‹ L'électricité et les chemins de ferChapitre 8 sur 51 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

Ouand on compare les résultais qu'entraîne aujourd'hui le simple énoncé d'un l'ail avec ceux qu'il produisait à une époque non encore trop éloignée, on ne peut qu'admirer les progrès immenses de l'intelligence humaine et la rapidité avec laquelle tonte idée émise porte finit de nos jours. Plus de deux mille ans se sont écoulés entre les observations de Thaïes de Jlilet et la construction des machines perfectionnées de Hamsden et de Van .Marum, et pendant cette longue suite d'années nous ne voyons apparaître qu'à de rares intervalles les importants travaux de Gilbert, Otto de Guericke, Gray, Muschenbroek et Franklin, dont nous avons parlé. A l'époque où nous vivons, chaque année, chaque jour, chaque minute, sont témoins d'une nouvelle révélation, et à peine une découverte est-elle annoncée que déjà elle sert de point d'appui au levier puissant de la science, qui bientôt en cherche d'autres pour poursuivre sa marche dans le progrés.

Par une de ces bizarreries dont la Providence seule a le secret, c'est quand la fiévreuse activité développée dans le monde scientifique par les découvertes de Franklin changeait le cours de la science; quand, abandonnant les investigations sur l'électricité, on s'occupait presque exclusivement de l'étude des phénomènes qui sont les fondements de la chimie moderne; quand, seul, I infatigable Coulomb cherchait à lixer les lois des phénomènes • leetriques, el que celte science semblait condamnée à ne plus voir s'étendre le cercle de ses applications: c'est alors qu'un cas lortuil, étranger en apparence à lout ce qui avait rapport à l'élec-

78 LÈLECTttlCITÉ ET LES CUEMINS DE FEU.

tricité, vint attirer l'attention générale au milieu d une des plus grandes commotions politiques qui aient jamaistroublé l'Europe. Le galvanisme naît en 171)0, l'année même de la mort de Franklin, comme pour rendre un dernier honneur au nom déjà immortel de l'illustre Américain. Celte découverte fait faire à la science un pas gigantesque, et, comme pour la dédommager du veuvage où cette grande mort semblait la laisser, elle lui ouvre une voie nouvelle et féconde.

Un simple hasard, nous l'avons dit, enfanta ce grand événement, et, pour que la loi de la création, qui des plus petites causes fait surgir les plus grands effets, eût son accomplissement dans les progrès de l'intelligence humaine, il suffit d'une circonstance minime pour faire passer à la postérité le nom de (ïalvani : ce fut le fait de préparer des grenouilles pour le bouillon d'une malade sur une table où se trouvait une machine électrique 1 . En effet, une dame de Bologne, qui s'occupait d'expériences sur celte machine, remarqua que les grenouilles placées à un pied de distance du conducteur et touchées avec la pointe du couteau dans la partie supérieure de la cuisse, se contractaient avec des convulsions très-violentes. Ce phénomène lui sembla digne d'être rapporté à son mari, et, en effet, elle en instruisit Galvani. En lui racontant le fait, elle ajouta qu'il lui semblait que ces contractions avaient lieu au moment où les étincelles partaient du conducteur de la machine; et on reproduisit ces effets, à la surprise de tous les assistants.

Si (ïalvani eut été un physicien habile, dit M. Arago, s'il eût élé familiarisé avec les propriétés du fluide électrique, ce phénomène eût à peine été remarqué par lui, car il l'eût attribué à ce que nous connaissons sous le nom de choc en retour. Heureusement il n'était que savant anatornistc, peu au fait de l'électricité, et, frappé de la nouveauté du fait, il voulut lui donner suite, et s'étudia à varier ses expériences de mille manières, au gré de son ardente imagination, soit avec d'autres animaux, soit avec

1 Dan* le (|iialiuMuc volume .l<: ms Découvertes scientifiques M. Figuier combul • elle vei>iuii, adoptée par Alibeit ti\ Arapo.

ÉLECTRICITÉ UYKAMiyUE. GALVANISME. 71)

l'électricité atmosphérique. Enfin, s' acharnant à une recherche, que les physiciens eussent regardée comme fort inutile, il lit une de ces découvertes dont le hasard se plait à récompenser la persévérance du profane qui travaille, plutôt que l'indolente confiance du savant qui s'explique tout trop facilement.

11 remarqua qu'une grenouille préparée à la manière ordinaire, qu'il avait suspendue par un crochet de cuivre à une balustrade de fer de la maison par lui habitée, éprouvait tout à coup de vives contractions. 11 n'y avait plus là ni machine électrique ni choc en retour : les conjectures de la science s'évanouissaient par conséquent, et ce fait devait naturellement surprendre tous les hommes spéciaux. Lélonnement du professeur de Bologne fut alors légitime, ajoute M. Arago, et l'Europe entière s'y associa.

Cal va ni s'aperçut que les contractions n'avaient lieu que quand le vent occasionnait un contact entre le fer de la balustrade et les muscles de l'animal ; et, sans faire attention aux deux métaux différents, il supposa que la manifestation électrique provenait Jes deux courants contraires existant dans les muscles et dans les nerfs, et il lui donna le nom d'électricité animale. 11 considérait les nerfs et les muscles comme les deux armatures d'une bouteille de Leyde ; quant au crochet de cuivre et au fer de la balustrade, ils n'étaient, à ses yeux, qu'un conducteur complexe établissant la communication entre les deux armatures, et opérant la décharge. Un fait le confirmait dans cette croyance, c'est qu'il avait obtenu des contractions en établissant une communication entre les muscles et les nerfs au moyen d'un seul métal; il reconnaissait cependant que l'effet obtenu était beaucoup plus faible que lorsqu'on employait deux métaux différents.

>'ous l'avons dit, toute hypothèse est bonne dès qu'elle donne lieu à de nouvelles découvertes, et, sous ce point de vue, celle de fjalvani fut excellente, car les controverses qu elle suscita et les expériences qui vinrent à leur suite furent d'une grande utilité pour les progrès de la science, et on leur doit des découvertes que n'eût point enfantées peut-être une autre hypothèse plus exacte, mais moins appropriée à cette époque d'innovation et d'enthousiasme fiévreux, où l'on ne prétendait à rien moins qu'à

L LLD.llMUi fc U l.t> UHLMINS Ut FER.

>J»;i-f»U*r k secret de la vie et à le ranger dans le domaine scientifique de 1 humanité.

I>*s phvsiolo-iMes avaient accaparé, pour ainsi dire, la nouvelle électricité sous le nom A' électricité animale ou fluide galvanique; mai- le< physiciens ne tardèrent pas à opposer leurs droits, et prétendirent, d'une manière tout aussi formelle, comprendre les nouveaux phénomènes dans la classe des faits déjà connus de l'électricité ordinaire.

L'un des plus ardents partisans de celte doctrine fut Alexandre Vol ta, professeur de physique à l'université de Pavie, inventeur de plusieurs instruments électriques, et rival de (ialvani pour la salace persévérance fie ses observations. Il obtint les convulsions de la grenouille en interposant deux métaux différents, non pas entre un nerf et un muscle, comme avait fait (ialvani, mais eu les faisant toucher un muscle seulement, et cette expêrienrc ne permit plus la comparaison faite d'abord des nerfs et des muscles avec les deux armatures d une bouteille de Levde. L'électricité négative des muscles et l'électricité positive des nerfs n élaiei.t donc qu'une simple supposition: les faits observés ne ressemblaient à aucun de ceux déjà connus, et se couvraient de nouveau d'un voile épais. >lais Voila voulut dissiper ces ténèbres. A ses yeux, les parties animales ne jouaient que le rôle secondaire de conducteurs établissant la communication entre les métaux, et, an contraire, il attribua à ceux-ci la propriété de mettre en mouvement le fluide électrique qui existait en repos dam chacun d'eux. Comme Franklin, il croyait à l'existence d'une seule électricité, et n'employait jamais ce mot au pluriel. * Je prouve, dit-il, que les métaux et même les bons charbons de bois sont nonseulement les meilleurs conducteurs électriques, mais aussi des excitateurs d'électricité \ un moyen du '-simple contact

J'ai découvert, ajoute-l-il, qu'avec ees métaux ou avec ces char- • bons on peut rompre l'équilibre de la matière et développer une nouvelle électricité. Les métaux et les charbons, émettant par eux-mêmes le fluide électrique et le forçant à passer dans les sur-

1 II le-» iiuitniui plus laid cleciro- moteur»

ÊLECTHICITÉ DYNAMIQUE. tiALVAMSME. 81

laces conductrices qu'il touche, provoquent cette faible quantité d'électricité qui ne peut pus être observée dans les électroinétres ordinaires, même les plus délicatement construits, mais qui suflit pour contracter les fibres nerveuses des muscles, et cela sans frottement, par le simple contact des métaux, pourvu qu'au moyen de l'eau ou de corps imbibes d'humidité ce contact soit convenablement ménagé. »

Quel immense horizon ce principe n'a-t-il pas ouvert aux recherches électriques! Voila cependant devait l'agrandir encore. L'école de Bologne défendait obstinément la théorie de Galvani. Le dernier et Aid ini présentèrent à l'appui un fait qui semblait contredire l'opinion du physicien de Pavie: les contractions musculaires pouvaient s'obtenir sans le concours d'aucun métal, en faisant seulement toucher une des parties de la grenouille aux muscles de la cuisse. Mais cette expérience, loin de décourager Volta, le conduisit à généraliser son principe et à admettre que deux corps différents, quelle que soit leur nature, s'ils sont bons conducteurs, se constituent toujours en deux états électriques contraires par le simple fuit du contact établi entre eux.

