ACTE I, SCÈNE III B
ANDRE
Est-ce que je mets en doute votre pitié infinie ! Tout au contraire, je vous vois si désorientée... Ce cataclysme, qu'a-t-il produit dans cette petite âme, quelle révolution, quelle révolte? Mon enfant, cette sinistre quinzaine a littéralement ravagé votre petit visage. Comme il s'est aminci.
(Il prend entre ses mains l& figure d'Edith et doucement la
relève.) Et les pauvres yeux! J'y découvre... oui,
de l'épouvante... (Elle est à bout de forces. Elle dégage sa tête et éclate en sanglots.) Oh ! VOUS m'alarmez î... Je suis grandement alarmé. (Se penchant sur elle, Ven-
laçant de ses bras.) Ma bicn-aimée, confiez-moi voire détresse. Un si tendre ami se tient auprès de vous. Je t'aime ! Parle... Veux-tu?
EDITH
Non, laissez-moi.
ANDRÉ, plus pressant.
Je te conjure de parler, de m'ouvrir ton cœur ! Qu'y a-t-il ?
EDITH, se dégageant, le repoussant, ou presque.
Non, non, laissez-moi 1
84 L^iLÉYATION
ANDRÉ se redresse, et d'une voix quelque peu altérée.
Vous laisser... Certainement, si tel est votre
désir. (Il s'est retiré d'an pas ou deux.) Mais je m'é-
loigne plein d'inquiétude. (Une panse.) Oui, en vérité, ces manifestations successives m'inquiètent
beaucoup. fEt comme elle continue de pleurer convulsivement, il lu considère d'un regard qui devient aigu. An bout d'an insfant, Edith s'essaie les yeax, se lève, et, toute secouée, se dirige vers la porte de gauche.) VoUS allez à VOtre
chambre ?
EDITH, tournant la tête vers laL Oui... Je ne suis pas bien. (Un ou deux pas encore.)
ANDRÉ
Edith!... (Elle s'arrête. Il la rejoint.) Edith... (Un silence. Ils sont l'un devant l'autre. Avec calme:) Edith,
est-ce que... vous tremblez pour quelqu'un?
EDITH, après un tempt.
Oui.
(On n'entend pas le mol. On ne perçoit qu'un son. an signe.)
ANDRÉ, d»nt lu voix se contracte.
Vous aimez quelqu un ?