PIERRE CORNEILLE
né à Rouen, mort à Paris (1606-1648).
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IJANS l'examen qu'il fit de Af élite, son coup d'essai, Corneille dit avec sa simplicité habituelle : 'i Je n'avais alors
\} ^^ k P*^"*" guï<ie qu'un peu de sens commun. >> Corneille avait >-gS- ?^-^ précisément ce qui manquait à tous ceux qui, mal servis par une langue forte mais rude encore, avaient voulu, avant lui, tater de la tragédie. Il eut plus que du sens commun, il eut du génie. Beauté des caractères, hauteur de sentiments, énergie de style, Corneille a tout ce qui fait le grand poète. « Beau comme le Cid^ » était, de son temps, passé en proverbe. '( Grand comme Corneille, > se dira tant que l'on parlera la langue française.
Nous n'avons point ici à énumérer les chefs-d'œuvre de notre théâtre, ni à analyser le Cid, Horace, Polyeiicie ou Cinna.. Nous ne relèverons dans la vie de Corneille que ce qui se rapporte directement à notre sujet : l'Académie.
L'apparition du O'^ détermina une véritable guerre littéraire. Bois- Robert, méchant poète aux gages du cardinal de Richelieu, et .Scudéry, l'auteur ù'Alaric, trop fécond pour être un bon écrivain, firent paraître d'assez misérables parodies de la pièce nouvelle. Corneille répliqua par une épître : Excuse à Criste. Scudéry en appela au jugement de l'Académie. Richelieu, auteur lui-même, auteur de Mirame, et sans qu'il y ait lieu d'en douter si l'on songe à la tendresse qu'il eut pour cette piteuse tragédie, Richelieu, disons-nous, jaloux de Corneille, fit savoir à l'Académie qu'il désirait la voir se saisir de cette querelle littéraire. L'Académie publia donc ses Sentinicnts sur le Cid, (\m furent rédigés ]jar Chapelain; mais le génie de Corneille triompha du crédit du ministre. Tout cela n'aboutit qu'à rendre Corneille plus glorieux et donna matière à la meilleure critique qu'on eût faite encore.
En 1647, cinq ans après la mort du cardinal, Corneille fut nommé de l'Académie. I>e remerciment qu'il prononça n'est point digne de lui. Nous ne l'insérons dans ce recueil qu'à titre de curiosité, et aussi parce que cette modestie de Corneille parlant de ses « petits travaux »
devant une assemblée où personne n'était à beaucoup près aussi grand que lui ('), est une leçon que l'on ne doit point oublier.
DISCOURS TRONONCÉ LK lO MAI 1647, PAR M. P. COR- NEILLE, LORSQU'IL FUT REÇU MEMBRE DE l'Académie.
Messieurs, S'il est vrai que ce soit un avantage pour dépeindre les passions que de les ressentir, et que l'esprit trouve avec plus de facilité des couleurs pour ce qui le touche que pour les idées qu'il emprunte à son imagination, j'avoue qu'il faut que je condamne tous les applaudissements qu'ont reçus jusqu'ici mes ouvrages, et que c'est injustement qu'on m'attribue quelque adresse à décrire les mouvements de l'âme, puisque dans la joie la plus sensible dont je sois capable, je ne trouve pas de paroles qui vous en puissent faire concevoir la moindre partie. Ainsi je vois ma réputation prête à être détruite par la gloire même qui la devait achever, puisqu'elle me jette dans la nécessité de vous montrer mon faible ; et prenant possession des grâces qu'il vous a plu me faire, je ne me dois regarder que comme un de ces indignes mignons de la fortune, que son caprice n'élève au plus haut de sa roue sans aucun mérite, que pour mettre plus en vue les taches de la fange dont elle les a tirés. Et, certes, voyant cette honte inévitable dans l'honneur que je reçois, j'aurais de la peine à m'en consoler, si je ne considérais que vous rappellerez aisément en votre mémoire ce que vous savez mieux que moi, et que la joie n'est qu'un épanouissement du cœur, si j'ose me servir d'un terme dont la dévotion s'est saisie, une certaine liquéfaction intérieure, qui, s'épanchant dans l'homme tout entier, relâche toutes les puissances de son âme, de sorte qu'au lieu que les autres passions y excitent des orages et des tempêtes dont les éclats sortent au dehors avec impétuosité et violence, celle-ci n'y produit qu'une langueur qui tient
I. Aucun des génies qui ont illustré le règne de Louis XIV n'avait encore donné sa mesure. Bossuet n'avait encore que vingt ans; Racine n'était alors qu'un enfant.
