MANIPULATEUR
Le manipulateur est l'appareil qui expédie la dépêche. Son office est de lancer l'électricité dans le fil, ou d'interrompre le courant à volonté et pour un temps quelconque, c'est-à-dire de réunir ou de séparer les pôles de la pile. Les organes en sjnt déterminés parles conditions qu'exige le récepteur.
Dans son système, Morse a établi un manipulateur d'une remarquable simplicité. Un des pôles de la pile communique avec le sol, et l'autre avec un bouton en cuivre placé sur le manipulateur ; ui^e vis de pression assure le contact et peut rendre le fil de la pile P complètement indépendant : c'est par ce bouton en cuivre que l'électricité entre dans l'appareil ; une lame métallique part de ce bouton et vient aboutir à une pointe. Là s'arrête dans l'état ordinaire la communication métallique, et l'électricité s'accumule en cet endroit qui devient le pôle de la pile.
Au-dessus de la pointe se trouve placé un levier en cuivreyqui, dans son élat normal, ne la louche pas : il est maintenu relevé par un ressort ; de plus, il est en communication constante avec la ligne par un til L qui traverse l'axe autour duquel il tourne. Lorsqu'on appuie sur la poignée qui termine ce levier, on l'abaisse et on lui fait toucher la pointe ; aussitôt le courant passe et entre dans la ligne. Dès qu'on abandonne le levier à lui-même, il se relève sous l'action du ressort, et le courant est interrompu. Ce levier, qui est à lui seul tout le manipulateur, s'appelle la clef.
Il suffit donc d'agir sur la clef, en l'abaissant ou la relevant, pour que le courant passe ou ne passe pas dans la ligne. Si on l'abaisse pendant un temps plus ou moins long, le courant parcourt la ligne pendant le même temps; on remplit ainsi parfaitement toutes les conditions exigées par le récepteur.
Chaque poste télégraphique possède un récepteur et un manipulateur. Le fil qui porte les dépêches de Paris à Lyon, par exemple, transmet aussi celles de Lyon à
TÉLÉGRAPHE DE yORSE 31
Paris. Il a donc fallu ajouter au manipulateur certaines pièces qui permettent d'établir un passage continu en-
WBf'
rij-ttiiii I
Fig. g. — HiDipolateui du lélégraphe Korae.
tre la ligne et le récepteur. A cette fin, la clef pepose, par son extrémité postérieure, sur une seconde pointe qui communique avec l'appareil de réception A.
Tant que le manipulateur est en repos, la ligne communique avec le récepteur, et celui-ci est tout prêt à recevoir les dépêches ; si l'on veut parler el se servir du manipulateur, le circuit reste encore établi, et la cleC, eo s'abaissant, abandonne le bouton du récepteur. Les deux appareils sont complètement indépendants l'un de l'autre, et toujours prêts à fonctionner. Il est inutile d'ajouter qu'un poste ne doit répondre que lorsque son correspondant a fini de parler ; autrement les dépêches se croiseraient sur le (il, et on ne s'entendrait plus. Dans l'usage ordinaire de la vie, c'est parce qu'on n'obéit pas à cette simple règle de bon sens que l'on 1 ?oit tant de discussions orales, vaines et stériles : il ne 1 Fallait pas qu'il en fût de même en Ictégraphie. I
Od ne saurait imaginer toutes les dirTicultés qu'éprouvent les débutants pour acquérir l'habitude de
transmettre convenablement une dépêche. Il faut une très-grande régularité de mouvements, afin qu'à Textrémité de la ligne les signaux soient bien distincts. Les traits doivent être à peu près de la même longueur, et les points bien marqués. Les intervalles vides doivent être bien égaux entre eux, soit entre les lettres, soit entre les mots. Alors seulement la dépêche sera bonne <J et facile à déchiffrer.
Les conseils donnésâux télégraphistes débutants, pour arriver à une bonne transmission, sont les mêmes que ceux qu'on donne aux musiciens pour bien battre la mesure. On doit conserver le même temps de repos et ne pas presser le mouvement. On engage les surnuméraires à s'exercer, pendant leurs loisirs, à des battements réguliers.
On a publié en Suisse une instruction que suivent généralement les personnes qui veulent devenir promptement habiles. Cette méthode, que suivent quelquefois les musiciens, est aussi profitable que naïve. Elle consiste à mesurer chaque battement par les syllabes di et do-Oj l'une pour les points, l'antre pour les traits. L'instruction contient en outre de longs conseils sur les moyens de prononcer ces syllabes avec régularité. En frappant avec le doigt sur une table de fa(;on que le choc coïncide avec la parole, on peut arriver, dit la notice, « à apprendre à faire le service des télégraphes sans appareils et seulement en s'exerçant à frapper de la manière indiquée. »
Il faut ajouter que la clef fait en réalité un bruit analogue à celui de ces syllabes, ce qui aide beaucoup l'employé dans son travail : de même au récepteur, la
tige de réiectro-aimant produit un son analogue à di et dO'Oj suivant la durée de l'attraction. Aussi les personnes habiles peuvent, à la simple audition de la machine, reconnaître le sens de la dépêche tout entière. D'autres employés, moins expérimentés, peuvent comprendre la dépêche en suivant des yeux le mouvement de la tige. C'est là Tidéal que l'on propose toujours aux surnuméraires et aux débutants.