La parité observée entre les résultats d'une expérience faite en 1767 par l'Allemand Sulzcr avec l'électricité statique, et ceux d'une autre expérience de Volta avec la nouvelle électricité, vint mettre en évidence l'analogie existant entre les deux électricités, analogie qu'indiquaient déjà les contractions de la grenouille provoquées par le contact des métaux et le choc en retour'. Si l'on place une rondelle de zinc sur la langue et une autre de cuivre dessous, de manière qu'elles débordent un peu, on ne ressentira rien tant que ces rondelles ne seront pas en contact; mais, dès que le contact a lieu, et pendant tout le temps (m il se prolonge, on éprouve une démangeaison sur la langue, de la chaleur et un f!oût de fer très- prononcé. Si l'on change la position des deux rondelles, c'est-à-dire si l'on place le zinc sous la langue et le cuivre dessus, on ressent une impression différente, moins facile à définir, mais semblable à celle que produit le conducteur d'un*; nia-

8t> l/KLfci.TKlUTf: KT LKS CHK.ULNS HE KKK.

chine électrique -chargé d'électricité négative; lequel, au contraire, donne Je <:oùt (le 1er, s'il est chargé d'électricité positive.

dette particularité fournit au savant physicien non-seulement un moyeu de distinguer l'espèce d'électricité dont se chargeaient les métaux par leur mutuel contact, mais aussi, comme nous l avons dit, une preuve de l'analogie existant entre 1 électricité développée par le contact et celle obtenue par le frottement. Les contractions île la grenouille n'étaient donc pas le seul électroscopr commun aux deux électricités; il v avait encore celui de la scnsalion produite à la surface de la langue. Voila, non satisfait en-' core, voulut rendre sensible le nouveau fluide avec des instruments semblables à ceux qui servaient pour 1 ancienne électricité, et il construisit réleelrométre qui porte son nom. Cet électromètre diffère de I éleclroscope de bYnnet en ce (pie les feuilles d'or sont remplacées par deux pailles très-fines et très-légères, et en ce qu'il est pourvu d'un condensateur; c'est cet électromètre que nous avons décrit dans notre premier chapitre, et que représente la ligure 8 : on le nomme électromètre ou condensateur de paille, selon qu'on l'emploie comme simple éleclroscope ou qu'on y ajoute un condensateur.

Au moyen de cet appareil on peut rendre sensible le fluide développé par le contact d'une plaque de zinc avec une plaque de cuivre. L'identité des deux électricités ainsi démontrée, Volta, par une autre expérience, prouva que le fluide développé parle contact des métaux n'était pas dû au frottement, et en tira celte conséquence : que les deux électricités étaient les mêmes, mais qu'elles provenaient d'une source différente.

C était donc un fait évident et des plus importants pour la physique que le nouveau fluide était soumis aux mêmes lois que l'ancien : l'esprit restait confondu devant le nombre de ses applications, et., si l'on avait quelque chose à désirer encore, c'était de trouve;' les moyens d'augmenter ce genre d'électricité. Cela ne larda point : dix ans après la découverte de Calvani, le t20 mars INOI), Volta écrivait de Coine au président de la Société royale de Lombes qu'il avait trouvé le moyeu d'augmenter à volonté le développement de l'électricité galvanique. Va\ effet, plaçant sur

ÉLECTRICITÉ DYNAMIQUE. IÎALV ANISMK. s5

uoc plaque tic verre un disque de cuivre, sur celui-ci un disque «le zinc, sur celui de zinc une rondelle de drap humide; puis un disque de cuivre, un de zinc, une rondelle de drap humide toujours dans le même ordre, et continuant ainsi sans changer le rang où sont placées ces substances, il obtint un appareil qui a reçu le nom de son inventeur, la pile de'Volto, appareil qui, d'après M. Arago, est, par.la singularité de ses effets, l'instrument le plus merveilleux qui soit sorti des mains de l'homme.

Les propriétés de cet appareil sont : 1° de communiquer une charge d'électricité positive à un condensateur si l'on applique celui-ci au dernier disque de zinc après avoir mis le premier disque de cuivre en communication avec la terre; it de communiquer au condensateur une charge d'électricité négative si l'on opère en sens inverse, c'est-à-dire si l'on met le zinc de la partie supérieure en contact avec la terre et si l'on applique le condensateur au disque de cuivre inférieur; ces expériences peuvent être répétées indéfiniment, même quand la pile est montée depuis quelques heures, pourvu que le drap conserve quelque humidité; ô° de produire des effets électriques d'autant plus intenses, que le nombre d'éléments accumulés est plus grand.

On donne le nom de couples ou d'éléments de la pile à chaque paire de disques, l'un en cuivre, l'autre en zinc, qui sont en contact entre deux rondelles de drap. On peut rendre ce contact plus intime en les soudant l'un à l'autre; on peut aussi, au lieu «le /inc et de cuivre, employer deux autres métaux pour former un couple, pourvu qu'ils ne soient pas attaqués de la même manière par l'acide contenu dans le liquide dont le drap est imbibé, circonstance que nous expliquerons plus tard.

U» disque de zinc qui forme Tune des extrémités de la pile et charge le condensateur d'électricité positive a reçu le nom de \wle positif; le disque de cuivre qui termine l'autre extrémité et charge le condensateur d'électricité négative a reçu celui de pôle négatif. Quand les deux disques sont en contact avec des fils métalliques ou conducteurs d'une longueur quelconque, ce sont ces cou ducteurs qui prennent les noms de pôles, rhéophores ou électrodes.

Telles sont les conditions générales d'une pile voltaïque cl les

84 l/ÊLEtJTRIUTÉ KT LES UIKMINS Ht FER.

principales propriétés qu'elle possède. La figure 23 représente la première qui sortit des mains de l'inventeur, et connue aujourd'hui sous la dénomination de pile ù colonne.

Examinons maintenant quelquesuns de ses effets.

Comme l'un des pôles est toujours chargé d'électricité négative et l'autre d'électricité positive, on doit obtenir une étincelle quand on les rapproche à une petite distance : c'est ce qui arrive en effet quand la pile est assez forte, par exemple si elle se compose de vingt ou trente couples.

L'effet de la pile étant continu et persistant pendant plusieurs heures, les étincelles doivent aussi se produire pendant plusieurs heures, et c'est ce qui contirme l'expérience.

La pile de Volta est donc une vraie bouteille de Leyde, ou plutôt une batterie qui a, de plus, la propriété de se charger elle-même, et dans laquelle l'électricité ne s'épuise pas ù chaque décharge, comme dans une batterie ordinaire, pourvu qu'elle soit maintenue dans les conditions indiquées plus haut; la pile doit donc produire, quoique d'une manière différente et avec une intensité qui dépend de la permanence de son action, tous les effets obtenus avec la bouteille de Leyde et les batteries, c'est-à-dire dt^ effets physiologiques, physiques, chimiques et mécaniques.

Parmi les effets physiologiques de la pile à colonne, nous citerons le suivant, comme un des plus remarquables. Si l'on prend dans chaque main un corps métallique légèrement humecté d'eau acidulée, et qu'après avoir mis l'un d'eux en contact avec la partie inférieure de la pile on louche l'extrémité supérieure ou l'un quelconque des disques de zinc intermédiaires, on reçoit une commotion plus ou moins forte qui se renouvelle pendant toute la durée du contact.

Electricité oynamiouk. caly amsmk. h;,

Parmi les effets physiques, ceux do chaleur el <le lumière sont visibles quand, au lieu du corps humain, on emploie d'autres conducteurs au travers desquels s'effectue la neutralisation des fluides, pourvu que ces conducteurs et la pile elle-même réunissent certaines conditions. D'abord la pile doit être suflisamment forte, et, par conséquent, se composer d'un bon nombre de couples; ensuite il faut (pie ceux-ci aient une surface assez étendue.

Quant aux effets calorifiques, il est indispensable que l'électricité passe d'un conducteur de grande section et de très-bonne conductibilité à un autre d'une section moindre et moins bon conducteur: c'est ainsi que lorsqu'on réunit les deux polos ou électrodes de cuivre par un til de fer ou de platine très-mince et court, on le voit rougir et rester dans cet état aussi longtemps que le courant passe, c'est-à-dire pendant que la communication reste établie, à moins que la pile soit tellement forte, qu'elle le fasse fondre ou se volatiliser instantanément. On produit aussi les phénomènes calorifiques en présentant le corps que l'on veut fondre ou volatiliser à l'action d'un charbon interposé daitë le courant, de manière que celui-ci passe à travers le corps et le charbon en produisant l'étincelle ; dans ce cas, le charbon acquiert un degré de température assez élevé pour fondre instantanément le métal mis en contact avec lui.

D'après l'opinion de M. de la Rive, ces effets proviennent de la résistance qu'éprouve l'électricité en passant d'un corps à un autre ou d'une molécule d'un môme corps à la suivante, et le développement de chaleur est d'autant plus considérable, que la quantité d'électricité arrêtée est plus grande. Celte hypothèse est justifiée par plusieurs expériences que la nature de ce travail ne nous permet pas de rapporter ici. Nous recommanderons cependant, avant de terminer ce paragraphe, la lecture d'un mémoire présenté en \HM par M. Favre à l'Académie des sciences, sous le titre de Thermo-Chimie, dans lequel l'auteur démontre que la quantité de chaleur produite par le passage du courant vol laïque dans les conducteurs métalliques est rigoureusement complémentaire de celle qui est consommée par les couples d'une pile, et qui formerait une quantité égale à la chaleur totale cor-

«fi 1/ KUj.TIî MUTÉ ET LES CHEMINS HE FER.

re-pondant aux réactions chimiques qui y onl lieu si la transmission électrique se faisant sans aucune résistance dans les conducteurs.