quelque chose de l'extase, et qui se contentant de se mêler et de se rendre visible dans tous les traits extérieurs, laisse l'esprit dans l'impuissance de l'exprimer. C'est ce qu'ont bien reconnu nos grands maîtres du théâtre, qui n'ont jamais amené leurs héros jusqu'à la félicité qu'ils leur ont fait espérer, qu'ils ne se soient arrêtés là tout aussitôt, sans faire des efforts inutiles à représenter leur satisfaction, dont ils savaient bien qu'ils ne pouvaient venir à bout.
V^ous êtes trop équitables pour exiger de leur écolier une chose dont leurs exemples n'ont pu l'instruire, et vous aurez même assez de bonté pour suppléer à ce défaut et juger de la grandeur de ma joie par celle de l'honneur que vous m'avez fait, en me donnant une place dans votre Compagnie. Et véritablement, Messieurs, quand je n'aurais pas une connaissance particulière du mérite de ceux qui la composent ; quand je n'aurais pas tous les jours entre les mains les admirables chefs-d'œuvre qui partent des vôtres; quand je ne saurais, enfin, autre chose de vous, sinon que vous êtes le choix de ce grand génie qui n'a fait que des miracles, feu monsieur le Cardinal de Richelieu; je serais l'homme du monde le plus dépourvu de sens commun, si je n'avais pas pour vous une estime et une vénération tout extraordinaires, et si je ne voyais pas que, de la même main dont ce grand homme frappait les fondements de la monarchie d'Espagne, il a daigné jeter ceux de votre établissement, et confiera vos soins la pureté d'une langue qu'il voulait faire entendre et dominer par toute l'Europe. Vous m'avez fait part de cette gloire; et j'en tire encore cet avantage, qu'il est impossible que de vos savantes assemblées où vous me faites l'honneur de me recevoir, je ne remporte les belles teintures et les parfaites connaissances qui, donnant une meilleure forme à ces heureux talents dont la nature m'a favorisé, mettront en un plus haut degré ma réputation, et feront remarquer aux
plus grossiers même, dans la continuation de mes petits travaux, combien il s'y sera coulé du vôtre et quels nouveaux ornements le bonheur de votre communication y aura semés. Oserais-je vous dire toutefois, Messieurs, parmi cet excès d'honneur et ces avantages infaillibles, que ce n'est pas de vous que j'attends ni les plus grands honneurs, ni les plus grands avantages. Vous vous étonnerez, sans doute, d'une civilité si étrange; mais bien loin de vous en offenser, vous demeurerez d'accord avec moi de cette vérité, quand je vous aurai nommé Monseigneur le Chancelier et que je vous aurai dit que c'est de lui que j'espère et ces honneurs et ces avantages dont je vous parle. Puisqu'il a bien voulu être le protecteur d'un corps si fameux, et qu'on peut dire en quelque sorte n'être que d'esprit, en devenir un des membres c'est devenir en même temps une de ses créatures ; et, puisque par l'entrée que vous m'y donnez je trouve et plus d'occasion et plus de facilité de lui rendre mes devoirs plus souvent, j'ai quelque droit de me promettre, qu'étant illuminé de plus près, je pourrai répandre à l'avenir dans tous mes ouvrages, avec plus d'éclat et de vigueur, les lumières que j'aurai reçues de sa présence. Comme c'est un bien que je devrai entièrement à la faveur de vos suffrages, je vous conjure de croire que je ne manquerai jamais de reconnaissance envers ceux qui me l'ont procuré ; et qu'encore qu'il soit très vrai que vous ne pouviez donner cette place à personne qui se sentît plus incapable de la remplir, il n'est pas moins vrai que vous ne la pouviez donner à personne, ni qui l'eût plus ardemment souhaitée, ni qui s'en tînt votre redevable en un plus haut point, ni qui eût plus de passion de contribuer de tous ses soins et de toutes ses forces au service d'une Compagnie si célèbre, à qui j'aurai des obligations éternelles de m'avoir fait tant d'honneur sans le mériter (').
