SCÈNE TIII
DROGUET, GUSTAVE, qui reste sur le seuil de la porte. DROGUET.
Eh bien ! venez donc, mon jeune ami... avancez... que craiyncz-vous? avez-vous peur d être vu?
GUSTAVE
Je regardais...
DROGUET
Il n'y a personne... je n'ai ja:aais vu de jeune homme plus timide... Quel bon mari ça fera !
GUSTAVE , à part.
M. de Vernelle n'est pas là.
DROGUET
Mes trois lettres ont -elles été rendues à leurs adresses .'*
GUSTAVE
Il ne fallait pas se tromper !... je sentais trop bien l'im-
porlance d'une telle correspondance ! trois professions de toi différenies adressées aux Electeurs.
DROGUET
Mon cher, on ne doit choquer personne... on doit, au contraire , tâcher de réunir,. C'est précisément ce que je fais; je lâche de réunir les opinions sur moi , en persuadant à chacun que j ai la sienne.
GUSTAVE
Après tout, vous ne trompez personne , puisque vous n'avez pas d'opinion...
DROGUET
Je n'en al pas... vous avez raison !... je n'en aurai même pas avant d'arriver à la barrièr.: ; mais je compte bien en prendre une eu descendant de voiture, j'irai prendre 1 air du bureau... je veux bien vivre avec tout le monde, parce que... cette manière d'agir m'a réussi comme à bien d'autres, puisque je suis nommé.
GUSTAVE
Nommé !
DROGUET
Ou peu s'en faut ! nous pouvons faire les préparatifs du départ... vous avez mis en ordre ma pacotille oratoire?...
GUSTAVE
J'ai rempli deux malles d'improvisations.
DROGUET
Bien... en faitde garde-robe... omnia mecum porto. J'aurai le costume de rigueur .. il est commandé ; mon plan de conduite à Paris est déjà tracé : pas de distinctions; j'irai partout : à rOpéra , tout comme aux Bouffons; je dor- 'tnirai à l'Athénée tout aussi bien qu'aux Bonnes-Lettres... Les restaurateurs... j ai tout lieu de croire que je leur ferai rarement visite... je dînerai... à l'hôtel!., n'importe lequel.
GUSTAVE
Et, qui sait, monsieur , vous tiendrez peut-être table ouverte ?..
DROGUET
V Je t'entends... je peux faire un chemia rapide..,
GUSTAVE
\ ■ "Sons pouvez...
L'Éligihîe. 3
DRCGUET.
Je peux... devenir... Tylaître des requêtes... Conseiller-d'Eta'i... ]Jirecteur- général... el.. Eh! pourquoi pas .^.. ça s'est vu.
Air : Que ne suis-je la fougère !
Que ne suis-je aux ministères!
Si j'avais l'Intérieur...
Les Affaires-étrangères...
France, pour toi quel bonheur!
A la Guerre, en trois séances.
J'abolirais les abus...
Maïs si j'avais les Finances...
Je ne voudrais rien de plus.
GUSTAVE , à part. Sa manie est vraiment risible.
np.OGUET.
Quant à loi, mon ami!...- mon sauveur!.... mon Dieu ! . . . . oui , nion Dicq de 1 éloquence ! ... lu es mon Mercure politique ! si tu savais la récompense que je te destine ?
GUSTAVE
Quoi , vous pourriez ?
DRGGUET.
Te marier. . . . {à pari.) En conscience, je ne peux pas lui donner ma filie.... La filie d'un député! ie veux que mon gendre soit Pair avant six mois. . . . Oui. . . . Pair de Fran.ce. (^Iiaut.) Je te marie, je t'attache à, moi par des liens ,iudissolubl«is. . . . i^à part.) Ein avanJ la sœur. . . .
, GUSTAVE
"Vîousyous êtes donc aperçu de mon amour ?
' DROGUEI.
GvsTvy^.
Vous avez la généro^iié de,préypni^^-.la,^den;i,aii^e. qije, Je n'osais vous faire i*
DROCUEJ .
Comment!., je nei'aurais pas cru ! Clarisse! (à Gustave.) pensez-vous, jeune horiime, qu'on puisse me cacher quelque chose?.... regardez-moi en face.... vous regardez de travers.... ce n'est pas un regard diplomatique, que je
VOUS demande! j'ai tout vu !... • Gustave, tu seras heureux ; el si la belle. . . .
GUSTAVE
Ah! j'ose me flatter de l'empressement quon mettra à vous obéir. . . .
DROGUET
Ah ! ah ! tu t'es donc déclaré ?
GUSTAVE
Je dois vous l'avouer.... je crois être aimé.... Mais voici l'objet de ma tendresse.