Les ellets lumineux exigent que le courant soit interrompu à de très-pot i|< intervalles, et, si on veut leur donner une grande intensité, le courant devra traverser deux charbons séparés aussi par une distance excessivement courte : la lumière alors peut so produire dans l'eau, dans le vide ou dans l'air, ce qui prouve qu'elle ne résulte pas d'une combustion et que son éclat est dii à ce que dans la flamme, — si Ton peut ainsi nommer ce que les physiciens désignent par arc voltaxque, — sont interposées el ehaulTées au rouge blanc les particules de charbon entraînées par le courant.

L'étincelle du courant électrique diffère de celle produite par I électricité statique en ce qu'elle ne part pas à distance, mais au moment même du contact ; et elle est encore plus sensible quand le contact cesse, c'est-à-dire quand on interrompt le courant en ouvfant le circuit. Cette circonstance, qui est fort remarquable, vient sans doute du peu de tension de l'électricité voltaîque.

Nous dirons, en terminant nos observations sur les clîets physiques de la pile, que des essais récents ont démontré que les pôles positif et négatif n'agissent pas de la même manière par rapport à la chaleur et à la lumière produites par le courant. La lumière apparaît d'abord sur l'un d'eux, tandis que la chaleur se manifeste sur l'autre.

Quoique les effets physiques de la pile de Volta n'aient point encore été autant appliqués que les effets chimiques, ils sont appelés à jouer un grand rôle dans les arts et dans l'industrie. Comme nous le verrons dans un autre chapitre, ils sont applicables à l'inflammation immédiate des substances explosibles, el pourront peut-être servir de base à un système de signaux destinés à prévenir les accidents dans une foule de circonstances on les moyens actuels seraient impuissants même à signaler le danger. Quant au problème de l'éclairage électrique, s'il n'est pas encore entièrement résolu, il est bien près de l'être, el on en a déjà retiré de grands services.

ÉLECTRICITÉ DYNAMIQUE. CALVANISMK. 87

I/CS effets chimiques ont été, pendant un demi-siècle, les seuls employés dans les arts et dans l'industrie, et, bien qu'ils soieul encore les plus importants parmi ceux de la pile, nous ne nous arrêterons pas à en faire rénumération, ce qui serait une tâche trop longue, car ils embrassent presque tous les phénomènes de la chimie ; cependant, comme, pendant une longue période, l'histoire de l'électricité est pleine de découvertes faites dans l'électroiliimie, nous ne pouvons nous dispense]- de citer celles qui font t'poqueet qui ont immortalisé leurs auteurs.

Le prenne!' et le plus remarquable parmi les effets chimiques «le la pile fut découvert, le 5l) avril 1800, par Carlisle et Nicholson, peu de jours après que fut communiquée au public la lettre deYoltaau président de la Société royale de Londres \ voij. p. Sw2), pendant que cet homme illustre constatait l'identité du fluide galvanique avec le fluide développé par la machine électrique à frottement, et étudiait les phénomènes qu'il était parvenu à rendre plus évidents au moyen de la multiplication du couple qui avait servi de point de départ à ses observations.

Les deux chimistes anglais construisirent, pour répéter les expériences indiquées par Voila sur la conductibilité des liquides, une pile composée de dix-sept pièces de monnaie et d'autant de disques de zinc et de carton humecté. On ne sail pas de quel liquide étaient imbibés ces curions, mais ce qui est certain, c'est qu'avec cette pile ils obtinrent des secousses très-sensibles, et qu'après quelques essais ils perçurent une odeur d'hydrogène très-prononcée. Cette odeur suggéra à Nicholson l'heureuse idée défaire passer le courant électrique par un tube rempli d'eau, en se servant de deux fils métalliques placés à une très-petite distance l'un de l'autre. Les expérimentateurs ne tardèrent pas à \<>ir apparaître dans le tube une longue traînée de bulles excessivement fines qui semblaient sortir du bout de lil métallique communiquant avec l'extrémité urtjent, c'est-à-dire avec, le pôle "éijatif, tandis que le bout opj osé, en contact avec le zinc, ou pôle positif, s'oxydait d'une manière visible. Ku transposant les Ixmtsdu conducteur métallique, c'est-à-dire en incitant eu comniunicntion avec le pèle positif celui qui produisait 'les bulles, et

avec le pôle négatif celui qui s'oxydait, le phénomène devenait inverse : le premier des bouts s'oxydait, et le second laissait échapper la traînée de bulles. Le gaz produit, ayant été mélange avec quantité égale d'air atmosphérique, lit explosion au contact delà flamme. C'était donc de l'hydrogène, et Carliste et Nicholson se convainquirent avec surprise qu'ils étaient parvenus à décomposer l'eau pour la première fois ; car Cavendish avait bien réussi à la composer avec de l'hydrogène et de l'oxygène; mais tous ses efforts pour en séparer les éléments avaient été vains.

Nicholson continua seul ces essais, et, voulant se rendre compte de ce qui résulterait de l'emploi de lils conducteurs inoxydables, il substitua le platine au cuivre, et se servit de l'appareil représenté par la ligure c24, auquel on a donné le nom de voltamètre.

11 se compose d'un verre b, dont le fond est traversé par deux lils dcplaline ff qui ne doivent pas se toucher et couverts par les cloches en verre o et /t, remplies de liquide. Ayant établi la communication entre les fils du voltamètre et les pôles de la pile, if remarqua qu'aucun des fils ne s'oxydait, mais qu'il partait de chacun d eux une traînée de bulles. Il songea alors à recueillir les gaz dans des cloches séparées, et il put se convaincre qu'un des gaz était de l'hydrogène et l'autre de l'oxygène, avec cette circonstance remarquable que l'hydrogène occupait un espace double de celui de l'oxygène.

Deux atomes d'hydrogène à l'un des pôles et un atome d'oxy gène à l'autre I c'est là un phénomène bien singulier, disent les auteurs, car, dans les décompositions ordinaires, les éléments se séparent, mais ils ne s'éloignent pas les uns des autres, tandis qu'ici il y a à la fois séparation et transport des éléments séparés. Plus tard, quand nous parlerons de la manière dont se développe l'électricité voltaïque et quand nous aurons exposé la théo-

Fig. 21.

kw:<:trh;itk dv.namioi i:. <;alvanismk. 80

rie de la pile, nous donnerons l'explication, faite par Grothus et acceptée par les physiciens, de ce phénomène et de toutes les décompositions chimiques produites par le courant ; car, ainsi que nous Talions voir, la pile ne décompose pas seulement l'eau, mais tous les corps composés résistant à d'autres agents chimiques. L'oxygène et les acides en général se portent toujours à la cloche qui couvre l'électrode positif, et l'hydrogène et la plupart des oxydes ou bases salilîablcs à l'électrode négatif.

Les physiciens ont donné le nom iVéleclrolyte au corps dont les éléments sont décomposés par le courant de la pile; on a fait ensuite dériver de ce nom ceux à'électrolysation et de phénomènes électrolytigues pour signifier la décomposition au moyen de l'électricité, et les phénomènes relatifs à cette décomposition.

Cruikshanck en Angleterre et Ritter en Allemagne renouvelèrent en môme temps les expériences de Nicholson, et ils obtinrent non-seulement le transport des éléments gazeux, mais aussi celui des solides; en effet, des fils de cuivre ou d'argent étant employés, ces corps se présentaient à l'état métallique au prtle négatif, quand on avait le soin d'acidifier l'eau de manière qu'elle en put dissoudre une partie.

Presque à la même époque, Davy, entrant dans la carrière, fit une révolution complète dans la science, et enrichit la chimie de nouvelles découvertes. « En poursuivant mes expériences sur le galvanisme pendant ces deux derniers mois, écrivait-il de Bristol le 20 octobre 1800, j'ai obtenu un succès plus grand que je ne l'espérais. Parmi les faits nouveaux, quelques-uns me donnent l'espoir que je pourrai soulever le voile qui couvre les actes de la

nature Je me suis convaincu, par de nombreuses observations*

fie le galvanisme est un procédé purement chimique, et dépend complètement de loxydation des surfaces métalliques qui ont un degré différent de conductibilité électrique.

Voici encore une autre théorie tout à fait nouvelle de l'électricité découverte par (ïalvani, théorie qui, dans ces derniers temps, a même prévalu sur celle de Volta, mais qui est loin encore d'avoir entièrement triomphé, comme nous le verrons bientôt.

90 L'ËLKCTKICITÊ ET LKS CHK.MINS 11 K FER.

Davv continuel à enrichir de ses découvertes Yèlectro-chimie (nom par lequel il définit l'union des deux sciences dans le dis- 4 nui-s qu'il prononça à la Société royale de Londres le *20 novembre 1800). En novembre 1801, il annonça la combustion de l'argent, de l'or et du platine, et le l'ait non moins important de la construction d'une pile galvanique, sans Finterrention de substances métalliques, avec dix morceaux de charbon bien brûlés, de l'acide nitrique et de l'eau disposés alternativement dans des verres ordinaires. 11 justifiait ainsi ce qu'il avait déclaré dès le 8 juin 1801 : qu'il pourrait construire une pile avec un seul mêlai entre deux liquides différents, pourvu que l'oxydation n'eût lieu (pie sur une des surfaces du métal.

\\ nllaston présenta aussi un mémoire tendant à prouver que l'oxydation du métal était la cause première des phénomènes vollaïques, et il confirma les travaux de Volta relativement à l i dentitê de l'ancienne et de la nouvelle électricité. 11 parvint :i décomposer l'eau au moyen de l'électricité ordinaire, et voulut même attribuer le lluide développé par le frottement dans In machine électrique à une oxydation de l'amalgame dont il est nécessaire d'enduire les coussins trotteurs.