I. Nous renvoyons le lecteur aux notes qui accompagnent les discours prononces par Kacine, et où il e.st souvent Cjuestion de Corneille,
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Armand de CAMBOUT,duc de COIS-
^ LIN (l652), né en 1635, mort en 1702.
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iE mar(juis de Coislin, depuis duc et pair de France, et chevalier des ordres du roi, fut reçu le premier juin 1652 à l'Académie.
Le discours de réception qu'il prononça à cette occasion n'est, à proprement parler, qu'un remerciment ; il n'est même l)lus dans le ton de la harangue qu'avaient adopté quelques académiciens après Patru,
Nous avons cru intéressant de donner celte page, apparemment la seule œuvre de ce grand seigneur.
<( Quand Louis XI\' devint le protecteur de l'Académie, » dit l'abbé de la Chambre, « elle devint alors une académie glorieuse et triomphante, revêtue de la pourpre des cardinaux et des chanceliers, protégée par le plus grand roi de la terre, remplie des princes de l'Eglise et du sénat, de ducs et de pairs, de ministres et de conseillers d'Etat, qui, se dépouillant tous de leur grandeur, se trouvaient heureusement confondus pêle-mêle dans la foule d'une infinité d'excellents auteurs, historiens, poètes, philosophes, orateurs, sans distinction et sans préséances. »
M. de Coislin fut reçu à la place de Claude de l'Etoile, le même qui avait été spécialement chargé d'examiner la versification du Ci'/f, lorsfjue Scudéri et Bois-Robert, soutenus par Richelieu, provoquèrent la fameuse critique intitulée: Sentiments de l'Académie sur le Cid.
Notons que l'usage de nommer quelques grands seigneurs à l'Académie, lors même qu'ils n'avaient point d'autres titres que ceux de leur noblesse, fut longtemps maintenu. On donnait pourtant, il faut l'avouer, la préférence à ceux dont l'esprit était cultivé.
On lira peut-être avec intérêt l'anecdote suivante :
Après la mort de l'académicien Conrart, dont le <i( silence prudent» est devenu célèbre, un grand seigneur ignorant sollicita sa place. « On penchait à l'admettre, quand cet apologue de M. Patru fit revenir les esprits sur un pareil choix : Un ancien Grec, dit Patru, avait une lyre admirable à laquelle se rompit une corde. Au lieu d'en remettre une de boyau, il en voulut une d'argent, et la lyre n'eut plus d'harmonie. y>
DUC DE GOISHN. 27
DISCOURS PRONONCÉ LE I^r JUIN 1652. PAR LE DUC
j DE COISLIN, lorsqu'il fut reçu a la place de M. de ! L'Étoile.
Messieurs,
Il faudrait que j'eusse été longtemps parmi vous pour vous faire un digne remercîment et pour trouver des paroles proportionnées à ma reconnaissance et à la faveur que vous m'avez faite.
Je n'en ai point qui soient suffisantes, mais vous savez qu'il en est des obligations comme des douleurs: les petites parlent et les grandes sont muettes.
J'avoue, Messieurs, que la grâce dont vous m'avez prévenu surpasse mes forces ; mais je suis persuadé que, comme votre bonté m'a servi de mérite pour l'obtenir, elle seule aussi se servira de langue pour s'en remercier elle-même.
Cependant je n'oublierai rien pour faire qu'au défaut de paroles, mes actions vous soient autant de remercîments.
C'est en cela que je suivrai l'exemple de ceux qui, par une juste reconnaissance, couronnaient les fontaines dans lesquelles ils avaient puisé.
