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APPLICATION DE \! ÉLECTRICITÉ A LA MÉCANIQUE INDUSTRIELLE

Si la possibilité de convertir l'électricité en force motrice est une question sur laquelle sont partagées les opinions des physisiens, celle de l'application de l'électricité comme intermédiaire mécanique a suscité des débals non moins vifs, surtout depuis que le directeur des télégraphes sardes, M. Bonclli, a présenté son métier électrique, avec la prétention, disent quelques-uns, de faire abandonner le système Jacquard, exclusivement employé depuis si longtemps dans tous les ateliers. Nous ne pouvons entreprendre la description des moyens que propose M. Bonelli pour résoudre le problème, car il nous faudrait d'abord faire la description détaillée des métiers mécaniques tels qu'ils sont employés maintenant; nous dirons seulement qu'il remplace les cartons percés du système Jacquard par un cylindre métallique dont la surface est recouverte d'un papier où le dessin est découpé, de manière que ce dernier apparaît pour ainsi dire sur une substance conductrice; ou bien, au lieu du cylindre, un simple papier sur lequel on trace le dessin avec des feuilles d'élain très-minces, et c'est la méthode que préfère l'inventeur. Avec

cette disposition, au lieu du mécanisme qu'on emploie aujourd'hui pour élever certains tils et baisser les autres, l'électricité est là qui s'en charge, selon que ces fils sont ou non en contact avec la partie conductrice du dessin.

Le problème est positivement résolu, car non - seulement M. Bonelli a construit sa machine, mais il a présenté à l'Académie des sciences de Paris des échantillons d'étoffes tissées avec cette machine; la question se borne donc maintenant à savoir si son système est plus économique que celui de Jacquard.

Après que M. Bonelli eut présenté son métier électrique, dau- ' très inventeurs y proposèrent des modifications, parmi lesquelles nous mentionnerons celles de MM. Maumené, Mathieu, Pascal, de Lyon, et Ed. Gand. M. Kônelli écrivait lui-même, il y a peu de temps, au directeur du Cosmos en lui annonçant qu'il avait trouvé le moyen de lisser des étoffes de plusieurs couleurs sans nouvelle complication dans l'appareil, et sans recourir à plus d'un dessin. 11 a annoncé plus tard dans le même journal que la maison Dolfus, de Mulhouse, se proposait d'appliquer en grand son système. Ce serait là évidemment le meilleur moyen de répondre aux nombreuses objections qui lui ont été faites. Très-réccrament M. Bonelli a fait perfectionner son métier électrique parle célèbre constructeur M. Froment; et la presse scientifique en fait les plus grands éloges.

M. Peyrot a fait une autre application de l'électricité au tissage, mais dans un but moins général : sa navette moniteur électrique fait tinter une sonnerie quand la traction est assez forte pour rompre le fil.

Non pour avertir que le fil va se rompre, mais pour prévenir qu'il faut en réunir les deux bouts rompus, M. Achard a proposé un mécanisme très-ingénieux qui fait partie d'une machine à filer les cocons de soie. Ce mécanisme, qui est un véritable moyen de transmission de mouvement, a été aussi appliqué par son auteur à prévenir les accidents sur les chemins de fer, en faisant fonctionner les freins d'un convoi ; nous en donnerons plus tard la description détaillée.

Comme exemple de transmission de mouvement, nous citerons

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le moyen dont s'est servi M. Nicklès. En plaçant autour de quatre roues en fer mobiles deux bobines fixes qui aimantent en sens contraire les parties des roues qui doivent être opposées, il se produit une adhérence entre chaque paire alternativement, comme si les deux systèmes étaient unis par des courroies. En employant cette disposition ou d'autres semblables, M. Nicklès s'est proposé aussi d'augmenter à volonté l'adhérence des roues des locomotives; de constituer des freins pour le service des chemins de fer et d'opérer des transmissions de mouvement dans toute espèce de machines.

Nous ne finirions pas si nous voulions énumêrer toutes les applications de l'électricité à différents objets; nous ne ferons qu'une mention rapide de quelques-unes de celles qui ne rentrent dans aucune des catégories dont nous avons parlé jusqu'à présent, et qu'il est impossible de classer, à cause de leur trop grande variété.