De même que Wollastoi) crut pouvoir supposer qu'il y avait oxydation chaque fois qu'il y avait dégagement d'électricité, nV même Hitler crut pouvoir conclure de là qu'il y avait dégagement d'électricité chaque fois qu il y avait oxydation. Là-dessus, les chimistes multiplient leurs expériences avec la pile vollaïqiie, et opèrent des merveilles, au nombre desquelles il faut mettre en première ligne la décomposition de la potasse et de U sonde par Davy, en 1807, qui conduisit à la connaissance de deux nouveaux métaux, le potassium et le sodium, et la décomposition de la baryte et de la chaux, obtenue, en 1808, par lîerzelius, qui confirma ainsi ce qu'avait avancé auparavant Lavoisier, qui attribuait l'indifférence des terres pour l'oxygène à une complète saturation de ce corps.

Pendant le cours de ces expériences, la pile reçut dans sa forme d'imjmrtantes modifications, rendues indispensables par une cause toute naturelle : comme l'on voulait augmenter les

fiLKCTIUUTfi DYNAMIUUK. (JALVAMSMK. 01

eflets de la pile, on augmenta en proportion le nombre des couples, mais l'on fui arrêté par un grave inconvénient : les rondelles de drap ou de carton, comprimées par le poids îles disques métalliques, ne s'imbibaient plus d une quantité suffisante de liquide ou le laissaient s'échapper en coulant tout le long de l'appareil, ce qui contrariait ses effets. Nicholson, le premier, eut ridée de diviser la colonne en tronçons communiquant entre eux ; mais cela ne suffit pas, et l'on imagina de placer la colonne horizontalement dans une longue boite calfeutrée avec un mastic isolant. Cruikshanck inventa un autre système qui permettait de supprimer les rondelles de drap, et où les couples, séparés entre eux, formaient dans une auge plusieurs subdivisions dont les intervalles étaient remplis avec le liquide dont on imbibait auparavant les rondelles de drap dans la pile à colonne. Celte nouvelle forme lit changer le nom de l'appareil, qui reçut celui de pile ù auge ou auge voltaique. Celle-ci subit encore d'autres modifications partielles, soit dans la matière de l'auge, soit dans la forme «les disques, soit enfin dans la manière de placer les disques dans l auge, modifications qui contribuèrent beaucoup aux progrès de la chimie, car non-seulement elles facilitaient le mode d'opérer, mais elles permettaient d'obtenir une plus grande puissance électrique.

En même temps qu'on cherchait à multiplier le nombre des couples, on fit aussi l'essai de disques de plus grande dimension: et, au mois de juin 1801 , Fourcroy, Vauquelin, Hachette et Théunnl formèrent une pile avec des disques métalliques d'un pied rarré. v Les commotions et la décomposition de l'eau, dit le Jouruni de Physique de messidor an IX, eurent lieu de la même manière qu'avec un nombre égal de plaques plus petites; mais la cornbuslion des fils métalliques interposés entre les deux pùles ^'opérait instantanément avec une violence extraordinaire, cl, si t'«»n immergeait ces fils dans du gaz oxygène, ils s'enflammaient (in produisant un éclat très-vif. »

fie fait important, qui s'est constamment renouvelé dans les nombreuses expériences faites depuis, permet d'établir d'une façon certaine les deux principes suivants :

:*-2 f.'LLKt:TRh:iTK ET LES C II E >! I > S DE FER.

r On peut accroître la force d'une pile de deux manières : en :ii:iMiidis^ant la surface des corps sur lesquels ont lieu les réactions rhimiqu *s. ou en multipliant le nombre de petites piles ou couple^ qu'on appelle éléments; mais 1 effet n'est pas le même dans le* deux cas : dans le premier, la quantité d'électricité produite ( ht considérable, mais on a besoin de conducteurs à grande section; dans le second, l'électricité acquiert une tension qui la rend susceptible d'agir plus énergiquement à d énormes distances avec un conducteur de petit diamètre.

2* h une pile composée de plusieurs petits éléments, on peut faire une pile à un seul élément de grande surface, ou une pile à plusieurs éléments différents des premiers. Il suffît, pour le premier cas, de réunir tous les pôles de même nom des divers éléments et d'en former deux groupes ; pour le second, on réunit les couples par des pôles différents les uns après les autres. Il est inutile d'ajouter que si l'on veut avoir une pile de plusieurs éléments, mais en plus petit nombre et d une surface plus étendue que celle des premiers, il n'y a qu'à faire îles groupes partiels d'éléments réunis par les pôles de même nom et à réunir ensuite ces groupes entre eux par les pôles différents.

Les travaux de Davv ne laissèrent aucune ombre sur les faits que nous venons de citer, et les expériences de Cbildren, en 1808, les confirmèrent de telle sorte, qu'on put en faire une des lois de l'électricité dynamique, loi qu'on peut énoncer ainsi : Dans la pile, la tkssion de l électricité s'accroît avec le nombre des éléments, et la quantité avec la grandeur des couples qui composent celte pile.

Quoique les expériences dont nous avons parlé et qui ont conduit à cette loi soient assez explicites pour faire comprendre ce qu'on entend par tension et par quantité dans l'électricité voltaïque, nous ajouterons cependant quelques mots pour jeter encore plus de jour a ce sujet.

Lorsque deux circuits opposent une égale résistance au passage de l'électricité et que le rhéoinètre (appareil qui sert à mesurer les courants électriques) marque un nombre de degrés pins grand dans l'un que dans l'autre , on dit que le courant a plus

ÉLECTIUCITÉ DYNAMIUl'K. G.UVANISMK. 95

<Y intensité dans le premier que dans le second, ou qu'il est supérieur on quantité; et, quand deux couranls traversent deux circuits diftërenls et marquent le même degré au rhéomètre, celui qui ii traversé le circuit le plus résistant est celui qui ofl're le plus de tension : en d'autres termes, la tension, dans une pile, est la tendance qu'a l'électricité accumulée dans les pôles à se dégager et à vaincre les obstacles qui s'opposent à son essor; et [intensité est la quantité de fluide dont le rhéomètre indique le nombre de degrés plus ou moins considérable.

Les effets chimiques de la pile ne se bornent pas â la décomposition des corps ; quelquefois aussi on en obtient des combinaisons, comme le démontre le phénomène observé par Seebeck en 1808. Que l'on verse quelques gouttes de mercure dans une cavité pratiquée dans un morceau d'hydrochlorate d'ammoniaque et (pi on conduise le courant électrique de manière que le pôle négatif pénètre dans le mercure, enverra celui-ci s'augmenter graduellement, s'épanouir en forme de champignon, prendre de la consistance et parvenir à un volume cinq ou six fois plus grand; en un mot, il se forme un amalgame; puis, si l'on interrompt le courant, le champignon diminue peu à peu, l'hydrogène et l'ammoniaque se dégagent, le mercure revient à l'état liquide, et l'amalgame disparait.

Parmi les e/fets mécaniques de la pile, nous mentionnerons les mouvements remarquables imprimés au mercure par le courant, cl qui ont été observés par Erman en 1808 et plus tard parHerschelct Davy. Nous citerons aussi les expériences de Porret en l8lli : il divisait un vase avec un diaphragme vertical en peau ou papier imperméable; il remplissait d'eau l'un des compartiments cl en versait seulement quolques gouttes dans l'autre; puis, in- Iroduisanl le rhéophore positif dans le premier et le négatif dans le second, il observa qu'excepté la petite quantité d'eau décomposée, le liquide traversait la paroi verticale cl prenait le môme niveau dans les deux compartiments au bout d'une demi-heure; cl qu'enfin ce niveau devenait plus élevé dans le compartiment négatifquc dans le positif. Il remarqua, en outre, que la nature du liquide n'avait aucune influence sur les résultats, et que l'as-

96 l/ELECTIUCITÊ ET LES CHEMINS oE F EH.

A l'appui de leur opinion et afin de prouver qu'il existe entre le cuivre et le zinc de deux plaques qui se louchent une force électro-motrice capable de développer r électricité jK>sîtive dans l'une et négative dans l'autre, Volta et ses partisans employèrent le condensateur à pailles (tig. 8>. Après l avoir mis dans sou état naturel, ils établissaient, au moyen de la main, la communication entre le plateau supérieur et la terre, et louchaient en même temps avec une plaque de zinc le plateau inférieur du condensateur : un instant suffisait, puis on interrompait les communications, on levait le plateau supérieur, et on pouvait observer une divergence sensible entre les pailles de l'élecli oscope.

Les preuves tirées de celte expérience ont été contestées par les partisans de la réaction chimique, qui prétendaient que, pour rendre sensible l'électricité dans le condensateur, il était indispensable d'avoir humides les doigts avec lesquels on établit la communication entre le plateau supérieur et la terre, et de mouiller aessi la main avec laquelle on prend la plaque de zinc louchant le plateau inférieur; et ils attribuaient le développement de l'électricité à l'action chimique qui se produisait entre le zinc et le liquide humectant les doigts.

(In invoque l'expérience suivante contre la théorie de Volta: si, adaptant deux [ils d'or ou de platine aux extrémités des iih d'un rkeomètre, on les introduit dans un verre rempli d'acide azotique pur, on n'aperçoit aucun phénomène électrique, parée que cet acide n'attaque ni for ni le platine; mais, si l'on ver* une seule goutte d'acide hydrochlorique, une action chimique >e produit, et il y a à l'instant même développement d'électricité. A celte dernière expérience on oppose celle-ci : quand on met en contact dans une atmosphère d'hydrogène ou dans le vide deux plaques de métaux différents pourvues de manches isolants, on remarque des signes d'électricité qu'on ne peut attribuer à une action chimique.

