‹ L'Elevage domestique des animaux a fourrure dans la province de QuebecChapitre 4 sur 7 · ENCLOS ET INSTALLATION · texte numérisé non relu

ENCLOS ET INSTALLATION

On se sert généralement pour les enclos à renards de clôtures en treillis fait en broche de différentes grosseurs. Le fil No 16 galvanisé est assez fort, mais n'est pas aussi durable que le No. 14. La maille ne doit pas avoir plus de 2 pouces, car les jeunes renards sont capables de se faufiler à travers une ouverture de 3 pouces carrés. La clôture doit

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avoir environ 10 pieds de hauteur, et être enfoncée de deux pieds dans le sol, tandis qu'au sommet on doit laisser surplomber deux pieds à l'intérieur, pour empêcher les animaux de s'échapper en grimpant. Un pied de la partie enfoncée sous le sol doit être recourbé à l'intérieur, et des pierres plates peuvent être déposées à la base pour empêcher que les bêtes ne s'évadent en creusant.

L'expérience démontre que cette précaution n'est pas absolument nécessaire, car, comme les renards ne cherchent à fuir qu'en creusant au pied de la clôture, tout danger est suffisamment prévenu en repliant simplement le fil dans le sol. L'emploi de pierres, du reste, constitue une dépense additionnelle bien minime. Le fil horizontal qui surplombe la clôture est facilement ajusté à des pièces fixées sur les poteaux. Cette précaution est essentielle, car les renards sont d'habiles grimpeurs, et, en hiver, la neige diminue souvent la distance du sol à la hauteur de la clôture. La disposition des compartiments dépendra nécessairement des circonstances, mais le plan général applicable dans ]a majorité des cas ne doit pas trop différer de celui que nous venons d'indiquer dans le diagramme cidessus. On représente sur ce plan un espace destiné à une grande cour extérieure, qui isole les petits enclos dans lesquels les renards sont réellement gardés. La cour extérieure indiquée dans la gravure n'a que 40 pieds de largeur, mais on pourrait bien la faire plus large, car le but à atteindre n'est pas autant d' accroître la sécurité des enclos que d'empêcher les curieux ou les animaux errants d'effaroucher les renards. Comme ceux-ci sont susceptibles de s'exciter rien qu'à la vue de personnes ou d'animaux, même placés à distance, il est préférable que cette cour contienne, si c'est possible, des broussailles et des arbres. La cour exté-

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rieure est tenue sons clef, et les enclos intérieurs ns sont fréquentés que par les visiteurs réguliers auxquels les renards finissent par s'habituer. Si l'emplacement est suffisamment tranquille la cour extérieure peut être étroite, et même dans certains cas on peut s'en dispenser c^omplètement, sans danger, mais on ne saurait attacher trop d'importance aux moyens à prendre pour éloigner tout ce qui pourrait être une cause d'excitation pour les animaux. Souvent ces enclos peuvent être situés dans un pâturage clôturé lui-même. On peut employer d'autres moyens encore pour obtenir l'isolement, comme la disposition de haies ou la construction de clôtures en planches à joints serrés d'une hauteur d'à peu près six pieds et placées immédiatement à l'extérieur des clôtures de broches. Il y a deux sortes d'enclos intérieurs ; généralement on les fait pour l'accommodation d'un seul animal ou d'une paire d'animaux ; mais on en fait aussi d'autres plus grands destinés à un plus grand nombre de renards à la fois. Chaque compartiment doit être pourvu de portes arrangées de manière à pouvoir déplacer les animaux facilement. Si l'on commence avec une paire de renards seulement, deux petits compartiments suffiront. On pourra graduellement en ajouter d'autres à mesure que le besoin s'en fera sentir, tout en ne s'écartant pas d'un plan d'ensemble permettant d'opérer toujours avec méthode. Les petits compartiments doivent avoir au moins 30 pieds carrés. Ceux indiqués dans le diagramme ont 30 pieds et les plus grands 75 pieds sur 40. Les passages donnant accès à tous les compartiments doivent avoir entre 4 et 6 pieds de largeur. Il y aura dans chaque compartimeat une cabane ou un abri quelconque, car, bien que les renards se creusent souvent des gîtes eux-mêmes dans le sol, ils s'accoutument généralement avec

aisance aux abris artificiels. Ces abris affectent ordinairement la forme et les dimensions des chenils, soit de 4 à 5 pieds carrés, sur 2 à 3 pieds de hauteur, avec une entrée de 6 pouces carrés. Une petite porte à pivot ou à coulisses de 8 pouces carrés,