M. Breguet a proposé récemment l'emploi d'un manomètre électrique qui marque le degré de pression dans les chaudières à vapeur en faisant tinter une sonnerie au moyen d une aiguille qui, parvenue à la limite qu'on ne doit pas franchir, ferme un circuit électrique. M. du Moncel a protesté contre la nouveauté (le l'invention, en citant un passage de son ouvrage dans lequel il décrit Y électro-métreur de M. Chenol, destiné à mesurer dans les chaudières à vapeur la quantité d'eau, le degré de pression et la température, et où il propose d'ajouter à cet appareil précisément ce que M. Breguet a donné plus tard comme nouveau.

Le môme M. du Moncel a présenté dernièrement un projet • d'appareil auquel il donne aussi le nom $ électro-métreur, et qui, suivant lui, pourrait être utilisé pour indiquer la hauteur de l'eau dans les réservoirs destinés à alimenter les grandes villes, de manière que l'employé pût s'en assurer sans sortir de son bureau. Cet appareil est une réduction du maréoyruphe électrique, qui a pour objet, entre autres choses, de marquer à certaines heures du jour les hauteurs des marées en faisant les indications à distance : l'inventeur l'a décrit très-complétement dans le

deuxième volume de la seconde édition de ses Applkol'wns de l électricité.

Cet infatigable physicien a fait construire un autre appareil : c'est un régulateur électro- automatique de la température, au moyen duquel, par l'action seule de l'électricité, on maintient à une température constante un espace déterminé. Si cet appareil fonctionne aussi régulièrement que le dit son auteur, il serait d'une grande importance dans certaines opérations chimiques el dans les. expériences de physique.

M. Chenot a imaginé deux appareils qu'il nomme électrotrieurs, avec lesquels il se propose de simplifier les opérations métallurgiques; ces appareils sont fondés sur la propriété qu'ont certains oxydes métalliques de devenir magnétiques après lacalcination, de manière qu'ils peuvent être mécaniquement séparés des corps avec lesquels ils sont mélangés.

Les appareils électro-musicaux méritent aussi une place dans cette exquisse rapide. Non-seulement on a utilisé la propriété qu'a l'électricité de mettre en mouvement les lames métalliques et de les faire vibrer, mais l' électro-magnétisme est venu fournir le moyen de jouer à distance de quelques instruments, tels que pianos, orgues, etc.

Parmi les premiers, nous mentionnerons l'appareil vibratoire de M. Froment, que l'inconstance des piles ne permet pas de ranger parmi les instruments de musique, mais qu'on emploie comme régulateur de l'intensité des piles, cl qui est beaucoup plus commode que les rhéomètres.

Quant aux appareils électro-musicaux de la seconde classe, rien de plus facile à concevoir dès que Ton connaît les télégraphes à touches. En se fondant sur le môme principe, on peut faire des pianos destinés à enregistrer les improvisations musicales, et beaucoup plus simples que ceux à la confection desquels la mécanique seule a contribué. On peut aussi faire répéter par un orgue de grandes dimensions les airs d'une petite boite à musique; il suffît pour cela que le cylindre à cames qui fait vibrer les ressorts soit métallique et communique avec une branche du circuit, et que les lames vibratoires, isolées les unes

des autres, soient en rapport avec les électro-aimants des pianos ou des orgues électro-magnétiques, au moyen de fils spéciaux. Dans le grand concert qui eut lieu à l'occasion de la distribution des prix de l'Imposition universelle de 1855, le chef d'orchestre se servit avec succès d'un métronome électrique.

La galvanoplastie et la photographie trouvent dans l'électricité un auxiliaire qui peut perfectionner leurs procédés dans certains cas. Tour la première opération, M. du Moncel a imagine un moyen pour que les objets à arpenter ou à dorer fussent plongés et retirés à temps du bain où ils doivent subir l'action électrolytique, moyen qu'il propose aussi pour faire cuire les œufs à la coque sans dépasser le temps jugé nécessaire. Quanta la photographie, M. Campbell a mis à profit la propriété qu'a l'électricité de hâter l'impression de la lumière colorée, impression qui ne s'opère que fort lentement, vu le peu de sensibilité du chlorure d'argent.

