ACTE II, SCÈNE VIII
ANDRÉ
J'ai grand'pitié de vous !
EDITH, à voix basse, étranglée par les larmes.
Ce n'est pas vrai ! Vous mentez ! Vous êtes un menteur. Je viens de comprendre!... Vous aussi vous croyez qu'il va mourir !
Quoi?
EDITH
Oui, vous le croyez, comme moi ! Et à l'instant, vous essayiez de me retenir jusqu'à demain et, demain, il aurait été trop tard... La voilà votre pitié !
ANDRÉ
Oh!
ÉDITU.
Je vois tout votre calcul, maintenant ! Oui, depuis le début ! Le jour de la mobilisation, si votre orgueil a plié... c'est que déjà vous l'escomptiez sa mort !
ANDRÉ se eontenant encore, et avec on sourire de dégoût :
Quelle infamie !
EDITH
L'infamie, elle se passait là dedans, dans votre tête! Vous vous êtes dit : je m'humilie, mais je la garde ! L'autre part pour la guerre ! Il se trouvera bien une balle ou un obus pour...
ANDRÉ, hors de lui, frappant de son poing la table, dominant les paroles dÉdilh que l'on ne distingue plus.
Assez ! assez ! assez ! Taisez-vous, malheureuse folle !
EDITH
...une balle ennemie...
Taisez-vous ! Mais, taisez-vous donc ! Je vous ordonne de vous taire ! . . .
(Ils s'arrêtent. Sur le seuil de la parle du vestibule, madame Cordelier a paru.)