AIMANTATION PAN L* ACTION MAGNÉTIQUE DE LA TERRE
La terre exerçant sur les substances magnétiques une action comparable à celle exercée par les aimants, on ne sera pas surpris que le magnétisme terrestre tende constamment à séparer les deux fluides qui se trouvent neutralisés dans le fer doux et dans l'acier; mais, la force coercitive de ce dernier corps étant très-grande, l'action de la terre n'est pas suffisante pour produire 1 aimantation. 11 n'en est pas ainsi avec une barre de fer doux, surtout si on la place parallèlement à l'inclinaison dans le méridien magnétique. Les deux fluides se séparent alors ; l'austral se dirige vers le nord, et le boréal vers le sud ; cependant cette aimantation n'est pas stable, car, si on retourne la barre, les pôles s'intervertissent immédiatement, ce qui provient du peu de force coercitive du fer doux, force, en effet, presque inappréciable ; mais on peut la rendre sensible, d'après la découverte de C.ilbcrt, en 1(>00, si, pendant que la barre est soumise à l'influence de la terre dans la direction indiquée, on la frappe avec un marteau, ou si on lui fait subir une torsion, l'action de la lime, de l'oxydation, ou toute autre action mécanique ou chimique ; car chacune d'elles semble être plus ou moins propre à développer la force coercitive et à fixer par conséquent les fluides décomposés. C'est ainsi que s'explique la formation des aimants naturels, et l'aimantation qu'on remarque fréquemment dans les objets en acier et en fer très-anciens.
Œpinus avait observé que l'on pouvait aimanter fortement une aiguille ou une barre d'acier en la chauffant jusqu'au rouge et en la laissant refroidir entre les deux pôles contraires de deux puissantes barres aimantées. Mais ce fait, qui d'abord pourrait faire croire que la chaleur est une des sources de l'aimantation, provient de ce qu'elle détruit, au contraire, la force coercitive; et un aimant, quelle que fût sa puissance, perdrait tout son magné-
tisme s'il n'était pas soumis à l'action des fluides des deux pôles opposés, qui font ici l'effet des deux pôles de la terre sur un corps sans force coercitive, comme le fer doux
La lumière ne semble pas plus efficace que la chaleur pour déterminer une séparation des fluides magnétiques, car, bien que certains observateurs, et particulièrement Morichini, aient cru pouvoir reconnaître un pouvoir magnétique dans les rayons solaires, les expériences de MM. Pouillet, Reiss et Mozer ont donné des résultats contraires.
En décrivant les procédés d'aimantation, nous avons donné, pour ainsi dire, les moyens de fabriquer ou de composer des aimants; il nous reste à indiquer maintenant comment on peut les conserver et augmenter leur puissance.
Les aiguilles, les lames et les barres sont des aimants d'une fente pièce qui, une fois aimantés jusqu'à saturation, conservent Irès-bien leur magnétisme. Les lames et les barres, cependant, sont exposées, dans certaines circonstances, à subir une recomposition partielle des fluides par l'action du magnétisme terrestre, comme cela arriverait dans nos climats si l'on maintenait vertiilement une barre avec le pôle boréal en bas, et si, dans cette i "silion, ell'1 recevait quelques coups de marteau. Pour empêcher ces recompositions, on emploie ce qu'on appelle des armures.
Un donne ce nom à des pièces de fer doux qu'on met en contact avec les Mimants pour conserver l'activité de ceux-ci par la décomposition magnétique qu'elles éprouvent. Pour armer les barres aimantées, on en place généralement deux dans la même boite, dis- ' parallèlement et avec les pôles contraires en regard ; <lcn\ autres barreaux, placés aux extrémités de manière à compléter k parallélogramme, deviennent eux- mm ■ mîmes deux aimants qui agissent sur l' s barres aimantées et maintiennent ■ s les fluides décomposés ( li-
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'•'•s aiguilles montées sur un pivot *n. n'ont pas besoin d'armure, parce qu'elles tournent pour obéir à l'action de la terre, et que cette force leur sert d'armure.
On appelle faisceau magnétique un assemblage de barres ou lames aimantées, réunies parallèlement, avec tous les pôles du
même nom tournés d'un môme côté. Tantôt on leur donne une forme rectiligne, tantôt celle d'un fer à cheval (fig. 78) : dans ce cas, il suffit d'un seul barreau de fer doux pour réunir les deux pôles ; celte forme offre encore cet avantage qu'elle permet d'utiliser l'action des deux pôles lorsqu'on veut faire supporter un poids à l'aimant.
La ligure 79 représente un faisceau rectiligne composé de douze lames rectangulaires disposées en trois couches de quatre lames chacune. Pour chacune des deux espèces de faisceaux magnétiques, on trempe et on aimante les lames séparément ; on les superpose ensuite et on les assujettit avec des vis ou des viroles. On voit, dans la ligure 79, que les lames ne sont pas de même
Fig. 79.
longueur : celle du milieu est plus longue, et, à mesure que l'on en superpose de nouvelles, on a soin de raccourcir un peu ces dernières, afin d'augmenter la force des aimants : en effet, il résulte des observations faites par Coulomb que la force d'un faisceau magnétique n'est pas égale à la somme des forces de chaque barreau ; ce qui provient des actions répulsives qu'exercent les
pôles immédiats les uns sur les autres. Les découvertes de Coulomb ont guidé Nobili pour de nouvelles observations, el ce dernier s'est livré à des expériences très-intéressantes, mais qu'il nous est impossible de décrire ici.
La figure 80 représente les armures des aimanls naturels : les parties //' se nomment les ailes de l'armure, cl les parties pp' les pieds. On donne aux ailes une largeur égale à celle de l'aimant et une épaisseur de trois ou quatre millimètres : les dimensions des pieds dépendent de la force de l'aimant, et ce n'est ^gfiSëBfe qu'en faisant des essais qu'on peut en déterminer la ^^^^ forme et la grandeur convenables. Les aimants lia- ^ turels sont très-faibles quand ils ne sont pas armi's; FlK'* mais leur force augmente considérablement au moyen des armures.