Outre l'application dont nous avons parlé de l'électricité à la transmission des ordres sur les navires d'une certaine dimension; outre celle qu'a imaginée M. Robert Houdin pour signaler, au moyen d'une sonnerie électrique, l'instant où ils commencent à Taire eau; outre le loch électrique qui sprt à mesurer leur vitesse, inventé par M. Bain, la marine peut tirer parti du moniteur électrique, destiné a éviter l'ensablement des navires. Le moniteur de M. du Moncel, décrit in extenso dans le Cosmos, septième volume, page 585, consiste en une baguette enfermée dans un tube ouvert "à la partie inférieure, et qui, étant poussée vers le haut par le contact du plan incliné que forment généralement les bancs de sable, agit sur un commutateur qui à son tour fait fonctionner un appareil d'alarme.

H serait impossible d'énumérer les différentes autres applications de l'électricité qui se sont succédé depuis la publication de notre première édition; M. du Moncel s'est vu contraint d'ajouter un nouveau volume à ses Applications de ï électricité, et nous renvoyons nos lecteurs à ce livre, qui porte le titre de Renie des applications de l électricité.

Nous terminerons ce chapitre en enregistrant une de ces découvertes qui font époque dans l'histoire de la science, et qui, bien qu'attendue depuis longtemps et bien que la possibilité de résoudre le problème fût admise, ne faisait pas moins comparer ceux qui s'acharnaient à sa recherche aux alchimistes du moyen âge, à des visionnaires qui couraient à la poursuite de la pierre philosophale : nous parlons de la fabrication du diamant, de ce corps mille fois plus précieux que l'or et qui a causé le désespoir de tant de chimistes depuis que l'analyse l'avait signalé comme un simple cristal de charbon pur. Tous les moyens employés, soit par Ja voie sèche, soit par la voie humide, infructueux toujours, n'avaient produit qu'une petite quantité de graphite, un peu moins impur que celui qu'on trouve dans la nature : ce nouveau triomphe était réservé à Y électricité. M. Despretz, le savant physicien que tout le monde connaît, eut l'heureuse idée de faire agir d une manière continue sur le charbon môme un courant électrique, et il parvint ainsi à obtenir des diamants cristallisés, très-petits, sans doute, mais enfin de vrais diamants, avec tous leurs caractères minéralogiques et chimiques : c'est ainsi qu'on a pu polir quelques rubis en très-peu de temps avec la poussière des cristaux obtenus par le savant académicien.

Lé procédé qui a donné les meilleurs résultats est fondé sur la volatilisation lente du sucre candi carbonisé, qui est le charbon le plus pur que l'on connaisse, produite par un courant d'induction. On prend un ballon à deux tubulures disposé comme l'œuf électrique. A la tige inférieure on assujettit le cylindre de charbon pur que l'on veut soumettre à l'expérience; on fixe à la tige supérieure une douzaine de fils de platine qu'on place en face du charbon, à environ cinq ou six centimètres de distance, puis on fait le vide dans le ballon et l'on y fait passer le courant induit de la machine de Huhmkorff, de manière que le pôle où se produit la lumière bleue corresponde aux fils de platine. Ce pôle, comme l'a démontré M. Despretz, est le pôle de la chaleur.

La pile, dans l'expérience de M. Despretz, se composait de quatre éléments de Daniell, réunis deux à deux, et l'opération a duré plus d'un mois sans interruption. Au bout de ce temps, il

s'était déposé une légère couche noire de charbon sur les fils de plaline, et c'est sur cette couche noire que se sont trouvés fixés les cristaux de carbone volatilisés, très-petits, il est vrai, mais parfaitement caractérisés. Ces cristaux étaient de deux espèces : les uns étaient des octaèdres noirs, les autres des octaèdres blancs opalins, reposant tous sur un de leurs sommets.

M. Despretz a employé d'aulres procédés, mais ce n'est pas ici le lieu de les faire connaître; il nous suffit d'avoir donné une idée de ce nouveau prodige de l'électricité.

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