Ces expériences et un grand nombre d'autres aussi contradie loires ne suffisent point, à notre avis, pour donner raison à l'un ou à l'autre des opposants, car, si elles étaient concluantes, chacun devrait abandonner la prétention d'expliquer l'origine d"

l'électricité de la pile. Pendant près de trente ans la théorie de Volta a été admise presque sans conteste ; mais, dans ces vingt dernières aimées, au contraire, celle des réactions chimiques a semblé prendre le dessus> et a été soutenue par plusieurs savants, entre autres, Becquerel, de la Rive et Pouillet. Cependant Berzèlius et Ampère ont maintenu celle du contact d une manière qui fait honneur à leur génie.

La magnifique théorie électro-chimique du premier, qui a été modifiée plus tard par le secend, suffirait à faire adopter une opinion qui, sans être en contradiction avec aucun des faits observés, est sans doute plus philosophique que celle qui considère les réactions chimiques comme cause première. Voici quelques passages de la théorie, expliquée par Ampère au Collège de France :

« Si nous admettons que les particules des corps soient naturellement dans un état électrique permanent, il résulte de l'ensemble de faits observés que nous devons regarder comme électronégatifs, c'est-à-dire comme renfermant par leur nature une quantité plus ou moins grande d'électricité négative, tous les corps qui, dans les décompositions chimiques par la pile, se portent habituellement au pôle positif, comme s'ils avaient de 1 affinité pour l'électricité positive, tandis que nous regarderons comme électro-positifs ceux qui se portent de préférence au pùle négatif.

« Mais, si les particules des corps sont naturellement dans un état électrique, on peut se demander pourquoi ils ne donnent eux-mêmes aucun signe d'électricité. Il est facile de répondre. En effet, les particules des corps se sont trouvées en contact avec des corps plus ou moins conducteurs, puisque aucun corps n'est complètement dépourvu de la faculté conductrice avec le temps : elles ont agi par influence pour attirer l'électricité de nom contraire à la leur, cl pour repousser l'électricité de môme nom ; par ce moyen elles se sont formées comme une petite atmosphère électrique qui, à toute distance sensible, dissimule leur électricité propre : elles peuvent être assimilées ù des petites bouteilles de Uyde. »

98 L'ÉLECTRICITÉ ET LES CUEMINS Dfi FER.

Tel est l'état naturel qu'Ampère attribue aux corps; et, dans la même séance où il prononça les paroles que nous avons reproduites ci-dessus, analysant ce qui se passe dans un corps, d'après cette hypothèse, qu'il soit électro-positif ou électronégatif, il démontra qu'on n'y découvrait rien d'incompatible avec ce qu'on avait observé sur le mouvement ou la transmission de l'électricité dans les corps conducteurs, avec la manière dont l'étincelle se produit, ni avec aucune des notions générales admises. Allant plus loin, Ampère s'attacha à prouver que les conséquences de la théorie électro-chimique sont d'accord avec les enseignements de l'expérience, et qu'on explique parfaitement, avec cette théorie, la décomposition et la combinaison des corps par la pile, en un mot, que c'est la force électro-motrice qui y agit.

Personne n'a résumé la question qui nous occupe d'une manière aussi claire que M. l'abbé Moigno, dans son excellent Traité de télégraphie électrique; et, comme nous arriverions difficilement à être aussi lucide et aussi complet que lui, nous préférons le laisser parler lui-môme.

« Tliéorie de la pile. — Cette théorie a été, dans ces derniers temps, l'objet de tant de controverses, de tant d'expériences, de tant de dissertations à perte de vue, qu'on aurait dû, ce semble, l'éclairer de quelque jour ; mais les expériences se contredisent, les dissertations se combattent, et la lumière n'est pas faite.

« Je vais poser nettement le problème et indiquer la solution qui est pour moi l'expression de la vérité et des faits. Dans la pile il y a et une action chimique, et de l'électricité produite, et un courant établi. D'où naît cette électricité, et comment s'établit le courant ? L'électricité est-elle le produit de l'action chimique, ou l'action chimique est-elle le produit de l'électricité? Partisan convaincu de la théorie électro-chimique et ne concevant les combinaisons et décompositions que sous 1" intervention des électricités propres ou accidentelles des molécules, nous ne balancerons pas un instant, et nous admettrons comme fait théorique et pratique à la fois : 1° que l'électricité de la pile est anté-

Heure à l'action' chimique, ou que l'électricité de la pile est la cause, et l'action chimique l'effet ; 2° que l'électricité de la pile nait au contact des deux éléments positif et négatif du zinc et du cuivre, du cuivre et de l'amalgame du zinc, du zinc et du platine, du zinc et du charbon, etc., de l'hydrogène et de l'oxygène dans la pile à gaz de M. Grove. La théorie du contact est donc celle que nous adoptons. Les expériences que je vais décrire ne laissent dans mon esprit place à aucun doute ; en les rappelant, j'aurais l'occasion de faire revivre un excellent appareil, le duplicateur de l'électricité, décrit il y a bien longtemps dans les Tableaux de physique de Barruel : on ne l'a pas seulement oublié, on a osé lui substituer des instruments beaucoup plus imparfaits, par exemple, l'électromètre condensateur à trois plateaux.

« Le duplicateur de l'électricité (fig. 25) se compose d'un condensateur et demi. E est un électro-

scope condensateur à feuilles d'or; l) est un demi-condensateur, simplement formé d'un disque de cuivre semblable au plateau supérieur du premier condensateur, et porté sur une tige isolante de verre. Voici pur quelle manipulation «n transforme cet ensemble en duplicateur de l'électricité : on touche le boulon B du condensateur avec le corps

dont on veut éprouver l'électricité, en Fi8- 25-

même temps que l'on fait communiquer le plateau supérieur. S avec le sol ; on a, de cette manière, en admettant quele corps fût électrisé positivement -+- 1 sur le plateau inférieur Y ou collecteur, H — 1 sur le plateau supérieur S; on porte alors ce plateau supérieur sur le demi-condensateur F, en môme temps que par-dessous on fait communiquer T avec le sol; on a par là même h- 1 sur le plateau inférieur Y\ — 1 sur le plateau supérieurs. Si Maintenant , par un til conducteur isolé, on met le collecteur y du condensateur E eu communication avec le plateau inférieur Y', en môme temps «]ue le plateau supérieur S communique avec le sol, on aura sur Y' 4-2 d'électricité positive, — 2 Sur le plateau supérieurs, et 0

sur le plateau Y. On porte de nouveau le plateau S sur le collecteur y, en même temps que le collecteur communique avec le sol ; on a 2 sur Y} — 2 sur S, et, en faisant communiquer } ' avec Y par un arc conducteur isolé, pendant que S communiquera avec le sol, on aura -+- 4 sur F, — 4 sur S; la quantité primitive d'électricité, doublée dans un premier transport, et quadruplée par un second, deviendra H par un troisième, 10 par un quatrième, etc.; elle croîtra donc dans une proportion énorme. Ce n'est pas une progression arithmétique, où l'unité ajoute à l'unité, comme dans le condensateur à trois plateaux, mais une progression géométrique dont la raison est 2. Cela posé, en opérant avec un instrument semblable dont les plateaux étaient dorés, et ayant soin de ne les toucher qu'avec des fils d'or pour les faire communiquer soit entre eux, soit avec le sol, de manière à exclure toute action chimique, nous avons mis en évidence l'électricité née au simple contact des métaux. Quand nous avons touché le bouton B avec un fil de platine électro-négatif par rapport à l'or, l'électroscope, après trois ou quatre transports, manifestait une quantité considérable d'électricité positive. Les deux feuilles d'or ou les deux pailles s'écartaient violemment, et l'on constatait, à l'aide d'un bâton de résine, qu'elles étaient électrisées positivement. Quand, au contraire, j'avais touché avec du cuivre, l'électroscope montrait de l'électricité négative, etc.

« Dans ces expériences souvent multipliées, les phénomènes s'accordaient parfaitement bien avec la théorie électro-chimique, l'ordre établi par Ampère entre les métaux était toujours conservé ; l'électricité recueillie, sans cesse doublée, était toujours ce qu'elle devait être. Il faudrait avoir l'esprit par trop prévenu, ou cesser d'être de bonne foi, pour hésiter encore quand on a répété ces expériences, et ne pas admettre le principe fondamental énoncé par Volta, que le contact des corps fait naître une rupture d'équilibre électrique et dégage de l'électricité. Du reste, quoi de plus naturel que ce principe ; il est si simple en luimême, si évident à priori, qu'il a à peine besoin de démonstration.

« L'électricité naît donc au contact des métaux, et en elle réside

la source de l'action chimique qui naît plus tard. Cette action chimique, quel rôle joue-t-elle à son tour dans la pile? Pour le mieux expliquer, concevons que les deux pôles de la pile sont en contact avec deux électrodes en platine plongeant dans le vase du voltamètre ou appareil pour la décomposition de l'eau. L'électricité née au contact des métaux arrive au sommet des électrodes, la molécule positive d'un côté, la molécule négative de l'autre ; si ces deux électricités n'avaient pas de débouché, l'action électro-motrice cesserait ; mais ces deux électricités, en agissant sur les molécules d'eau qui les séparent, attirent l'une l'oxygène, l'autre l'hydrogène : la décomposition est effectuée ; les deux molécules gazeuses sont à l'état naissant, elles ont besoin de si» former une atmosphère. La molécule d'oxygène attirée par le pôle positif décharge donc l'électrode positif pour constituer son atmosphère électro-positive ; la molécule d'hydrogène qui va au pôle négatif décharge l'électrode négatif pour constituer son atmosphère électro-négative, et par là même il y a place à une nouvelle arrivée d'électricité positive et négative : la force électromotrice née au contact des métaux fonctionne de nouveau, et il se dégage une nouvelle quantité d'électricité qui se rend aux électrodes et est de nouveau enlevée par de nouvelles molécules d'oxygène et d'hydrogène, etc., etc.