donnant accès au gardien, peut être ménagée à l'arrière de la cabane, mais cette ouverture n'est pas strictement requise, et si elle n'existe pas, il n'y en a que moins d'occasions de déranger -a femelle au moment critique. Ces petits logements

peuvent encore admettre d'autres formes, bien que toujours faits de façon à empêcher la lumière de pénétrer. On peut se servir de barils ou de boîtes auxquels sont attachés des conduits d'une

longueur d'à peu près deux pieds, avec un coude simple ou double. Les abris ainsi construits ressemblent assez aux gîtes que les renards se creusent eux-mêmes, mais il est douteux qu'ils leur soient préférables. On n'a pas à s'inquiéter do la litière pour ces boîtes, car les vieux renards s'en passent, ou trouvent ce qu'il leur faut dans les rebuts de l'enclos. i

MOEUES ET ÉLEVAGE.

Les renards atteignent leur maturité à l'âge d'un an et quelquefois avant. Ils n'ont des petits qu'une fois par année, et les mois do février et de mars sont les mois du rut, c'est-à-dire le temps propre à l'accouplement. La période de gestatioa est d'à peu près cinquante jours. Il s'en suit que les petits naissent aux mois d'avril et de mai. Le nombre de la portée varie de deux à huit ; la portée moyenne provenant d'animaux adultes est de cinq. A l'état sauvage les renards sont monogames. Le mâle n'a qu'une compagne, au moins il n'en a qu'une par saison, et, pendant que les petits profitent, il s'occupe volontiers de trouver la nourriture nécessaire. En captivité, cependant, on a quelquefois accouplé avec succès, un mâle, à deux et même à trois femelles. Dans certains cas, cela peut être désirable, si le succès de la ferme est déjà assuré, et ne pas présenter d'inconvénient; mais dans les débuts, il est préférable de manœuvrer les animaux par paire seulement. Il est aussi possible, ainsi qu'on l'a constaté, de laisser le mâle et la femelle ensemble pendant toute l'année sans mauvais résultats, mais il vaut beaucoup mieux les tenir séparés, excepté, cela va de soi, durant la saison de l'accouplement. On peut les accoupler en décembre ou janvier et les séparer en mars ou

avril. On doit continuellement tenir les femelles dans les petits enclos et leur enlever les jeunes dès qu'ils sont sevrés. Les mâles ne sont pas querelleurs si on leur donne à manger régulièrement, si ce n'est dans la saison du rut; on peut par conséquent leur permettre de courir ensem.ble durant la plus grande partie de l'année dans les grands enclos. Le but de la séparation des sexes n'e^st pas, comme plusieurs le supposent, d'empêcher le mâle de tuer les petits, car, à moins qu'il ne souffre de la faim, il est plutôt d'un bon naturel, et on l'a vu franchir de hautes clôtures pour procurer quelque chose à manger à sa progéniture. Mais sa présence nuit souvent à la femelle pendant la gestation et peut donner lieu à l'avortement ; il excne mal à propos la femelle après la naissance des petits, et lui fait traiter ceux-ci avec une violence qu'ils ne peuvent endurer.

M. Frank F. Tuplin, de l'Ile du Prince-Edouard, s'en tient à la méthode suivante dans le maniement de ses animaux reproducteurs: — "Le mâle et les femelles doivent être mis ensemble aussitôt que possible en octobre, de manière à les familiariser d'avance. Cela peut en effet prendre des semaines pour habituer deux renards étrangers l'un à l'autre, à la vie commune. Les choses peuvent se passer autrement, mais c'est la règle générale. Ils courent ensemble tout l'hiver et doivent être convenablement pourvus d'une nourriture variée : viande, poisson, etc. ; mais pas de pommes de terre, ni de rats ; il est bon de leur donner des croûtes de pain une fois par semaine, par exemple. Tous les jeunes reproducteurs doivent être bien nourris, mais non à satiété. La peau d'un renard gra^ il est vrai se vendra toujours bien à Londres, mais si les femelles sont trop abondamment pourvues leurs chances d'avoir des petits sont moins grandes, et

