GRANDES INSTALLATIONS
Les dispositions varient avec chaque installation, suivant la nature du moteur employé, l'espace dont on dispose, les services demandés à l'éclairage, la richesse et la décoration des appartements à éclairer, etc.
Nous reproduisons, à titre d'exemple, un dessin représentant l'installation complète, dans un sous-sol (fig. 98), d'un moteur à çaz Otto de quatre chevaux, actionnant deux machines Gramme destinées à l'alimentation de lampes à incandescence, distribuées dans un hôtel particulier. Enfin, nous allons faire connaître les principales conditions de fonctionnement de deux installations faites à Paris et qui présentent chacune des particularités intéressantes.
Éclairage direct. — M. Porgès, administrateur de la Com-
170 L'ÉLECTRICITÉ DANS Lk MAISON.
pagnic Edison, fait usage, pour Téclairage de son hôtel, d'une machine Edison type K, actionnée par un moteur à gaz à deux cylindres, système Otto, de huit chevaux. La machine Edison type K est établie pour alimenter 60 lampes A, exigeant 0,75 ampère et 100 volts aux bornes. L'installation compte cependant plus de cent lampes, parce que, d'une part, toutes les lampes ne sont pas allumées à la fois et que, d'autre part, on a substituée un certain nombre de lampes  des lampes B qui ne demandent que 50 volts, et des lampes d'un modèle encore plus petit qui marchent avec 15 volts seulement. Chaque circuit de lampes B comprend deux lampes en tension ; il y a sept lampes en tension dans chacun des circuits constitués par les lampes de 15 volts. Nous n'entreprendrons pas l'énumération de la distribution de ces lampes. Disons qu'elles sont très habilement disposées sur des électroliers (1), et que toutes les parties de Thôtelsont brillamment éclairées.
L'inconvénient de cette installation est évident a priori : il faut faire marcher le moteur à gaz, quel que soit le nombre de lampes allumées, aussi n'y a-t-il pas là les conditions exigées par un véritable éclairage domestique, mais seulement une installation de luxe, d'un emploi limité à certaines heures de la soirée, ou les jours de bal ou de réunion.
Éclairage indirect par accumulateurs. — La solution adoptée par M. Gaston Menier, dans son hôtel du parc Monceau, nous parait supérieure à tous les points de vue, et présente des avantages de nature à en multiplier l'emploi.
L'installation totale comprend 150 lampes Swan de 40 volts et 0,7 ampère, alimentées par une série de 22 accumulateurs Faure-Sellon-Volckmar, type de 60 kilogrammes, montés en tension.
Ces accumulateurs peuvent débiter normalement 40 à 45 ampères, ce qui permet d'alimenter 60 lampes à la fois, chiffre plus que suffisant dans les conditions ordinaires.
(i) Le mol électrolier, employé en Angleterre, est réquiyalent du mot chandelier.
Ces accumulateurs sont chargés chaque jour, pendant la Journée^ à Taide d'une machine Gramme à courant continu excitée en dérivation, dont on règle la puissance à Taide de résistances introduites dans le circuit d'excitation.
Cette machine Gramme est mise en mouvement par un moteur à gaz Otto, de cinq chevaux. (Ce moteur est le type normal de quatre chevaux dont on a augmenté un peu le diamètre du cylindre.)
Avec un peu d'habitude, le domestique chargé de Téclairage estime assez exactement la consommation de la veille en ampères-heure, et il recharge les accumulateurs d'une quantité à peu près égale, en leur fournissant 10 à 15 pour 100 de plus, pour tenir compte des pertes et des erreurs possibles.
Ainsi, par exemple, supposons que la veille on ait allumé 60 lampes pendant 4 heures. La consommation totale en ampèresheure aura été de :
60x0,7x4=168 ampères-heure.
On rechargera les accumulateurs pendant environ 5 heures avec un courant de 40 ampères, de façon à leur fournir :
40x^=200 ainpèies-heurc.
Grâce à l'emploi des accumulateurs, ou a pu répartir les lampes dans toutes les parties de Thôtel où elles sont toujours prêtes à fonctionner par la simple manœuvre d'un commutateur.
Les accumulateurs installés depuis près d'un au n'ont pas encore eu besoin d'être renouvelés, même partiellement. 11 faut reconnaître aussi qu'ils sont parfaitement entretenus, et qu'étant placés à poste fixe, ils ne sont pas soumis à des chocs et des trépidations qui, dans bien des circonstances, nuisent tant à leur durée.
Les jours où Ton veut éclairer tout l'hôtel et faire fonctionner la presque totalité des lampes, il suffit de charger les accumulateurs pendant la journée et de les décharger le soir sur les
lampes pendant que la machine fonctionne. Cette dernière pouvant donner jusqu'à 60 ampères et les accumulateurs plus de 40, on a ainsi les 100 ampères nécessaires à Téclairage total. Les conducteurs sous plomb isolés au caoutchouc ont été prévus pour des courants bien supérieurs à ce chiiTre, aussi ne constate-t-mi jamais la moindre élévation de température sur la caoalisaticiii*
L'intermédiaire des accumulateurs, coûteux en apparence,.!^ traduit finalement par une économie, car la machine ne ddl restituer que ce qui a été consommé utilement pour TéclaiiBlPi en tenant compte d'un coefficient relatif au rendement propreté Taccumulateur, mais cette restitution se fait dans lescirconstancél de plein travail du moteur à gaz, c'est-à-dire dans les conditioii les plus économiques et avec son rendement le meilleur, tandk qu'un éclairage direct met le moteur dans des conditions de travail fort variables, et des rendements très inégaux.
Tout compte fait, la dépense en litres de gaz consommé par k moteur ramené au bec Carcel-heure doit être plus grande pour le système direct que pour le système avec accumulateurs, sans compter d'autres avantages évidents sans qu'il soit nécessaire d'insister davantage.