« Voilà le véritable rôle de l'action chimique née de l'électricité produite au contact : elle donne une issue à cette électricité, et permet au dégagement de se continuer, au courant de s'établir. La source d'électricité au contact est indéfinie, mais le dégagement ou l'intensité du couYant seront proportionnels à l'écoulement à l'issue ouverte, à l'action chimique en un mot. >Tous ne comprenons pas et nous ne concevons pas qu'on puisse comprendre autrement la théorie de la pile. L'action chimique fait dans ce cas ce que fait la terre dans les circuits télégraphiques, elle dissimule les électricités condensées aux pôles, et rend possible un dégagement subséquent. »

Pour se rendre compte de la distribution de l'électricité dans la pile, c'est-à-dire de l'accumulation de force électro-motrice qui y a lieu quand on ajoute de nouveaux couples à ceux qui

existaient déjà, Volta et ses partisans, fidèles à la théorie du contact, — d'après laquelle l'un des corps est constitué en un état électro-positif et l'autre en un état électro-négatif, au môme degré tous deux, — supposent que dans un nombre quelconque d'éléments, composés chacun de deux plaques superposées, l une en cuivre et l'autre en zinc, dans chaque couple isolément le zinc fournira une quantité d'électricité représentée par -h 1 ey et le cuivre une autre égale à — l e (e étant la quantité d'électricité développée par le contact), et qu'il y aura entre l'état électrique de l'un et de l'autre métal une différence égale à %e; si ensuite on fait communiquer le cuivre avec le sol dans le premier couple, son électricité sera 0, et celle du zinc -h 2 e.

En plaçant d'autres couples sur les premiers, de manière que le cuivre soit toujours en dessous, et en séparant chaque couple par une rondelle de drap humide qui empêche le contact, mais laisse passer l'électricité d'un couple à l'autre, en un mot, en formant la pile à colonne, on obtiendra le résultat suivant : le cuivre du second élément aura, au lieu de 0, le môme état électrique 2*\ que lui transmettra le zinc du premier couple, et le zinc du second aura alors -h 4e, en vertu de la nouvelle force électro -motrice égale à 2 e développée par le contact avec le cuivre de son élément; Ae sera aussi l'état électrique du cuivre du troisième couple, dont le zinc aura -+-i\e; l'augmentation suivra constamment la même proportion, car entre l'état électrique du zinc et du cuivre de chaque couple il y aura toujours une différence égale à 2 e> due à la nouvelle force électro-motrice développée, et dans chaque cuivre s accumulera l'électricité que lui communique le couple précédent.

Dans le cas dont nous venons de parler, la pile n'est chargée que d'électricité positive, augmentant de la partie inférieure vers la supérieure ; elle ne serait chargée que d'électricité négative si l'on renversait les couples, c'est-à-dire si le zinc occupait le dessous dans chacun d'eux. Quand les deux extrémités ou pôles de la pile sont isolés, la distribution de l'électricité n'est plus la même : chaque moitié de la pile se trouve chargée d'électricité difféiente : l une positive et l'autre négative, en quantités faciles

ÉLECTRICITÉ DYNAMIQUE. GALVANISME. m

à calculer d'après les données ci-dessus ; il va sans dire que la somme des électricités libres prises avec leur signe doit être égale à 0, car il n'v a rien de transmis au sol.

Les observations directes de Volta d'abord, et, plus tard, de Coulomb et Biot, confirment assez bien dans la pratique les déductions de la théorie ; mais tout cela est insuffisant pour convaincre les partisans de la préexistence de l'action chimique : en effet, leur hypothèse envisage de la môme manière l'accumulation des forces électro-motrices des différents couples d'une pile ; sous ce rapport, ils sont parfaitement d'accord, et ils appliquent le même calcul pour obtenir le maximum de tension accumulée.

En admettant exclusivement les actions chimiques comme ciuse du dégagement d'électricité dans la pile, M. de la Rive aJopte la théorie suivante sur son intensité (Canot) : dans une pile à auges AB (fig. 36), formée de couples de zinc et de cuivre

Fig. 20.

dont les intervalles sont remplis d'acide sulfurique étendu d'eau, l'acide de chaque auge attaque le zinc, mais reste sans action sur le cuivre à la température ordinaire : il y a donc dans toute la pile dégagement d'électricité positive dans le liquide et d'électricité négative sur le zinc de chaque couple. Or, dans l'auge °ù le liquide est en même temps en contact avec un zinc et un cuivre, l'électricité positive du liquide se recompose incessamment avec l'électricité contraire du groupe zc; de même dans 1 auge d le fluide positif du liquide se combine avec le fluide né-

gatif du couple z'c', et ainsi de suite dans toute la pile, en sorte qu'il n'y a que les électricités des auges extrêmes a et h qui, ne pouvant s'unir à celles des auges voisines, restent libres. Il est facile alors de voir que c'est a qui est électrisé positivement par l'action de son acide sur le zinc s, et /* négativement par l'électricité que lui communique l'élément d'z".

M. de la Rive démontre ainsi que les éléments interpolaires donnent toujours du fluide neutre, et que, si l'on réunit les pôles par un circuit métallique, celui-ci n'est jamais traversé que par l'électricité développée par un couple. Quant à la tension de l'électricité dans les pôles, on peut aisément prouver qu'elle augmente avec le nombre des couples, non-seulement en raison de l'hypothèse sus-énoncée, mais aussi parce que M. de la Rive a découvert que la conductibilité d'une masse liquide interrompue par des diaphragmes métalliques est en raison inverse de leur nombre 1 ; il s'ensuit que plus le nombre de couples interpolaires est considérable, plus grande est la résistance qu'éprouve l'électricité à se recomposer à travers la pile môme, et, par conséquent, plus la tension des pôles est forte.

Des observations de M. de la Rive on peut tirer deux conséquences : la première, c'est que, dans les éléments interpolaires, la tension va en décroissant des pôles au centre de la pile, car, d'un côté, la résistance opposée par elle à 4a recomposition est de plus en plus faible, et, de l'autre, en appliquant le calcul mentionné page 102 au cas où les deux pôles sont isolés et où chaque moitié se trouve chargée d'une électricité contraire à partir du .entre, plus les couples seront rapprochés de ce centre, et moindre sera le coefficient d e qui leur correspond; il doit être zéro au centre môme, et c'est ce qui a lieu en effet.

La seconde conséquence est que, la résistance à la recomposition de l'électricité par la pile môme étant augmentée par un liquide moins bon conducteur, la tension se trouvera aussi augmentée ; mais, comme en môme temps un liquide bon conducteur fait dégager plus d'électricité, la tension reste toujours la môme, quoique la résistance soit moindre.

1 Voyez plus loin chap. vi.

Il serait donc d'une extrême importance de trouver des combinaisons voltaïques dont les forces électro-motrices et les résistances fussent telles, qu'un seul couple, ou du moins un polit nombre, pût produire le même elîet que plusieurs; c'est ce qui a lieu avec la combinaison d'amalgame de potassium, de l'acide suifuriqne étendu et du peroxyde de plomb, qui, d'après Whealslone, présente la même force électro-motrice qu'une série de cinq éléments d'amalgame de zinc, d'acide sulfurique étendu et de cuivre; malheureusement cette combinaison est d'un prix de revient trop élevé, et l'on préfère s'en tenir à l'ancienne.

Pour en finir avec ce que nous nous étions proposé de dire sur la théorie de la pile, nous citerons celle qu'a émise Schœnbein, à laquelle se rangent Faraday et M. de la Ilive ; elle prouve, conformément à notre opinion, combien peu diffèrent entre elles les deux théories du contact et des actions chimiques, puisqu'elles sont d'accord sur les effets et même sur l'explication des premiers phénomènes qui doivent se produire.

Si l'on plonge une plaque métallique dans un liquide électrolytiqne (fig. 27), ses molécules polarisent celles du liquide qui les touchent ; celles-ci polarisent les suivantes, et ainsi de suite, de manière que de la surface du métal partent autant de lignes de molécules d'eau polarisées qu'il y a de points sur cette surface. Chacune de ces molécules présente son oxygène (négatif) du coté du métal, et son hydrogène *,g' i7' ipositifjdu côté opposé, tandis que les molécules de métal ont leur électricité positive du côté où elles sont en contact avec les molécules d'eau. Cet état de polarisation ou de tension ne cesse que quand on fait communiquer le métal et l'eau avec la terre ou avec b plateaux d'un condensateur, car alors on ménage une sortie » l'électricité négative du métal et à la positive des particules d'eau en contact avec le conducteur. Dans le même moment, d après M. de la Rive, l'oxygène de la molécule d'eau en contact avec le zinc se combine avec lui et donne lieu à une neutra-

li-ation des deux électricités contraires. L'hydrogène de cette même molécule d'eau se combine avec t'oxygène de la seconde, et ainsi de suite, jusqu'à l'hydrogène de la particule en contact avec le conducteur, sur la surface duquel cet hydrogène se dégage.

De quoi s'en faut-il, en vérité, que l'analogie de cette hypothèse soit complète avec celle d'Ampère ou plutôt de Berzélius et Voila que nous avons déjà mentionnée? Les raisons qui sembleraient pouvoir faire pencher vers la théorie du contact, malgré l'incertitude des expériences invoquées pour et contre, sont nonseulement celles exposées par M. l'tibbé Moigno dans les pages que nous avons précédemment transcrites, mais aussi c'est qu'on voit, pour ainsi dire, dans cette théorie, une cause immédiate, ce qui n'a pas lieu dans la théorie des actions chimiques qui exige In préexistence de l'affinité, et celle-ci reste inexpliquée si l'on ne veut pas admettre la préexistence de l'électricité, au moyen de laquelle on l'expliquerait assez bien.