c'est également mauvais pour les reproducteurs. Dans le mois de mars on éloigne le mâle, et je dois dire qu'il faut être plus prudent à cette époque qu'en tout autre temps. La période de gestatioa est à demi écoulée, et l'on ne doit pas exciter la femelle, ni l'effaroucher. Il arrive souvent des avortements à cette période à cause de la négligence ou de l'ignorance du gardien. Il faut donc voir à éloigner le mâle sans plus d'excitation qu'il ne faut. Le gardien doit inspirer à la femelle qui porte des petits une confiance incessante. Quand elle s'aperçoit qu'elle est pour mettre bas, la femelle commence à regarder son gardien avec plus de méfiance. Son instinct de renard l'avertit qu'il pourrait lui enlever ses petits comme il lui a enlevé son compagnon, et plus le temps approche, plus elle le surveille de près. Elle observe chacun des mouvements inaccoutumés du gardien, et celui-ci doit prendre une allure désintéressée, comme s'il n'y faisait aucunement attention. En continuant à lui porter sa nourriture tous les jours, il s'apercevra un bon matin qu'elle ne vient pas au-devant de lui comme d'habitude, d'où il pourra conclure qu'elle vient de mettre bas. Il ne faut pas oublier qu'on a affaire à un animal sauvage et non à un animal domestique, et qu'aucun visiteur ne saurait en conséquence, être admis à ce moment. Il faut tout âe même que le gardien continue ses visites ; la femelle a besoin de manger tous les soirs et s'il remplit bien sa tâche, il gagnera les bonnes grâces de la mère ; et celle-ci le lui prouvera en emmenant un bon jour ses petits avec elle ; autrement elle pourrait r;e croire attaquée et s'éloignerait obsédée par la crainte que cet homme ne lui enlève ses petits. Peut-être irait-t-elle jusqu'à les cacher dans la neige; -m grand nombre se perdent de cette manière."

Les renardeaux provenant des premières portées

sont plus aptes à avoir des petits la saison suivante que ceux nés de portées subséquentes ; mais ces premières portées sont souvent exposées à des pertes occasionnées par la gelée et le froid. Par premières portées, on entend celles du mois de mars. On rencontre moins de difficultés si les femelles ont leurs petits entre le 10 avril et le 10 de mai.

La durée moyenne de la vie des renards est d'à peu près douze ans, et ils rapportent jusqu'à l'âge de 10 ans environ.

A leur naissance les petits sont faibles et de la taille de tout jeunes chats ; mais si les choses se passent bien ils profitent rapidement, et à l'âge de six semaines ils commencent à sortir pour jouer en plein air, à laper un peu de lait et à prendre de temps à autre de la nourriture solide. S'il leur est permis de le faire, ils téteront pendant près de six mois. Les jeunes femelles ont des petits la saison suivante, alors qu'elles n'ont pas encore tout-à-fait un an, mais la portée excède rarement deux ou trois.

Les renards en captivité, comme à l'état sauvage, accusent une individualité bien distincte. Les uns sont meilleurs reproducteurs, d'autres refusent absolument de s'accoupler ou encore ne donnent pas de petits même s'ils s'accouplent. Leur nature sauvage caractérise toutes leurs actions et on voit ;rarement un irenard absolument apprivoisé. Ils sont constamment dans la crainte, et ce n'est qu'avec beaucoup de soin que que les gardiens peuvent parvenir à inspirer quelque confiance. C'est probablement la raison principale pour laquelle ils ne rapportent pas à des périodes régulières. Cette crainte peut distraire la femelle des attentions de son compagnon et nuire même à la fécondation, ou bien encore jeter la bête dans un état d'excitation telle qu'elle s'inflige des blessures

et donne prématurément naissance à sa portée. Mais, ce qui est pis, encore c'est que la mère après avoir eu des petits vigoureux, les maltraite parfois au point de les faire mourrir, en voulant les soustraire à des dangers imaginaires ; peu après leur naissance, on la voit souvent transporter ses petits ci et là dans l'enclos. Parfois elle creuse dans le sol et transporte les jeunes, un par un, de la boîte où ils sont chaudement, dans une cavité où ils seront exposés au froid. Elle les traine de cette façon d'un trou à un autre, sauf à les ramener de nouveau dans la boîte, et voyagera ainsi jusqu'à ce qu'enfin elle les ait tellement meurtris qu'ils en meurent.

