manivelle, le doigt 1 ramène le levier D à sa position horizontale. Dans cette position oM', un courant permanent partant de P,, au poste II, passe en NL, sonnerie trembleuse, ligne, puis au poste I, où il suit son commutateur sur la position oM, A, C, bandes g et //, actionne le verrou du levier L, et le libère. Le poste I, après avoir ouvert son signal, remet sa manivelle à la position oM (attente sur sonnerie) et le poste 11 en fait de même, ce qui arrête la sonnerie trembleuse.
Lorsque les deux postes veulent causer entre eux, ils appuient réciproquement et successivement douze fois sur le bouton, ce qui amène les aiguilles des deux cadrans Jousselin à une position qui, par les petits commutateurs Q, et Q2, met les téléphones sur le circuit de ligne.
Sémaphore automatique pour l’espacement des trains (système Sarroste). — Le réseau de lT’.tat exposait un type de sémaphore destiné à séparer les trains se suivant sur la même voie par un intervalle de temps et non par un intervalle de distance, comme le fait le blocksystème. Cet appareil est relié à une pédale et disposé de telle façon que, lorsqu’un train passe sur la pédale, un déclenchement électrique met en action un moteur spécial placé dans une boite métallique fixée au bâti du signal et qui a pour effet de mettre aussitôt à l’arrêt le bras