CHAPITRE PREMIER
EUGENIQUE ET MARIAGE
Influence du mariage sur l'bygiène individuelle et sociale. — Conditions d'un mariage eugénique. — Influence de l'hérédité et de la maladie sur la descendance. — Applications des idées eugéniques. — Descendance et consanguinité. — Eugénique et callipédie.
Une science qui préciserait les lois de l'hérédité, qui déterminerait exactement le mécanisme de transmission des caractères acquis et innés, qui énumérerait tous les cas où le mariage est interdit, sous peine, pour les époux, d'avoir une descendance tarée, qui pénétrerait enfin les lois mystérieuses de la génération, provoquerait sur notre gloire la plus formidable des révolutions.
Elle n'existe pas. L'eugénique sera peut-être un jour cette science. Elle n'est aujourd'hui qu'à ses débuts. Après de très longues années seulement, le labeur de ses apôtres pourra lui faire dépasser l'âge des balbutiements. Mais lorsque sera franchie cette ère difficile, les hommes qui s'occuperont sérieusement de l'amélioration de leur propre race, iront plus vite dans cette voie qu'ils n'y ont fait marcher les espèces animales et végétales.
Cepeiulanl, l'ignorance où nous sommes de lois si importantes, ne doit pas nous décourager de rechercher les meilleures conditions d'élevage de l'être humain. Le peu que nous savons d'un sujet si grave est néanmoins suffisant pour nous permettre d'éviter l'erreur.
Le mariage conditionne cet élevage. Il demeure Tinéhranlable fondement des sociétés humaines. Il est le contrat constitutif de la famille. Les rapports de sexe, la communauté de vie, d'efforts et d'intérêts, en vue de se donner mutuellement secours matériel et moral et d'élever les enfants à venir, représentent les obligations des conjoints. Une telle association détermine une imprégnation si profonde des époux que ces derniers se montrent par leurs actes et par leurs aptitudes très ditYérents des célibataires, et même des veufs. L'influence conjugale, une fois ressentie, est indélébile. Les hommes qui l'éprouvent, ceux qui ne l'ont jamais connue et ceux qui, après l'avoir éj)rouvée, l'ont perdue, représentent trois groupes sociaux distincts qui travaillent, souffrent, jouissent, vivent et meurent différemment.
Le mariage est donc un modificateur puissant de l'âme humaine et un élément vraiment prépondérant d'hygiène individuelle et sociale.
Je ne reproduirai pas les statistiques que les démogrri])hes lui ont consacrées. Elles sont hors de l'objet même de nos recherches. C'est à propos du mariage qu'on a dit que la statistique, avec une précision sans égale, avait scruté les plus secrets penchants du peuple. Ici on se marie beaucoup et là fort peu. Dans tel pays, les veufs s'em-
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pressent de se remarier; ils paraissent ne plus pouvoir se passer de l'association conjugale; ils se hâtent plus de contracter un second mariage, que les célibataires, un premier. Mais dans le pays voisin, il semble, au contraire, que les veufs soient inconsolables... ou guéris du mariage. Les veuves sont partout assez peu recherchées, au moins en justes noces.
Les mariages tardifs sont les moins féconds. C'est en Angleterre que les jeunes hommes se marient le plus précocement; c'est dans la chaude et religieuse Italie qu'ils ajournent le plus l'âge des légitimes unions. En France et en Italie, on se marie davantage en février; en Belgique et en Hollande, les fiancés s'unissent en avril et en mai. Aux champs, le maximum des mariages se rencontre en novembre; en juillet et en août, temps des récoltes, on se marie peu. Enfin, sauf en Suède et en Norvège, c'est en décembre, qu'en Europe, on se marie le moins.
Plus les épousées sont âgées et moins le sont relativement les épouseurs. L'inverse est également vrai: les femmes les plus jeunes épousent des maris notablement plus vieux qu'elles. Ce fait prouve que dans le mariage, on recherche un conjoint d'autant plus jeune qu'on avance plus en âge; et ce goût se retrouve dans les deux sexes. On a numériquement apprécié la fécondité des femïues suivant les âges respectifs des époux, l'aisance, la position sociale, l'instruction, la profession, le séjour à la ville ou à la campagne. On a démontré par les tables de la mortalité que les mariages trop hâtifs sont préjudiciables à la vita-
lité des parents et à la vigueur des enfants qui en sont issus.
Yoilà des traits de mœurs que la statistique fournit au philosophe. Il en est d'autres qui sont plus dans notre sujet et auxquels, nous nous arrêterons davantage.
La vie conjugale est moralisatrice. Toutes les observations démographiques démontrent que la criminalité des gens mariés est inférieure à celle des célibataires et même à celle des veufs. Pour 100 criminels célibataires on ne compte que 45 criminels mariés. C'est si bien à l'association conjugale qu'est dû ce résultat que l'association étant rompue par la mort d'un des époux, on constate une tendance manifeste chez l'époux survivant à un retour vers la criminalité. Bien plus, une étude simultanée par âge, par sexe et par état civil montre que l'association conjugale a des vertus si persistantes que la rétrogradation vers la criminalité est légère et ne ramène jamais complètement les veufs au taux de la criminalité des célibataires.
Proudhon, bravant les sarcasmes, avait dit que le couple conjugal était, dans la société?, i'organi&me par excellence, de la vertu et de la justice et qu'en général, Thornuïe n'arrivait à la justice dont il était capable que par le mariage.
Mais poursuivons l'examen de cette vieille institution que d'aucuns voudraient amener à une sorte de communauté réduite au lit, à un simple contrat de relations sexuelles, à un concubinage légal quoique transitoire, et continuons à signaler
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les avantages indéniables qu'elle présente au point de vue du développement humain.