Pour obvier à ces difficultés, il ne suffit pas de garder les renards dans un endroit retiré ou éloigné des visiteurs. Car si l'on doit tenir les étrangers à l'écart, il n'en est pas moins vrai qu'un gardien doit visiter les petits tous les jours ; il doit prendre tous les moyens de gagner leur affection. Ceci n'est pas facile et dépend beaucoup des dispositions de la personne chargée de ce soin. Quelqu'un qui ne prendrait pas un véritable intérêt à ces animaux, qui ne serait pas porté à s'y attacher et qui mettrait par conséquent plus de temps à comprendre leurs usages n'aurait pas grande chance de réussir. Une observation attentive et un certain sens d'intuition met le gardien en état de connaître d'avance l'humeur des animaux, d'interpréter leurs actes aux moments critiques, et d'agir sans retard ni violence. Il sait s'ils ont trop à manger, à quelle époque ils doivent être accouplés ou séparés. Il connaît les diverses phases de la gestation, ou quand une femelle doit rapporter, et dans quels cas les petits ont besoin de soins spéciaux, ou encore quand on peut les abandonner exclusivement aux sollicitudes de la mère. Sous le prétexte de cons-

tater le nombre des jeunes, il n'ira pas non plus troubler la mère dont il saura au contraire épier les mouvements pour s'assurer si les petits sont en bonne voie. Le gardien fera encore également bien de ne pas varier l'apparence ni la couleur de ses vêtements lorsqu'il visitera les animaux aux moments critiques.

A part ce qui se rattache à la propagation, l'élevage domestique des renards est une affaire bien simple, malgré qu'ils ne s'approvoisent jamais, que dans des cas exceptionnels. Même les renards élevés en captivité, depuis plusieurs générations, restent sauvages, et, excepté quand ils sont très jeunes, ils manifestent de la méfiance pour les personnes. Cependant, la vie dans des enclos ne semble pas trop leur déplaire. Quand ils ne se sentent paiS surveillés, ils jouent ensemble, ou reposent paisiblement couchés au soleil. Ils ne craignent pas le froid ; la neige fait leurs délices. Quand la transition du froid intense au dégel est trop brusque, il n'est pas prudent de les laisser coucher sur la neige, car cela pourrait endommager la fourrure. Ils font rarement de grands efforts pour s'échapper, excepté dans les premiers jours de leur captivité. C'est ainsi qu'ils creuseront peut-être un pied tout près de la clôture si le fil pénètre dans le gazon. Si celui-ci ne descend pas à l'intérieur du sol, mais est simplement replié 2 pieds en dedans, à la base, ils gratteront dans l'angle, mais leurs efforts pourront évidemment aboutir qu'à peu de chose, étant obligés de travailler à travers les mailles. Si l'on place des pierres à «a base du fil, ils ne font aucune tentative, car il semble bien que l'idée de creuser un conduit au-dessous de ces pierres ne leur vient jamais. On ne signale aucun cas où ils aient pu s'échapper en creusant, mais il en est qui ont réussi à s'évader en grimpant.

Le fil qui surplombe au dedans, au sommet, les empêche de franchir la clôture, mais quelquefois en hiver, un gros banc de neige leur permet d'arriver à une élévation d'où ils peuvent sauter au dehors de la clôture. Dans plusieurs cas ils sont retournés d'eux-mêmes dans l'enclos, en grimpant de nouveau, ou ont été repris an piège dans le voisinage. Le renard en liberté ne grimpe pas dans les arbres, mais en captivité il y monte volontiers et y reste souvent des heures, retiré, ramassé sur lui-même, dans les branches épaisses d'un sapin ou d'une épinette.

Bien qu'en général méfiants par nature, et enclins à regarder l'homme en ennemi, les renards en captivité s'accordent généralement entr'eax. S'ils sont bien nourris, ils se battent rarement, 'A leurs rixes alors n'ont pas de conséquences fâcheuses. Dans certains cas deux renards ou même plus, ont pu se liguer contre un autre et le tuer ou l'estropier gravement, mais ceci doit plutôt être attribué au fait qu'on ne les avait pas bien pourvus de nourriture, ou qu'on ne leur avait pas prêté l'attention voulue durant la saison du rut. Excepté quand ils sont jeunes, ils montrent les dents et cherchent à mordre le gardien s'il essaye de les toucher avec la main. Aussi, doit-on les séparer ou les transférer d'un endroit à un autre en les conduisant à travers des barrières ou des issues ménagées à cette fin, ou encore en les introduisant dans des boîtes. Ainsi enfermés, on peut en toute sûreté les expédier par chemin de fer, même si le trajet à parcourir est de plnsieurs jours.