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Jean-Regnauld DE SEGRAIS (i662), ,
né à Caen, mort en celte ville (1624-1701). •
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EAX Regnauld de Segrais occupe une place honorable parmi les écrivains de second ordre de son siècle. La gloire durable qui s'est attachée à de plus grands auteurs a produit ce résultat : c'est qu'elle a laissé dans l'ombre quelques hommes tout à fait dignes d'en sortir. La modestie de Segrais n'a pas peu contribué non plus à l'empêcher d'être tiré d'un oubli qu'il ne méritait point.
« Que Segrais, dans l'Églogue, enchante les forêts >>, disait Boileau, et c'est là, en effet, que Segrais s'est acquis quelque réputation. Ses Idylles çt ses Egiogues sont faciles et bien écrites. Amoureux de l'antiquité, il a, le premier en ce genre, donné à ses personnages la simplicité et la naïveté qui conviennent. On a de lui une traduction en vers des Géorgiques et de \ Etieide, mais elle est fort inférieure à ses poésies. Les Nouvelles françaises ont eu un succès qu'il n'ambitionnait point. Très recherché pour la douceur et l'aménité de son caractère, Segrais était l'ami de M'""-' de Sévigné et de M""^ de Lafayette. On a même cru qu'il avait eu plus de part que cette dernière dans la composition de Zaide et de \a.Pri/icesse de Cleves.
DISCOURS PRONONCÉ LE 26 JUIN 1662 PAR M. DE SEGRAIS. LOR.SQU'IL FUT REÇU A LA PLACE DE M. DE
Bois-Robert.
Messieurs,
Quand je me représente cette célèbre Académie dans la dignité avec laquelle elle s'assemble après la perte de quelqu'un des grands personnages qui la composent, pour délibérer qui pourra plus dignement remplir une place si glorieuse, je n'en puis concevoir une moindre idée que de ces anciens Romains, consultant après la mort de leur premier monarque, qui pourra être son plus digne successeur.
Quaeritur interea quis tatitae pondéra inolis iSustineal^ tantove queat succedere régi.
La renommée que cette illustre Compagnie s'est acquise dans toute l'Europe, le grand génie, le vaste savoir et la profonde sagesse des personnes qui l'ont rendue souveraine de l'empire des lettres, tracent facilement l'image de cet auguste sénat dans sa première splendeur ; et, sans doute, la réputation et le mérite de cet homme rare, auquel j'ai l'honneur de succéder, ses comédies pleines d'invention, ses épîtres naïves et spirituelles,et tant de différents ouvrages revenant en foule à votre mémoire, vous ont fait demander plus d'une fois :
Oiiis tantae po7tde7'a fan me
Sustineat, tantove qiicat succédera rati ?
Mais quand je viens à considérer le peu de mérite qui est en moi, je me trouve si incapable de répondre à l'honneur que vous me faites, que j'appréhende, si j'ose le dire, que la grâce que je reçois ne vous fasse quelque préjudice. Il me semble qu'il serait plus à propos de convenir que, pour cette fois, vous n'avez pas tant songé à examiner si j'avais de quoi soutenir la renommée de mon prédécesseur, qu'à vous accorder avec la destinée qui peut-être a voulu se réserver selon son caprice la disposition d'un si glorieux héritage.
Une même ville nous avait donné la naissance et comme c'est ce même climat que les Malherbe, les Bertaut, et tant de grands personnages, ont fait juger digne de la faveur du ciel, l'honneur que vous me faites étant d'ailleurs si fort au-dessus de moi, que savons-nous. Messieurs, si ce n'est pas seulement quelque effet du bon génie de cette heureuse contrée, qui a mieux aimé vous fournir un sujet médiocre, que de laisser prescrire le droit dont il la juge en possession, d'avoir toujours vu jusques ici quelqu'un de nos citoyens dans cette célèbre Académie depuis qu'elle fut instituée, et que de perdre ainsi la plus noble marque qui lui pouvait conserver la réputation qu'elle a dans les belles lettres
Je ne puis ignorer que cette célèbre Compagnie
a été l'ouvrage, le soin et l'amour de ce grand Cardinal, dont le nom ne mourra jamais dans la bouche des hommes ; de ce fameux ministre qui sera l'immortel exemple des véritables amants de la gloire; de ce divin Armand, qui fut le père des Muses par la protection qu'il leur donna, et qui, par l'éclat de sa vie, s'est rendu l'éternel objet de leurs louanges.