Nous voyons, en outre, que quelques-uns des partisans de lu préexistence de l'action chimique admettent déjà certaines théories, comme celle de la polarisation, qui n'a point été acceptée par tous. Cependant ces diverses théories nous paraissent 011»' une conséquence de celle que professait Ampère : telle est, par exemple, celle de Grothus, sur le transport des éléments dans les décompositions chimiques au moyen de la pile voltaïque; nous en avons fait mention (p. 88) lorsque nous avons parlé des effets chimiques de la pile, mais nous avons cru devoir en, ajourner l'explication jusqu'à présent, espérant qu'elle serait mieux comprise à cette place.

Théorie de Grothus. — Supposons une ligne de molécules d'eau i, 2, ô, 4. etc. (fig. 28) formant une espèce déchaîne droite ou courbe réunissant l'électrode positif d'une pile fh l'électrode négatif f. L'électricité positive de f agira par influence sur la molécule 1 et la fera tourner, pour ainsi dire, afin d'attirer l'oxygène, qui est électro -négatif, et de repousser l'hydrogène, qui est électro-posit if ; la molécule 1 agira de la môme manière sur la molécule 2, et ainsi de suite; à l'extrémité de la chaîne pareil

fi

..' Il . •»

phénomène aura lieu. Dès que la tension électrique sera assez forte, l'oxygène de la molécule I, par l'effet de l'attraction, sera comme détaché de la molécule d'hydrogène à laquelle elle était unie, et se dirigera vers le pôle, tandis que l'hydrogène libre agira sur l'oxygène de la molécule l2 pour se combiner avec lui ; et il v parviendra facilement, car à celle force vient s'ajouter la répulsion qu'éprouve la molécule d'hydrogène à s'éloigner du pôle positif ; la molécule d'oxygène, en se combinant, laisse en liberté l'hydrogène de la molécule 2, qui s'empare à son tour F»g- «8.

de l'oxygène de la .V. Des phénomènes analogues, quoique en sens inverse, ont lieu dans les deux pôles, de manière qu'il y aura en même temps une multitude de décompositions et de recompositions. Ce que nous avons dit pour nue ligne de molécules s'applique à toutes celles qui unissent les électrodes : de là le grand nombre d'atomes gazeux qui restent libres et l'abondance de bulles qui se forment et se dégagent sur chaque pôle en produisant le phénomène auquel on a donné le nom de transport des déments, bien qu'à vrai dire il n'y ait aucun transport, ainsi que le démontrent des expériences fort simples et très-curieuses.

Ces mouvements vibratoires des derniers éléments de la matière dont parle Grolhus sont semblables à ceux que M. l'abbé Moigno suppose dans sa théorie de la pile, et, dans l'un et l'autre cas, ils* peuvent avoir lieu non-seulement à travers les masses liquides, mais aussi à travers les corps solides. Ceci explique le phénomène observé par M. du Moncel de l'existence simultanée «les deux électricités, statique et dynamique, sur le même conducteur sans influence sensible sur leur action réciproque, car nous avons dit que l'électricité statique se développe ou plutôt accumule sur la surface des corps, et que l'électricité dynamique établit un courant de molécule en molécule, qui, par conséquent, est intérieur.

Nous ne pouvons passer sous silence, en parlant des décom-

10k L'ÉLECTRICITÉ ET LES CHEMINS DE FER.

positions de la pile, la remarquable loi des équivalents électrochimiques, déduite.par Faraday de ses observations : Quand un même courant agit successivement sur une série de dissolutions, le poids des éléments séparés est dans le même rapport que leurs équivalents chimiques.

De nombreuses expériences ont prouvé l'exactitude de celle loi, et, ajoute M. de la Rive, son application n'est pas restreinte aux électrolytes interposés dans la partie extérieure du circuit d une pile, mais elle peut s'étendre également à ce qui se passe dans l'intérieur de la pile. On peut, d'après le môme auteur, considérer le circuit d'une pile, quand il est fermé, comme une série de conducteurs unis par leurs extrémités, et dans lesquels le courant circule d'une manière identique et uniforme, étant produit par une suite de polarisations et de recompositions des électricités contraires des molécules qui se suivent, de sorte que l'opération est accompagnée de chaleur quand le courant trouve une certaine résistance, et de décompositions chimiques quand les molécules sont composées ; mais ces effets sont équivalent* sur toutes les parties du même circuit, môme dans la pile. Ce* dernières conclusions de M. de la Rive ont été récemment contestées par plusieurs physiciens, et, entre autres, par M. Des pretz, dont les expériences semblent prouver que le courant électrique, lorsqu'il n'est pas très-intense, peut traverser l'eau san< la décomposer, comme si elle était un conducteur simple ou métallique.

M. Pouillet a obsçrvé deux faits dont nous ferons mention, quoique ce physicien -n'ait pu qu'imparfaitement les faire passer à l'état de lois. Le premier est Y inégalité du pouvoir chimique des deux pôles, qui ne contribuent pas d'une manière identique à la séparation des éléments des corps composés. D'après les expériences faites, le pôle négatif, dans certains cas, possède exclusivement le pouvoir décomposant; dans d'autres, sans ôtre exclu sive, son action domine celle du pôle positif, et celui-ci, à sou tour, exerce, dans plusieurs cas, une action supérieure à celle du pôle négatif. Nous croyons que ce fait doit ôtre étudié davantage, et qu'il le mérite.

ÉLEC.TRICITÉ DYNAMIQUE. GALVANISME. 109

Le second fait observé par M. Pouillet est celui des pôles multiples. Voici en quoi il consiste : lorsque, dans le circuit d'une pile, il y a plusieurs liquides interposés les uns à* la suite des autres, ils se servent mutuellement d'électrodes, de manière que, s'ils sont deux, il y a double décomposition ; et, pour cela, il faut que la colonne de chacun des liquides serve d'électrode néitflif pour sa propre décomposition, et d'électrode positif pour ia décomposition de la colonne de liquide en contact avec elle *.

I n autre phénomène remarquable est celui de la polarité électr'upie secondaire, qui est la propriété acquise par les plaques polaires des piles voltaïques de conserver adhérentes à leur surface le* bulles d'hydrogène, ce qui annule l'action chimique, et donne à ces plaques une grande force de résistance au passage du courant. En décrivant les piles, nous indiquerons les moyens d'éviter cet inconvénient, nous bornant maintenant à mentionner le phénomène secondaire auquel donne lieu celte propriété, phénomène que M. de la Rive a observé avant les autres physiciens. Si l'on retire d'une dissolution faisant partie du circuit de la pile deux plaques d'un métal inoxydable, comme l'or et le platine, lui étaient plongées dans un liquide conducteur susceptible d'être décomposé par le courant, que ce soit ce liquide, celui de la pile même ou bien une dissolution interposée dans le circuit, pourvu que Tune des plaques communique avec le pôle positif et l'autre avec le pôle négatif, et qu'on les plonge dans de l'eau pure, elles donneront naissance à un courant en sens inverse de celui qu'elles avaient transmis dans le circuit de la pile. Ce courant, qui tend sans cesse à affaiblir le courant primitif, est assez fort quelquefois pour qu'on ait pu en composer des piles qu'on appelle piles à courants secondaires. M. Becquerel, attribuant cette polarité au dépôt formé sur les plaques par les gaz et autres matières transportées par le courant, dépôt qui agit sur le liquide en contact, fl imaginé, dans le but d'empêcher cet effet, deux appareils tytohrisateurs que nous ne croyons pas devoir décrire : il suffit de les mentionner.

1 Voyez, sur ces deux questions, les comptes rendu» de l'Académie des sciences du '"w* de mai 1845.

Electricité développée par la combustion. — Plusieurs physiciens avaient depuis longtemps supposé que la combustion devait être accompagnée d'un dégagement d'électricité. Lavoisier, Laplace, Saussure, et; plus tard, Davy, tentèrent en vain de con firmer celle opinion ; la gloire en était' réservée à M. Pouillet, qui sut découvrir certaines circonstances jusque-là inaperçues, et donner aux expériences une régularité qui les a rendues concluantes. 11 démontra ainsi la généralité du principe que, dans toute réaction chimique, il y a dégagement électrique, et que la combustion, qui n'est qu'une réaction, doit nécessairement présenter les mêmes phénomènes.

Ce savant physicien démontra, par plusieurs expériences, que, dans la combustion du charbon^ l'acide carbonique s'éleetrise positivement et le charbon négativement; que, dans la combustion de rhydroyène, ce gaz s'éleetrise négativement et l'oxygène positivement; et, en général, que le corps combustible acquiert l'électricité négative, et que la flamme, l'hydrogène carboné ou l'acide carbonique qui se dégage, s'éleetrise positivement.

Electricité développée par les rayons chimiques de la lumière. — La lumière peut agir aussi sur les substances photographiques et produire de l'électricité ; nous entendons par substances photographiques toutes celles qui, sous J'influence de la lumière, éprouvent des changements perceptibles, soit dans leur état moléculaire, soit dans leur coloration, comme les sels d'argent, el connues sous le nom de substances sensibles ou substances impressionnables. M. Becquerel s'est livré à d'importants et remarquables travaux sur cette matière.