On a cru pendant longtemps que le renard argenté était un pur caprice de la nature. Mais en observant une sélection judicieuse, on constate qu'il se reproduit en toute ressemblance, en captivité, c'est

pourquoi l'élevage qui en résulte constitue plutôt maintenant un art.

Par-ci, par-là, on verra vendre à grand prix une peau de renard sauvage argenté ; le cas est rare. Le vendeur dont l'animal a été élevé en captivité, a beaucoup d'avantage sur le chasseur. Ayant le contrôle absolu de son sujet, il l'engraisse ou le nourrit d'après une méthode éprouvée. Quand l'animal est dans son plus beau, avant que le poil ne commence à tomber ou à se détériorer, il le tue en observant toujours certaines règles et obtient une fourrure de parfaite qualité. Le chasseur, au contraire, s'estime heureux d'atteindre sa victime dès le mois d'octobre, ou tard au mois de mars, ou n'importe quand, à la première chance qu'il rencontre de mettre le rusé renard au bout de son fusil, de le prendre entre les dents d'un piège meurtrier, ou de l'attirer subrepticement vers le poison qu'il a semé pour le détruire ; et alors la peau est avariée et la fourrure dans une condition imparfaite qui ne permet guère de réaliser plus de la moitié de sa valeur.

Un éleveur d'expérience conseille de débuter avec autant de renards que possible, car plus le parc reproduit les conditions de l'état sauvage, plus les chances de réussir sont grandes. Plus les sujets sont nombreux, plus ils sont satisfaits de leur captivité. On ne doit donc pas les séparer par des clôtures en planches. Si on leur permet de se voir, ils s'en montrent tout-à-fait contents.

La cour extérieure ou la cour de protection devra avoir les dimensions suffisantes pour contenir ^es petits enclos dont on pourrait avoir besoin dans un délai déterminé. Chaque couple de renards, ou chaque renard mâle avec ses deux femelles — qui donneront les mêmes résultats que deux couples .4

on sait les manœuvrer — doit ou doivent occuper un espace de 30 2)ar 40 pieds.

Il n'est pas bon parait-il d'empêcher le renard de gratter la terre; c'est plutôt son exercice naturel, et l'exercice lui est nécessaire. les uns recouvrent le sol de ciment, mais c'est une erreur; fouiller la terre est en effet un préservatif contre la vermine. Les renards roulent aussi leur manger dans le sol, ce qui les protège également contre les vers auxquels ils sont très enclins.

LA NOUEKITUKE.

Le renard libre se nourrit d'une foule de choses, entr'autres de souris, de lapins, d'oiseaux et d'insectes, tels que sauterelles, criquets, et escarbots, et de baies selon les saisons. La viande, par conséquent, ne forme qu'une partie de sa nourriture. Certains éleveurs n'en ont cependant pas tenu compte, et lui ont donné beaucoup de viande, ou même rien que de la viande, à manger. Bien que cette dernière nourriture ne produise pas toujours de mauvais résultats, il est préférable de donner aux renards une nourriture variée, ajoutant à Ja viande, du pain, du lait, les déchets de la cuisine, de la galette à chien, toutes choses qu'ils aiment bien. En effet, les renards comme les chiens, sont presqu'omnivores, et il y a moins de danger à leur donner de tout qu'à les pourvoir trop abondamment à la fois et à des intervalles irréguliers. On a souvent à se plaindre de ce qu'ils mangent trop, ce qui les rend gras, lourds, et moins propres à la reproduction. Le poids normal d'un renard en bonne santé est de six à neuf livres, de sorte que ceux qui pèsent plus de dix livres sont trop gras. Engraissés à l'excès ils peuvent peser jusqu'au 16 livres. S'ils sont plusieurs dans le même enclos, quelques-uns

sont exposés à devenir trop gras, en effet les plus hardis ou les plus apprivoisés accaparent plus que leur part de nourriture.