Il n'y a pas d'apparence que ses grandes actions qui ont rempli l'univers, et touché le cœur même de ses ennemis, puissent être hors de la mémoire de ses pro-
. près enfants et qu'on puisse les avoir oubliées en un lieu qui en résonne incessamment ; il y aurait encore à douter si je suis capable d'en parler comme il le mérite. Mais, sans m'engager dans une si grande entreprise, si le grand Soliman, qui avait gagné tant de batailles et forcé tant de villes, ne voulait pas d'autre inscription sur son tombeau, sinon qu'il était celui qui avait pris Rhodes et épouvanté, comme il disait, la superbe Italie, pour exprimer les merveilles de ce
; grand Cardinal, ne suffit-il pas de se souvenir qu'il a forcé La Rochelle, humilié l'Espagne et fondé cette fameuse Académie, puisque c'est dire en peu de paroles qu'il a défendu la Religion, agrandi l'Etat et détruit l'ignorance.
Ce sage ministre qui avait considéré que la perfection du gouvernement de la France consistait principa-
j lement en cette juste dispensation du pouvoir et des
I grâces à toutes sortes de conditions, qui fait qu'il n'y en a aucune qui puisse opprimer l'autre ou manquer de récompense, considéra encore que, des trois différents états qu'elle contient, il en résultait comme un quatrième que le vulgaire peut mépriser, n'ayant égard qu'au peu de personnes dont il est composé ; mais le plus digne, sans doute, de la considération d'une âme héroïque qui saura remarquer l'utilité que les autres en retirent et la grandeur du mérite qui le soutient.
J'entends parler, Messieurs, de ces généreux esprits dont vous êtes la fleur, de ces âmes célestes qui, au milieu des emplois de ce monde se détachent du commerce des hommes ; qui, marchant sur la terre, s'élèvent dans le ciel par la sublimité de leurs pensées, et qui, bravant le pouvoir de la fortune, ne peuvent faire leur bonheur des grâces qui dépendent de sa témérité.
Ce héros, qui avait l'âme de cette trempe, songea avec raison qu'il était honteux que des personnes qui se rendaient dignes des plus grandes récompenses en les méprisant, en demeurassent privées jusqu'alors par l'ignorance des siècles qui l'avaient précédé.
Il chercha. Messieurs, quelles couronnes, quels titres et quels avantages seraient dignes d'un mérite qui s'élevait au-dessus de tout ; et, nepouvant rien trouver dans son vaste pouvoir qu'il osât lui égaler, il résolut d'assembler ce qu'il y avait de plus illustre en France et d'instituer cette célèbre Académie ; c'est-à-dire de vous donner les uns aux autres, comme la seule chose qui pouvait être digne de vous, comme la vertu seule peut être la récompense de la vertu. En effet, sans entrer dans le dénombrement de ces illustres morts qui ont donné à cette Compagnie et qui ont reçu d'elle l'éclat d'une vie qui les rend immortels, sans parler des vivants, de peur d'offenser votre modestie en m'adressant particulièrement à vous, quelle idée vos noms si glorieux ne font-ils pas concevoir de cette célèbre Société !
Quelle grandeur n'en imagine-t-on pas, quand, à la tête de ces noms consacrés à l'immortalité, on remarque celui de ce grand Chancelier (') que vous avez aujourd'hui pour protecteur, et qu'on apprend par là qu'il a été le premier champion qui a combattu, sous le grand Armand, pour le maintien d'une gloire si pure, et pour la destruction de la barbarie qui a obscurci l'éclat des belles actions de nos pères ?