En parlant de l'électricité développée par les actions mécaniques, nous avons dit que le frottement entre les corps solides et les corps liquides dégageait de l'électricité dans plusieurs cas, et nous avons même ajouté (pi on pourrait peut-êlre bien compter au nombre de ce:* cas l'observation de M. Becquerel sur le contact des masses d'eau avec la terre ; cependant ce physicien attribue le phénomène à une action chimique, et élablil comme une règle

sans exception que le contact d'une masse ou d'un courant d'eau avec la terre développe de l'électricité : la terre prend un excès de fluide positif ou négatif, et l'eau un excès correspondant du fluide contraire, selon la nature des sels ou des autres composés entrant en dissolution-. Les importantes expériences de M. Becquerel ont ainsi confirmé des idées qu'Ampère émit le premier, et au développement desquelles ont travaillé plus tard Barlow, Fox et Magrini.

Electricité développée pai\ les actions physiques. — Les actions physiques qui développent l'électricité sont, comme nous l'avons dit, celles de Yinduction par le magnétisme et pav l'électricité ellemême, que nous étudierons plus tard ; celles de Ja capillarité, sur lesquelles nous ne nous appesantirons pas, car les faits dont s'est appuyé M. Becquerel pour leur attribuer des phénomènes élec- Iriques sont peu nombreux et peu concluants ; enfin celles de la chaleur, dont nous nous occuperons quelques instants, car leur importance actuelle permet d'espérer qu'avec le temps elles donneront lieu a des applications utiles ; du reste, elles sont déjà la base d'une des branches les plus intéressantes de l'électromagnétisme, connue sous le nom de thermo-magnétisme.

Les Hollandais furent les premiers à faire connaître en Europe les tourmalines, dont la propriété d'acquérir l'état électrique et d attirer ou de repousser, dans cet état, les corps légers, servait depuis longtemps d'amusement dans l'Inde. Depuis un siècle, leurs propriétés électriques sont l'objet des investigations des savants, et nous résumerons en peu de mots les résultats obtenus par Canton, VVilson, Œpinus, Haùy et d'autres.

Quand une tourmaline est électrisée, elle présente toujours vers les extrémités de son axe deux pôles contraires, dans l'un desquels se rencontre le fluide positif et dans l'autre le fluide négatif, et elle ne présente aucun signe d'électricité dans la région du milieu ; les fluides électriques s'y trouvent donc distribués d'une manière analogue aux fluides magnétiques d'un aimant, comme nous le verrons bientôt.

Si I on casse transversalement une tourmaline électrique, cha-

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eun des morceaux présente deux pôles disposés dans le même sens que les polos primitifs, ce qui constitue une nouvelle analogie entre le fluide électrique des tourmalines et le fluide magnétique d'un aimant.

Il existe dans chaque tourmaline deux limites de température, entre lesquelles ont lieu tous les phénomènes électriques; audessus de la limite supérieure et au-dessous de l'inférieure, la tourmaline se comporte comme les autres corps et ne donne aucun signe d'électricité polaire. Ces limites sont entre 10° et 150°, et sont à peu près les mêmes pour des tourmalines d'égale dimension, mais elles varient avec la longueur.

Dans ces limites, lorsqu'on chauffe avec régularité une tourmaline, les pôles électriques de celle dernière commencent à paraître et se maintiennent ainsi tout le temps que la température s* élève.

Quand on refroidit avec régularité une tourmaline polarisée par élévation de température, ses pôles disparaissent un momenl pour reparaître après, mais dans une position différente, c'est-àdire que là où était le pôle positif se trouve le pôle négatif, et vice versa ; et, par le refroidissement, ces pôles se maintiennent renversés par rapport aux premiers, tout le temps que la température s'abaisse.

La polarisation semble donc dépendre du changement de température, de telle sorte qu'au même degré thermométrique une tourmaline peut se présenter dans trois états distincts : à l'état naturel, si elle est restée longtemps à cette température ; polarisée, si elle y est arrivée par augmentation graduelle de la chaleur, el polarisée aussi, mais en sens inverse, si c'est par refroidissement

L'abbé Haùy a constaté un changement des pôles pendant l'élévation de température, et un autre contraire pendant rabaissement ; mais ce phénomène n'a pas toujours lieu et provient peut* être d'une quantité différentielle de chaleur entre les couches de la surface et celles du centre.

Une tourmaline chauffée ou refroidie par une seule de ses extrémités semble, pendant quelques moments, ne posséder dans toute sa longueur qu'une seule des deux électricités; mais,

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comme dans lous les phénomènes électriques les deux électricités se développent toujours en même temps, il est probable , que dans.ee cas exceptionnel en apparence les deux fluides existent aussi, mais inégalement distribués, et, pour cette raison, imperceplibles.

L'action de la chaleur n'agit pas seulement sur les tourmalines et autres cristaux, mais aussi sur les corps bons conducteurs, et particulièrement sur les métaux, en y développant le fluide électrique à l'état que nous avons défini sous le nom de courants électriques; les courants dus exclusivement à l'action de la chaleur sont appelés thermo-électriques, et ont été découverts en 1821 par le docteur Scebeck, de Berlin.

Celte source nouvelle d'électricité promet d'être si avantageuse, d'une application si facile dans l'industrie, si utile pour la construction des générateurs électriques qui pourront être employés dans les systèmes que nous décrirons dans le second volume, que c'est avec regret que nous n'en faisons pas ici une étude plus approfondie ; mais ce serait trop nous écarter de l'objet que nous nous sommes proposé en donnant ce précis historique élémentaire de l'électricité. Nous devons nous borner, sous peine d'être prolixe, à remplir seulement ces pages du récit des applications déjà faites aux arts et à l'industrie pour développer lélectricité, et à mentionner simplement les inventions qui n'ont point encore reçu d'application. Nous ferons connaître cependant, dans Y action de la chaleur, les conditions les plus essentielles pour la production de l'électricité, et qui peuvent servir de base à de nouvelles découvertes.

Si l'on soude par les extrémités deux fils ou deux tringles de métaux différents, de manière qu'ils forment un circuit, et si l'on maintient les deux soudures à des températures différentes, le fluide électrique se présente à travers ces métaux sous forme de courant ; cette manifestation est d'autant plus énergique, que la différence de température est plus considérable et plus grand le nombre de soudures entre les deux métaux ; en maintenant les soudures paires à un degré de chaleur et les impaires à un autre, la manifestation électrique persiste pendant tout le temps que

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dure cette différence de température. Le cuivre et le bismuth, ou le bismuth et l'antimoine, sont les métaux qui produisent les % résultats les plus remarquables par leur intensité.

La soudure de deux métaux différents n'est pas une condition indispensable pour développer des courants thermo-électriques : M. Adie a prouvé qu'il suffit d'une simple différence de densité entre, deux morceaux soudés du même métal. Par la même raison, lorsqu'on chauffe ou refroidit quelques endroits d'un circuit métallique homogène, ils présentent certaines conditions d'électricité plus ou moins énergiques.

Si l'on réfléchit que par l'emploi de l'eau glacée et de l'eau bouillante comme sources calorifiques on peut obtenir pendant aussi longtemps qu'on le désire une différence constante de température, on comprendra aisément que les manifestations ou courants thermo-électriques peuvent être d'une régularité parfaite, à laquelle ne pourrait arriver aucune autre des actions connues. Ainsi c'est à la découverte de Seebeck et aux piles ou générateurs thermo-électriques, fondés sur les propriétés que nous venons de faire connaître, et construits par Nobili et Melloni, que sont dues les observations de Ohm, Feschner et Pouilletv observations qui ont eu pour résultat les belles lois de la conductibilité électrique des métaux, de l'intensité des courants électriques d'après leur diamètre, leur longueur, leurs dérivations et la composition des éléments métalliques ou non métalliques du circuit, comme nous le verrons au sixième chapitre de cet ouvrage.

On n'a pu déterminer encore quelle est la cause de la manifestation électrique dans les phénomènes thermo-électriques. Quelques-uns l'attribuent à la formation dans les métaux, pendant leur refroidissement, de groupes cristallins qui s'opposent à la propagation uniforme de la chaleur dans tous les sens; d'autres prétendent que l'effet d'une action calorifique inégale détermine une réaction chimique qui développe les deux électricités. Quoi qu'il en soit, ces phénomènes présentent des anomalies si étranges, qu'il est difficile de donner une théorie qui puisse s'accorder nvcv Ions.

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Electricité développée par les actions physiologiques. — Nous avons dit que les actions physiologiques étaient aussi une source d'électricité; en effet, dans la torpille, dans l'anguille électrique, dans les gymnotes et autres poissons, on observe des effets élec- Iriques d'une telle intensité, que leurs commotions sont quelquefois plus énergiques que celles des plus fortes bouteilles de Leyde. La faculté qu'ont ces animaux de produire l'électricité réside en un organe particulier dans lequel on a cru trouver une analogie surprenante avec la pile de Volta, et la commotion qu'on ressent lorsqu'on touche ces poissons est la conséquence d'un phénomène volontaire : cet état électrique est donc lié si intimement au phénomène de la vie, qu'il cesse aussitôt que la vie de l'animal s'éteint. MM. Matteucci et de Bois-Kaymond ont fait dernièrement des observations très-neuves et très-intéressantes sur cette espèce d'électricité.

La végétation développe aussi le fluide électrique, et M. Pouilletest arrivé à le prouver en faisant germer des plantes dans des capsules isolées et dans une atmosphère sufQsamment sèche : il confirma ainsi le principe général déjà énoncé : que, toutes les fois que l'oxygène se combine avec (Vautres corps, il y a dégagement d'électricité : F oxygène s'électrise positivement, et le corps combustible négativement.

Maintenant que les sources principales de l'électricité dynamique sont connues, nous allons procéder à la description des appareils dans lesquels elle se développe, en commençant par ceux qui sont fondés sur les réactions chimiques.

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