Il ne faut jamais oublier que les renards en captivité requièrent autant de soins que les autres animaux. Il est pourtant étrange que l'éleveur qui connaît les dangers qu'il y aurait à laisser ses chevaux ou ses bestiaux pénétrer en liberté dans l'endroit où il garde son grain, n'hésitera pas à jeter toute une carcasse à ses renards, leur permettant d'en manger à leur gré. Vu qu'ils ne meurent pas subitement d'avoir trop mangé ou qu'ils ne paraissent pas malades, on suppose simplement qu'ils en agissent comme s'ils étaient à l'état sauvage ; on n'y voit donc aucun inconvénient, d'autant que cela exempte de leur donner des soins quotidiens. Quand même il n'y aurait pas d'autres raisons que d'entretenir des rapports plus fréquents, il vaudrait mieux leur donner une ration régulière tous les jours. 11 est bon, cependant, de leur donner, de temps à autre, des os avec un peu de viande dessus, qu'ils rongeront à loisir. Il est également désirable de les régaler à l'occasion des choses qu'ils aiment ^e mieux : petits animaux sauvages, lapins, sif fleurs, rats, souris et autres que l'on peut capturer ordinairement non loin des parcs. Naturellement on devra leur fournir régulièrement de l'eau fraîche et potable. En dirigeant à cette fin vers l'enclos les eaux d'une source ou d'un ruisseau on s'évitera beaucoup de travail.

Un quarteron de viande et une petite poignée de restants de table, constitue une ration quotidienne suffisante. Un éleveur qui a obtenu des succès donne à ses renards un quarteron de viande et une pinte de lait écrémé p<ar jour. Un autre donne de la viande et une espèce de gâteau fait de farine de blé d'inde et de lait sûr. En fait de viande on utilise

le bœuf ou le mouton, sous forme de restants de boucheries : parties non-vendables et autres rebuts, oa, plus communément, de la viande de cheval que l'on se procure exprès. La viande de cheval convient bien ^ux renards et se recommande surtout par le fait qu'elle est peu dispendieuse. Dans tous les districts ruraux, c'est une affaire bien simple que de se procurer un cheval usé, que l'on abat, et dont on garde la carcasse sur la glace. Cela fournira la viande nécessaire pour plusieurs mois. Quand on opère près de l'eau ou de pêcheries, les éleveurs se servent de poisson, homard, ou autres produits de la mer, ce qui ne coûte rien, ou à peu près, et donne satisfaction. Les frais d'entretien se réduisent donc comparativement à peu de chose. D'après un estimé fait par un des éleveurs les plus pratiques, qui nourrissait son troupeau de viande de boucherie, et de lait écrémé, le coût d'entretien d'un renard, en supposant que cet éleveur eût payé pour tout, serait d'un centin par jour. Mais dans le cas en question, la dépense ét^it moindre, car on avait utilisé les déchets de la cuisine, et les voisins en avaient aussi fournis.

En résumé, on constatera que ce qu'il faut surtout retenir, c'est de donner aux renards une nourriture convenable, de les surveiller avec soin, pendant le temps de la reproduction, de prendre garde de les effaroucher, d'agir plutôt de façon à gagner leur affection. Il faut étudier attentivement leur caractère, et ne jamais perdre de vue que les renards, étant des animaux sauvages, requièrent plus de soins que les animaux domestiques.

Les maladies fatales sont presqu' inconnues chez les renards en captivité ; mais il n'y a pas de doute qu'à moins d'être bien nourris et constamment

pourvus d'eau fraîche, ils seraient sujets aux maux que la malpropreté engendre. Les renards et les chiens ont pour ennemi commun la puce ; quelquefois ils souffrent aussi de la gale. La puce (Pulex irritans) , est une peste qui les incommode beaucoup. Sous le coup de sa piqûre, ils se grattent et se mordent, se détériorant ainsi la peau ; ce qui leur donne une apparence chétive. Les puces se propagent dans la litière, dans le sable, dans la fourrure même des renards ; et ceux-ci peuvent encore les prendre en venant en contact avec des animaux fraîchement tués. Les remèdes employés contre la gale peuvent aussi servir à détruire les puces. Il est bon de saupoudrer de sel les alentours des tanières.

Celles-ci doivent être arrosées et désinfectées à l'intérieur comme à l'extérieur; on doit les nettoyer et les débarrasser de toutes matières animales en décomposition. Cette propreté aidera beaucoup à surmonter les difficultés. Les vieux os, la viande putréfiée, etc., à part du fait qu'il s'en dégage une odeur désagréable, attire les puces et les autres insectes parasites.

On doit faire disparaître des enclos tous les chardons, car non-seulement ils se mettent dans le poil et dans la queue des bêtes, mais aussi ils en détruisent la beauté.

L'apparence du poil indique bien dans quelle condition se trouve le renard. Si l'animal est en bonne santé, il aura la peau douce et souple, 'a fourrure épaisse et luisante. Bien des causes peuvent agir sur les conditions de la fouiTure, telle l'exposition an froid, à la chaleur, et à l'humidité; l'abri et la nourriture exercent aussi leur influence.

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