ACTE II, SCÈNE YII
Ce sont des êtres superbes !
GERMAINE
Edith, je suis fi ère de porter le nom de cet homme, oui, d'être la petite madame Ledru !... Fière comme je ne savais pas qu'on l'était. Cette nuit, je suis restée assez tard dans la chambre des enfants, assise entre leurs deux petits lits. Je regardais mon tout petit dormir, en serrant les lèvres tant qu'il pouvait, et en levant ses deux petits poings.... mon petit que son père n'a jamais embrassé. Je pleurais un peu, et je leur disais tout bas, à mes deux chéris : « Dormez. Vous êtes ses fils... Vous êtes les fils du capitaine Ledru. C'est mon François qui vous a faits. » Tu es bonne, Edith, tu es si bonne!... Tes yeux sont remplis de larmes... tu pleures.
EDITH
Mais...
GERMAINE
Oui, tu es merveilleusement bonne ! Tu m'é-
coûtes ! Tu me laisses intarissablement te parler a de lui!... Malgré toute ta sensibilité, je ne sais ^ pas si tu te rends compte de ce que tu fais pour moi en m'écoutant!... Parler de son absent, de son absent chéri et sentir à côté de soi une émotion sincère... merci!
(EHe t'embrasse arec U plus vire tendresse.) EDITH.
Au revoir, Edith. A samedi?
EDITH
Oui. Mais tu me quittes déjà?
GERMAINE
11 le faut. Mon bébé...
EDITH
Ah! oui... il aurait faim...